CHAPITRE XH. — OIÎSEKVATIONS CUM PLlhlENTAlH ES
ne peut s'appliquer que par fraction à cliacun des objets fabriqués pendant celte période.
11 est évident que, pour l'une et l'autre espèce de moyens de production, on ne saurait parler d'une transmission de la valeur de production au produit final qu'autant qu'ils possèdent eux-mêmes celle valeur. Les matières premières ou secondaires qui sont gratuitement à la disposition du producteur n'entrent pas dans la valeur de produclion personnelle ; celles qui sont librement accessibles à tous n'entrent pas davantage dans la valeur de p?'odiiction sociale des produits. Les unes et les autres sont comme les forces naturelles qui prêtent gratuitement leur concours dans le processus de la production. Le sable ou le bois sauvage de la forêt peuvent ne coûter au producteur que le travail nécessaire à les recueillir, les transporter et les ap[)liqaer à à une destination spéciale ; pour le reste, ils peuvent ne pas lui coûter davantage que la lumière du soleil ou l'eau de pluie. 11 en est autrement, si ces dons de la nature ne se trouvent que par exception à la libre disposition du producteur et se présentent ainsi comme un monopole. La force d'un courant d'eau dans une contrée industrielle peut nous servir d'exemple. Dans le cas du monopole, c'est seulement la valeur de production personnelle et non la valeur de production sociale qui reste invariable. Il est donc très compréhensible que la petite manufacture ait déjà tenu compte, dans la fondation des établissements, de la proximité plus ou moins grande des matières premières comme de toute autre condition permettant d'économiser les moyens de production. La fondation d'ateliers de sculpteurs sur bois dans les contrées boisées de la Suisse, de la Thuringe et de la Forêt-Noire, de sabotiers, vanniers, natliers, briquetiers au bord des rivières, s'explique par la même cause pour la période delà petite manufacture.
La grande industrie moderne comporte naturellement, à ce point de vue, bien d'autres exigences que la petite manufacture ; mais ces circonstances accessoires de la produclion conservent leur influence. L'établissement des hauts fourneaux, des
loi l'AiniK IV. LA VALKlIt DIC l'UODUCTION
fonderies ol des grandes forges de nos jours dans le voisinage des mines de ciiarbon et des gisements de minerai, est un ]»liénomène du môme ordre.
A aucune de ces deux époques il n'est question d'ime ne'cessilé rigoureuse ; on peut économiser par d'autres voies — surtout dans la grande industrie — que la production et le transport des matières premières et secondaires. La Suisse, la Suède et la Norvège, par exemple, doivent principalement l'existence de leur moyenne et grande industrie à la technique moderne qui transforme la force motrice des chutes d'eau en électricité, c'està-dire, à une économie des mo3'ens de travail.
D'une façon générale, les principes que nous venons de développer au sujet des moyens de production de diflérents ordres sont d'un intérêt essentiel à tout degré de développement du travail humain. Car aux matières premières etsecondaires d'une part, aux moyens de travail de l'autre, s'applique encore ce que nous avons dit relativement au travail : c'est non la valeur de irroduction personnelle, mais la valeur de prod^iction sociale qui, généralement, entre dans le produit; de plus, ce n'est pas ordinairement le coût de la production d'un produit, mais plutôt le coût de sa reproduction qui compte comme valeur de production sociale. Ce qui est enjeu, selon ce dernier principe, c'est la'valeur (le production sociale possédée par le produit prêt a la consommation au moment où il est apporté au marché.
Examinons de plus près encore l'application de ces principes importants : Letabletier voulant se permettre le luxe de tendre son atelier de tapisseries, ne saurait rationnellement compter l'usure de celles-ci dans la détérioration de ses moyens de travail. La valeur de production sociale transmise avec le temps au produit s'étend bien à l'atelier et aux instruments de travail, mais non à la décoration des locaux. Quoique les frais dépensés à cette décoration se rangent [larmi les frais personnels de fabrication des objets de tabletterie, ils ne comptent point dans la valeur de production sociale de ces produits.
