LL
Quand il s'agit de certains produits déterminés du travail physique, nous pouvons parfois fixer empiriquement l’intensité du travail en notant la quantité de produits fabriquée dans une unité donnée de temps. L’intensité du travail des scieurs de bois ou des paveurs peut s'exprimer ainsi plus ou moins exactement par la quantité de bois scié ou de pierres mises sur la route par chaëéun d'eux, dans l’espace d’une journée. La détermination de l'intensité du travail, cependant, nous causera beaucoup plus d’embarras dès que nous aurons à examiner tout à l'heure le travail intellectuel, travail dans l'art, la science, etc., etilen sera de même, lorsque nous désirerons mesurer d'une manière rigoureuse et exacte l'intensité du travail physique.
La valeur-de-travail des produits est influencée en raison inverse par la force productive technique du travail, de sorte qu'une quantité déterminée de produits représente une moindre valeur-de-travail à mesure que les circonstances extérieures et techniques permettent de la produire dans un moindre espace de temps, l'intensité du travail restant invariable. En d’autres termes : l'intensité du travail ne variant pas, la production d’une denrée coûtera moins de temps, au fur et à mesure que les conditions techniques du travail seront plus développées (1). Selon la tendance exposée plus
dans les différents cas ; nous pouvons aussi dit-il, les diviser de la même manière, bien qu’en réalité elles soient d’une durée inégale dans les diverses branches de métier. Il n’y a pas à discuter cette supposition « en théorie » d’un fait inexact en réalité. Elle trahit la faiblesse de la théorie et l’embarras qu’elle cause à Fauteur,
(1) Sous le nom de conditions techniques, nous entendons seulement des facteurs extérieurs. Karl Marx qui n’a pas séparé les facteurs en deux catégories a mêlé ensemble des facteurs intérieurs et extérieurs, sous le terme général de & force productive du travail ». CF. Das Kapilal, KE, trad, franç., p. 15, col. 2 : &« La quantité de valeur d’une marchandise resterait évidemment constante si le temps nécessaire à sa production restait aussi constant. Mais ce dernier varie avec chaque modification de la force productive du travail, qui de son côté dépend de circonstances diverses, entre autres de l’habileté moyenne des travailleurs ; du développement de la science et du degré de son application technologique ; des combinaisons sociales de la production ; de l’étendue et de l'efficacité des moyens de produire et des conditions purement naturelles, La même quantité de travail est représentée, par exemple, par 8 boisseaux de froment, si la saison est favorable, par h boisseaux seulement, dans le cas contraire ».., À bon droit M. Léo von
haut, une telle denrée tendra à être considérée comme équivalente, dans l'échange objectif, à une quantité moindre de tous les produits pour lesquels la force productive technique du travail n'a pas changé. Cela nous ramène à la thèse suivante, développée par Rodbertus, que le travail, tout comme l'argent, ne saurait être nommé une mesure proprement dite de la valeur, attendu qu'on n’a pas encore l'expression de la valeur d’une marchandise lorsqu'on sait seulement qu'elle vaut n argent ou n travail : «on devrait se demander d’abord, combien n argent ou # travail valent eux-mêmes exprimés en toutes sortes d’autres marchandises. » (1) |
Dans la vie journalière l'influence exercée par la force productive technique du travail sur la valeur de production de certains articles d'usage général, est exprimée par des locutions telles que la suivante: « Ün tel article n’a plus de valeur, on le produit trop facilement avec les nouvelles machines ».
Qu'on nous permette une petite digression au sujet du déve. loppementdela force productive robe du travail. Il résulte de ce que nous avons dit que ce développement, bien que généralement considéré comme un progrès de la civilisation, ne mérite pas toujours et sans réserves celte qualification, étant donnés les rapports capitalistes de la société moderne. Beaucoup d'articles d'usage journalier, tels que des clous, des aiguilles, desépingles, des crayons, des plumes ete., seraient, assurément, mieux appréciés par les consommateurs s'ils étaient moins faciles à produire en quantités énormes. L’écolier qui casse son crayon
PAST NT Te D.
Bucn (dans sa petite étude intitulée: Zntensität der Arbeit, Wert und Preis der Waren, p. 155), a fait remarquer que logiquement des prémisses de Marx devrait sortir la conclusion suivante : « La quantité de la valeur d’une marchandise est en raison directe de la durée et en raison inverse de la force productive du travail réalisé en elle », Or, la conclusion de Marx est ainsi conçue : « La sin sue de valeur d’une marchandise varie done en raison directe du quantum et en raison inverse de la force produc tive du traval qui se réalise en elle. » Il est évident que Marx confond ici deux nolions différentes : le « quartum du travail » ét le « quantum du temps de travail, » (Voir Von Bucu, loc. cit., et ef. notre note à la page précédente). (1) Ropsertrus, Zur E rhenniniss, P. 39.
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ou brise sa {plume neuve nous dira: « J’en ai tant pour un sou ». Il exprime ainsi, d’une manière un peu insolente, le peu de valeur qu'il attribue à ces utiles instruments. Notons bien qu'il s’agit ici non seulement de la valeur de production et
- par suite de la valeur d'échange, mais aussi de la valeur d'usage
de tous ces articles et que c'est en effet la valeur sous toutes ses formes qui est influencée par le développement de la force productive technique du travail. Une seule plume d'acier, un seul crayon, une vingtaine d’allumettes suffisent aussi bien au besoin journalier d’un seul consommateur qu'une grosse de plumes ou de crayons où qu'une boîte entière d'allumettes. Le surplus des biens économiques de cette espèce fabriqués en masses énormes n’est que par trop souvent gaspiilé, comme cela se produit pour les biens non-économiques :
l'eau potable, par exemple.
Une grande quantité de travail humain est ainsi dépensée inutilement à la production de semblables richesses et cela a lieu souvent dans des branches d'industrie qui exigent un travail pénible ou malsain, telles que la fabrication des allumettes ; ce surplus de travail aurait été beaucoup mieux dépensé, sans nul doute, au développement intellectuel et moral des travailleurs. Nous avons toute raison de supposer que, si les ouvriers réglaient ef dirigeaient, par leurs organisations, la production et la distribution des richesses, on prendrait des mesures rationnelles pour éviter le gaspillage du travail humain. Tout cela a d’autant plus d'importance qu'il est question ici précisément d'articles d'usage général produits, en tant que ( marchandises principales », en quantités considérables.
Pour revenir à la détermination de la valeur de production nous nous demandons si, après avoir défini les facteurs généraux de cette forme de valeur, nous sommes à même d’en fixer la quantité. Si nous supposons connu le temps de travail qu’un producteur particulier a dépensé à un article quelconque et la valeur de production personnelle que cet article représente pour lui, avons-nous trouvé le moyen d'en déduire théoriquement Le temps de travail et la valeur de production sociales ?
Un court examen suffira pour nous convaincre de l'impossibilité de cette déduction. Ge n'est que pour un seul des facteurs qui décident ensemble de la valeur-de-travail, pour la durée du travail, que nous possédons dans la division usuelle du temps (en années, jours, heures, minutes et secondes) les unités nécessaires et suffisantes à une comparaison sérieuse el une déduction exacte.
