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n'entrent pas davantage dans la valeur de production sociale des produits. Les unes et les autres sont comme les forces naturelles qui prêtent gratuitement leur concours dans le processus de la production. Le sable ou le bois sauvage de la forêt peuvent ne coûter au producteur que le travail nécessaire à les recueillir, les transporter et les appliquer à une destination spéciale ; pour le reste, ils peuvent ne pas lui coûter davantage que la lumière du soleil ou Peau de pluie. Il en est autrement, si ces dons de la nature ne se trouvent que par exception à la libre disposition du producteur et se présentent en ce cas comme un monopole. La force d’un courant d’eau dans une contrée industrielle peut nous servir d'exemple. Dans le cas du monopole, c'est seulement la valeur de produclion personnelle et non la valeur de production sociale qui reste invariable. 11 est donc très compréhensible que la petite
manufacture ait déjà tenu comple, dans la fondation des éta-
blissements, de la proximité plus ou moins grande des ma- Uères pr emières comme de toute autre din permettant d'économiser les moyens de production. La fondation d’ateliers de sculpteurs sur bois dans les contrées boisées de la Suisse, de Thuringe et de la Forêt Noire, de sabotiers, vanniers, nattiers, briquetiers aux bords des rivières, s'explique par la même cause pour la période de la petite manufacture.
La grande industrie moderne comporte naturellement, à ce point de vue, bien d’autres exigences que la petite manufacture ; mais ces circonstances accessoires de la production : conservent leur influence. L'établissement des hauts fournaux, des fonderies et des grandes forges de nos temps modernes dans le voisinage des mines, qui leur procurent les matières premières et les principales matières secondaires, est un phénomène du même ordre.
Dans aucune de ces deux époques il n’est question d’une nécessité rigoureuse ; on peut économiser par d'autres voies, surtout dans la grande industrie, que la production et le transport des matières premières et secondaires. La Suisse, par exemple, doit principalement l'existence de son industrie moyenne et de sa grande industrie à la technique moderne
qui transforme la force motrice de l’eau courante en élec-
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tricité, c'est-à-dire, à une économie des moyens de travail. D'une façon générale, les principes que nous venons de développer au sujet des moyens de production sont d’un intérêt essentiel pour tout degré de développementdu travail humain.
Nous devons encore faire une observation : Les principes généraux que nous avons posé plus haut, relativement au travail s'appliquent aussi aux matières premières et secondaires d'une part, aux moyens de travail de l'autre. C’est non la valeur de pr oduclion per sonnelle, mais la valeur de production sociale qui, généralement et pour les deux catégories de moyens de pro- AA tAe entre dans le produit ; de Blu, ce n'est pas ordinairement le coût de la production d'un produit, mais plutôt le coût de sa reproduction qui, dans les deux cas, compte comme valeur de production sociale, Ce qui est en jeu, selon ce dernier principe, cest la valeur de production sociale possédée par le produit au moment où il est apporté au marché.
Examinons de plus près encore l'application de ces principes importants : Le tabletier voulant se permettre le luxe de tendre son atelier de tapisseries, ne saurait rationnellement compler l’usure de celles-ci dans la détérioration de ses moyens de travail. La valeur de production sociale transmise avec le temps au produit s'étend bien à l'atelier et aux instruments de travail, mais non à la décoration des locaux. Quoique les frais dépensés à celle-ci se rangent parmi les frais personnels de fabrication des objets de tabletterie, ils ne comptent point dans la valeur de production sociale de ces produits.
Aussi longtemps que le métier reste encore entre les mains de l'artisan, la valeur de production se présentant sous la forme primitive de valeur-de-travail, de semblables dépenses jouent ordinairement un rôle peu important, Il en est autrement déjà dans la petite industrie et plus encore dans l’industrie moyenne et la grande industrie de nos jours. Ici tous les frais de production Fe cette espèce exercent une influence plus ou moins importante, à tel point, qu'un excès de dépenses sur ce chapitre peut décider bien souvent de l'avenir d'une entreprise.
