‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 84 sur 184 · CHAPITRE XI. LA VALEUR- DE-TRAVAIL SOCIALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. LA VALEUR- DE-TRAVAIL SOCIALE

Qu'on nous permette une petite digression au sujet du de'veloppement des forces productives techniques. Il résulte de ce que nous avons dit que ce développement, bien (^ue généralement considéré comme un progrès de la civilisation, ne mérite pas toujours et sans réserves celle qualiticalion, étant donnés les rapports oapilalistes de la société moderne. Beaucoup d'ariioles d'usage journalier, tels que clous, aiguilles, épingles, crayins, plumes, etc., seraient, assurément, mieux appréciés par les consommateurs s'ils étaient moins faciles à produire en quantités énormes. L'écolier qui casse son crayon ou brise sa plume neuve nous dira : « J'en ai tant pour un sou ». Il exprime ainsi, d'une manière un peu insolente, le peu de valeur qu'il attribue à ces utiles objets. Notons bien qu'il s'agit ici non seulement de la valeur de production, et, par suite, de la valeur d'échange, mais aussi de la valeur d'usage de tous ces articles et que c'est en effet la valeur sous toutes ses formes qui est influencée par le développement des forces productives techniques. Une seule plume d'acier, un seul crayon, une vingtaine d'allumettes suffisent aussi bien aux besoins journaliers d'un seul consommateur qu'une grosse de plumes ou de crayons ou qu'une boite entière d'allumettes. L'excédent des articles de cette espèce fabriqués en masses énormes n'est que trop souvent gaspillé, comme cela se produit pour les biens non-économiques, l'eau potable, par exemple.

Une grande quantité de travail humain est ainsi dépensée inutilement à la production de semblables richesses et cela a lieu souvent dans des branches d'industrie qui exigent un travail pénible ou malsain, telles que la fabrication desallumette>; cette somme de travail aurait été beaucoup mieux dépensée, sans nul doute, au développement intellectuel et moral des travailleurs. Nous avons tout lieu de supposer que, si les ouvriers réglaient et dirigeaient, par leurs organisations, la production et la distribution des richesses, on prendrait des mesures rationnelles pour e'viter le gaspillage du travail humain. Tout cela a d'autant plus

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d'impoiifince qu'il est question ici fu'ôcisément d'articles d'usage géncTal proilnils en quantités considérables.

Pour en revenir à la détermination de la valeur de production, nous nous demandons si, après avoir défini les facteurs généraux dont l'action décide de cette forme de valeur, nous sommes à même d'en fixer la quantité. Si nous supposons connus le tempsde travail qu'un producteur particulier a dépensée un article quelconque et la valeur de production subjective que cetarticle représente, avons-nousle moyen de lesréduire Ihe'oriquement en temps de travail social et en valeur de production objective?

Un court examen suffira pour nous convaincre de l'impossibilité de cette réduction. Ce n'est que pour un seul des facteurs qui décident ensemble de la valeur-de travail, pour la durée du travail, que nous possédons dans la division usuelle du temps (en années, jours, heures, minutes et secondes) les unités nécessaires el suffisantes à une comparaison sérieuse et à une réduction exacte.

V.w admettant que V\nï\\xi;ï\cQ àe^ forces j-iroductives techniques puisse être mesurée pour tout produit spécial, ce qui n'a pas lieu, comme nous le verrons encore amplement, il est néanmoins certain que ïititetisité du travail ne peut pas être mesurée directement. Sans même examiner dès maintenant le travail dépensé dans des métiers très dififérents où nous avons manifestement afi'aire à des grandeurs complètement incommensurable?, .'■i nous considérons chaque marchtindi^^e en particulier et chaque branche isolée de production, nous nous heurtons encore à une réelle impossibilité de mesurer directement l'intensité du travail ou de la réduire rationnellement à une intensité moyenne du travail humain. Pour pouvoir mesurer directement cette intensité, les instruments, dynamomètres ou ergomèlres, adaptés à chaque genre de travail spécial, nous font défaut. Ces instruments peuvent enregistrer quelques formes très simples du travail musculaire, mais, pour un genre de travail plus complexe, par exemple pour le travail intellectuel, il n'en existe pas.