En admettant que l'influence de la force productive technique
du travail puisse être mesurée pour tout produit spécial, ce qui n'a pas lieu, comme nous le verrons encore amplement, il est néanmoins certain que l'intensité du travail ne peut pas être mesurée directement. Sans même examiner dès maintenant le travail dépensé dans quelques métiers différents où nous avons manifestement affaire à des grandeurs complète ment incommensurables, si nous considérons chaque marchandise en particulier et chaque branche isolée de production, nous nous heurtons encore à une réelle impossibilité de mesurer directement l'intensité du travail ou de la réduire rationnellement à une intensité moyenne du travail humain. Pour pouvoir mesurer directement cette intensité, les instruments, dynamomètres ou ergographes, adaptés à chaque travail spécial, nous font défaut. Ces instruments peuvent enregistrer quelques formes très simples du travail musculaire, mais la possibilité de leur existence pour un travail plus complexe, par exemple pour le travail intellectuel, appartient encore au domaine de la fantaisie.
Vouloir comparer, par la voie de la statistique, les produits que les ouvriers d’un mème métier fabriquent dans une unité déterminée de temps, ne saurait nous amener à des résultats exacts que pour certaines espèces de travail physique, comme le travail des paveurs ou des scieurs de bois. En outre, pour que ces calculs pussent nous permettre de déterminer indireclement l'intensité du travail et par suite la valeur de production sociale, nous serions obligés d'enregistrer les résultats du travail de tous les ouvriers dans une même branche d’industrie, ou de rechercher par toute autre méthode, offrant des garanties suffisantes d’exactitude, l'intensité moyenne du travail humain dans l’industrie en question: ce procédé nous
apparait encore aussi impraticable que l'usage d'instruments spéciaux (1).
Il faut donc renoncer à mesurer l'intensité du travail humain, directement ou indirectement, quels que soient les avantages promis par ce procédé, —- s’il pouvait réussir. Nous avons d'autant moins à nous y attarder, que Pintensité du travail est en somme un seul des facteurs qui décident de la quantité du travail appliqué aux produits. Nous savons que
la valeur de production des biens se construit sous l’action
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compliquée de trois facteurs différents, que l’on ne saurait rationnellement séparer les uns des autres dans la pratique. Tout particulièrement nous avons mis en lumière, à ce point de vue, le troisième facteur : la force productive technique du travail, dont l’action, en effet, se croise incessamment avec celle des deux autres facteurs.
Dans la vie pratique, les difficultés que nous offre la détermination de la quantité du travail, sont résolues par la voice d'une estimation empirique et grossière des produits : on apprécie ainsi les résultats du travail, les produits, au lieu du travail lui-même, en embrassant dans un seul acte du jugement la durée et l'intensité, ainsi que la force productive
(1) Une tentative de mesurer l'intensité du travail à été récemment faite par M. Léox vox Bucu (Voir sa brochure: Intensität der Arbeit, Wert und Preis der Waren.) En exposant les mêmes difficultés que nous venons d'examiner, il pense pourtant que « nolens volens nous avons à inventer autre chose ». Il veut donc comparer l'intensité du travail à l’intensité limile oplima du travail, laquelle, dit il, est à considérer comme unité, Ilentend par cette expression « le résultat du travail d’un ouvrier obtenant le produit plein et entier de son travail et ne travaillant pas plus de 8 heures par jour ». L’intensité du travail par heure d’un tel ouvrier est prise par lui comme unité. Nous nous éloignerions trop de notre but si nous voulions critiquer longuement cette tentative. Faisons simplement remarquer ceci, que la tentative de M. Buch nous parait avoir complètement échoué et qu’il ne saurait en être autrement, attendu qu'en principe l’intensité du travail de l’ouvrier, dans les conditions posées par M. Buch, diffère avec le travail même et le métier auquel il appartient, et même avec la personne du travailleur. Il n’y a pas plus de raison d’accepter ici l'unité proposée par M. Buch que de choisir comme mesure générale l'intensité du travail d’un ouvrier, dont la hauteur est de 1 mètre so ou l’âge de 4o ans,
Cependant, si la mesure « inventée » par M. Buch manque de raison d’être, il revient à l'auteur le mérite d’avoir très bien envisagé, à son tour, que la notion du « simple travail moyen » (einfache Durchschnitisarbeit) de Karl Marx est dépourvue de sens,
technique du travail, Nous avons fait observer que seuls les produits de certaines catégories spéciales de travail physique peuvent être ainsi estimés avec quelque exactitude. Ce qui rend cette estimation pratique plus grossière et moins juste encore qu'elle le soit déjà par sa nature pour les produits d'une seule branche de métier, c’est le fait que la valeur de production des biens dépend étroitement de la masse et des qualités des instruments de travail, outils, etc. ; l'usure de ces derniers est un élément essentiel qui entré sans altération, comme nous le verrons encore, dans la valeur de production des biens et dont l'action ne saurait être négligée.
Examinons maintenant l'estimation d’une quantité de travail telle qu'elle se fait dans la vie pratique. Supposons pour cela que dans une branche de métier où la valeur de production possède encore son caractère de simple valeur-detravail, un certain produit (N), — un ouvrage de tabletterie par exemple, — soit fabriqué par un ouvrier déterminé, travaillant isolément, en 70 heures, ce temps exprimant alors sa valeur de production personnelle ; que le même article soit produit en 60 heures dans un atelier où un certain nombre d'ouvriers collaborent à sa fabrication et où se pratique la division du travail, — nous supposons par exemple que cinq ouvriers possédant en moyenne la capacité du premier puissent confectionner ensemble l’article en 12 heures; enfin qu'avec l'emploi des moyens techniques les plus modernes et les plus perfectionnés l’article soit fait en 5o heures. Dès lors, 50 heures de travail (travail dans des conditions données) seront considérées, communément, comme représentant la quantité de travail socialement nécessaire à la confection de l’article en question (1).
Il faut partir, cependant, de la supposition que les conditions techniques dans lesquelles s’accomplit la production dans le dernier de ces trois cas soient accessibles à tous.
(1) Ge qui est appelé par Ricarpo : « la quantité relative de travail nécessaire pour produire la marchandise » t{he relalive quantily of labour which is necessary for its production) ; par Karc Marx: « le quantum de travail socialement nécessaire » (das Quantum gesellschaftlich nothwendiger Arbeit).
he.
C'est ainsi que le comprennent les producteurs eux-mêmes, En ce qui concerne celte supposition, il faut observer que les conditions les plus favorables de la production pourraient être attribuées à la collaboration d'influences particulières tombant sous le monopole d’un seul producteur où de quelques producteurs privilégiés. Tel peut être le cas, par exemple, lorsque, dans la production, une roue hydraulique est appliquée comme force motrice. Dans ce dernier cas, Do heures de travail ne réprésenteraient pas la quantité de travail socialement nécessaire à la fabrication’ de l'article que nous venons d'indiquer. St, cependant, les conditions techniques de la production sont à la portée de tous les producteurs, chacun d'eux tendra à s'adapter à ces conditions extérieures pour ne pas dépenser un travail inutile ; il voudra « se mettre au courant
des progrès du métier ».
Nous pouvons donc poser ici la règle suivante : Dans une branche de métier où la valeur de production se montre encore à nous comme simple valeur-de-travail, la quantité de travail socialement nécessaire à la produchon d'un article est représentée par la quantité de travail personnellement nécessaire à la production de cet article dans les conditions techniques les plus favorables, pourvu, seulement, que ces conditions soient accessibles à tous.
