‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 83 sur 184 · CHAPITRE M. LA VALEC R-Dt-TRAVA IL SOCIALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE M. LA VALEC R-Dt-TRAVA IL SOCIALE

nom qu'il [lorle, travail musculaire, travail des nerfs, travail intellectuel, etc.

La quantité de travail appliquée par deux individus, pendant le même temp?, à un objet quelconque, dépend de leur état physique et intellectuel, état dépendant lui-même de leurs tacullés naturelles, de la nourriture, du repos qu'ils prennent, elle dépend ensuite de leur habileté professionnelle et de leur expérience, etc. Vintensilé du travail — à laquelle nous pensons ici — varie donc avec la personne du travailleur.

Tout travail humain présuppose non seulement l'action des faculiés physiques et intellectuelles du travailleur, mais aussi i'usage de certains instruments, et il est évident (jue la qualité de ces derniers, ainsi que leur degré d'adaptation à des fonctions spéciales, peut essentiellement inlluer sur les résultats du travail.

Nous avons ici sous les yeux deux catégories de fadeurs que — du point de vue du travailleur — nous pouvons appeler les uns intérieurs, les autres extérieurs; c'est avec toutes deux que nous aurons à compter en appréciant les résultais du travail humain.

En nous plaçant au point de vue de la production générale, nous comprenons la première série de facteurs, comme déterminant V intensité du travail humain, la deuxième série comme déterminant les conditions techniques du travail; parcelle dernière expression nous entendons l'action de tous les facteurs extérieurs qui concernent soit l'organisation technique de la production, soit l'amélioration et le perfectionnement des instruments de travail, machines et outil?. Les facteurs de la dernière catégorie diffèrent beaucoup selon les époques et selon les métiers, mais ils peuvent élre considérés comme connus à un moment donné et dans une branche déterminée de la production.

Nous ne prétendons pas que ces deux expressions. i7ilensiié du travail et conditions techniques, recouvrent entièreiue:it la .fiérie des facteurs intérieurs et exléi-ieurs qui influent sur le* J"ésullats du travail.

Cornélissea 14

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Nous verrons, par exemple, que le caractère plus ou moins dangereux du Iravail pour la sanlé ou la vie de l'ouvrier do.l être considéré parfois comme une influence qui ne porte pas, il est vrai, sur Vintensité du travail, ni sur ses conditions techniques, mais assurément sur sa valeur d'usage et mrceWe de son produit. Il en est de même de l'intelligence particulière et des aptitudes naturelles du travailleur q.ù influencent parfois non l'intensité, mais la valeur et l'importance spécifique du travail jugé d'après ses résultats. Ainsi nous distinguerons dansl'œuvre d'un artiste de talent un élément très spécial que Ton ne saurait attribuer à Vinlensilé du travail de l'auteur, mais qui décèlera d'une façon in.lisculable la présence d'un ou de plusieurs autres facteurs 'internes de la valeur de cette œuvre d'art.

A la fin de ce chapitre, nous traiterons spécialement du rôle que joue, dans de semblables conditions, la valeur d usage àa travail, mais nous désirons faire observer dès à présent, que les facteurs de cette valeur d'usage seront partiellement distincts de Vintensité et des conditions techfiiques du travail (1).

Enfin les résultats du travail dépensé à la production des richesses,'comme les résultats de l'action de toute autre force, dépendent encore directement de la durée de ce travail.

Une question se pose tout d'abord : Comment se détermine la quantité de travail dépensée à la production des richesses ? La solution de celte question est indispensable à l'analyse du

(l^ Nous disons parti.ZZ.mmt, parce qu'en effet les facteurs que nous VI cas ici et dont l'action peut donner une valeur d'usage ^P^c-le a c^rtains articles peuvent parfois se traduire sous l'une oui autre de ces deux formes. Par exemple, le fait que les alunents (beurre, P-"' f "j' P7duils mécaniquement, possèdent souvent de meilleures 1"^'^^^^^"^^^^ mêmes al.m.nts produits à la main, constitue une cause essentielle de a supériorité du travail appliqué aux premiers aliments sur celui app iqu aux seconds Ce phénomène s'explique seulement par le développement des conditions techniques du travail et telle est également la raison pour , laquelle certains produits industriels confectionnés a a machine sont mieux finis que des produits semblables fabriqués par la main de lailisan. Et ainsi de suite.

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problème qui se pose ensuite : Comment se délermiiie la valeur de production sociale des biens, tant que celte valeur garde son caractère primitif de simple valeur-de-lravail ? En d'autres termes, jusqu'à quel point la valeur de production personnelle ajoutée par un producteur particulier à un produit quelconque pourra-t-elle entrer en ligne de compte et à quelle valeur de production sociale devra-l-elle être estimée égale?

