‹ Théorie de la valeurChapitre 19 sur 61 · OP IT CT SP RS PT · texte numérisé non relu

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chose, la qualité nécessaire et suffisante pour qu'un rapport économique s’établisse entre elle et l'homme et pour que la chose puisse posséder ainsi une valeur d’usage. Tout ce qui. en possède une n'est pas nécessairement utile et peut être même, dans certaines conditions, absolument nuisible au

bien-être définitif du consommateur, comme il arrive par exemple pour l opium ou l’absinthe.

Pouvoir servir à l’usage humain, voilà la notion à laquelle nous sommes renvoyés en définitive, quand nous recherchons si un objet possède ou non une valeur d'usage. La valeur d'usage ayant un caractère purement économique, on doit la considérer, au point de vue de sa seule existence, comme indépendante du jugement que l'on peut porter sur la légitimité de l'usage.

Les deux notions : avoir une valeur d'usage et servir à l'usage humain sont donc plus près l’une de l’autre que ne le sont la première et la notion de l'utilité.

Lorsque, cependant, nous cherchons à estimer la quantité de la valeur d'usage, lorsqu'il est question non-seulement de la simple existence, mais du degré de cette valeur, l'utilité exerce le plus souvent une influence essentielle.

Parfois, en même temps que l'utilité d’un bien diminue, nous voyons baisser aussi sa valeur d’usage, quoiqu 1l nous soit aussi facile « qu'auparavant de nous en servir. Le plus ou moins de valeur d'usage d’un aliment ou d’une boisson, par

exemple, ne s'explique pas par le simple fait de leur usage,

Mais pr incipalement par le fait plus spécial que cet usage est plus ou moins utile ; l'utilité d’une chose augmentant ou, ce qui revient au même, notre connaissance de ses caractères utiles se complétant, sa valeur d'usage augmente en même temps ; inversement, l'utilité d’une chose diminuant ou bien un caractère nuisible étant nouvellement découvert en elle, sa valeur d'usage diminuera aussi, bien que la chose continue à pouvoir être employée.

De même l'aptitude à être employé et même l'utilité proprement dite ne variant pas pour un bien considéré isolément, sa valeur d'usage peut cependant diminuer, si, à côté de lui, on découvre d’autres biens, propres au même emploi et mon-

trant la mème utilité, mais qui offrent, en même temps, de nouveaux avantages. Les derniers biens sont rendus préférables au premiers ; et leur apparition fait baisser immédiatement la valeur d'usage de ceux-ci.

Le platine aurait moins de valeur, dans son emploi pour les pointes de paratonnerres, dès que lon aurait trouvé un autre métal plus facile à obtenir et aussi propre ou plus propre à la même destination, Pour choisir un fait réel : La garance comme teinture a perdu en valeur d'usage depuis la fabrication des couleurs’ d’aniline, tout en conservant les propriétés et qualités par lesquelles elle peut servir à l'homme.

Le phénomène inverse peut aussi se produire : La valeur de certains biens peut augmenter lorsque d’autres qui répondaient aussi bien ou mieux aux mêmes besoins ou désirs humains cessent de leur faire concurrence, parce qu'ils sont devenus trop rares et trop difficiles à obtenir.

Ilest donc entendu que la valeur d'usage des choses peut varier, leurs qualités intrinsèques restant invariables ; 11 s’ensuit que la valeur d'usage ne saurait être identifiée simplement avec le pouvoir des biens de servir à notre usage. Nous devons généralement compter en même temps et avec les influences qu'exprime la notion d'utilité par rapport à chaque bien en particulier et à ses propriétés intrinsèques et avec la concurrence des différents biens répondant au même usage.

Comme nous venons de le remarquer, les deux notions expriment d’un côté certaines qualités intrinsèques et objeclives des biens et de l’autre un rapport subjectif entre les biens et le consommateur. Aussi le simple pouvoir de servir à l'usage et l'utilité peuvent-ils être également modifiés en premier lieu par toute variation de ces qualités intrinsèques des biens, telles qu'elles existent en eux et telles qu’elles nous

sont connues ; ensuite par tout changement dans les besoins

et désirs humains auxquels répondent ces biens (r).

(1) Les représentants de la doctrine utilitaire moderne, dans leur analyse de la valeur d’usage des biens, ont trop négligé les premiers facteurs indiqués ici et trop So emnent tenu compte Send des changements dans les besoins personnels des consommateurs et dans la rarelé A biens. Il est clair que cela a fortement influencé toute la théorie de la valeur chez ces

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Une nouvelle destination trouvée pour les richesses peut immédiatement influer sur leur valeur d'usage ; elle peut de même donner une certaine valeur d’usage à des objets qui autrefois étaient mis de côté comme de non-valeurs et dont cerlaines propriétés n'étaient pas utilisées par les hommes. Cet emploi, inconnu auparavant, leur accorde donc dès lors une place parmi les richesses humaines.

