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l'œuvre de ce dernier économiste, qui s'est occupée de recherches assidues et détaillées à ce sujet. Si ces recherches s'appuient sur des principes psychologiques et économiques bien et dûment établis, il ne sera sans doute pas sans intérét pour nous de suivre ces auteurs dans leurs développements subtils, tout en doutant de leur valeur réelle pour la vie sociale. k
« Nous attribuons, dit M. Bôühm-Bawerk, la plus haute importance à ces besoins dont la non-satisfaction aurait notre mort comme conséquence ; à côté d'eux nous plaçons ceux dont la non-satisfaction causerait un préjudice sérieux et durable à notre santé, à notre honneur, au bonheur de notre vie ; au-dessous viennent tous ceux, qui mettent en jeu des souffrances, des douleurs ou des privations plus passagères ; enfin nous placerons tout en bas ceux de nos besoins dont la non-satisfaction ne nous coûte qu'un très léger désagrément ou l’abandon d'une joie dont nous ne faisons que très peu de cas, D’après ces caractères, nous pouvons établir une véritable série ou échelle indiquant l'importance de nos besoins (1). »
Admettons qu'en eflet ces règles générales pour déterminer l'urgence des différents besoins humains correspondent à la réalité, ce qui, tout bien considéré, ne peut pas être, pour la raison que ces règles fondamentales varient avec les personnes mêmes des consommateurs. Nous pourrions, par exemple, nous demander s’il n’y a pas lieu de laisser une place-ouverte à certains besoins qui sont supérieurs à ceux dont la non-satisfaction cause lamort ; évidemment; il peut y avoir des individus pour lesquels certains besoins moraux ou religieux, ou certains désirs qu'ils jugent étroitement liés à leur honneur, pèsent plus que les besoins de la vie matérielle.
Tout en acceptant cependant la classification arbitraire que nous donne M. Bühm-Bawerk, est-ce que nous apprenonspar là l'importance relative, non de certains besoins en général, mais des besoins réels et déterminés que nous montre un individu donné à une époque déterminée, dans des circonstances précises, besoins dans lesquels se révèle commu
(1) Bünu-Bawenx, Kapital und Kapitalzins,t. IT, lv. HT, chap. 1,$ m1,p.148
nément tout un jeu compliqué de diverses tendances et inclinations humaines ?
« Chaque réveil de la faim n'a pas la même intensité, ni chaque satisfaction de ce besoin la même importance », nous fait observer déjà M. Bühm-Bawerk dans le même passage : « Dans l'échelle des catégories des besoins, le «besoin de nourriture» dans son ensemble se place avant les besoins de tabac, de boissons spiritueuses, de parures, et ainsi de suite ; ici, au contraire, s’entrecroisent les besoins des catégories les plus diverses » (Loc. cil., p. 1/9-190).
Au lieu, pourtant, de se contenter de ces considérations générales sur la nature des besoins humains, telles que nous xenons de les emprunter à lun de leurs meilleurs représentants, les économistes de l’école utilitaire moderne ont cru devoir aller plus loin et nous mettre sous les yeux des formules et des tableaux fixes et soigneusement élaborés pour nous exposer les besoins humains dans leurs divers degrés d'importance et leur action réciproque. M. Bühm-Bawerk croit pouvoir représenter dans ce but les besoins humains par les chiffres 10. 9. 8. etc., jusqu'à o (1), comme si la représen-
(1) « À proprement parler, dit M. Bôxu-Bawerk, qui, évidemment, a éprouvé plus vivement le « besoin » de clarté dans l’exposition que le désir d'examiner ce qu'est un besoin ou désir humain, « la catégorie la plus im portante ne se distingue de la moins importante qu'en ceci : chez elle, dans un certain sens, la tête s'élève plus haut, tandis que la base se trouve chez tous au mème niveau »,
Et il nous présente le schème suivant :
I IL III IV V VI VII VIII 1X x 10 » » » » » » » » »
I à I I I I » I I I (eo) [e) [e) O (e) [e) (e) (e) [e) nt
tation d’un groupe de besoins par une série de chiffres arithmétiques, n’était pas déjà un procédé arbitraire que la science n'autoriserait qu'après la preuve de sa légitimité. Ce n'est pas le droit de représentation en chiffres des phénomènes sociaux en général que nous contestons ici ; cela peut être en certains cas légitime et utile (que l’on pense à toute la science moderne de la statistique). Gependant, pour le phénomène qui est cher à M. Bühm-Bawerk et à son école, c’està-dire pour les besoins personnels, nous ne voyons aucun moyen de les soumettre à la mesure et de les exprimer en chiffres : ; il est donc impossible d’attacher aucune valeur scientifique à des schèmes dont les termes nous sont donnés sans aucune espèce de justification.
Stanley Jevons, comme tant d’autres économistes, a choisi des surfaces pour nous exprimer les évaluations personnelles des biens et des quantités limitées d’un bien. À mon avis, il est tombé dans les mêmes erreurs que l’école autrichienne (1).
« Dans ce schème, dit-il, les chiffres romains I-X indiquent les différentes catégories de besoins ainsi que leur rang en ligne descendante ; I représente la catégorie de besoins la plus importante, par exemple le besoin de nourriture, V une catégorie d'importance moyenne, par exemple le besoin de boissons spiritueuses, X, au contraire, la catégorie de besoins la moins importante que l’on peut imaginer ». Les chiffres arabes 10-1 représentent «les besoins concrets ou besoins partiels concrets qui se trouvent dans les diverses catégories » « ....plus la catégorie est importante, plus haut s'élève le besoin concret le plus important qu’elle renferme ». On peut considérer comme des exceptions « les catégories de besoins IV et VIT » …. € dans lesquelles, pour des motifs techniques, une satisfaction successive par actes partiels est imparfaitement possible sinon absolument impossible, de sorte que le besoin doit être satisfait entièrement ou pas du tout. Le besoin de poëles, par exemple, est déjà si complètement satisfait par un poèle, qu’un deuxième serait tout simplement inutilisable.....». (loc. cit, p. 153-154).
(1) Jevoxs distingue entre elles « l’utilité totale provenant d’une denrée quelconque » et « l'utilité s’attachant à une por lion particulière quelconque de cette denrée ». Il prend comme exemple les denrées alimentaires et nous exprime ses calculs sous la forme d’une figure (voir la figure A) accompagnée du texte suivant :
« La loi de la variation du degré d'utilité des aliments peut donc être représentée par une courbe continue pbq , et la hauteur o m so ° * abaissée de chaque point de la courbe sur
Figure \ la ligne 07, représente le degré d'utilité de la denrée lorsqu'une certaine partie en a été
consommée, |