‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 92 sur 184 · CHAPITRE XI. LA VALEl" R-DETRAVAIL SOCIALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. LA VALEl" R-DETRAVAIL SOCIALE

des organisations ouvrières et de leurs luttes contre les entrepreneurs, nous trouverons la pieuvedu contraire : les ouvriers, tout au moins, n'entendent pas vendre leur force de travail, miis simplement leur Irai-ail; ils ont même tâché de vendre un nombre toujours décroissant d'heures de travail contre les mêmes salaires ou même contre des salaires croissants. D'autre part, nous verrons l'entrepreneur capitaliste ou ses repre'sentants veiller attentivement à ce que ses ouvriers ne lui volent pas une minute du temps convenu ou s'opposera ce que, pendant cet espace de temps, ils donneut une intensité de travail insuffisante. Si, par hasard, l'entrepreneur tient encore compte de \di force de travail de ses ouvriers, lorsque l'un d'entre eux, par exemple, est momentanément dans l'impossibilité d'exécuter le travail convenu, c'est évidemment un acte de générosité et d'humanité de sa part, à moins qu'il ne cède à la crainte de l'organisation ouvrière. En efTet. il ne se croira pas obligea le faire en tant que capitaliste. Comme entrepreneur capitalist»', la force de travail, ainsi que la santé et la vie de son personnel, peuvent lui être indifTérentes aussi longtemps qu'il trouve assez d'ouvriers à embaucher. Il exige et peut exiger, selon son contrat, du travail réel. En tant qu'entrepreneur capitaliste il s'en lient à son « billet », — comme le Shylock de Shakespeare. Le cas où le capitaliste, par égoïsme bien compris, peut prendre à cœur le bien-être de son personnel et le bon soin de leur force de travail n'est qu'un cas exceptionnel dans la société actuelle. Pour le moment c'est le travail humain et non la force de travail que nous avons à analyser. Contrairement aux doctrines de l'école marxiste, c'est bien le travail humain qui se présente à nous comme une marchandise (1 . Par son aptitude à pro-

(1) M. L. V. BoRTKiEwicz, après avoir rappelé que Marx jiarle, luimême, dans sa Misère de la Philosophie, du « travail » comme marchandise et que cette même terminologie se retrouve encore {lar-ci par-lk dans le Capital ,'p. e. Das Kapital, tome I, p. 361 ; trad. Roy, p. 156, col. 1;, fait remarquer que l'expression tant aimée par Marx de << travail non payé* [unbezahUe Arbeitj serait inadmissible, si, ea réalité, l'ouvrier ven-

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duircde la valeur et des marchaiidises il a revêtu lui-même le caractère de valeur et de marcliaridisc, de môme ({ue, par son aptitude à se transformer en capital (au sens étroit du mot), une somme d'argent est elle-même capital (« capital potentiel » , comme le dit fort bien Karl Marx).

D'autre part, si le travail humain, analogue en cela aux purs dons de la nature, peut posséder de la valeur, il se distingue d'eux par une diflerence caraclérisli(jue. Les purs dons de la nature possèdent, dans certaines circonstances, de lavaleur d'usa/je ; par suite, après avoir été appropriés par quelqu'un, ils peuvent, dans la société actuelle, procurer aussi une valeur d'échange à certains biens, — nous en avons fourni divers exemples. Mais les purs dons de la nature, précisément parce qu'ils ne sont pas produits par l'iiomme mais se mettent gratuitement à son service, ne possèdent pas- de valeur de production. Par là ils se distinguent du travail, qui est lié à la personne du travailleur et par suite à son entretien matériel et à son éducation intellectuelle et technique. C'est cette valeur de production du travail, si l'on veut, qui se résout dans la valeur de production de la force de travail, c'est-à-dire dans la somme des moyens de subsis-

dait, non son travail, mais sa force de travail. (Voir Archiv fur Sozialivissenscliaft und SosialpolitiJi, Band XXV, Heft 2 — septembre 1907 — pages 482-483.)

M. Bortkiewicz a raison. Si Marx se place au point de v*e juridique d'après lequel « l'ouvrier libre » n'a rien à reprocher à l'entrepreneur capitaliste quant aux conditions de l'échange, s'il prétend que le capitaliste paye à l'ouvrier sa marchandise, force de travail, juste le prix qu'elle vaut au marché, — alors il n'y a plus de « travail non-payé », quand même l'ou- A'rier travaillerait 15 ou 20 heures par jour. Tout est payé, parce que !a « force de travail » est « payée ». Pour parler la langue de Marx : « il y a échange d'équivalents, la marchandise est payée à sa valeur » {Es tverden Equivalente ausgetauscht, die Waare ivird zu ihrem Werlhe bezahlt. Voir Marx, loc. cit., chap. iv, § 3, Kauf und Verhauf der Arbeitshraft, pages 143 et 154; cf. Irad. fr., pages 71 et 75.)