Les deux questions se posent en même temps dés que la concurrence vient placer les produits du travail de ditlérenls producteurs les ans à côté des autres comme des grandeurs commensurables.

La science économique n'a pas eu grand'peine à déterminer la notion générale de la valeur de production en tant que simple valeur-de-travail ; déjà l'économie classique l'a fait dépendre de ce principe : le travail doit être considéré comme l'élément créateur delà valeur apportée aux richesses par l'iiomme. Cependant, la confusion et l'incertitude deviennent générales dès qu'il faut discerner les facteurs qui déterminent quantitativement cette valeur.

En effet, c'est là une des questions théoriques les plus obscures de la science économique, question que vient compliquer encore la diversité du travail humain selon les catégories spéciales de la production.

Lorsqu'il s'agit de l'expression du coût de travail personnel en valeur-de-travail sociale, l'on compare fréquemment, dans chaque branche particulière, des quantités de travail de la même espèce; souvent, dans ce cas, nous pouvons essayer immédiatement de distinguer les facteurs qui déterminent et la quantité de chaque valeur-de-travail et la différence eutre les diverses quantités. Il n'en sera généralement pas ainsi lorsque nous aurons à comparer le travail dans des sphères différentes de la production.

Supposons qu'un ouvrier, en travaillant toujours dans les mêmes condilionset par suite avec les mêmes moyens techniques, dépense une journée, une heure, etc., de travail à la production

212 PARTIE IV. LA VALEUR I»lî PRODUCTION

(l'un objet, deux jonrnéps, deux heures, etc.. à la production d'un autre ; le «iernier objet peut être considère', d'ordinaire, cotninc ayant mis en mou veulent et absorbé d-'ux fois plus d'énergie potentielle que le premier, de sorte qu'il représente deux l'ois plus de valeur-de-lravail. De même, lorsque deux personnes, A et B, travaillent dans les mêmes conditions et s'occupent de la fabrication de produits pareils, il pe^ut arriver que A en confeclionne, dans la même unité de tem[)s, une quantité deux ou trois fois plus grande que B ; alors il faut d'ordinaire (la (ju dite de tous les produits étant supposée la même) considérer la valeur-de-travail représentée par les produits de A comme deux ou trois fois plus grande que celle des produits de B, malgré l'égalité de la durée du travail.

En termes généraux, nous pouvons dire que la valeur-detravait d'un produit varie en raison directe de la durée et de Viniensiié du travail q\i il conte (1).

(1) Nous rencontrons ici une des premières et des plus éclatantes preuves de la confusion qui entoure les idées de la valeur-de-travail et la détermination de sa quantité. En effet, la théorie de la valeur-de-travail — nous pensons ici à Rodbertus comme à Marx — considère la quantité du travail comme mesurée par sa durée seule. « La quantité de travail elle-même, dit Marx, a pour mesure sa durée dans le temps, et le temps de travail possède à son tour sa mesure dans des parties du teaips telles que l'heure, le jour, etc. » (Das Kapital, t. 1, chap. i, p. 5; cf. trad. frauç., p. 15, col. 1.)

Avant lui Rodbertus {Zur Evhenntnisk, III, p. 51) avait dit de même : « Comuie ce dernier (l'argent) trouve dans son poids sa propre mesure et constitue par ce procédé les « mesures de la valeur », ainsi fait le travail avec les subdivisions du temps de travail. » [so die Arbeit in iliren ZeiteintheiluTiffen.)

Il est évident que nous nous trouvons ici en présence d'une erreur essentielle, le l'acteur de la durée du travail ne suffisant pas seul à déterminer la quantité de travail incorporée dans les produits. La grandeur de toute force — par exemple celle d'un courant d'eau — est connue par sa durée et par son intensité ; il en est de même du travail que l'organisme humain a»[)plique aux produits.

Rodbertus et Marx ont senti que leur doctrine était en défaut sur ce point, mais ils n'ont pu réparer catégoriquement leur erreur qui était solidaire de toute leur théorie de la valeur-de-travail. Marx, suivant l'exemple d'Adam Smith, considère le travail qualifié (que la langue an-

CIIAPITHE M. I.A VALliUR-DK-TRAVAlL SOCIALE 213

Quand il s'agit de certains produits déierrninés du travail physique, nous pouvons parfois fixer empiriqueoient l'iotensile' du travail en notant la quantité de produits fabriquée dans une unité de temp^ donnée. L'intensité du travail des scieurs de bois ou des paveurs peut s'exprimer ainsi plus ou moins exactement par la quantité de bois ?cié on de pierres alignées par chacun d'eux dans l'espace d'une heure. La détermination de l'inlen site du travail, cependant, nous causera beaucoup plus d'embarras dès que nous aurons à examiner le travail intellectuel, travail dans l'art, la science, etc., et il en sera de même lorsque nous désirerons mesurer d'une manière rigoureuse et exacte l'intensité du travdil physique.

