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OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES SUR LA VALEUR DE PRODUCTION SOCIALE

Coût de produclion el de reproduction. Valeur de production des malières premières. Usure malérielle et usure économique des moyens de travail.

A nos considérations sur la valeur-de-travail sociale des produits se lient quelques observations d'un caractère général. Elles concernent la valeur de production sous toutes ses formes et nous devrons encore en tenir compte lorsque nous analyserons la valeur de production sous sa forme capitaliste développée ; mais nous préférons les formuler dès maintenant parce que, sans elles, notre étude de la valeur-de-travail resterait inachevée.

Nos recherches sur la valeur-de-travail sociale des produits nous ont fait trouver comme base de cette valeur la quantité de travail personnellement nécessaire à leur production et appliquée sous les conditions techniques les plus favorables, pourvu que ces conditions soient accessibles à tous.

Immédiatement se pose ici la conséquence suivante : Supposons dans la production d’un article quelconque une Invention, un perfectionnement, ou une révolution technique, comme l'histoire du travail en compte à chaque pas, dans chaque branche de métier. Le premier effet de ce changement

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sera la réduction du GES nécessaire à la production de cet article.

Supposons le temps réduit de moitié. D'ordinaire ce ne sera pas seulement le produit nouvellement fabriqué qui verra diminuer dans la même mesure sa valeur de production, mais encore {oule la quantilé du produil fabriquée dans les anciennes conditions lechniques du travail.

Naturellement, on suppose dans ce cas que le nouveau procédé de fabrication est rendu public et également praticable par tous les producteurs, Dans le cas contraire, la nouvelle invention ou le perfectionnement des moyens de travail étant provisoirement le secret où la propriété d’un seul fabricant ou d'un petit nombre de producteurs, le nouveau procédé eut être considéré comme un monopole ; de même, l'application de la force motrice d’une roue hydraulique et l’intensité exceptionnelle du travail de certains ouvriers particulièrement doués se sont présentées tout à l'heure à nos yeux comme de semblables monopoles. Dans ce dernier cas c’est seulement le profit du producteur privilégié qui augmente ; la valeur- " de-travail sociale reste invariable jusqu’à ce que la nouvelle méthode de fabrication se soit généralisée

Fort remarquable, à ce point de vue, sont les mesures coercitives prises par les autorités médiévales, qui, dans leur réglementation du travail des corporations, veillaient scrupuleusement à ce que nul maïtre artisan ne gagnât plus que ses confrères en augmentant la productivité de son travail par l'usage des perfectionnements techniques ou par tout autre moyen. Vers l'an 1400 il n'était pas permis au maitre foulon, dans la ville de Leyde, d'employer d’autres matières premières pour les étoffes que celles qui lui étaient prescrites, ou de fouler plus d’une pièce de drap tous les deux jours de travail ; la longueur de chaque pièce était de même désignée, elle était de 82 aunes ; toutes ces prescriptions paraïssaient encore insuffisantes, puisque l’on fixait encore le nonibre des fils à employer dans le tissage (1). Ge qui, d’une part, était

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(r) Les plus anciens règlements des drapiers de la ville de Leyde re montent à 1363. Comme partout, cependant, le magistral les remaniait con-

ici un garant de la. qualité du produit, empèchait, d'autre part, les progrès techniques de l’industrie.

Il résulte de ces observations générales qu'en principe ce n'est pas le coût de la produclion, mais plutôt le coût de la reproduclion d’une marchandise que nous pouvons considérer comme le facteur constitutif de sa valeur de production. Il s’agit ici d'un principe s'appliquant ayec autant de rigueur à la valeur de production capitaliste développée, qu'à la simple valeur-de-travail. Ce principe se retrouve dans la notion du coût de la production ; aussi est-1l généralement reconnu, par les représentants de la théorie moderne de la valeur-de-travail.