On voit que les sophismes juridiques de Marx ne servent ici qu'à embrouiller les questions, fait que Marx a dû sentir lui-même. Cf. sur ce dernier point : Das Kapitaî, loc. cit., chap. xvi, p. 545 ; trad. franc , p. 230.

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lance nécessaire au travailleur. Mais le travail a encore sa valeur d'usage spéciale et ici, pour le travail comme pour toute autre marchandise, c'est cette valeur d'usage qui intervient dans l'échange et distingue nettement la valeur d'échange du travail de sa valeur de production.

C'est encore par l'inHuence de la valeur d'usage du travail que s'expliquent certains phénomènes économiques demandant ici quelque éclaircissement. C'est l'influence de la valeur d'usage spéciale qui procure au travail de l'artiste ou de la grande modiste son caractère de travail s^ipérieur et qui donne à ses produits une valeur d'échange considérable, hfs produits inférieurs, vendus à bas prix, peuvent exiger des frais de production identiques ou même plus élevés.

Pour la marchanJise travail, comme pour toute autre marchandise, la doctrine de la valeur-de-travail, telle qu'elle est formulée par Marx, pèche par la base ; ici plus qu'ailleurs, par la nature du sujet, se montre d'une façon sensible l'inexactilude de son hypothèse' ondamentale, selon laquelle ont seules de la valeur les richesses qui ont coûté du travail, et seulement eu tant qu'elles en ont coûté.

Nous connaissons déjà la valeur d'usage des biens sous son double caractère de valeur d'usage persomielle et de valeur (Vusage sociale ; nous retrouvons ce double caractère en ce qui a trait au travail, comme en ce qui a trait à toute autre marchandise.

Dans notre exemple des œuvres d'art et des articles de modes de qualités ditlérentes, c'est la valeur d'usage personnelle du travail que j'ache'eur aura à apprécier. 11 s'agit ici de la satisfaction des besoins et des désirs purement personnels de certains amateurs ou clients. Lorsque cependant l'œuvre d'un artiste se distingue tellement de celle de ses confrères qu'elle est achetée pour un musée et devient, pour ainsi dire, un patrimoine public, nous pouvons considérer que le travail de l'artiste, en même temps que son œuvre, a présenté une valeur d'usage sociale toute particulière, dépendant encore, en premier lieu,

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des propriétés iiilrinî^èques de ce travail, mais se manifestant comme un rapport nouveau entre le produit de ce travail et rixmime.

Pour la très grande partie des articles de consommation journarn-re, la valeur d'usage pociale — aussi bien celle du travail ([lie celle de son produit — n'entre en jeu qu'en tant que les besoins et les désira personnels d'un consommateur particulier sont une partie de l'ensemble des besoins et désirs humains. Mais, dans celte mesure, l'action de la valeur d'usage sociale du travail est générale et s'applique incessamment.

Ordinairement, la seule question est de savoir laquelle des deux — valeur d'usage personnelle ou valeur d'usage sociale du travail — est mise au premier plan ; de la réponse dépend pour beaucoup notre jugement et sur le travail et sur son produit.

Ou considère généralement la mort comme un malheur pour la personne qu'elle frappe; au point de vue objectif, cependant, il serait plutôt malheureux que les hommes vécussent éternellement. 11 peut arriver, de même, qu'un travail quelconque possède une valeur d'usage essentiellement élevée pour un certain individu ou pour un petit cercle de personnes, tandis qu'au point de vue objectif et social, le même travail doit être considéré comme entièrement inutile, voire même nuisible.

Le travail du valet de pied possède probablement une valeur d'usage fort élevée pour son maître, qu'il soit prince ou haut fonctionnaire d'une république. Néanmoins, son travail, jugé d'après sa valeur d'usage sociale, peut paraître inutile à l'un d'entre nous, nuisible à l'autre, à cause de l'exemple d'oisiveté que donne ce travailleur comme à cause du coût de son entrelien. Ici et dans les cas semblables, comme nous l'avons fait remarquer ailleurs, il y aura autant d'opinions que de juges.

Cela n'empêche pas que l'on peut poser, en cette matière, quelques principes fondamentaux : Sans contredit, nous devons attribi.jer la valeur d'usage sociale la plus élevée aux espèces de travail qui répondent aux premières ?iécessilés matérielles des hommes, et rendent possibles nos relations, notre vie en société.

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