CHAPITRE VIII. — LES BASES DE LA VALEUR OBJECTIVE
En y regardant de près, nous verrons une fois encore que notre théorie générale de la valeur peut seule résoudre le problème soulevé par les marchandises en circulation dans le commerce international.
La valeur de production de ces marchandises, évidemment, se base en très grande partie — la plus grande généralement — sur le coût exigé parleur production dans le pays d'où elles sont exportées et selon le développement particulier des forces productives dans ce pays.
Quant au pays où les marchandises paraissent au marché, on ne saurait compter généralement avec le développement de leurs forces productives que pour le travail et les frais occasionnés par le transport et la mise en vente de ces marchandises.
Mous pouvons même dire, d'une façon générale, que la possibilité de l'importation de semblables marchandises sur une grande échelle et les avantages que le commerce entre les nations a pu procurer de tout temps, reposent précisément sur le fait que les frais de production de ces marchandises à leur lieu d'origine sont relativement bas. Pour bien s'expliquer, par exemple, les frais de production modérés auxquels reviennent dans nos colonies des quantités colossales de marchandises de toutes sortes, on doit faire entrer en ligne de compte tuute la violence et toute Texploitalion à main armée dont, pendant tant de siècles, les Etats colonisateurs se sont rendus coupables vis-à-vis des races moins civilisées des autres continents.
Bien que Tensemble des frais de production et de circulation joue, pour cette catégorie de richesses, un rùle prédominant dans la fixation de leur valeur d'échange, cependant, dans la constitution de cette dernière, la valeur d'usage ne reste pas sans influence.
Les marchandises appartenant à cette catégorie — telles que le café, le sucre, le thé, etc. — font ordinairement leur apparition au marché à côté de marchandises de la même nature qui sont importées d'autres contrées du monde, comme par
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exemple le café de Java à côté du café du Brésil. A cûlé d'elles se présentent aussi parfois des succédanés, produits dans les pays modernes, comme la chicorée et le café artificiel à côté du véritable café. Toutes ces marchandises, naturellement, peuvent exiger des frais de production très différents.
Il peut arriver qu'une marchandise quelconque, appartenant à la catégorie que nous visons ici, pourvoie aux mêmes besoins et d'une façon aussi satisfaisante qu'une autre de la même nature ayant exigé des frais de production et de circulation beaucoup plus élevés ; la première marchandise aurait alors la même valeur d'usage que la dernière ; de même il peut arriver que la marchandise en question possède une plus grande valeur d'usage que certains produits succédanés. Dans le premier cas il est évident que celte marchandise devra obtenir au marché la même valeur d'échange — toutes choses égales — que la marchandise voisine avec laquelle elle rivalise, quoiqu'elle représente moins de valeur de production que cette dernière. Dans le second cas, elle pourra obtenir rationnellement une plus haute valeur d'échange que les produits succédanés inférieurs en qualité, même si elle représente la même valeur de production que ces produits ou une valeur moindre.
Ces faits peuvent expliquer encore le rôle important que jouent dans la production et le commerce des marchandises étrangères certains facteurs politiques, — tels que les droits de protection ou les conventions politiques entre différents Etats, — fadeurs qui sont à même de restreindre, ou d'élargir le marché international de certaines marchandises.
En tous cas, nous avons ici sous les yeux une catégorie très spéciale de produits dont l'évaluation au marché ne se fait pas, comme l'a supposé Stuart Mill, d'après les frais de production et de circulation de l'article donné en échange. La valeur d'usage de ces produits collabore ici dans des proportions toutes particulières avec la valeur de production à la constitution de leur valeur d'échange objective et à la fixation de leur prix définitif.
Enfin, une observation s'impose encore, de nature à mettre
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en évidence la complexité de la vie sociale. C'est que, communément, les produits dont la quantité ne saurait être augmentée à volonté et indéfiniment nous paraissent être en nombre plus limité qu'ils ne le sont en réalité.
Les articles dont l'élégance et le bon goût constituent une partie importante de la valeur — comme les articles de mode et de luxe dans les industries de l'habillement et de l'ameublement, de l'imprimerie et de la gravure, etc. — appartiennent pour la plupart à ceux que l'on ne peut pas multiplier indéfiniment et à volonté.
11 est évident que la valeur d'un chapeau de femme sorti des mains d'une modiste ne correspond pas uniquement à la quantité de travail dépensé à sa fabrication, ou, si l'on veut, à son « coût de production ». Il se peut même qu'une exécution vive et légère, propre à donner à un article de mode une certaine « fraîcheur », s'accommode mal d'un travail long et appliqué. La modiste qui garnit en une demi-heure un chapeau élégant à l'aide d'un bout de ruban et de quelques fleurs, diminuerait peut-être la valeur de son œuvre en y dépensant plus de temps. Lorsque nous nous occuperons du travail (< qualifié », nous aurons l'occasion de donner encore des exemples semblables. Pour le moment, nous avons voulu démontrer seulement qu'on aurait grand tort, pour beaucoup d'articles d'un usage journalier, de considérer leur valeur objective comme exclusivement ou principalement déterminée par le « coût de leur production ». Nous avons donc voulu caractériser par un seul exemple l'importance que représente, pour nombre de richesses, la valeur d^usage.
Du reste, considérons encore les produits dont le coût de production influence le plus la valeur objective : la tendance de leur valeur d'échange à coïncider avec le coût de leur production ne se réalise que partiellement et plutôt pour des périodes de production plus ou moins longues dont on calcule les moyennes qu'à chaque instant et d'une manière permanente ; plutôt aussi pour la production totale d'une nation ou d'une
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région que pour chaque exemplaire ou ciiaque quantité séparée de ricliessc. Nous avons vu les propriétés et qualités des marchandises ainsi que leur surabondance ou leur rareté relatives pousser incessamment leur valeur objective au-dessus ou audessous du niveau de leur coût de production. En outre, dans une analyse spéciale, la notion du « coût de production » se présentera à nous sous des formes très diverses.
Avant donc de pouvoir examiner la nature de la valeur d'échange elle-même, nous aurons à analyser premièrement la valeui\ de production à-ds, richesses, qui, pour la plus grande partie d'entre elles, est l'élémentessentieldela valeur d'échange.
Cet examen des bases de la valeur objective était nécessaire pour mettre en évidence le grand principe, que la science économique n'a pas reconnu jusqu'à présent ou qu'elle n'a que vaguement senti sans jamais le développer clairement : la valeur d'échange des richesses se constitue généralement sous la double action de leur valeur d'usage et de leur valeur de production. L'examen de l'une et l'autre formes de valeur est indispensable si nous voulons comprendre les phénomènes objectifs de l'échange et il en résulte que nous ne saurions faire « abstraction » d'aucune de ces deux formes.
QUATRIKMK P.4KTIE
La Valeur de Production.