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articles d'usage journalier, il ne s’agit ici que de certains

moments de rareté exceptionnelle ; sous le régime de la libre concurrence entre consommateurs et producteurs, l’état du marché tel que nous venons de le décrire, suffit d'ordinaire pour attirer immédiatement une quantité plus grande de capital et de travail qu'autrefois dans la production de l’article dont la demande est si exceptionnellement élevée. L'offre de l'article en question augmente donc et la conséquence en est bientôt la baisse de ce prix de marché exceptionnel.

Supposons maintenant qu'au marché le cas contraire se produise, c’est-à-dire qu'à un moment donné l'offre d’une certaine marchandise surpasse sensiblement la demande, soit que l’approvisionnement du marché paraisse abondant, soit que la demande reste inférieure à la moyenne.

Que se passe-t-119 L'un après l’autre, les vendeurs, étant cette fois les plus faibles, précisément à cause de l’abondance de l’offre, se défont de leurs marchandises à un prix de plus en plus faible, tächant, chacun pour soi, de se sauver autant que possible et de réaliser le profit moyen dans leur branche de production en dehors de leurs frais personnels. Les acheteurs, d’autre part, sentant bien qu'ils ont le dessus cette fois, s'entendent les uns avec les autres, afin de faire . baisser le plus possible les prix de vente. Très souvent, comme nous le verrons encore, la baisse des prix peut faire augmenter la demande comme d'autre part elle peut diminuer l'offre. Supposons, cependant, que malgré la tendance à la baisse, l'offre continue sans cesse à surpasser la demande effective ; il est possible, dans ce cas, que seuls les producteurs qui ont pu fabriquer et apporter leurs marchandises dans les circonstances les plus favorables, réussissent à réaliser dans les prix de marché la valeur de production personnelle (profit inclus) de leurs marchandises. Cette fois ce sont donc ces marchandises fabriquées el porlées au marché dans les circons— lances les plus favorables qui régissent le prix de mar ché oénéral.

Notons bien que la notion « circonstances les plus favorables » est tout autre ici que la notion «conditions lechniques les plus favor aies mais accessibles à lous » que nous connaissons depuis

notre analyse de la valeur de production sociale. Il s’agit ici exclusivement de |’ échange.

Dans le cas supposé le principe général exposé par nous conserve sa force, mais comme le marché est plus que suffi- | samment approvisionné, les marchandises fabriquées et livrées dans les circonstances les plus favorables prennent en même temps la place de ce que nous avons appelé les marchandises produites dans les conditions les plus défavorables, mais nécessaires encore pour satisfaire la demande.

Il est évident aussi que, momentanément, le prix de marché peut descendre même au-dessous de la valeur de production personnelle que représentent pour les producteurs les marchandises fabriquées et portées au marché dans les circonstances les plus favorables. Mais, une fois encore, il ne peut être question ICI que d'un état temporaire et exception nel du marché, du moins en ce qui concerne la très grande partie des articles d'usage journalier. La libre concurrence entraîne nécessairement les producteurs à retirer du capital et du travail d'une branche de production trop nourrie, et la diminution de l'offre fait hausser immédiatement les prix de marché. N'oublions pas que, dans le cas où le prix de marché coïnciderait par exemple avec la valeur de production subjective des marchandises produites et portées au marché dans les circonstances les plus favorables, les producteurs qui ont dû travailler dans les conditions les plus défavorables, ou du moins moyennes, ne réussiront probablement pas à réaliser le profit moyen dans leur branche de production, en admettant même qu'ils trouvent une compensation suffisante à leurs propres frais de production.

Nos recherches nous ont fait voir déjà que l’état du marché tel qu'il se reflète dans le résultat final des oscillations des prix, c'est-à-dire dans le prix de marché général et définitif est influencé aussi bien par toutes les variations de la demande des consommateurs que par celles de l'offre des producteurs. L'offre des producteurs peut rester invariable, en même temps que la demande des consommateurs augmente ou diminue ; ce dernier fait peut avoir différentes causes. Le

THÉORIE DE LA VALEUR 317 rapport de l'offre à la demande, auquel nous avons affaire, en définitive, au marché, subit immédiatement dans ce cas des variations proportionnelles. Mais ce rapport subira une variation non moins certaine et non moins immédiate, lorsqu'au contraire, par une des causes nombreuses qui peuvent influer sur elle selon la nature de chaque marchandise, l'offre des producteurs augmente ou diminue, la demande restant invariable. Lequel des deux phénomènes s’est présenté en réalité? Se sont-ils même présentés tous deux ? Le prix de marché n’en porte pas la moindre trace, parce qu’il ne reflète jamais, répétons-le, que le résultat final des influences exercées par l'offre et la demande, chacune de son côté. C’est précisément la complexité de l’action de ces deux facteurs, offre et demande, et la multiplicité des causes qui peuvent influer sur l’une et sur l'autre qui nous expliquent l'instabilité du marché et ce fait connu que le prix de marché de certaines denrées peut parfois hausser ou baisser de minute en minute.