Faisons remarquer que dans les trois évaluations différentes, — 70, 6o et 5o heures, — du coùt de travail personnel s'exprime l'action commune des trois facteurs distingués plus haut : durée, force productive technique et aussi intensité du travail. |
Supposons maintenant que certains ouvriers doués de capacités plus que moyennes où travaillant dans les conditions techniques les plus favorables avec une intensité plus qu'ordinaire, dépensent 4o heures de travail à la fabrication de l'article N. Admettons que 5 ouvriers le confectionnent en 8 heures. Leur travail étant le travail d'ouvriers doués de capacités plus que moyennes, se fera valoir dans ce cas à la façon d’un monopole par rapport à l'intensité, — tout comme l'application de la roue hydraulique par rapport à la produclivilé technique du travail. La valeur de production sociale de
l'article N, dans le dernier cas, continuera toujours à s’exprimer en 5o heures de travail. En d’autres termes, î ho heures de travail d’un tel ouvrier comptent dans la vie pratique comme 90 heures de travail, dont l'intensité et la productivité technique servent de base à la comparaison générale.
Ces 50 heures de travail sont des heures de travail concret et nullement abstrait ; ce sont 50 heures d’un ouvrier de capa= cités déterminées, travaillant avec une intensité déterminée et dans les conditions techniques de production les plus favorables, paru celles que l’on peut considérer comme accessibles à tous ;1l est donc question d’une certaine catégorie bien spéciale de travail personnellement nécessaire à la production d'un objet déterminé et d’un travail dont les 50 heures comptent, dans les rapports actuels de la production, comme des heures de travail socialement nécessaires. De même le travail du premier ouvrier est du travail concret : travail d’un ouvrier de capacités moyennes, exécutant son métier avec des outils primitifs et travaillant, en conséquence de son isolement, dans les conditions techniques les plus défavorables. Ce dernier travail, tout en se prolongeant pendant un espace de 70 heures, n’est compté pourtant que pour 50 heures de travail socialement nécessaire à la production de l’article N.
Il faut supposer chaque fois que l’usure des moyens de travail, immeubles, outils, etc., est la même pour tous les cas présumés. S'il en était autrement, si l'usure des instruments de travail était bien plus sensible dans le troisième et le quatrième cas que dans les deux premiers, — les instruments étant plus précieux dans les deux derniers cas, — la valeur de production sociale qui serait transmise chaque fois au produit pendant une unité de temps quelconque (une heure par exemple) serait influencée par cette différence.
Dans un des chapitres suivants nous reparlerons encore de l'usure des instruments de travail; nous verrons que, tout comme la valeur de production des matières premières et secondaires, elle entre entièrement dans la valeur de production des produits prêts à être consommés. Tout d’abord, cependant, nous faisons remarquer que nous devons voir
clairement à quelle époque historique nous renvoie cette évaluation grossière et peu exacte, faite empiriquement et pour ainsi dire par tàätonnements dans la vie pratique. Il est évident, au point de vue technique, que la valeur-de-travail, comme forme générale de la valeur de production, est naturellement bornée aux siècles du travail d’artisan organisé et ne s'applique en règle générale qu'à la période précapi- - taliste de la civilisation. Les difficultés que présentait encore, dans cette période, la détermination de la valeur-de-travail faite par la vie empirique, sont mises en lumière, avec une clarté remarquable, par les documents historiques des corporations et par les réglementations des échevins du Moyen Age. Par le développement des forces productives techniques du travail, le régime de la valeur-de-travail devait se transformer successivement dans les diverses branches de métier en ce que nous avons appelé le régime de la valeur de production capitaliste, régime dans lequel l'entrepreneur capitaliste spécifie minutieusement dans ses livres ses dépenses pour salaires, matières premières et secondaires, ainsi que pour l'usure du matériel de travail.
Dans l'exemple donné plus haut, 50 heures de travail représentent la quantité de travail socialement nécessaire, puisque h les conditions dans lesquelles l’article N est produit ici peuvent être considérées comme indiquant les limites générales du développement pour le métier en question. Tout autre est la question de savoir si, au marché, cette quantité de travail se réalisera d’une façon correspondant nettement à ce coùt de production socialement nécessaire ; en d’autres termes, si la valeur d'échange du produit N coïncidera exactement avec sa valeur de travail social. Cela nous le savons, ne dépend exclusivement ni des producteurs seuls, ni des conditions dans lesquelles ils ont dù accomplir la production. Dans le chapitre traitant de la valeur d'échange nous verrons de plus près que cela dépend encore, en grande partie, des conditions de l'échange, — conditions qui précisément nous permettent de voir en quoi la valeur d'échange et le prix de marché des denrées se distinguent de la valeur de production qui en est un élément important.
C'est seulement dans le cas particulier où les quantités de 4 l'article N, fabriquées dans les conditions techniques les plus 1 avantageuses (conditions accessibles à tous), suffisent complè- $ tement au marché pour couvrir la demande totale et effective
sans surpasser sensiblement cette dernière, que la valeur de L production sociale de l’article N se réalisera purement et sim- M plement dans la valeur d'échange et le prix du marché. De ce que nous venons d'expliquer ici ressort nettement notre conceplion de la valeur-de-travail sociale : Cette valeur résulte en ; effet de l'évaluation, à un même point de vue objectif, de quan- + tités très différentes de travail personnellement nécessaire et de leur comparaison avec une d’entre elles considérée comme mesure des autres. |
Notons bien, cependant, que la valeur-de-travail sociale ne suppose nullement la réduction du travail personnel des producteurs particuliers à ce que l’on appelle « du travail humain abstrait », ou bien, par exemple, au « simple travail moyen » (einfache Durchschnilisarbeit) de Karl Marx. Le € travail humain abstrait » (abstrakt menschliche Arbeit) de l’école marxiste est une notion qui n’a pas de sens réel, une entité métaphysique.
En réalité, 1l n'existe que du travail concret : il n’y a que des quantités de travail d’une intensité déterminée, exécuté pendant une période déterminée et dans des conditions techniques déterminées ; ensuite les différentes quantités de travail comparées entre elles d’après les produits qu'elles procurent, sont estimées égales suivant les principes généraux que nous avons développés dans ce chapitre.
— La valeur-de-travail sociale dans des branches différentes “4 de mélier. Influence de la valeur d'usage du travail,
Même dans les limites de chaque métier nous avons dû envisager la valeur-de-travail des produits comme impossible à mesurer avec exactitude, — soit directement, par l'évaluation de la grandeur des facteurs décisifs, soit indirectement, au
moyen de la statistique, par la réduction de tout travail à du travail humain moyen.
Nous avons été déjà réduits ici à une grossière évaluation empirique, telle qu'elle se fait dans la vie journalière par la comparaison non de différentes quantités de travail, mais de leurs produits.
D'autre part, nous avons pu remarquer que, généralement, ce sont des produits parfaitement pareils ou du moins des produits de la même espèce qui, dans un même métier, étaient ainsi souris à notre Jugement. L'évaluation empirique des produits ÿ avait du moins une base fixe sur laquelle elle pouvait encore s'appuyer avec quelque sécurité. Aussi avons-nous pu sAmärquer que parfois, — lorsqu'il était question de certaines espèces de travail physique, — l'intensitéet avec elle la quantité
. du travail était mesurable avec une exactitude relativement
srande, si nous voulions comparer les quantités visibles et palpables d'un produit, fabriquées dans une unité déterminée de temps.