Les machines coûteuses qu'emploie souvent la grande
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industrie moderne perdent sensiblement de leur valeur avec le temps, non seulement par cause d'usure matérielle, mais aussi par le simple fait de leur âge. Un entrepreneur dans la grande industrie moderne doit se lenir au courant du développement de son industrie et se préoccuper des inventions nouvelles de la mécanique en tant que celles-ci peuvent lui permettre de réaliser des économies. S'il oubliait ce principe, sa machinerie, pour ainsi dire, se survivrait à elle-même. Par opposition à l'usure matérielle, c'est ce qu'on peut appeler l'usure économique des moyens de production.
Dans certaines branches de la grande industrie, on reconnaît ainsi la nécessité du remplacement total de toute la machinerie (usée ou non usée) au bout de quelques années de service. Nous nous sommes laissé dire que les compagnies d'assurances contre l’incendie comptent avec cette nécessité et
“font payer en conséquence de hautes primes aux propriétaires de ces entreprises.
Ici la valeur de production Soul des instruments de travail et leur absorption dans un espace délerminé de temps joue un rôle essentiel et ceci s'applique non seulement à tout entrepreneur en particulier, mais même à l'industrie natio-
» nale ou internationale (1).
D'autre part, la question de savoir ce qui compte comme valeur de production dans un sens général et social à une influence beaucoup plus importante pour la grande industrie que pour la petite manufacture et le travail de l'artisan isolé. Si la tapisserie ornant l'atelier du tabletier n'apporte pas un
(1) Pierre Knoporkine, dans son livre : Fields, Factories and Workshops, donne la comparaison intéressante qui suit sur l’état international de notre grande industrie : « Il en est de même en Allemagne, Depuis un quart de siècle, et surtout depuis la dernière guerre, l'industrie y à subi une trans- D iiion complète. Son outillage, entièrement renouvelé dans la plupart de ses usines et manufactures, représente, pour ainsi dire, le dernier mot du progrès . Les nouvelles Dies de l’Allemagne débutent ts l'expérience acquise par Mb après un siècle d? essais et de tâätonnements, et en Russie, on travaille aussi bien aujourd hui qu'à Manchester ou en Da La Russie, à son tour, essaie de s’émanciper de sa dépendance vis-à-vis de l'Europe occidentale et fabrique déjà elle-mème la plupart des articles qu'elle importait autrefois de l'Angleterre ou de l'Allemagne. » (loc. cit., chap. 1, pp. 10-11, Trad, Victor Dave:.
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tort irréparable aux affaires de l’artisan, l'établissement trop luxueux d’une entreprise de grande industrie pourrait plus facilement mener l'entrepreneur à sa ruine. Ici les limites sociales posées dans chaque branche d'industrie, indépendamment de la personne de l'entrepreneur, ont un intérêt beaucoup plus direct ; une méprise à l'égard des moyens de travail y est d’une portée bien plus grande ; il est difficile de remédier à l'excès de dépenses apporté dans la construction d’un vaste immeuble, tandis que l'artisan a bientôt fait d'enlever ou de vendre quelques objets imprudemment achetés.
Dans la petite industrie, l'industrie moyenne et la grande industrie, l'économie relative aux matières premières et secondaires joue un rôle non moins important assurément que dans la petite manufacture. Dans un établissement de grande industrie moderne bien dirigé. chaque objet, le plus petit même, doit avoir sa place et ne pas rester inutilisé. Un entrepreneur de capacités commerciales supérieures attribuait principalement la prospérité de sa fabrique de carrosserie à la bonne administration, au système d'économie pratiqué par la direction ; pas un bout de ficelle dans son entreprise n’était gaspillé et tout, jusqu'aux copeaux de bois et aux vicilles oites de fer blanc, trouvait toujours son emploi.
Plus encore que CE À des matières secondaires c’est celle des matières premières qui exerce ici une influence essentielle, parce que celles-ci s'emploient en quantités plus considérables : « Si une livre de coton suffit en moyenne pour faire une livre de filés, nous fait remarquer Marx, ce n'est que la valeur d’une livre de coton qui sera imputée à la valeur d’une livre de filés (1). »
Pour chaque établissement de grande industrie se trouve ici exprimé en quelques lignes un principe général de la plus grande importance pour le bon succès de l’entreprise.