Le principe que nous venons de développer ne s'applique ni sans réserves, ni également à toute catégorie de biens. Plusieurs biens économiques ne peuvent pas êlre reproduits et doivent précisément à ce fait une partie considérable de leur valeur d'échange, bien que le coût de production reste un élément essentiel de cette valeur. Tel est le cas, par exemple, pour les objets rares de différentes espèces. D'autres articles de cette catégorie, comme certains vins estimés, retirent de leur âge un élément essentiel de valeur ; si l’on voulait les

reproduire, on aurait de même à reproduire cet âge, — sinon, on fabriquerait de tout autres produits représentant une moindre valeur. :

Comme principe général, cependant, principe s'appliquant à la très grande partie des articles de consommation journa- lière, nous devons admettre que la valeur de production est estimée d’après le coût de la reproduction.

En ce qui concerne la simple valeur-de-travail, ce principe s'exprime ainsi : La valeur de production est estimée d'après la

tinuellement par de nouvelles ordonnances. Cf. la° citation à Ja page 167, relative à la ville d'Amiens. Elle nous a appris que le maitre tisserand ou wadier n'y pouvait pas davantage augmenter son gain par l'invention d’une méthode perfectionnée ou par le moyen d'une production plus intensive, Les mêmes observations s'appliquent aux villes de Flandre. Voir F. Fuxcx- Brexraxo, Philippe le-Bel en Flandre, Paris, 1896, p. 5r et suiv. Le nivellement des conditions de vie dans chaque métier sur Ja base d’une valeur-detravail sociale réglée par les autorités urbaines, voilà le trait caractéristique qui distingue les rapports de production dans le Moyen Age.

quantité du travail socialement nécessaire au moment où le produit apparait au marché, c’est-à-dire au moment où sa valeur de production va se réaliser dans la valeur d échange et le prix de marché.

C'est dans ce même sens que nous verrons encore s'appliquer ce principe à la valeur de production capitaliste développée et cela non seulement par rapport aux produits qui peuvent être augmentés indéfiniment et arbitrairement par l’industrie humaine, mais encore aux produits de l’agriculture et de l’industrie agricole ainsi qu'aux matières premières que nous procurent les industries extractives ; pourtant, en ce qui concerne ces dernières catégories de produits, nous savons que la productivité du travail ne dépend que partiellement de l'homme même.

Une observation particulière se présente ici : Supposons que dans le laps de temps compris entre la production d’une marchandise et son apparition au marché, la quantité de travail indispensable à la production de cette marchandise reste la même, mais que son producteur trouve au marché un autre produit fabriqué avec un coût de production moindre, — c'est-à-dire pour le cas spécial de la valeur-de-travail, par une dépense moindre de travail, — et que ce deuxième produit corresponde aussi bien ou mieux que le premier aux mêmes besoins et désirs humains. Il est évident que, dans ce cas, il arrivera de deux choses l’une : ou le preimier produit ne sera plus demandé et deviendra une non-valeur ; ou bien, la demande, tout en s’affaiblissant, continuera. L'alternative sera résolue par plusieurs circonstances particulières : la mode, les préférences des consommateurs pour le produit nouveau venu, où d'autre part leur néophobie. En résumé, le premier produit ne réalisera généralement pas une valeur de production supérieure à celle du dernier qui satisfait les mêmes besoins ou désirs. Lorsque, par exemple, le nouveau produit n’exige que la moitié du travail nécessaire à la fabrication du premier, on peut s'attendre à voir la moitié seulement de la valeur de production sociale représentée autrefois par le premier produit se réaliser dorénavant dans sa valeur d'échange et son prix de marché. À nettement parler, ees derniers se cons:

titucront sur une base qui n’est plus la valeur de production sociale originelle du produit en question, mais qui ne s'élève qu'à la moitié de celle-ci.

Ici le produit, dont ilest question, n'est pas privé partiellement de sa valeur de production originelle par un produit parfaitement pareil possédant les mêmes propriétés intrinsèques, mais par un produit d’une autre espèce, capable ‘de satisfaire les mêmes besoins et désirs humains.

