PARTIE IV. LA VALEUR DE PRODUCTION
les coutumes de tribus vivant dans dès conditions relativement primitives de chasse, de pêche ou d'élevage, nous fortifient dans notre opinion. Dans la période de la lutte primitive de l'homme contre les éléments naturels, le travail, bien que parfois régulier et systématiquement réglé, ne sert pas de mesure. Le hasard de la chasse, la faveur ou l'hostilité de la nature et de ses forces inconnues, la lutte contre les maladies des hommes et des bestiaux, voilà quelques-uns des facteurs les plus décisifs pour le bien-être des peuples demi-civilisés. Comment pourrail-on parler, à ce stade de civilisation, du travail comme d'un élément de mesure, puisque, à ce stade, il n'existe pas même de rapport fixe entre le travail et son produit, ce rapport ne commençant à s'établir que peu à peu, avec le progrès de la civilisation?
Certes, des recherches ethnographiques précises devront encore éclaircir bien des problèmes de détail, avant qu'on puisse établir ici des règles générales. Mais d'ores et déjà les cas ne manquent pas où l'on peut constater l'absence de tout élément susceptible de donner au travail le caractère d'une mesure de valeur, même chez des peuples de civilisation précapitaliste relativement avancée.
On a pu constater par endroits que ni la notion nette du temps, — donc de la durée du travail ; ni celle du plus ou moins de peine ou de fatigue, — c'est-à-dire de Vmtensité du travail dépensé ; ni celle de la plus ou moins grande habileté du travailleur, ne sauraient entrer en ligne de compte pour l'évaluation de certains articles de consommation qui sont objet d'échange (1).
(1) Un cas curieux, par exemple, est fourni par M. Arnold van Gennep pour les poteries dites ce communes », manufacturées dans les villages kabyles de l'Algérie centrale. Cet etlinographe arrive à la conclusion suivante : « si l'on voulait une échelle d'évaluations, il faudrait précisément la baser sur des appréciations inverses des nôtres, c'est-à-dire par abstraction totale de la valeur esthétique. » (A. van Gennep, Eluder d'Et/mo(jrapfne algérienne, Paris, E. Leroux, l9il, p. 16.)