‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 72 sur 184 · CHAPITRE X. LA VALEUR-DE-TRAVAIL SUBJECTIVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. LA VALEUR-DE-TRAVAIL SUBJECTIVE

primitive de toute valeur d'échange, il crée lui-même une autre mesure de la valeur : « Tantôt, écrit Ricardo, il parle du blé, et tantôt du travail, comme de l'étalon démesure : non pas de la quantité de travail dépensée pour la production d'une chose, mais de la quantité de travail que cette chose peut acheter ; comme si c'étaient là deux expressions équivalentes »... (1).

La théorie de la valeur de Smilh, en ePFet, manque de précision et renferme des contradictions évidentes. On s'explique ces contradictions par le seul fait que Smilh ayant d'abord considéré la valeur comme « mesurée >y par le travail que coûte la production des richesses, voyait cependant s'échanger les marchandises à des prix qui, souvent, ne correspondaient pas à leur coût de travail. 11 n'est point parvenu à découvrir que la valeur des marchandises telle qu'elle se manifeste dans l'échange (leur valeur d'échange comme il l'a définie déjà) et leur valeur telle qu'elle est donnée aux richesses par leur production leur valeur de production selon notre expression , sont deux formes différentes de la valeur. Jusqu'à présent, toutes les écoles des économistes représentant la théorie de la valeur-de- Iravail, depuis le successeur immédiat de Smith (Ricardo, complétant et corrigeant la théorie du maître) jusqu'à Rodbertus et Karl Marx ont fait, à la suite de Soiith, la confusion que nous venons d'indiquer.

Cependant, Smith avait bien indiqué déjà le chemin à suivre pour procéder à l'analyse de la valeur de production considérée comme l'élément essentiel de la valeur d'échange. Le travail dépensé par un producteur quelconque, A, à la production d'une richesse, pourra être la base sur laquelle ce producteur fixera le prix, lorsqu'il désirera échanger la marchandise produite par lui contre d'autres. Mais il faut se demander ensuite si ce coût de production personnel pourra entièrement se réaliser au marché dans le prix définitif du produit. Gela ne dé-

(1) Ricardo, Principles of Political Economrj and Taxation, chap. i, sect. I, p. 11 ; cf. trad. franc., p. 5.

1(S(» l'AIlTlK IV. LA VALEUIl HE PRODUCTION

pend pas exclusivement du calcul du producteur, mais aussi de l'acheteur. Le consommateur futur du produit, généralement, rencontrera, ou marché, d'autres producteurs que A, do. même que A pourra y rencontrer d'autres personnes qui se présentent comme aspirants-acheteurs de son produit.

Nous retrouvons là cette transformation des évaluations subjectives en valeurs d'échange objectives et forcées, dont nous avons déjà parlé précédemment et qui est un trait vraiment caractéristique du marché moderne.

Au fur et à mesure que les rapports objectifs et forcés influent moins ?ur la valeur d'échange, c'est-à-dire à mesure que production et consommation sont basées davantage sur l'échange primitif entre vendeurs et acheteurs isolés, le coût individuel de la production d'un producteur particulier pourra s'exercer d'une manière plus complète. 11 en résulte que la théorie subjectiviste de la valeur-de-travail nous ramène directement — lorsqu'on la considère comme théorie générale de l'échange — à la période précapilalisle de la production et de la distribution des richesses. Cette période se caractérise par la simplicité des transactions qui ne portent nullement le caractère compliqué que présentent la vie sociale actuelle et le r>iarché mondial moderne.

Tout bien considéré, c'est même la théorie de la valeur-detravail dans toute son étendue — qu'elle soit objectiviste ou subjectiviste — qui nous ramène à cette période historique de la civilisation. Historiquement, la théorie subjectiviste précède la théorie objectiviste pour certaines catégories de richesses. Voilà tout. Gela se manifestera plus clairement encore à nos yeux, lorsque nous verrons plus tard que, pour la très grande masse des marchandises courantes, le coût de travail se transforme, dans l'entreprise capitaliste moderne, en dépenses de capital.

Les théories objectivistes de Ricardo et de Marx sur la valeurde-travail — telles qu'elles sont développées par ce dernier dans le premier tome de son Capital — nous ramènent à des condi-

Page 1