. Evidemment, cependant, ce criterium n'est pas toujours applicable, même si nous voulons nous borner à la comparaison de différentes quantités de travail de la même espèce, exercé dans le même métier.
Le chapeau de dame confectionné en quelques minutes par une modiste habile et paré avec un goût exquis d'un simple nœud de ruban, peut posséder non seulement plus de valeur d'échange, mais aussi plus de valeur de production que le chapeau qui a coûté plusieurs heures de travail à une modiste moins habile ou à une apprentie.
Le travail de l'excellente modiste et celui de l’apprentie sont tous deux du travail de modes; il est impossible néanmoins d'évaluer la quantité de travail de l’une par rapport à
elui de l’autre. Il ne s’agit plus ici d’un travail musculaire analogue à ceux qui nous ont servi d'exemple tout à l'heure ; nous n'avons plus devant nous des quantités différentes de produits absolument pareils, comme des tas de pavés ou des piles de bois. Et cependant nous déclarons sans hésitation, que le travail de la modiste habile est supérieur à celui de l'apprentie. L'observation de semblables phénomènes a déjà
amené les économistes de l'école classique à formuler cette idée juste qu'en considérant le travail comme la source de toute valeur, on ne saurait fermer les yeux sur les différences qualitatives du travail. C'était déjà l'opinion de Smith (+). Ricardo de son côté déclarait que la valeur de chaque espèce de travail est « bientôt fixée » et qu'elle l’est « avec assez de précision pour salsfaire aux nécessités de la pratique ». « Elle dépend beaucoup, ajoutait-1l, de la dextérité comparaüve de l’ouvrier, et de l'activité avec laquelle il a travaillé (2). »
La théorie moderne de la valeur-de-travail partage encore nettement lopinion de l’école classique à ce propos. Karl Marx a formulé son opinion dans les termes suivants : « Le travail complexe (skilled labour, travail qualifié) n’est qu'une puissance du travail simple, ou plutôt n'est que le travail
simple multiplié, de sorte qu’une quantité donnée de travail [ Ï I I
complexe correspond à une quantité plus grande de travail simple » (3).
C'est fort commode, mais dès qu'il s’agit de savoir à combien de travail dit & simple » correspond une quantité déterminée de certain travail dit « complexe », cette formule nous laisse dans l'embarras, mème s'il est question de deux quanlités de travail du même métier.
Ricardo en nous assurant que dans l'échange, la valeur de chaque espèce de travail est bientôt fixée et qu'elle l’est avec assez de précision pour satisfaire aux nécessités de la pratique, a fait bon marché d’un des plus délicats problèmes de la science économique, problème dont la difficulté n’a pas échappé même à l'attention de ses contemporains. Adam Smith parlait ici d’une « grosse équité » (that sort of rough equalily) qui, tout en étant estimée suffisante pour « le train
(1) « I peut y avoir plus de travail dans une heure d’ouvrage pénible que dans deux heures de besogne aisée, ou dans une heure d'application à un métier qui a coûté dix années de travail à apprendre, que dans un mois d'application d’un genre ordinaire et à laquelle tout le monde est propre. » ADam Sutra, Wealth of Nations, livre I, chap. v, trad. franç., tome I, p. 36.
(2) Racanno, Principles, chap. 1, section IT, trad. franç., p. 10.
(3) Karc Marx, Das Kapital, tome I, trad. franç., p. 17, col. 1.
des affaires communes de la vie, » n'est pourtant pas fort exacte (1).
Si la justesse de cette dernière assertion nous saute déjà aux yeux lorsqu'il s’agit encore du travail de différents ouvriers exerçant le même métier, — la modiste et la modiste apprentie, par exemple, — la comparaison du travail et de ses produits soulève de nouvelles difficultés lorsqu'il est question - de métiers différents.
En passant nous avons déjà fixé l'attention sur une circonstance extérieure très importante n'appartenant pas, 1l est vrai, aux facteurs décisifs de la quantité du travail que repré- … sentent les produits, mais pouvant influer cependant d’une façon considérable sur leur valeur-de-travail. Ce sont les risques d'accidents, de maladie ou de mort, que court le travailleur et qui sont beaucoup plus grands pour une catégorie de tra- “ vail que pour une autre. L'on sait que, lors de la construction de la tour Eiffel, on comptait même, dans l’évaluation grossière qui s’exprimait dans les salaires des ouvriers, avec le caractère particulièrement dangereux du travail dans Îles parties hautes de la tour. Une différence de quelques mètres de plus au-dessus du sol se traduisait par une différence dans la taxation pratique du travail. Le nombre des vies humaines qu'a coûté la construction de la tour de 300 mètres nous a prouvé que cette différence de taxation était du moins tres fondée, bien que nous ne puissions pas y reconnaitre une in- - dication exacte des différences de valeur. Des quantités . égales de travail étaient ici évaluées à des degrés différents, lorsque le travail était fait à des hauteurs différentes et entrainait, par suite, des risques différents pour La vie du travailleur. Dans le cas choisi, le travail d’un ouvrier était comparé à celui d'un autre dans un même métier, ou bien, si le métier différait et si l’on comparait, par exemple, le travail des mécaniciens à celui des maçons ou des terrassiers, c’élait en tout cas ce qu'on appelle du travail physique.
Comment comparerons-nous, cependant, une heure de travail du savant, du journaliste ou de l'artiste à une heure de
(1) Avau Surru, loc. cut,
bn.
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travail du mécanicien où du maçon ? La possibilité d'appliquer une mesure plus ou moins eæacle cesse d'exister ici; 1l faut considérer ces grandeurs comme incommensurables. Vouloir comparer et mesurer l’un par l’autre l'effort intellectuel d’un chimiste et Pelfort musculaire d'un forgeron est une impossibilité que rien ne saurait justifier ; il est non moins impossible de comparer un travail à l’autre par l'évaluation de leurs produits respectifs ; ici non plus nous n'avons pas de terme de comparaison.
La théorie moderne de la valeur-de-travail ne s'est pas mieux dégagée de cette difficulté que l’économie classique. La réduction proposée par Marx d’une quantité de travail qualifié « travail à une puissance supérieure » à un mulliplum de «travail simple » est à considérer comme scientifiquement impossible (1). Il est vrai que, sous le régime capitaliste, la wie sociale a souvent recours, pour récompenser le travail, à un système bien propre à contenter tous ceux qui désirent motiver et justifier la réduction dont nous venons de parler ; mais une telle réduction reste toujours arbitraire et ne saurait être invoquée dans la science économique. Lorsque nous étudions la valeur-de-travail des produits, c'est la valeur-de-travail réellement existante que nous devons analyser et non la récompense du travail sous le système coercitif du salariat moderne. Combien de fois la vie journalière laisse-t-elle saisir les épreuves éclatantes de ses évaluations injustes ! Nous verrons qu'elle place parfois le travail complètement inutile ou même nuisible bien au-dessus du travail le plus nécessaire et le plus utile à l'humanité. Ses décisions ne sauraient s'imposer à la science à titre de calculs exacts où même approximativement justes ; aussi ne reposent-elles, en réalité, que sur le droit du plus fort.