La lisière du drap, traitée autrefois en non-valeur, sert à l'heure présente à des industries particulières. Les horticulteurs et cultivateurs d'oignons de fleurs en Hollande jetaient autrefois aux ordures les fleurs de jacinthes et de tulipes ; depuis quelques années et par suite surtout de l'amélioration des moyens de transport, ils les ramassent soigneusement pour

… les apporter en bouquets aux marchés voisins. . Il n'est pas moins évident que la valeur d'usage des biens augmente ou diminue avec l'accroissement où la diminution des besoins du consommateur. Dans certaines conditions anormales, — la disette par exemple lors du siège d’une ville, — les premières denrées alimentaires peuvent obtenir une va-

économistes, Îls n'auraient pas pu, sans doute, construire leurs figures mathématiques et nous présenter leurs calculs plus ou moins ingénieux,pour exprimer les évaluations personnelles, s'ils avaient dû compter encore avec les propriétés et qualités infiniment différentes de toutes sortes de biens, ainsi qu'avec la connaissance que nous en avons, Tout à fait remarquable, à cet égard, est le procédé de M. Bôüuu-Bawenk, qui, pour mettre en évidence que la valeur d’ échange objective des denrées repose sur des évaluations personnelles, nous amène à un plaisant marché de chevaux, où se rencontrent des acheteurs et des vendeurs qui ont chacun devant les ÿeux un chiffre correspondant à la valeur qu'ils attribuent à « un cheval ». Pour ” que le jeu de ces évaluations d’où provient le prix de marché obéisse convenablement aux prescriptions de la théorie, l'auteur part, entre autres conditions, de la supposition singulière, que tous les chevaux offerts soient « de la mème qualité » (Kapital ane Kapitale ins, tome Il, livre IIT, chap. x, 1, page 211). Plus tard, dans notre critique spéciale des différentes théories de la valeur, nous reparlerons de ce bizarre marché.

M. Srancey Jevons à un procédé plus facile de démonstration, Quand il xeut nous exposer la valeur des choses en tant qu’elle repose sur des évaluations personnelles, il choisit de préférence « de l’eau ». Ne pouvant plus se servir de ce bien favori au marché proprement dit, il le remplace par « du blé » et « du bœuf », en faisant abstraction, naturellement, des qualités respeclives de ces denrées alimentaires. — C’est du blé et du bœuf purement abstraits, ce qui cadre à merveille dans ses figures et ses formules mathématiques,

leur d'usage surpassant de beaucoup leur valeur ordinaire.

Certains articles dont l'usage s’attache à une saison particulière, comme des vêtements d'hiver ou d'été, perdent avec cette saison leur valeur d'usage, qui ne leur revient qu'avec elle. Le fait que, dans tous les cas mentionnés, les altérations que subit la valeur d'usage des biens influent essentiellement sur leur valeur d'échange sera particulièrement examiné dans le présent ouvrage.

Dans notre ter de la valeur d'usage des biens nous aurons à distinguer la valeur d' usage per mue de la valeur d'usage sociale ou générale.

Il est évident que le plaisir ou l'avantage qu'une personne À peut tirer d'un objet quelconque, un tableau, une statue, ou d’une denrée en quantité déterminée, de Peau, du fer, de l'or, etc., est à distinguer de celui qu'une aggloméra-. tion d'hommes, un peuple entier, ou bien toute une généralion humaine peuvent tirer de l’ensemble de ces denrées : eau, fer, or, etc., ou mème d'objets particuliers, comme les tableaux et les statues de certains maitres.

Les propriétés des richesses auxquelles est dù ce plaisir ou cet avantage et qui sont la base de leur valeur d'usage, sont de même à distinguer selon que les richesses servent à un seul individu, ou bien à une collectivité d'hommes. Quand nous estimons que l'eau, le fer, l'or, possèdent une grande valeur d'usage pour la race humaine entière, notre jugement se base sur le fait que le pouvoir de ces richesses à satisfaire certains besoins ou désirs humains n’est pas limité à un seul individu quelconque où à un petit nombre d'individus. C’est donc la généralité et la communauté des besoins ou des désirs qui confèrent ici à la valeur d'usage des richesses en question, considérées dans leur ensemble, son caractère général.

Nous pouvons nous placer au même point de vue général quand nous comparons le pouvoir de servir à l’usage humain ou l’utihté d'une certaine catégorie de richesses aux mêmes qualités d'une autre catégorie. Nous pouvons, par exemple, estimer que le fer est plus utile que Por, juger l'eau potable apportée par la conduite d’eau d’une ville bien supérieure à l'eau de pluie conservée dans les citernes. En jugeant ainsi,

c’est la notion des besoins « généraux que nous visons et la valeur d’usage dont il s’agit ici est une valeur d'usage générale où sociale. on pourrions É distinguer parle nom de valeur d'usage objective, de cette autre valeur, dont nous venons de parler et qui est strictement personnelle et subjective; dans ce dernier sens c'était, en effet, la personne du consommateur immédiat et la signification que celui-ci pouvait attacher personnellement à un objet quelconque ou à une certaine quantité (un kilogramme, un litre) d’une denrée déterminée, qui décidait de la valeur. Aussi la valeur d'usage personnelle où subjective variet-elle avec les besoins personnels du consommateur immédiat et peut-elle varier, par conséquent, avec les circonstances momentanées d’abondance ou de disette dans lesquelles celui-ci se trouve. La valeur d'usage sociale où objective, au contraire, correspondant à la totalité disponible d’une richesse, et se rapportant également à la totalité des consommateurs ne peut varier qu'avec les besoins éventuels de cette collectivité dont chaque individu n'est qu’une partie.

Cependant la notion de valeur d'usage exprime déjà d’ellemême un rapport subjectif : rapport du consommateur à une richesse consommée. Peu importe, à ce point de vue, de savoir si le consommateur est une personne déterminée, ou bien une collectivité d'individus, ou encore, dans le sens le plus large du mot, le genre RÉRPE entier.

Tnant Fanpte de ces considérations de notre analyse générale de la valeur, nous pouvons donc définir la ET d'usage personnelle : valeur subjective, considérée dans un sens individuel et la valeur d'usage sociale : valeur subjective considérée dans un sens général.

Nous avons à examiner de près ces deux notions particu lières de la valeur d'usage dans les chapitres suivants,

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