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PRÉFACE IX

Considérons par exemple, dans la vie sociale actuelle, l'échange des marchandises et remarquons les influences complexes qui, sur le marché moderne, collaborent à fixer leurs prix définitifs ; nous verrons aisément combien peu les lois purement économiques sauraient être séparées dans ce cas des lois générales de la constitution et du développement de la société.

Nous ne prétendons nullement par là que les lois du bien-être matériel des hommes ne puissent pas être soumises à un examen scientifique distinct, ni que la science économique, par le domaine singulièrement vaste où s'étendent ses recherches et l’importance particulière des questions qu’elle traite, ne doive pas rester nécessairement réservée à des savants spéciaux ; mais cette science ne saura être pratiquée avec succès, c'est ce que j'ai voulu démontrer, que lorsqu'elle sera tenue continuellement en rapport avec les autres branches de la philosophie sociale.

C'est à ce point de vue comnie un ensemble de recherches sur un subdomaine de la sociologie générale, que je désire voir juger cet ouvrage.

Je ne m'’arrêterai pas à défendre le caractère scientifique que peuvent avoir de telles recherches. L'on a prétendu parfois que la science économique ne saurait porter le nom de science en disant qu'elle ne mène pas, Comme par exemple les mathématiques, à des données certaines et exactes ; cette objection, cependant, s’appliquerait non seulement à cette grande subdivision spéciale, mais à la sociologie dans son ensemble. Je pense en outre, comme cela a déja été dit par d’autres, que ceux qui ont défendu cette opinion ont trop peu distingué entre certitude etexactitude où précision mathématique. La sociologie, ainsi que la science économique en tant que subdivision de celle-ci, peut nous donner de la certitude aussi bien que n’importe quelle autre science. Seulement celle qu’elle procure dans son domaine particulier res-

tera toujours la certitude relative qu'on doit attribuer à toute tendance.

x PRÉFACE

Si l'on appelle science la recherche des lois générales dérivées des faits particuliers et, ensuite, la confirmation et la coordination de ces lois, la science économique mérite incontestablement ce nom. Aussi la certitude que nous procurent ses recherches nous donnera-t-elle la possibilité, — c'est un des traits caractéristiques de toute science réelle, — de déduire avec justesse, jusqu'à un certain point, l'inconnu et le futur du connu et du présent.

Dans la science économique, cependant, plus peut-être que dans n'importe quelle autre science, 1l nous sera incessamment remis en mémoire que nous avons à compter avec des lois tendantielles. Précisément à cause de la complexité de la vie sociale et de l’action simultanée de différentes tendances, les phénomènes sociaux el économiques nous paraitront parfois moins faciles à déterminer que ceux qui sont étudiés dans d’autres branches de science.

Si, néanmoins, la sociologie doit véritablement étre considérée comme une science, et même, à mon avis, comme une

des plus importantes et des plus étendues, — celle de l’évolution humaine dans son ensemble — la branche particulière

de cette science générale qui s'occupe des lois du bien-être matériel des hommes est, sans contredit, de la plus grande i1mportance parmi les sciences sœurs.

Je partage la conception matérialiste de l'histoire en me plaçant au point de vue évolutionniste qui, depuis le xvin° siècle, pénètre de plus en plus dans les esprits; je pense donc que les conditions d'existence matérielle du genre humain forment les bases réelles de toute la vie morale, intellectuelle et politique des peuples et que celle-ci, de son côté, réagit sur les premières. Or, la branche de la science qui s'applique à rechercher les lois de ‘cette existence matérielle se place, à mon avis, dans les premiers rangs, s’il est vrai que l’on puisse parler de rangs parmi les sciences.

Je puis donc résumer ainsi mon opinion: La science générale de la sociologie étudie de tous les côtés les phénomènes

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