Marx, — et il a de bonnes raisons pour cela, — n'entre pas
(1) G. Knies a eu parfaitement raison de s'opposer à eette théorie de Marx dans les termes suivants : «... Aussi fictive doit nous paraître la supposition qu'une valeur d’usage réelle, qui est le produit d’un travail « complexe », pourrait aussi bien avoir été créée par un mulliplum de travail «€ simple ». En réalité, un élève n’accomplit pas le chef-d'œuvre du maitre dans un mulliplum du temps dépensé par celui-ci et un édifice superbe n’est pas un mulliplum de baraques. » (Kwts, Das Geld, 2° édit, p. 156).
plus profondément dans la question et s’abstient de décrire le “détail de l'opération par laquelle le travail qualifié se réduit en soi-disant Ç travail simple ». «Les proportions diverses, “dit-il, suivant lesquelles différentes espèces de travail sont réduiles au travail simple comme à leur unité de mesure, s'établissent dans la société à l'insu des HAS et leur “paraissent des conventions traditionnelles (r) . . Lorsque, enfin, il lui faut motiver tant soit ee cette singulière méthode de réduction, il prétend que dans ce travail “complexe, se présentant comme travail (à une puissance supérieure » vis-à-vis du travail simple, se manifeste une force « plus difficile à former » et qui « rend dans le même temps plus de valeur » (2).
On sait, du reste, qu'Adam Smith exprime déjà un avis nblable (3).
De prime abord nous faisons observer, et cette observation «nous arrèlera encore dans la suite de ce chapitre, que le coût “nécessaire à former l’ouvrier et sa force productive ne corres- “pond pas nécessairement à la valeur des produits qu'il fabrique. “Si: par hasard l'éducation d’un barbouilleur médiocre a coûté
“plus que celle d'un peintre né artiste «par la grâce de Dieu », l'étude étant plus pénible pour le premier que pour le “second, on aurait tort cependant d'en inférer que l'œuvre de l'homme médiocre soit supérieure à celle du véritable artiste.
(1) Karz Marx, Das Un tome I, trad. franç., p. 17, col.
(2) Loc. eit., p. 84, col. Dans là! traduotion française, ce LL est in moins clair et moins catégorique que dans le texte original. À
- titre de comparaison nous faisons donc suivre ce dernier : « De Arbeit,
è die als hühere, komplicirtere Arbeit gegenüber der gesellschaftlichen D LAtéarhait gilt, ist die Aeusserung einer Arbeitskraft, worin hôhere Bildingskosten eingehn, deren Dioduk tion mehr Axrbeitszeit kostet und die daher einen häheen Werth hat als die einfache Arbeitskraft. Ist der Werth dieser Kraft hüher, so äussert sie sich aber auch in hôbherer
- Arbeit und vergegensländlicht sich daher, in denselben Zeitriumen, in “verhältnissmässig here Werthen, » (Das Kapilal, tome I, 3° édit. allem., p- 178.)
(3) « Il est rare que de pareils talents s’ac quièrent autrement que par une longue application, et la valeur supérieure qu’on attribue à leur produit n it souvent qu’ une compensation raisonnable du temps et de la peine qu'on a mis à les acquérir. » (Anam Smirm, Wealth of Nations, livre I, Ch. vi, trad. franc . tome Ï; p. Go).
de.
Là.
En outre, admettons qu'une force productive ayant exigé des «frais de culture plus élevés » (hühere Bildungskosten, voir la note précédente en texte allemand) se présente, en
Ed | é.
es }
effet, dans la société actuelle comme créatrice de travail « à
une puissance supérieure » ; notre problème ne se. {trouve
nullement résolu par là. En dernière analyse, la moderne théorie de la valeur-de-travail nous renvoie toujours, comme
preuve de son hypothèse de la réduction du travail complexe |
au travail simple, à la pratique de notre société capitaliste en affirmant que là cette réduction a réellement heu (x).
Au lieu d'éclaircir les phénomènes sociaux, cette théorie, développée spécialement dans la doctrine de Marx, accepte tels qu'ils sont ces phénomènes. Au lieu de les analyser et de les soumettre à une critique rigoureuse, toutes les fois qu'ils ne correspondent pas à la {logique sociale et sont susceptibles d’être modifiés ou détruits par le développement progressif de notre civilisation, la théorie marxiste de la valeur-de-travail s'incline ici devant les faits, fondant ainsi sur les iniquités sociales existantes une théorie scientifiquement insoutenable. Dans sa doctrine de la réduction du travail complexe ou travail qualifié au «travail simple » et dans les motifs sur lesquels il base cette doctrine, Karl Marx n'a pas su s'élever au-dessus de la théorie classique de Smith. Ayant besoin de cette réduction pour la construction de son système, il l'a empruntée à l'école classique avec tous ses défauts.
Il est vrai que l'on pourrait présenter une excuse : Marx s’élait proposé, peut-on dire, d'analyser dans son Capital la constitution et le développement de la production capitaliste. A l'endroit même que nous venons de critiquer, il a fait remarquer dans une note que @ la distinction entre le travail complexe etle travail simple (skilled and unskilled labour) repose
(1) « Si des économistes comme il faut se sont récriés contre cette « asserlion arbitraire », n’est ce pas le cas de dire, selon le proverbe allemand, que les arbres les empêchent de voir la forêt ! Ce qu'ils accusent d’être un artifice d'analyse, est tout bonnement un procédé qui se pratique tous les jours dans tous les coins du monde, » {Das Kapilal, tome I, trad, franç., p. 84, col. 2. Ce passage ne se trouve pas dans le texte original.)
souvent sur de pures illusions, ou du moins sur des différences qui ne possèdent depuis longtemps aucune réalité et ne vivent plus que par une convention traditionnelle, » Ensuite, ‘que « c’est aussi souvent une manière de parler qui prétend colorer le fait brutal que certains groupes de la classe ouvrière, par exemple, les laboureurs, sont plus mal placés que d’autres pour arracher la valeur de leur force de travail » (1). Je prétends pourtant que cette observation de Marx ne répare pas sa faute d’avoir développé ici une théorie scientifiquement fausse, en se basant sur ces mêmes rapports de violence et d'exploitation sociale dont il a si bien lui-même envisagé l’origine historique.
Tandis que dans le système de Karl Marx la réduction du travail complexe à un multiplum de « travail simple » nous est apparue comme illogique et insoutenable, elle est, au contraire, parfaitement à sa place dans l’économie officielle de la classe dirigeante, telle qu’elle se présente à nous pour défendre l'ordre social existant. L'identification de la « valeur-de-travarl » du produit avec la valeur de production de l’ouvrier et de sa force de travail, est précisément un trait caractéristique du mode de production capitaliste et constitue, comme le dit Rodbertus à juste titre « la cause profonde de tout différend économique » (2).
Ainsi, pour l’apologiste de l’ordre social existant, l'énigme devant laquelle nous nous trouvions placés tout à l'heure est facile à résoudre. L’effort d'esprit du chimiste et l'effort musculaire du forgeron se présentaient à nos yeux comme des grandeurs incommensurables et les produits de leur travail comme des substances hétérogènes, de sorte que la quantité de l’un de ces produits ne pouvait pas se traduire en une certaine quantité de l’autre. Dans Pun et l’autre cas, cependant,
(1) Kamz Marx, loc. cit.
(2) & Il ne faut pas confondre, naturellement, le « coût-de-travail » ( Kostenarbeit} et le &« coût du travail » (Arbeitskoslen) La dernière expression signifie la totalité des salaires qu'un produit a coûtés à l'entrepreneur, la première est la somme du travail mème. Que ces deux expressions ne soient pas identiques aujourd’hui, voilà dans ce monde la cause profonde de tout différend économique. » (Ropsertus, Sociale Frage, tome 1, note à la page 68).
