‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 87 sur 184 · CHAPITRE XI. — LA VAl.E C K- I)I>TnAVAlL SOCIALI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — LA VAl.E C K- I)I>TnAVAlL SOCIALI

son cùté déclarait que la valeur de chaque espèce de travail est (' bientôt fixée » et qu'elle l'est « avec assez de précision pour satisfaire à toutes les nécessités de la pratique ». « Elle dépend beaucoup, ajoutait-il, de la dextérité comparative du travailleur, et de l'intensité du travail accompli. » (1).

La théorie moderne de la valeur-de-travail participe encore nettoment de l'opinion de l'école classique à ce propos. Karl Marx a formulé son opinion dans les termes suivants : « Le travail complexe (s^zV/er^ Inbmir, travail qu'ilifié) n'est qti'une puissance dn travail simple, ou plutôt n'est que le travail simple multiplié, de sorte qu'une quantité donnée de travail complexe correspond à une quantité plus grande de travail simple. » (2).

C'est fort commode, mais dès qu'il s'agit de savoir à combien de travail dit « simple » correspond une quantité déterminée de travail dit « complexe », cette formule nous laisse dans l'embarras, même s'il est question de deux quantités de travail du même métier.

Ricardo, en nous assurant que, dans l'échange, la valeur de chaque espèce de travail est bientôt fixée et qu'elle l'est avec assez de précision pour satisfaire aux nécessités de la pratique, a fait bon marché d'un des plus délicats problèmes de la science économique, problème dont la difficulté n'a pas échappé à l'attention de ses contemporains. Adam Smith parlait ici d'une « grosse équité » {Ihat sort ofrough eqaalHy) qui, tout en étant estimée suffisante pour « le train des affaires communes de la vie », n'est pourtant pas fort exacte (3).

Si la justesse de cette dernière asserlion parait déjà souvent évidente lorsqu'il s'agit du travail de difTérents ouvriers exerçant le même métier, — la maîtresse modiste et l'apprentie modiste par exemple, — la comparaison du travail et de ses produits soulève de nouvelles difficultés lorsqu'il est question de métiers différents.

(1) RiGABUo, Principles, cliap. i, section II, p. 15 ; et. trad. franc., p. 10.

(2) Karl Marx, Das Kapital, tome I, p. il ; cf. trad. Roy, p. 17, col.i.

(3) Adam Smith, loc. cit.

Cornélisseu 15

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i'in [tassant, nous avons déjà lixé l'allcnlion sur une circonslance exlérieiiro 1res importante n'appartenant pas, il est vrai, aux facteur? dikisifs de ia qualité du travail, mais pouvant In- (liior cependant d'une façon considérable sur la valeur-de-lravail de ses produits. Ce sont lea risques d'accid-iuls, deviaJadieftu de mort, que court le travailleur et qui sont beaucoup [dus gramls pour une catégorie de travail que [lour une autre. On sait que. lors de la construction de la tour Eiffel, on comptait, dans l'évaluation grossière des salaires des ouvriers, avec le caractère particulièrement dangereux du travail dans les parties hautes delà tour. Une diiïérence de quelques mètres de plus au-dessus du sol se traduisait par une difTéronce dans l'évaluation pratique du travail. Le nombre des vies bumaines qu'a coûte' la construction de la tour de 300 mètres a prouvé que cette dille'reuce d'évaluation était du moins très fondée, bien que nous ne puissions pas la considérer comme une indication exacte des difTérences de valeur. Des quantités égales de travail égal étaient ici évaluées différemment, lorsque le travail était fait à des hauteurs différentes et entraînait, par suite, des risques diflérents pour la vie du travailleur. Dans le cas choisi, le travail d'un ouvrier était comparé à celui d'un autre dans un même métier, ou bien, si le métier différait et si l'on comparait, par exemple, le travail des mécaniciens <à celui des maçons ou des terrassiers, c'était, dans tous les cas, ce qu'on appelle du travail manuel.

Gomment comparerons-nou^, cependant, une heure de travail du savant, du journaliste ou de l'artiste à une heure de travail du mécanicien ou du maçon *? Non seulement la possibilité d'appliquer une mesure plus ou mo'insexacle cesse d'exister ici, mais il faut môme considérer ces grandeurs comme mcomm'?isurables. "Vouloir comparer et mesurer l'un par l'autre l'effort intellectuel d'un chimiste et l'effort musculaire d'un forgeron est une impossibilité que rien ne saurait résoudre ; il est non moins impossible de comparer un travail à l'autre par l'évaluation de leurs produits respectifs ; ici non plus, nous n'avons pas de terme de comparaison.

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