Nous faisons expressément remarquer que toutes ces observalions sur les matières premières et secondaires, sur les moyens de travail et sur leur influence dans le processus de
(1) Karr Marx, Das Kapital, t. TI, trad. franç., p. 80, col. 2.
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la création de valeur, s'appliquent uniquement à la valeur de production que ces éléments ajoutent au produit ; elles ne se rapportent nullement à linfluence qu'ils exercent sur la valeur d'échange. C'est une erreur importante de notre théorie moderne de la valeur-de-travail, erreur que l’on retrouve également chez Rodbertus et chez Marx, de supposer que la « valeur » des moyens de production (c'est-à-dire selon leur doctrine, la quantité de travail représenté par ces moyens, ou ce que nous appelons leur valeur de production) entre telle quelle dans la valeur d'échange des produits, au fur et à mesure qu'elle est consommée dans le processus de la production.
La confusion est manifeste ; sila part de la valeur d'échange des produits que l'on peut mettre au compte des moyens de production ne peul pas être fixée exactement, néanmoins on ne saurait l'identifier purement et simpiement avec le travail représenté par ces moyens de production dans la proportion de leur usure. Le service que le matériel de, production rend dans la constitution de la valeur d'échange objective des produits est autre chose que la valeur de production représentée par la part consommée du matériel.
IL est à peine utile de répéter que nous nous retrouvons encore, en dernière analyse, en présence de cette hypothèse si souvent critiquée que, dans l'échange, les biens produits par le travail humain possèdent seuls une valeur et que leur valeur correspond nécessairement à ce travail.
Dans notre discussion de cette hypothèse nous avons fait remarquer que les dons de la nature qui se trouvent gratuitement au service de l’homme et ne possèdent aucune valeur de production ne peuvent pas être mis à l'écart en vertu de leur gratuité lorsque nous estimons la valeur d'échange des produits. Dans la haute importance qu'ont les agents naturels pour la création des richesses humaines et leur influence essentielle sur la constitution de la valeur d'échange de ces dernières, nous ayons rencontré précisément un des meilleurs arguments que puissent apporter les communistes contre l’accaparement de la nature par les individus.
Il est donc évident que nous nous opposerons catégoriquement aussi à l'identification des services que nous rendent les
matières premières et secondaires etles moyens de travail avec à la valeur de production qu'ils représentent. Cette identificaüon est aussi insoutenable pratiquement que théoriquement.
Dans un chapitre traitant de la valeur des biens complémenlaires nous exposerons dans son développement le principe général suivant : Lorsque différents facteurs ont collaboré à la créalion d’un bien économique on ne peut pas mettre au compte Ë d’un seul le produit de l’action commune. En diminuant la valeur # totale d’un produit de la valeur que certains facteurs repré- | sentent en dehors de la combinaison, pour attribuer ensuite la É différence à l’action d'un seul facleur conservé, on oublie que les biens complémentaires doivent élre jugés dans leur ensemble.
D'après ce principe, si l’on veut déterminer la part qui « revient à l’aide des moyens de production dans la création | des richesses humaines et la constitution de leur valeur, on : ne peut pas remplacer cette aide par le coût de la production ou de la reproduction des moyens en question. C'est du moins impossible en ce qui concerne la valeur d'échange de nos richesses malgré la théorie moderne de la valeur-detravail. Cette substitution ne s'applique en réalité qu'à la valeur de production des richesses.
Karl Marx s’est laissé entrainer à poser l'hypothèse suivante : « Les moyens de production ne peuvent... jamais ajouter au produit plus de valeur qu'ils n’en possèdent euxmêmes. Quelle que soit l'utilité d’une matière première, d'une machine, d’un moyen de production, s’il coûte 150 livres sterling, soit cinq cents journées de travail, il n’ajoute au produit total qu'il contribue à former jamais plus de 190 livres sterling (1) ».