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nous avons affaire à une dépense cérébrale, nerveuse, musculaire de l'homme, dépense qui doit être rétablie par une absOor ption de nourriture et d’ OXY gène. N'oublions pas que, pour certains économistes, parmi lesquels se trouve Marx, « la force de travail a juste la valeur des moyens de subsistance nécessaires à celui qui la met en jeu (1) ».
C’est donc là le point d'égalité, le « quelque chose de commun », que l’on ne cherche plus cependant, comme il l’aurait fallu, dans les produits mêmes, mais chez les producteurs (2).
Ce qu'il y a de commun entre les services de trait du cheval et les œufs de la poule, c’est le fait que les deux animaux absorbent de l’avoine. De même, l'élément commun existant entre le produit de travail du chimiste et ceiui du forgeron, c’est le fait que tous deux mangent du pain ; la différence commence avec la viande. La conclusion est facile à tirer : Monseigneur l’archevèque et le piqueur de l'Elysée, logés dans un palais, couvrent leur table de bécassines et de saumons, tandis que le simple journalier se nourrit de pommes de terre et habite un taudis : il en ressort, pour lapologiste de notre société actuelle, que les produits du travail du pauvre diable sont aux produits du travail de Monseigneur ce que les pommes de terre sont au saumon.
Le malheur est que les prémisses sont fausses ! Môme
dans la société capitaliste, la valeur incorporée dans les produits par le travail humain ne se résout pas dans les frais de la production du travailleur et de sa force de travail. Nous
venons de constater ce fait en comparant le produit du travail
(x) Marx, loc. cit., p. 73, col. 1.
(2) « En fin de compte, toute activité productive, abstraction faite (!) de son caractère utile, est une dépense de force humaine. La confection des vètements et le tissage, maleré leur différence, sont tous deux une dépense productive du cerveau, des Re des netfs, de la main de l’homme, et en ce sens du travail FR rct au même titre. La force humaine de ul dont le mouvement ne fait que (!) changer de forme dans les diverses activités productives, doit assurément ètre plus ou moins développée pour pouvoir ètre dépensée sous telle ou telle forme. Mais la valeur des marchandises représente purement et simplement le travail de l'homme, une dépense de force humaine en général, » (Karc Marx, Das Kapital, t. I, trad. franc., p:- 15001 81.7
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de l'artiste à celui du barbouilleur. Plus encore : Dépensez les mêmes frais pour l'entretien matériel, le développement intellectuel et l’éducation technique de vingt individus différents ; vous obtiendrez vingt résultats différents. La société capitaliste elle-même, malgré l’à-peu-près de ses évaluations, juge de vingt façons différentes le produit de leur travail. Reste le cas où la violence intervient et décide de la valeur, comme … l'épée de Constantin le Grand décida des « vérités » de la re- ligion chrétienne.
Sous le régime capitaliste, on s'explique, il est vrai, par les frais de production de l’avoine, les frais de production des œufs des poules, comme ceux des services de trait ; de même on s'explique les frais des services humains par les frais d’en-
“ tretien de l'ouvrier. Cela n'empêche pas que dans la’ science . économique nous avons à distinguer nettement entre ces deux notions : d’une part, la valeur de production (valeur-de-tra- - vail) d'un produit, s'exprimant dans la quantité de travail que - ce produit représente et dans la valeur spécifique de ce travail ; d'autre part, la valeur de production du travailleur, s'exprimant, en dernière analyse, dans la quantité de vivres, etc., que le travailleur reçoit pour son entretien. Nous voici donc au cœur de la question : Les différentes quantités de travail d'espèces hétérogènes appliquées aux produits de différents métiers ne peuvent pas être mesurées Pune par l’autre. Aussi doivent-elles être considérées pour des branches de métier très différentes, — celles du travail musculaire et celles du travail purement intellectuel par exemple, — comme des grandeurs incommensurables. La substitution à ces grandeurs incommensurables des frais d'entretien des travailleurs qui créent les produits en question, caractérise précisément les iniquités sociales. Nous avons vu cette substitution entrainer nécessairement à des évaluations fausses que la science économique de nos jours ne peut pas accepter.
Cette substitution, enfin, est pour nous une nouvelle explication du Drobléme histarique, déjà étudié : pourquoi la valeur-de-travail primitive a-t-elle dû se transformer en valeur de produclion capitaliste avec le développement
de la bourgeoisie comme classe dirigeante de la société ? Sous la pression de notre vie capitaliste, en effet, c'est la concurrence qui résout la difficulté de réduire le travail complexe au travail humain simple, et de déterminer quel travail complera, à la fin, comme & travail simple ». De l'évaluation primiüve, quoiqu'au fond rationnelle encore, de la valeur du travail d’après sa durée et son intensité, ou bien d'après son
produit, — évaluation qui nous ramène aux temps des corpo- ! rations médiévales, — est sorti, non pas un système scien-
üfique de calculs compliqués, du reste inapplicable, mais une solution des difficultés économiques par la voie de la violence. Il suffit aujourd’hui, en dernière analyse, pour résoudre ce problème théorique de l’économie, de savoir dans quelles mains se trouvent les moyens coercilifs de la société.
La bécassine et le saumon sont des menus d'archevèque et de piqueur; le chimiste se les permet quelquefois ; le journalier s’en passe. Dans les frais de production du travailleur se résout la valeur de leur travail dans la société. Voilà le dernier mot du régime capitaliste !
Cette décision, cependant, n'est maintenue que par l'impuissance et la pauvreté des masses ouvrières qui, dans la lutte de la concurrence, doivent trop souvent vendre leur travail à tout prix, pour répondre aux premières nécessités de la vie. Partout où la décision de la force n'intervient pas dans la vie sociale, comme dans l’exemple du barbouilleur et de l'artiste, la tentative de remplacer la valeur-de-travail du produit par la valeur de production du travailleur doit donc évidemment échouer.
Nous avons à pousser plus loin encore notre analyse et à examiner de plus près une nouvelle erreur essentielle des doctrines modernes de la valeur-de-travail ; son effet a été d'empêcher que beaucoup de fautes des économistes officiels puissent être mises en lumière. C’est encore contre une confusion introduite par les théories de Karl Marx que nous aurons à diriger notre critique.
Marx et son école partent de l'hypothèse que le travail, bien qu'il soit Ia substance créatrice exclusive et géné-
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rale de la valeur, ne possède pas de valeur lui-même (7).
Cette hypothèse, du reste, procède rigoureusement de sa thèse fondamentale que nous avons critiquée plus haut : les biens qui ont une valeur sont seulement ceux qui ont été produits par le travail. Aussi fausse, cependant, que cette thèse est encore la proposition qui en découle.
Le travail possède certainement de la valeur, et même de la valeur sous les trois formes que nous connaissons : Valeur d'usage, valeur de production, valeur d'échange.
Nous savons que les purs dons de la nature peuvent avoir de la valeur, bien qu'ils n'en présentent pas toujours les trois formes. La chaleur du soleil, par exemple, fait hausser en hiver la valeur d'usage et en même temps le loyer des chambres situées au midi : les hôteliers suisses ou niçois savent bien exploiter cette valeur des rayons solaires (2).
