PRÉFACE XI
de l'existence sociale des hommes ; chaque divisicn de sa tâche de géant doit être attribuée à une branche spéciale. Une de ces branches de science s'applique à l'étude du bien-être matériel des hommes : étude de la constitution et du développement des rapports de production et de distribution. Cette science spéciale puise dans toutes les autres branches de la sociologie, comme celles-ci puisent en elle et l'étude de cette science spéciale ne saurait donc être séparée de celle des sciences-sœurs. Au contraire, ce sont précisément les rapports réciproques entre toutes ces branches de science générale qui doivent nous éclairer sur les questions sociales les plus importantes.
L'espoir que je fonde sur l’économie ne s'appuie pas sur la méthode suivie jusqu’à nos jours par la plupart de ses représentants et qui ne méritait guère le qualificatif de scientifique. Aussi cette méthode sera-t-elle critiquée spécialement dans le présent ouvrage.
Pour les deux grands groupes d'économistes qui, de nos jours, se disputent le premier rang : la théorie de la valeur de travail, — doctrine objectiviste, — et la théorie « utilitaire », — courant subjectiviste, — la science économique a été trop une science d'abstractions et de métaphysique. Leurs représentants ne sont que trop partis de certaines causes premières et générales pour nous expliquer par elles les phénomènes sociaux. Ayant hâte, en outre, de transformer les résultats de leurs recherches en système complet, ils nous ont dressé une philosophie sociale qui, naturellement, devait se perdre dans l’abstraction.
Examinons d'abord le courant objectiviste dans la science économique, ce courant, comme on l'a dit, qui part de Quesnay et, en passant par Ricardo et Rodbertus, s'écoule dans le système économique complet de Karl Marx. Est-ce que ce n’est pas trop une doctrine d’abstractions malgré les capacités extraordinaires d'analyse des conditions réelles de la vie dont fait surtout preuve Marx ?