LA VALEUR DE TRAVAIL SOCIALE
1 — Durée et Intensité du travail. Force productive technique . du travail. La détermination quantitative de la valeur-detravail sociale.
Par la valeur-de-travail individuelle nous étions renvoyés à l'artisan plus ou moins isolé, travaillant en dehors de la concurrence ; la valeur de production sociale, partout où elle montre encore le caractère primitif de simple valeur-detravail, nous ramène, au contraire, à la main-d'œuvre sous le régime de la concurrence et, en général, à l'atelier de la petite manufacture.
Nous avons vu qu'au temps des corporations et pour certans articles d'usage général, l'artisan indépendant du village avait déjà à compter avec la concurrence des ouvriers urbains. Au fur et à mesure que l'organisation se développait dans chaque métier, il devait nécessairement s'établir, à coté du nombre indéfini des valeurs de travail individuelles, une valeur-de-travail générale ou sociale exprimant le coût de travail qui, dans une commune ou une contrée déterminée, était d'ordinaire considéré comme indispensable à la production de différents articles de consommation. La tendance à la création d’une telle forme de valeur devait se montrer plus forte à mesure qu'un article était d'usage plus
général et que sa production était plus facile à controler.
Dès lôrs, et nous l’avons fait remarquer plus haut, à côté du coût de production d’un article tel qu'il se présentait pour son producteur éventuel se faisait jour un coût de produce» tion de ce même article évalué selon le développement général des forces productives.
Si la valeur objective (valeur d'échange) et le prix des produits trouvent un élément essentiel de leur constitution. dans le travail humain qu'exige leur production, il résulte de ce même principe que toute quantité de travail qu'il plait à un producteur particulier de dépenser à la production d’une denrée ne se réalise pas nécessairement et absolument dans le prix de marché. Ce coût personnel pouvait générale= ment se réaliser purement et entièrement, aussi longtemps que le producteur était sûr de ne pas rencontrer de concurz rents, — et même, dans ce dernier cas, la critique des ous vriers d’une autre profession pouvait exercer sur son travail un contrôle appréciable. Ce phénomène, cependant, cessait normalement d'exister, aussitôt que le travail commençait à s’organiser délinitivement. Ceci fait, le contrôle prenait peu à peu une forme fixe par suite des circonstances danss lesquelles se faisait la production; la concurrence commen= çait à tracer des limites générales dont chaque producteur particulier avait à tenir compte.
Au Moyen Age les conditions posées ainsi à tout producteur, pour que son coût de production personnel püt se prés senter comme valeur-de-travail sociale, se présentaient d’or dinaire comme figées dans les statuts des corporations et dans les règlements concernant les prix des denrées. Cependant, même sans cette sanction plus ou moins officielle et pan les circonstances seules dans lesquelles se faisait la produc= tion pour chaque branche de métier, de telles conditions. générales devaient se poser naturellement.
Lorsque le travail humain, — énergie potentielle transformée par l'organisme humain en mouv ement mécanique, — sert à un Pr productif, modifiant les matières premières. et les rendant propres à l'usage de l’homme, il est une force. toujours limitée quantitativement, quelle qu’en soit la nature
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et quel que soit le nom qu’il porte, travail musculaire, travail des nerfs, travail intellectuel, etc.
La quantité de travail appliquée par deux individus, dans Ja même durée, à un objet quelconque, dépend premièretment de la constitution physique et intellectuelle de lindividu, dépendant elle-même de ses facultés naturelles, de sa nourriture, du repos qu'il prend, ensuite de son habileté professionnelle, de son développement intellectuel, ete. L'intensité du travail, — c’est là le terme ordinaire, — varie donc avec la personne du travailleur.
Tout travail humain présuppose non seulement l’action des facultés physiques et intellectuelles du travailleur, mais aussi Pusage de certains instruments de travail, et il est évident que la qualité de ces derniers ainsi que leur degré d'adaptation à des fonctions spéciales peut essentiellement influer sur les résultats du travail.
- Nous avons ici sous les yeux deux catégories de facteurs que, — du point de vue du travailleur, — nous pouvons appeler les uns’ intérieurs, les autres extérieurs ; c’est avec ‘toutes deux que nous aurons à compter en appréciant les résultats du travail humain.
… En nous plaçant au point de vue de la production générale, nous comprenons la première série de facteurs, comme déterminant l'intensité du travail humain, la deuxième série comme déterminant la force productive technique du travail ; par cette dernière expression nous entendons l’action de tous les facteurs extérieurs quiconcernent soit l'organisation technique de la production, soit l'amélioration et le perfectionnement des instruments de travail, machines et outils. Les facteurs de la dernière catégorie diffèrent beaucoup selon les époques et selon les métiers, mais ils peuvent être considérés comme connus à un moment donné et dans une branche déterminée de la production.
Nous ne prétendons pas que ces deux expressions, intensulé et force productive lechnique du travail, résument entièrement la série des facteurs tnlérieurs et extérieurs qui influent Sur les résultats du travail.
. Nous verrons, par exemple, que le caractère plus où moins
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dangereux du travail pour la santé ou la vie de l’ouvrier doit être considéré parfois comme une influence qui ne porte pas, il est vrai, sur l'intensité du travail, mais assurément sur la valeur d'usage du travail et de son produit. Il en est de même de l'intelligence particulière et des dispositions natus relles du travailleur qui influencent parfois non l'intensité, mais la valeur et l'importance spécifique du travail jugé d'après ses résultats. Ainsi nous distinguerons dans l'œuvre d'un artiste de talent un élément très spécial que lon ne saurait, à bon droit, attribuer à l'intensité du travail de l'auteur, mais qui décèlera d'une façon indiscutable la prés
sence d’un ou de plusieurs autres facteurs intérieurs consti=
tutifs de la valeur de ce travail.
A la fin de ce chapitre, nous traiterons spécialement du rôle que joue dans de semblables conditions la valeur d'usage du travail, mais nous désirons faire observer dès à présent, que, dans notre cas, cette valeur d'usage sera partiellement distincte dans ses facteurs de l'intensité et de la force produes live lechnique du travail (+).
Enfin, les résultats du travail dépensé à la production des richesses, comme le résultat de l’action de toute autre force, dépend encore directement de la durée de ce tra= vail. |
Une question se pose tout d'abord: Comment est déter= minée la quantité du travail dépensé à la production des richesses ?
La résolution de cette question sera indispensable à lana=, lyse du problème qui se pose ensuite : Comment se détermine
(1) Nous disons partiellement, parce qu’en effet les facteurs que nous vis sons ici et dont l’action peut donner une valeur d’usage spéciale à certains.
articles de consommation peuvent parfois se traduire sous l’une ou l’autre de
ces deux formes. Le fait, par exemple, que les aliments (beurre, pain, etc.) produits mécaniquement, possèdent souvent de meilleures qualités que les”
mêmes aliments produits à la main, constitue une cause essentielle de la su= périorité du premier travail sur le second. Ce phénomène s’explique seule= ment par le développement de la force productive technique du travail et telle est également la raison pour laquelle certains produits industriels confec=
tionnés à la machine, sont mieux finis que des produits semblables fabriqués |
par la main de l'artisan, Et ainsi de suite.