Aussi longtemps que le métier reste encore entre les mains de
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l'artisan, la valeur de production se pre'senlanl sous la forme primitive de valeur-de-travail, de semblables dépenses jouent ordinairement un rôle peu important. Il en est autrement dans la petite industrie, et plus encore dans l'industrie moyenne et la grande industrie de nos jours. Ici tous les frais de production de celte espèce exercent une influence plus ou moins importante, à tel point, qu'un excès de dépenses sur ce chapitre peut décider bien souvent de l'avenir d'une entreprise.
Les machines coûteuses qu'emploie souvent la grande industrie moderne perdent sensiblement de leur valeur avec le temps, non seulement par suite d'usure matérielle, mais aussi par le simple fait de leur âge. Un entrepreneur, dans la grande industrie moderne, doit se tenir au courant du développement de son industrie et se préoccuper des inventions nouvelles de la mécanique, en tant que celles-ci peuvent lui permettre de réaliser des économies. S'il oubliait ce principe, sa machinerie, pour ainsi dire, se survivrait à elle-même. Par opposition à l'usure viaiérielle, c'est ce qu'on peut appeler l'usure économique des moyens de production.
Dans certaines brauches de la grande industrie, on reconnaît ainsi la nécessité du remplacement total de toute la machinerie (usée ou non usée) au bout de quelques années de service. Les compagnies d'assurance contre l'incendie comptent avec cette nécessité et font payer en conséquence de hautes primes aux industriels travaillant dans les branches en question.
Ici la valeur de production sociale des instruments de travail et leur absorption da7is un espace détey^miyié de temps jouent un rôle essentiel, et ceci ii'applique non seulement à tout entrepreneur en particulier, mais même à l'industrie nationale ou internationale.
D'autre part, la question de savoir ce qui compte comme valeur de production dans un sens général et social a une influence beaucoup plus importante pour la grande industrie que pour la petite manufacture et le travail de l'artisan isolé. Si la tapisserie
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ornant l'atelier du lablelicr n'apporte pas un tort irréparable aux affaires de l'arti&an, un trop grand déploiement de luxe dans une entreprise de grande industrie pourrait plus facilement mener l'entrepreneur à sa ruine. Ici les limites sociales posées dans chaque branche d'industrie, indépendamment de la personne de l'entrepreneur, ont un intérêt beaucoup plus direct ; une méprise à l'égard des moyens de travail y est d'une portée bien plus grande ; il est difficile de remédier à l'excès de dépenses apporté dans la construction d'un vaste immeuble^ tandis que Tartisan a bientôt fait d'enlever ou de vendre quelques objets imprudemment achetés.
Puis, dans la petite, moyenne et grande industrie, l'économie relative aux matières premières et secondaires joue un rôle non moins important assurément que dans la petite manufacture. Dans un établissement de grande industrie moderne bien dirigé, chaque objet, le plus petit même, doit avoir sa place et ne pas rester inutilisé. Un entrepreneur de capacités commerciales supérieures attribuait principalement la prospérité de sa fabrique de carrosserie à la bonne administration, au système d'économie pratiqué par la direction : pas un bout de ficelle dans son entreprise n'était gaspillé et tout, jusqu'aux copeaux de bois et aux vieilles boites de fer blanc, trouvait toujours son emploi.
Plus encore que l'économie des matières secondaires, c'est celle des matières premières qui exerce ici une influence essentielle, parce que celles-ci s'emploient en quantités plus considérables : « Si une seule livre de coton suffit pour faire une livre de filés, fait remarquer Marx, on ne doit employer qu'une livre de coton pour la confection d'une livre de filés. » (l).
Pour chaque établissement de grande industrie se trouve ici exprimé en quelques lignes un principe général de la plus grande importance pour le bon succès de l'entreprise.
Nous faisons expressément remarq^uer que toutes ces observa-
(1) Karl Marx, Das Kapital, t. I, ch. v, p. 168 ; cf. ti-ad. franc , p. 80, col. 2.