Deux conséquences découlent de tout ce que nous venons d'exposer : En prenuer lieu, l'offre et la demande s’équilibrent seulement à un prix de marché déterminé ; c’est-à-dire qu'un prix déterminé est toujours supposé, lorsque nous disons que l'offre et la demande d’une marchandise quelconque s’égalent. Secondement, le simple fait que l'offre et la demande se font équilibre pour une marchandise à un moment donné ne peut nous informer nullement du point où elles concordent ; c'est-à-dire que ce fait ne nous explique pas quel sera à ce moment le prix de marché général de la marchandise.

La vicille formule économique que la valeur et le prix de marché des marchandises sont déterminés par «le rapport entre l’offre et la demande » doit donc nous paraître vide de sens. Le fait qu'au marché l'offre et la demande concordent exprime simplement ceci qu'il existe au marché un état d'équilibre par rapport à elles, Si donc, pour une marchandise quelconque, les variations dans le rapport de l'offre à la demande peuvent souvent nous expliquer les oscillations dans le prix de marché de cette marchandise, ces variations ne nous expliquent jamais pourquoi le prix de marché s’arrêle préci-

sément à un point déterminé et où se trouve ce point (r)s

Dans tout ce qui précède nous avons rencontré, dans l'offre des producteurs, un des deux facteurs qui décident de la situation du marché. D'autre part, nous avons vu que les rapport entre l'offre et la demande peut réagir généralement sur. l'offre même des producteurs, en les obligeant à retirer du marché une quantité de capital et de travail, lorsque les prix. du marché sont exceptionnellement bas, ou au contraire en les amenant à consacrer plus de capital et de travail à la pro= duction de leurs articles lorsque les prix du marché sont ex=« cessivement hauts. Il s'agit ici d’une action et d’une réaction révulières : la production influe sans cesse sur les rapports du marché, mais ceux-ci, de leur côté, influencent non moins régulièrement la production des denrées.

En ce qui concerne la consommation, une action réciproque | analogue se présente. La demande totale et effective des consommateurs constitue le second facteur dans la constitution de l’état du marché, à côté de l'offre des producteurs ; nous avons fait remarquer déjà que la hausse du prix de marché peut avoir comme conséquence une diminution de la demande

(1) Non moins vide de sens est la conception de Karl Marx à ce sujet. IL admet qu’en économie politique l’on suppose que l'offre et la demande se font équilibre, bien que ceci ne se manifeste que par hasard ; si l'économie politique fait cette supposition c’est ( d’abord, pour étudier les phénomènes sous leur forme régulière, conformément à la conception qu’elle en'a, indépendamment des apparences que leur communique le mouvement de l'offre et de la demande; ensuite pour constater et fixer pour ainsi dire la vraie tendance de ce mouvement, » ou plutôt, si l’on traduit correctement « la tendance réelle du mouvement des phénomènes ». (« Um die Erscheinungen in threr gesetzmässigen, threm Begriff entsprechenden Gestalt zu betrachten, d, h, sie zu betrachten unabhäüngig von dem durch die Bewequng von Nachfrage und Zufuhr hervorgebrachten Schein. Andrerseits, um die wirkliche Tendenz ihrer Bewegung aufzufinden, gewissermassen zu fixiren. »). Kanrz- Marx, Das Kagitul, t. IT, première partie, ch. x, trad. franç., p. 202, texte original, p. 169. | :

Il d'est pas plus raisonnable de vouloir étudier les phénomènes du marché indépendamment des fluctuations de l'offre et de la demande, que de vouloir étudier les différences en hauteur de la mer, indépendamment - À des fluctuations que causent le flux et le reflux. En effet, les phénomènes qu’offrent au marché les actions de l'offre et de la demande ne sont pas des phénomènes extérieurs n’influençant les prix du marché que par accident ou bien en « apparence » ; ce sont au contraire des facteurs réels dans la conslitution des prix, « £

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| sde Lis THÉORIE DE LA VALEUR 919

des consommateurs, comme, d'autre part, la baisse de ce prix peut amener l'extension de cette demande.