A l'état potentiel, sous forme de bois ou de charbon, la chaleur peut donner une valeur spéciale aux terres dans lesquelles elle se trouve accumulée. Nous savons que cette valeur ne peut pas être identifiée tout simplement avec le travail que l’on doit dépenser pour abattre la forèt ou pour exploiter la mine. De même l'énergie potentielle humaine, la force de travail de l’ouvrier possède une valeur spéciale que l'on ne saurait davantage identifier purement et simplement avec le travail nécessaire à son entretien et à sa reproduction.
Dans le deuxième tome de cet ouvrage, nous aurons l’occasion de revenir encore sur cette thèse de Marx, que l’ouvrier vend non son travail, mais sa force de travail. Dans l’histoire des organisations ouvrières et de leurs luttes contre les entrepreneurs, nous trouverons la preuve du contraire : Îles ouvriers, tout au moins, n'entendent pas vendre leur force de travail, mais simplement leur travail ; ils ont même tâché
(1) « Ce qui sur le marché fait directement vis-à-vis au capitaliste, ce n’est pas le travail, mais le travailleur. Ce que celui-ci vend, c’est lui même, sa force de travail ….. Le travail est la substance et la mesure inhér ‘ente des valeurs, mais il n’a lui-même aucune valeur. » (Karr Marx, Das Kapital, tome I, trad. franç., p. 232, col. 1).
(2) Que l’on compare encore la haute valeur possédée, dans les pays de vignobles, par les terres exposées au soleil du midi,
sans cesse de livrer un nombre toujours décroissant d'heures de travail contre les mêmes salaires ou même contre des salaires croissants. D'autre part, nous verrons l'entrepreneur capitaliste ou ses représentants veiller attentivement à ce que ses ouvriers ne lui volent pas une minute du temps convenu ou s'opposer à ce que, pendant cet espace de temps, ils donnent une intensité de travail insuffisante. Si, par hasard, l'entrepreneur tient encore compte de la force de travail de ses ouvriers, lorsque, par exemple, l’un d’entre eux est momentanément dans l'impossibilité d'exécuter le travail convenu, c'est évidemment un acte de générosité et d'humanité de sa part, à moins qu'il ne cède à la crainte de l'organisation ouvrière ou de certains événements. En effet, 1l ne se croira pas obligé à le faire en tant que capitaliste. Comme entrepreneur capitaliste la force de travail ainsi que la santé et la vie de son personnel peuvent lui être indifférentes aussi longtemps qu'il trouve assez d'ouvriers à embaucher. Il exige et peut exiger, selon son contrat, du fraval réel. En tant qu'entrépreneur capitaliste il s'en tient à son « billet », — comme le Shylock de Shakespeare. Le cas où le capitaliste, par égoïsme bien compris, peut prendre à cœur le bien-être de son personnel et le bon soin de leur force de travail se montréra à nos yeux comime n'étant encore qu'exceptionnelHement de rigueur dans notre société actuelle.
Pour le moment c’est le travail humain et non la forcé de travail que nous avons à analyser. Contrairement aux doctrines de l'école marxiste, c’est bien le travail humain qui se présente à nous comme une marchandise. Par sa capacité de produire de la valeur et des marchandises il a revêtu lui-même le caractère de valeur et de marchandise, commé par là possibilité de se transformer en capital (au sens étroit du mot) une somme d'argent est elle-même capital (« capital potentiel », comme le dit fort bien Karl Marx).
D'autre part, si le travail humain, analogue en cela aux purs dons de la nature, peut posséder de la valeur, il se distingue d'eux par une différence caractéristique. Les purs dons dé la nalure possèdent, dans certaines circonstances, de la valeur d'usage; par suite, après être devenus la propriété de
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quelques- uns, ils peuvent, dans la société actuelle, procurer aussi une valeur d échange à certains biens, — nous en avons fourni divers exemples. Mais les purs dons de la nature, précisément parce qu'ils ne sont pas produits par l’homme mais se mettent gratuitement à son service, ne possèdent pas de valeur de production. Par là ils se distinguent du travail qui est lié à la personne du travailleur et par suite à son entretien matériel et à son éducation intellectuelle et technique. C'est cette valeur de production du travail, si l'on veut, qui se résout dans la valeur de produclion de la force de travail, c'est-à-dire dans la somme des moyens de subsistance nécessaire au travailleur. Mais le travail a encore sa valeur d'usage spéciale, et ici, pour le travail ‘comme pour toute autre marchandise, c’est cette valeur d'usage quiintervient dans l’échange et distingue nettement la valeur d'échange du travail de sa valeur de production.
C'est encore par l'influence de la valeur d'usage du travail que s'expliquent certains phénomènes économiques demandant ici quelque éclaircissement. C’est l'influence de la valeur d'usage spéciale qui procure au travail de l'artiste ou de la grande modiste son caractère de travail supérieur et qui donne à ses produits une valeur considérable. Les produits inférieurs, vendus à bas prix, peuvent exiger des frais de production identiques ou même plus élevés.
Pour la marchandise travail, comme pour toute aulre marchandise, la doctrine moderne de la valeur -de-travail, telle qu’elle est formulée par Marx, pèche par la base ; ici plus qu ‘ailleurs, par a nature du sujet, se montre d'une façon sensible l’inexactitude de son hypothèse fondamentale, que seules ont de la valeur les richesses qui ont coùté du travail, et seulement en tant qu'elles en ont coûté. ;
Nous connaissons déjà la valeur d'usage des biens sous son double caractère de valeur d’usage personnelle et sociale ; nous retrouvons ce double caractère par rapport au travail, comme par rapport à toute autre marchandise.
Dans notre exemple des œuvres d’art et des articles de modes de qualités différentes, c'est la valeur d'usage per-
sonnelle du travail que l'acheteur aura à apprécier. Il s’agit ici chaque fois de la satisfaction des besoins et des désirs purement personnels de certains amateurs ou clients. Lorsque cependant l’œuvre d’un artiste se distingue tellement de celle de ses confrères qu'elle est achetée pour un musée et devient, pour ainsi dire, le bien commun de tout le public, nous pouvons considérer que le travail de l'artiste en même temps que son œuvre a présenté une valeur d'usage sociale toute particulière, dépendant encore, en premier lieu, des propriétés intrinsèques de ce travail, mais ne pouvant se manifester, en tout cas, que comme un rapport nouveau entre le produit de ce travail et l'homme.
Pour la très grande partie des biens de consommation journalière, la valeur d'usage sociale, aussi bien celle du travail que celle de son produit, n'entre en jeu qu'en tant que les besoins et les désirs personnels d’un consommateur particulier sont une partie de l’ensemble des besoins et désirs humains. Dans cette mesure, l’action de la valeur d’usage sociale du travail est générale et s'applique à toute espèce de biens.
Ordinairement, la seule question est de savoir laquelle des deux, — valeur d'usage personnelle ou valeur d'usage sociale du travail, — est mise au premier plan ;de la réponse dépend notre jugement et sur le travail et sur son produit.
On considère généralement la mort comme un malheur pour la personne qu'elle frappe ; au point de vue objectif, cependant, 1l serait plutôt malheureux que tous les hommes vécussent éternellement. Il peut arriver de même, qu'un travail quelconque possède une valeur d'usage essentiellement élevée pour un certain individu ou pour un petit cercle de personnes, tandis qu'au point de vue objectif, le même travail doit être considéré comme entièrement inutile ou même nuisible.
