‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 99 sur 184 · CHAPITRE XII. — OBSERVATIONS COMPLEMENTAIRES 2oO · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — OBSERVATIONS COMPLEMENTAIRES 2oO

tiens sur les matières premières et secondaires, sur les moyens de travail et sur leur influence dans la création de la valeur, s'appliquent uniquement à la valeur de production (jue ces éléments ajouleut au produit et non à la valeur d'échange.

C'est une erreur importante de la théorie moderne de la valeur-de-travail, — erreur que l'on retrouve également chez Uodbertus et chez Marx, ~ de supposer que la « valeur » des moyens de production (c'est-à-dire selon cette doctrine, la quantité de travail représentée par ces moyens, ou ce que nous appelons leur valeur de production) entre telle quelle dans la valeur d'échange des produits, au fur et à mesure qu'elle est consommée dans le processus de la production.

La confusion est manifeste : si la part de valeur d'échange des produits que l'on peut mettre au compte de l'usage des moyens de production ne peut pas être fixée exactement, néanmoins on ne saurait l'identifier purement et simplement avec le travail représenté par ces moyens de production dans la proportion de leur r.sure. Le service que le matériel de production rend dans la création de la valeur d'échange objective et la valeur de production représentée par la part consommée de ce matériel sont deux choses différentes qu'il ne faut pas confondre.

Il est à peine utile de répéter qu'en dernière analyse, nous nous retrouvons ici encore eu présence de celte hypothèse Sj souvent critiquée que, dans l'échange, les biens produits par le travail humain possèdent seuls une valeur et que leur valeur correspond nécessairement à la quantité de ce travail.

Dans notre discussion de cette hypothèse, nous avons fait remarquer que les dons de la nature qui se trouvent gratuitement au service de l'homme et ne possèdent aucune valeur de production ne peuvent pas être mis à l'écart en vertu de leur gratuité, lorsqu'on estime la valeur d'échange des produits. Nous nous opposerons donc catégoriquement aussi à l'identifipation des services que rendent les matières premières et secondaires et les machines et autres instruments de travail avec la valeur de production qu'ils représentent. Cette identifica-

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tion esl aussi insoutenable pratiquement que théoriquement.

Dans un chapitre traitant de la valeur des biens complémen- (aires nous exposerons le principe général suivant : Lorsfjice di/lérenis facteurs 07it collaboré à la créalion d'un bien économit/ue, on 7ie peul 2yas mettre au compte dhtn seul de ces facteurs le produit de Vaction commune. En diminuant la valeur totale d'un produit de la valeur que certains faiteurs représentent isolément, pour attribiier ensuite la différence à taclion d'un seul facteur conservé, on oublie que les biens complé^neniaires doivent Ctre jugés dans leur ensemble.

D'après ce principe, si l'on veut déterminer la part qui revient au concours des moyens de production dans la créalion des richesses et dans la constitution de leur valeur, on ne peut pas remplacer ce concours par le coût de la production ou de la reproduction des moyens en question. C'est du moins impossible en ce qui concerne \divaleur d'échange des richesses, quoiqu'en disent les théoriciens de la valeur-de-lravail. Cette substitution ne s'applique en résilié (\[i k\a, valeur de production ùq^ richesses.

Karl Marx s'est laissé entrahier à poser l'hypothèse suivante : « Les moyens de production ne peuvent... jamais ajouter au produit plus de valeur qu'ils n'en possèdent eux-mêmes indépendamment du processus de travail auquel ils servent. Quelle que soit l'utilité d'une matière première, d'une machine, d'un moyen de production, s'il coûte 150 livres sterling, soit cinq cents journées de travail, il n'ajoute jamais plus de 150 livres sterling au produit total qu'il contribue à former. » (1).

Cette hypothèse est aussi inexacte lorsqu'on veut l'appliquer à la valeur d'échange des biens qu'elle est correcte pour leur valeur de ptroduction. Aussi caraclérise-t-elle une fois de plus la confusion entre ces deux formes de valeur, confusion que l'on retrouve continuellement dans les œuvres de Marx.

(1) Voir Karl Mabx, Das Kapital, t. I, ch. vi, p. 187 ; cf. trad. franc., p. 88, col. 1. RoDBKRTUs, de son coté, a moins approfondi cette matière. Voir cependant : Sociale Frage, pages 69-70.

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Si, cepeudant, nous devons rejeter ici les tliéories préseiilées par la doctrine moderne de la valeur-de-travaii en tant (jii'olles s'appliquent à la valeur d'échange, nous n'acceptons pas davantage celles que sa rivale, la doctrine utilitaire, expose au sujet des moyens de production.

La doctrine utilitaire moderne, d'après ses représentants les plus autorisés et d'accord avec sa théorie générale, considère la valeur des machines et de tous les « biens productifs », comme dépendant de Yulililé-limite du produit final prêt à la consommation et comme ne s'appuyant pas, par suite, sur le coût de production de ces biens mêmes (1).

(1) Très curieux est l'exposé que donne M. Bohm-Bawerk de cette hypothèse. Cf. Kapital und Kapitalzins, tome II, livre III, chap. i, vu, pages 288 et suiv.

Supposons, dit-il, qu'un article de consommation A provienne d'un groupe de biens productifs du deuxième ordre (G*); celui-ci, à son tour, d'un groupe du troisième ordre (G3), dérivant lui-même d'un groupe du quatrième ordre (Gj). Et ainsi de suite. A titre d'exemple et pour éclairer cette division empruntée à Meng-er, il prend comme article de consommation le jja/u ; comme groupe productif du deuxième ordre,' la farine, le four et le travail du boulanger collaborant à la production du pain ; comme groupe productif du troisième ordre, le blé, le moulin, les matériaux pour construire le four, etc., servant tous ensemble à la production des biens du deuxième ordre ; enfin la terre qui procure le blé, la charrue, le travail du laboureur, les matériaux nécessaires pour bâtir un moulin, etc., seront des biens productifs du quatrième ordre. M. Bohm-Bawerk pose ensuite les deux principes fondamentaux suivants :

«.Premièrement : attendu que, de tous les groupes pi'oductifs interjnédiaires qui passent successivement l'un dans l'autre, dépend la même utilité, la valeur de tous doit être en principe la même. »

« Secondenient : la quantité de cette valeur commune correspond pour tous ces groupes, en dernière analyse, à la quantité de V utilité-limite de leur produit final prêt à la consommation. » {Loc. cit., p. 291.)

D'après celte théorie, la valeur du travail du laboureur ainsi que celle de ses moyens de production dépend de la valeur du blé qu'il produit : cette dernière valeur à son tour, ainsi que la valeur du moulin, des matériaux pour la construction du four du boulanger, etc., dépend de la valeur de la farine, du four et du travail du boulanger, et enfin ces dernières valeurs dépendent encore de la valeur du pain. Ici l'école autrichienne s'arrête. Pourquoi? Est-ce que le pain 7ie produit pas

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