CHAPITRE XI. — LA VALEUR-DE-TUAVAIL SOCIALE
« frais plus élevés d'éducation » {hohere Bildungskosteti, voir la note précédente en texte allemand i se présente, en effet, dans la société actuelle comme créatrice de travail « d'un poids spécifique supérieur » ; notre problème ne se trouve nullement résolu par là. En dernière analyse, la théorie de la valeur-detravail nous renvoie toujours, comme preuve de son hypothèse de la réduction du travail com[)lexe au travail simple, à la pratique de notre société capitaliste en aflirmant que là, du moin?, la réiluclion a réL-Uement lieu (1).
Au lieu û'éclaircir les phénomènes sociaux, cette théorie, développée spécialement dans la doctrine de Marx, accepte tels qu'ils sont ces phénomènes. Au lieu de les analyser et de les soumettre à une critique rigoureuse, toutes les fois qu'ils ne correspondent pas à la logique sociale et sont susceptibles d'être modifiés ou détruits par le développement progressif de notre civilisation, la théorie marxiste de la valeur-de-travail s'incline ici devant les faits, fondant ainsi sur les iniquités sociales existantes une théorie scientifiquement insoutenahle. Dans sa doctrine de la rédaction du travail complexe, qualifié, au n travail simple » et dans les motifs sur lesquels il base cette doctrine, Karl Marx n'a pas su s'élever au-dessus de la théorie classique de Smith. Ayant besoin de celte réduction pour la construction de son système, il l'a empruntée à l'école classique avec tous Bes défauts.
Il est vrai que l'on pourrait plaider celte circonstance atténuante : Marx s'était proposé d'analyser, dans son Capital, la constitution et le développement de la. production capitaliste. A. l'endroit même que nous venons de critiquer, il a fait remarquer dans une note que « la distinction entre le travail supérieur
(1) « Si des économistes coinaie il faut se sont réci'iés contre cette « assertion arbilraire », n'est ce pas le cas de dire, selon le proverbe allemand, que les arbres les empêchent de voir la forêt ! Ce qu'ils accusent d'être un artifice d'analyse, est tout bonnement un procédé qui se pratique tous les jours dans tous les coins du monde. » (Le Capital, tome I, trad. franc., p. 84, col. 2. Ce passage ne se trouve pas dans le texte original.)
'2'M) l'AirriK iv. — la vaî.kur di'; I'iioduction
cl le trav'iil simple (sidlled and unskilled labour) repose en partie sur de [>ures illusions, ou du moins sur des diiïérenccs qui ont cessé d'clre réelles et ne continuent à vivre que par une convention Iraililionnelle ; et en partie aussi sur la condition inférieure de certaines couclies de la classe ouviière, qui leur permet moins qu'à d'autres de revendiquer la valeur de leur force de travail. » (1). Je prétends pourtant que celle observation de Marx ne répare pas sa faute d'avoir développé ici une théorie scientifiquement fausse, en se basant sur ces mêmes rapports de violence et d'exploitation sociale d(,nt il a si bien luimême exposé l'origine historique.
Tandis que, dans le système de Karl Marx, la réduction du travail qualifié à un multiplev de « travail simple » nous est apparue comme illogique et insoutenable, elle est, au contraire, parfaitement à sa place dans l'économie officielle des classes dirigeantes, telle qu'elle se présente pour défendre l'ordre social existant. L'identification de la « valeur-de - travail » du produit avec la valeur de production de l'ouvrier et de sa force de travail, est précisément un trait caractéristique du régime de production capitaliste (i).
Ainsi, pour l'apologiste de l'ordre social existant, l'énigme devant laquelle nous nous trouvions placés tout à Theure est facile à résoudre. L'effort d'esprit du chimiste et l'effort musculaire du forgeron se présentaient à nos yeux comme des grandeurs incommensurables et les produits de leur travail comme dt s substances hétérogènes, de sorte que la quantité de l'un de ces produits ne pouvait pas s'exprimer par une certaine quantité de l'autre. Dans l'un et l'autre cas, cependant, nous avons affaire à une dépense cérébrale, nerveuse, musculaire de l'homme, défi; Karl Marx, loc. cit., note à la page 178 ; cf. tratl. fran<;., p. 84, col 2. (2^ « Il ne faut pas confondre, naturellement, le « travail rémunéré » {Kostenarbeit) et le « coût du travail » (Arbeilskosten). La dernière expression signifie a totalité des salaires qu'un produit a coûtés à l'entrepreneur, la première est la somme du travail même. » ^Rodberxus, Sociale ■Frage, tome 1, note à la page 68.)