La valeicr-de-travail des prodxiils est influencée en raison inverse par les conditions techniques du travail, de sorte qu'une quantité déterminée de produits représente une moindre valeurde-lravail à mesure que les circonstances extérieures et techniques permettent de la produire dans un moindre espace de temps, l'intensité du travail restant invariable. En d'autres termes : l'intensité du travail ne variant p^s, la production d'un article coulera moins de temps, au fur et à mesure que les conditions techniques du travail seront plus développées (1 . Selon

glaise appelle skillcd labour comme un travail »< supérieur » correspon* dant à une quantité plus grande de « travail simple », — question dont nous nous occuperons ainplemenl tout à l'iieure. Par cette conception il a lui-même reconnu qu'on ne peut pas mesurer une quantité de travail par sa durée seule. Rodbertus, de son côté, fait remarquer dans l'ouvrage déjà cité (I, p. 30y que le travail « diffère en intensilé dans les diverses productions » ; mais cela « ne nous empêche pas » sic) ajoute-t-il, de supposer « en théorie » ^in der Idée) que le travail de la jouruée est égal dans les différents cas; nous pouvons aussi, dit-il, le diviser partout de la même manière, bien qu'en réalité il soit d'une durée inégale dans les diverses brandies de métier. Il n'y a pas à discuter cette su[)position « en théorie » d'un fait inexact en réalité. KUe trahit la faiblesse de la théorie et l'embarras qu'elle cause à l'auteur.

(1) Kn désignant, sous le nom de conditions techniques, les seuls facteurs extérieurs, nous nous séparons de la théorie de la valeur-de-lravail, telle que Karl Marx l'a formulée. Marx, qui n'a pas séparé les facteurs en deux catégories, a mêlé ensemble des lacteurs intérieurs et extérieurs.

21i' TARTIE IV. — LA VALEUR DE PRODUCTION

la tendance exposée plus haut, un arlicle ayant subi l'influence de ce développement tendra à être considéré comme équivalant, dans l'échange objectif, à une quantité moindre de tous les produits i)Our lesquels les conditions techniques du travail n'ont pas changé. Cela nous ramène à la thèse suivante, développée par Rodberlus, que le travail, tout comme l'argent, ne saurait être nommé unetnesure proprement dite de la valeur, attendu qu'on n'a pas encore l'expression delà valeur d'une mHrchandi«e lorsqu'on sait seulement qi;'elle vaut îi argent ou n travail : « On devrait se demander d'abord, combien n argent ou « travail valent eux-mêmes exprimés en toutessortes d'autres marchandises. » (1). Dans la vie journalière, l'influence exercée par les conditions techniques sur la valeur de production de certains articles d'usage général, est exprimée par des locutions comme la suivante : « Tel article n'a plus une grande valeur, on le produit trop facilement avec les nouvelles machines ».

sous le terme général de « force productive du travail *. Cf. Das Kapilal, t. I, ch. I, p. 7; trad. franc , p. 15, col. 2 : « Le quantum de valeur d'une marchandise resterait constant si le temps nécessaire à sa pruduclion restait aussi constant. Mais ce dernier varie avec chaque modification de la force productive du travail, qui de son côté dépend de circonstances diverses, entre autres de l'habileté moyenne des travailleurs; du développement de la science et du degré de son application technologique ; des combinaisons sociales de la production ; de l'étendue et de l'efficacité des moyens de production et de conditions purement naturelles. La même quantité de travail est représenlée, par exemple, par 8 boisseaux de froment, si la saison est favorable, par 4 boisseaux seulement, dans le cas contraire »... Etc. A bon droit M. Léo von Buch (dans sa petite étude intitulée : Intensitiit der Arbeit, Wert ttnd Preis der Waren, Leipzig, 1896, VllI, p. 151), a fait remarquer que, logiquement, des prémisses de Mahx devrait sortir la conclusion suivante : « Le quantum de la valeur d'une marchandise est en raison directe de la durée et en raison inverse de la force productive du travail réalisé en elle »). Or, la conclusion de Marx est ainsi conçue : « Le quantum de valeur d'une marchandise varie donc en raison directe du quantum de travail et en raison inverse de la force productive du travail qui se réalise en elle. » Il est évident que Marx confond ici deux notions dilférentes : le « quantum du travail» et le « quantum du temps de travail. « (Voir Von Buch, loc. cit., et cf. noire note à la page précédente). (1) RoDBERTUs, Zur Ei-hennt7iiss, II, 1, p. 33.

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