Dans nos recherches sur la valeur de production en général et la valeur-de-travail en particulier, nous avons toujours parlé jusqu'à présent, en termes généraux, du coût nécessaire de la production où du travail socialement nécessaire à la production, sans faire une distinction, pour chaque produit en particulier, entre le travail directement appliqué au produit, et la quantité de travail que l’on peut considérer comme transmise au produit par l'intermédiaire des moyens de production.

Les moyens de production, comme lon sait, comprennent encore d'une part les matières premières et malières secondaires, d'autre part les moyens de travail: immeubles, outillage, etc. C'est à leur égard que nous avons à faire quelques observations importantes sur la constitution de la valeur de production. Ces observations s'appliquent encore une fois à la valeur de production en général et non exclusivement à la valeur-detravail.

Les artisans qui ont fabriqué l'ouvrage de tabletterie dont nous avons examiné la valeur-de-travail sociale, ont donné à ce produit une valeur de production correspondant au travail dépensé ; leur travail peut être considéré comme entrant purement et entièrement dans le produit, avec la réserve déjà faite que c'est généralement la valeur-de-travail sociale qui compte ici dans l'échange et non la valeur-de-travail personnelle.

L'ouvrage de tabletterie, cependant, représente autre chose que le travail que nous venons d'y retrouver. [Il contient encore d’abord la matière première, bois ou ivoire, qui généralement est livrée par d’autres ouvriers et qui, en tout cas, passe éntièrement et avec toute sa valeur de production dans

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le nouveau produit. Elle ne subit une transformation dans le processus de la production que pour reparaître, sous une nouvelle forme, dans le produit final. Nous n'avons à analyser pour le moment que la valeur de production et notre problème est autre que celui des ouvriers tabletiers qui ont à juger chaque plaque de bois ou d'ivoire d’après l'usage qu'ils en peuvent faire. Notre tâche est donc assez simple. Au travail de ces ouvriers nous avons à ajouter le travail nécessaire à la production et la livraison de la matière premnère. Nous supposons que, dans la branche de métier qui s'occupe de la fabrication de la matière première, le coût de la production se réduise encore à une dépense de travail.

Dans l’industrie spéciale choisie par nous il n’est pas quesion, à proprement parler, de matières secondaires. Si nos ouvriers étaient des fondeurs de cuivre où de bronze et leur œuvre un objet de fonderie artistique, il en serait autrement. À côté de leur matière première (cuivre ou bronze) ils auraient encore à compter avec les matières secondaires, combustibles et autres, employées dans leur industrie. Les matières secondaires se distinguent des matières premièrés en ce qu’elles n'apparaissent pas dans le produit final, mais sont consumées, au contraire, dans le processus de la production, sans laisser trace de leur existence, Cependant, en principe, ces derniers matériaux ne sont pas moins nécessaires à la constitution du produit que les matières premières ; comme ces dernières, ils: doivent être considérés comme entrant dans la valeur du produit avec leur entière valeur de production, (valeur-detravail ou valeur de production capitaliste développée).

Tel n’est pas le cas pour ce que l'on désigne sous le terme spécial de moyens de travail. L’immeuble où l'artisan exerce son métier peut continuer à exister aussi longtemps que l'ouvrier exerce sa profession, quel que soit le nombre des pièces livrées par lui. De même ses outils durent plus longtemps que chaque processus particulier de production. Mais immeuble et outils subissent des altérations. Tous ces moyens de travail, quoique dans un délai différent, s’usent à la longue. Aussi faut-il réparer de tempsen temps l'immeuble; aiguiser et maintenir en bon état les instruments de travail.

Rappelons-nous maintenant que notre ouvrage de tabletterie représentait une valeur-de-travail sociale de 50 heures. Il faut tenir compte ensuite de la quantité de travail dépensée à la fabrication des matières premières et secondaires. Admettons qu'elle soit de 13 heures. POP enfin que l'usage des moyens de travail représente 5o jours de tr ue par an*dans les conditions générales de production: 25 jours nécessaires, par exemple, pour compenser l'usure Re des moyens de travail mis à la longue hors d'usage, et 29 autres jours représentant le temps nécessité par les réparations continuelles et l'entretien des outils, le nettoyage de l'atelier, etc. À ce litre, la valeur de production sociale de l'objet en question devra être augmentée d’une fraction de ces bo jours de travail correspondant à la durée de sa fabrication.