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La comparaison, par la voie de la statistique, des produits que les ouvriers d'un même métier fabriquent dans un temps donné, ne saurait nous amener à des résultats exacts que pour certaines espèces de travail physique, comme le travail des paveurs ou des scieurs de bois. En outre, pour que ces calculs pussent nous permettre de déterminer indirecteniejit l'intenoilé du travail et par suite la valeur de produclion sociale, nous serions obligés d'enregistrer les résultats du travail de tous les ouvriers dans une même branche d'industrie, ou de rechercher, par toute autre méthode offrant des garanties suffisantes d'exactitude, rinte:i>ilé moyenne du travail humain dans l'industrie en question ; ce procédé nous apparaît comme aussi impralicabie que l'u-age d'instruments spéciaux (1).

Il faut donc renoncer à mesurer l'intensité du travail humain,, directement ou indirectement, quels que soient les avantages promis par re procédé — s'il pouvait réussir. Nous avons d'autant moins à nous y attarder, que l'intensité du travjiil est en

(1; Une tentative pour niesucei- l'intensité du travail a été faite par M. Léo von Blch clans sa brochure précitée. En exposant les mêmes diflicultés que nous venons d'examiner, il pense pourtant que « nolens volens, nous avons à inventer autre chose *. Il veut donc comparer l'intensité du travail à Vintenské limite optima du travail, laquelle, dit-il, est à considérer comme unilé. Il eutend par celte expression « le résultat du travail d'un ouvrier obtenant le produit plein et entier de son travail et ne travaillant pas plus de 8 heures par jour ». L'intensité du travail par heure d'un tel ouvrier est prise par lui comme unilé. Nous nous éloignerionstrop de notre but si nous voulions critiquer longuementcette proposition. Faisons simplement remarquer que la tentative de M. Buch nous paraît avoir compléletnenl échoué et qu'il ne saurait en être autrement, attendu qu'en principe l'intensité du travail de l'ouvrier, dans les conditions posées par M. Von Buch, dilîère avec la nature du travail et le métier auquel il appartient, et même avec la personne du travailleur. Il n'y a pas plus de raison d'accepter ici l'unité proposée par M. Von Buch que de choisir comme mesure générale l'intensité du travail d'un ouvrier dont la taille est de 1«> 70 ou l'âge de 40 ans.

Cependant, si la mesure « inventée » par M. Von Buch manque de raison d'être, l'auleur a le mérite d'avoir très bien vu, à sou tour, que la notion du « simple travail moyen » de Karl Marx est dépourvue de sens.

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somme un seul des fadeurs qui décident de la quantité du travail appli(iue' aux produits. Nous savons que la valeur de production des biens résulte de l'action compliquée de trois facteurs difTérents, que l'on ne saurait rationnellement séparer dans la pratique. Tout particulièrement nous avons mis en lumière, à ce point de Vije, le troisième facteur : les forces productives techniques qui collaborent au travail et dontraciion, fn effet, se croise incessamment avec celle des deux autres facteurs.

Dans la vie pratique, les difficultés que présente la détermination de la quantité de travail sont résolues par la voie d'une estimation empirique et grossière des produits : on apprécie ainsi les résultats du travail, les produits, au lieu du travail luimême, en embrassant d'un seul regard Ja durée et Vintensité du travail, ainsi que les conditions techniques dans lesquelles il s'est accompli. Nous avons fait observer que seuls les produits de certaines catégories de travail physique peuvent être ainsi estimés avec quelque exactitude. Ce qui rend celte estimation plus grossière et plus inexacte encore, même pour les produits d'une seule branche de métier, c'est le fait que la valeur de production des biens dépend étroitement de la masse et des qualités des instruments de travail ; l'usure de ces derniers est un élément essentiel, qui entre sans altération, comme nous le verrons encore, dans la valeur de production des biens et dont l'action ne saurait être négligée.

Examinons maintenant l'estimation des quantités de travail telle qu'elle se fait dans la vie pratique. Supposons pour cela que, dans une branche de métier où la valeur de production présente encore le caractère de simple valeur-de-travail, un certain produit (N) — un ouvrage de tabletterie par exemple — soit fabriqué par un ouvrier déterminé, travaillant isolément, en 70 heures, ce temps exprimant alors la valeur de production personnelle ; que le même article soit produit en 60 heures dans un atelier où un certain nombre d'ouvriers collaborent à sa fabrication et où se pratique la division du travail — nous imagi-

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