Cette hypothèse est aussi inexacte lorsqu'on la veut appliquer à la valeur d'échange des biens qu'elle est correcte relativement à leur valeur de production. Aussi caractérise-t-elle une fois de plus la confusion entre ces deux formes de valeur,
(1) Voir Karc Manx, Das Kapital, t. I, trad. franç., p. 88, col. Ropserrus, de da côté, a moins approfondi celte matière. Voir PRE. Sociale Frage, t LP 09-78.
confusion que l’on retrouve continuellement dans les œuvres de Marx.
Si, cependant, nous devons rejeter ici les théories présentées par la doctrine moderne de la valeur-de-travail en tant qu'elles s'appliquent à la valeur d'échange, nous n’acceptons pasdavan-
tage celles que la doctrine utilitaire expose au sujet des moyens de production.
La doctrine utilitaire moderne, d’après ses représentants
les plus autorisés et d'accord avec sa théorie générale de
la valeur, considère la valeur des machines et celles, en général, de tous les « biens productifs », comme dépendant de « Putilité limitative » du produit final prêt à la consommation et comme ne s'appuyant pas, par suite, sur le coût de production de ces biens mêmes » (1).
(1) Très curieuse, à ce sujet, est l'exposition que donne M. Bôhm de cette hypothèse. Cf. Kapital und Kapitalzins, &. 11, p. 190 et suiv,
« Supposons, dit-il, qu'un article de consommation À provienne d’un groupe de biens productifs du deuxième ordre (G;,); celui-ci, à son tour, d’un groupe du troisième ordre (G3), dérivant lui-même d’un groupe du quatrième ordre (G,) et ainsi de suite, A titre d'exemple et pour éclairer cette division empruntée à Menger, il prend comme article de consommation le pain ; comme groupe productif du deuxième ordre, la farine, le four de boulanger et le travail du boulanger collaborant à la production du pain ; comme
“groupe productif du troisième ordre, le blé, le moulin, les matériaux pour construire le four, etc., servant tous ensemble à la production des biens du
- deuxième ordre ; enfin la terre qui procure le blé, la charrue, le travail du
- laboureur, les matériaux nécessaires à bâtir un moulin, etc., seront des biens productifs du quatrième ordre. M. Bôhm pose ensuite les deux principes fondamentaux suivants :
« Premièrement: attendu que de tous les groupes productifs intermédiaires qui passent successivement l’un dans l’autre, dépend la même utilité, la valeur de tous doit être en principe la même. »
« Secondement : la quantité de cette valeur commune correspond pour tous ces groupes, en dernière analyse, à la quantité de l'utilité limitative de leur produit final prèt à la consommation. » (Loc. cit., p. 192).
D’après cette théorie la valeur du travail du laboureur ainsi que celle de
. ses moyens de production dépend de la valeur du blé qu'il produit ; cette dernière valeur à son tour, ainsi que la valeur du moulin, des malériaux pour la construction du four de boulanger, etc., dépend ensuite de la valeur de la farine, du four et du travail du boulanger, et enfin ces dernières valeurs dépendent encore de la valeur du pain. Ici l’école autrichienne s'arrête, Pourquoi ? Est-ce que le pain ne produit pas de nouveau de la force de travail, comme la force de travail produit du blé, de la farine, du pain ? Nous prenons la liberté de continuer la chaine de déductions de M. Bôhm : la valeur du pain « dépend » de la valeur de la force de travail produite par le pain, force de travail des laboureurs, artisans, ouvriers de fabriques, etc. ; la
na, d'en CROIS tm 4 4 w
Cette dernière doctrine ne commet donc pas l'erreur faite
par la théorie de la valeur-de-travail ; elle ne confond pas
la valeur de production ajoutée par les instruments dem
travail, etc., aux produits finaux avec la partie de la valeur
d'échange deces derniers qu'on devra attribuer à la collabora=
tion des moyens de production. Son erreur est autre : C’est de confondre les services que rendent le trarail, le sol, les oulils, ele.
RG S-
dans le processus de la production el dans la création de valeur È
sous loules les formes avec la valeur d'échange que représentent eux-mêmes ces biens pr oduclifs.
Elle considère la valeur d'échange d’une charrue (pour