Aussi longtemps que le métier continue à être exercé par l'artisan et que la valeur de production se présente encore à nos yeux comme de simple valeur-de-travail, louvrier traitera encore souvent l'usure de ses moyens de travail comme une quantité négligeable ; tout au plus, la comptera-t-1l grossière ment dans les prix qu'il demande. Il en sera tout autrement dès que nous verrons se transformer peu à peu la petite manufacture en petite industrie, industrie moyenne et grande industrie. Là les moyens de travail, bâtiments, machines, outillage, etc., commencent à jouer un rôle toujours plus important ; l'entrepreneur y est naturellement porté à compter sérieusement avec la valeur de production transmise au produit par chacun de ces moyens de travail, et il les spécifie soigneusement dans ses prix de revient.

L'entrepreneur moderne enregistre dans ses livres une somme annuelle pour la détérioration de ses machines ; il met de même au compte des dépenses une somme répondant à l'usage, — sinon au loyer, — de ses locaux. Même dans ce stade de développement de l’industrie, on ne tiendra pas un compte exact, pour la détérioration des instruments de travail, de la durée de leur emploi, depuis leur mise en service Jusqu'à ce qu'ils soient hors d’usage. Pourtant, du côté desentrepreneurs, ce calcul a beaucoup gagné en précision avecles années. C'est précisément cette possibilité de compter plus facilement et avec

une plus grande exactitude l'usure, les frais d'entretien, etc. des moyens de production que nous avons déja comptée comme un facteur essentiellement favorable à la transformation de la valeur-de-travail primitive en valeur de production capitaliste (x).

Le produit final du travail du tabletier pourrait représenter ainsi une valeur-de-travail sociale non de 5o heufes, mais de 65 heures ; par exemple, 50 heures pour le travail direct de la fabrication, 13 heures comme valeur de production des matières premières et secondaires et enfin 2 heures pour l'entretien des moyens de travail, l'usure des outils, etc.

Ainsi, nous voyons que les moyens de travail n’entrent pas entièrement dans chaque exemplaire du produit à la fabrication duquel ils ont servi, à l'inverse des matières premières, généralement aussi des matières secondaires. Ils s’absorbent dans le produit total d'une période entièrede production, de sorte que le coùt qui correspond à leur usage ne peut s'appliquer que par fraction à chacun des objets fabriqués pendant cette période.

Il est tout naturel que pour l’une et l’autre espèces de moyens de production, on ne saurait parler d’une transmission de valeur de production de ces moyens au produit final qu'autant qu'ils possèdent eux-mêmes cette valeur. Les matières premières ou secondaires qui sont gratuitement à la disposition du producteur n’entrent pas dans la valeur de production personnelle ; celles qui sont librement accessibles à tous

(1) Les autorités des villes du Moyen Age, dans leurs règlements des métiers, ne tenaient pas exclusivement compte des matières premières et de la main-d'œuvre, mais encore des instruments de travail. Pour en donner la preuve, nous nous référerons encore une fois au métier des drapiers dans la ville de Leyde. 11 était expressément défendu, dans cette ville, de carder la laine ; on la peignait pour ne pas trop casser le poil du drap. Les outils au moyen desquels se faisait cette opération spéciale étaient encore scrupuleusement déterminés (Voir le D° P. J. Brock, loc. cit., p. 197). « La disposition et la grandeur des métiers, le nombre des fils, sont fixés d’une manière précise. » (F. Fuxck-Bazwraxo, Philippe le Bel en Flandre, p. 53).

Ici encore c’est à la bonne fabrication du produit que les autorités médiévales voulaient veiller, Il est évident, d'autre part, que leurs prescriptions sur les outils étaient encore un obstacle important au développement technique des métiers,

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