Le travail du valet de pied possède probablement une valeur d'usage fort élevée pour son maitre, qu'il soit prince ou haut fonctionnaire d’une république. Néanmoins, son travail, jugé d’après sa valeur d'usage sociale, peut paraître inutile à l’un d’entre nous, nuisible à l’autre, par l'exemple
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d’oisiveté que donne ce travailleur comme par le coût de son entretien. Ici et dans les cas semblables, comme nous avons fait remarquer ailleurs, il y aura autant d'opinions que de juges.
Cela n'empêche pas que l’on peut poser, en cette matière, quelques principes fondamentaux : Sans contredit, nous devons attribuer la valeur d'usage sociale la plus élevée aux espèces de travail qui répondent aux premières nécessités matérielles des hommes, el rendent possibles nos communicalions, notre vie en soctélé.
En partant du principe connu : d’abord le nécessaire, ensuile l'utile, enfin l'agréable, nous pouvons assurément discuter encore sur les différentes catégories du travail humain et sur la place à attribuer à chacune d'elles; mais nous pourrions nous entendre du moins sur les grandes lignes de conduite à suivre dans nos évaluations.
Sans doute, ils’agit ici d’un examen sociologique très 1mpor tant, qui ele d’ailleurs par plus d’un point à la science économique,mais quiestdes plus difficiles et des plus ingrats. C’est une raison de plus pour apporter notre part d’ éloges à l'esprit pratique d'Adam Smith que nous avons vu, plus d’une fois déjà, se distinguer heureusement, dans ses recherches scientifiques, des économistes qui sont venus après lui.
C'est une preuve de la supériorité de son esprit et de la largeur de sa conception de notre vie sociale, d’avoir introduit dans la science économique la différence entre le travail &« productif » et le travail Ç( improductif ». Faisons une réserve: La définition qu'il a donnée de ces deux catégories de travail est encore imparfaite et défectueuse : aussi lui a-t-on reproché à bon droit de considérer comme improductif tout travail qui ne contribue pas directement à la production d’un bien matériel et vendable (1).
(x) C'est le grief formulé, par exemple, contre Smith par Mac Culloch. Cf. la note 118 de cet économiste sur l’œuvre de Smith. Du reste, Mac Culloch, lui-même, était trop au service des classes dirigeantes et des grands de son époque pour pouvoir partager la conception large de Smith et découvrir l’idée juste sous la forme défectueuse. Le raisonnement de Mac Culloch, aboutit à reconnaitre comme productif chaque travail qui peut
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En effet, le travail qui augmente indirectement le bien-être
matériel, intellectuel ou moral des hommes, doit être compté aussi comme travail productif. À titre d'exemple, citons le travail employé à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse, au soin des malades, à la conservation des bibliothèques, ete.
Cependant, le principe même, posé à bon droit par Smith,
doit être d'autant plus approuvé aujourd'hui que la science économique moderne se considère de plus en plus comme une partie de la science sociologique générale. Reconnaissons en passant qu'il fallait au temps de Smith du courage et de l'indépendance d'esprit pour ranger ouvertement les souverains, les officiers, les hauts dignitaires de l'Etat parmi les travailleurs « improductifs ».
Il me semble que, de nos jours, nous devons aller plus loin encore que Smith en distinguant, à côté du travail productif, non seulement le travail improduclif, mais encore le travail socialement nuisible el dangereux.
Lorsqu'on occupe les détenus à leur faire creuser des fossés
qu'ils auront à combler ensuite, on ne saurait nier qu'il
s’agit Ia d’un travail simplement « improductif » en ce sens que ce travail ne crée pas de nouvelle valeur, La qualification de Smith s'applique donc parfaitement à ce cas. Ceux, pourtant, qui font mélier d’empoisonner leurs semblables par la fabrication de l'absinthe ou de lopium ou par la falsification des aliments, — lait, beurre, farine, font un travail à qui
exister dans les conditions sociales existantes, À côté du travail des fabricants, commerçants ét banquiers, il loue encore comme « éminemment productif » (supereminently productive) le travail de tous les agents de la force publique : Armée et Flotte, Police et Justice et tout travail en général, qui concourt à « la sûreté de la propriété ». Cf. ensuite la critique de G. Garnier, et d'A. Blanqui sur les distinctions de Surrnt (Richesse des Nations, livre I, ch. ut, trad, franç., tome [, édit. 1881, p. 395-101.) Trés intéressante sur-tout est la discussion large de Blanqui. Il nous avertit qu’en rectifiant l'erreur commise par Smith, il faut prendre garde de tomber dans la mème faute. « Parce que le docteur Smith, dit-il, a reconnu (lisez méconnu, — voir l'édition de 1843) le caractère productif de certains travaux, il ne faut pas voir partout des producteurs, et la distinction du fondateur
de l'Economie politique, pour être trop absolue, n’en est pas moins vraie en
partie. La science ne doit donner le nom de travaux productifs qu’à ceux
qui ont pour objet de satisfaire des besoins réels et légitimes, soit matériels,
soil immatériels. »
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lus. ét mé. sr mbbi tar à ns ds
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ne convient plus la simple épithète d'€ improductif ».
L'armée et la flotte, — lorsqu'elles sont employées à sauvegarder les classes dirigeantes de notre société contre « l'ennemi du dedans » ou qu'elles offrent à un gouvernement quelconque l'occasion de faire oublier par une guerre extéricure la situation tendue dans l’intérieur du pays, — peuvent représenter 1c1 une quantité considérable de travail non seulement improductif, mais encore essentiellement nuisible et dangereux. Elles peuvent ainsi constituer un frein empêchant la société entière de se développer vers une forme supérieure de civilisation.
La valeur d'usage spéciale du travail, comme on peut s’y attendre, exerce une influence importante sur la valeur-detravail des produits par rapport à la réalisation de celle-ci au marché. Ce phénomène, pourtant, vient compliquer encore les caractères de la valeur que nous étudions. On peut le remarquer déjà pour le travail dans chaque métier particulier ; mais la difficulté augmente si l’on examine différentes branches de production. Ici nous avons déjà rencontré des produits dont la nature différait tellement que nous avons dû les considérer comme absolument hétérogènes et les quanütés de travail dontils étaient les produits comme des grandeurs incommensurables.
Pour résumer notre analyse de la valeur-de-travail des produits, nous constatons que diverses quantités de travail humain,
différant par la nature du travail et par sa valeur d'usage, ne
sauraient être évaluées exactement l’une par l'autre. La difficulté augmente encore par le fait que ces quantités de travail hétérogène sont exécutées par des ouvriers différant par leurs forces physiques et intellectuelles et par leur habileté professionnelle. Nous n'avons pas le moyen d'exprimer rationnellement la quantité du travail de l'ingénieur, de Parchitecte ou du médecin en travail de maçon ou de terrassier ; dans le même métier, dans le même atelier, il nous est encore impossible de comparer exactement les résultats du travail du forgeron et de son apprenti, du maçon et du manœuvre. C'est exceptionnellement qu’un travail peut être exactement mesuré, par un autre, Nous trouverons une foule d'exemples
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à l'appui de notre exposé lorsque nous examinerons s plus tas une entreprise moderne de grande industrie avec le travail de son directeur, des ingénieurs, des comptables, des contremaitres et des ouvriers de toutes catégories. C’est là un des arguments les plus significatifs apportés par les communistes Ont salariat eee et contre la taxation arbitraire de la valeur du travail sous ce régime, 14
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