Nous avons déjà relevé le fait qu'avec un prix de marché exceplionnellement bas, les producteurs ne peuvent pas réaliser souvent leur prolit, ou même parfois leurs propres frais de production, Ce qui plus est, il peut leur arriver, l'état du marché étant défavorable, d’avoir fabriqué des quantités considérables de leurs articles restés ensuite invendus, se détériorant, devenant inutilisables à la longue pour la simple raison que le marché n'en peut pas absorber les quantités apportées. Il en ressort que la demande des consommateurs n'est ni indéfiniment ni sans réserves susceptible d'extension.

Le degré jusqu’auquel cette extension est possible dépend beaucoup de la nature de chaque marchandise. Ricardo appelait par exemple le pain un article pour lequel la demande des consommateurs (n'augmenterait pas considérablement » si les frais de sa production baissaient de 50 o/o par suite de quelque grande découverte dans la science de l’agriculture (1). En ce qui concerne les articles d’une autre espèce, au contraire, la diminution des frais de leur production de 50 0/0 pourrait faire doubler où même décupler la demande à leur égard, attendu qu'ils pourraient être mis à la portée du grand public précisément par cette diminution et par la baisse proportionnelle qui s'ensuivrait pour leur prix de marché ; souvent il suffirait alors de quelques oscillations et la production s’adapterait à la nouvelle demande. Que l’on se demande si la lecture des journaux n'est pas devenue générale dans les dernières dizaines d'années pour une cause analogue, partiellement du moins. Que l’on pense aussi à l'augmentation considérable de l'usage des timbres et des cartes postales après les diminutions successives dans le prix de l’affranchissement. Et ainsi de suite.

On comprend qu’un article tel que le pain, une fois que la production en est suffisante par rapport aux besoins totaux de toute une population, ne rencontrera pas faci-

(1) Ricanno, Principles, ch. xxx, trad. franç., p. 323,

he TR De. ,

Jement des demandes différant sensiblement entre elles en

uantité. Le fait s'explique aisément par la généralité de q puq P 8 l'usage de tels articles. Les articles de cette espèce, apportés.

au marché en quantités toujours croissantes, atteindraient bientôt un point où leur vente ne compenserait même plus

les frais de leur transport au marché, En même temps,

cependant, la même espèce d'articles nous donne aussi souvent l'exemple du phénomène contraire : un prix de

marché excessivement élevé n’en diminuerait pas sensible- -

ment la demande, attendu que la satisfaction des premières nécessités de la vie exige déjà qu'une certaine quantité en soit produite. En outre les articles que nous visons ici appartiennent généralement à des catégories que l’on ne peut qu’exceptionnellement et dans des limites restreintes rem placer par des articles de sphères voisines de la production et de la consommation.

Les exemples que nous avons donnés ici peuvent éclaircir ce fait général que la demande des consommateurs se présente au marché comme une quantité totale correspondant à la totalité des besoins qu'éprouvent les consommateurs. Il ressort de ce que nous venons d'exposer que ces besoins totaux n'ont pas une extension déterminée, mais qu'ils se meuvent généralement entre un minimum et un maximum. Au-dessous de ce minimum la demande de la marchandise ne se restreint plus : les sphères voisines de la production et de la consommation ne peuvent plus apporter leur aide et les consommateurs cessent de se retirer du marché. Le maximum, au contraire, est.le point auquel les besoins d’une population sont entièrement satisfaits. Dans ce cas, le travail et le capital donnés à la production de cet article sont dépensés inutilement et doivent être considérés économiquement comme perdus.

Les besoins totaux diffèrent encore beaucoup, naturellement, selon la nature de chaque article de consommation et le bien-être plus ou moins grand de chaque population. Ils sont tout autres pour les perles et les pierres précieuses, pour les habits de luxe et les, aliments rares dont l’usage est limité à une partie relativement très pelite de la population que pour le blé, la farine et le pain dont la consommation

est générale. Pour le même article de consommation ils sont aussi tout autres dans des pays différant par les mœurs, les coutumes ou le bien-être matériel des habitants.

Tous ceux qui ont encore quelques ressources se présenteront alors pour acheter certains articles de première nécessité, tels que le pain et augmenteront par leur demande personnelle la demande totale de la population. Seuls ceux qui ne possèdent absolument rien, seront dans l’impossibilité de se présenter comme acheteurs au marché, même pour ces articles de première nécessité. Ils pourront mourir de faim ou rester sans logis pendant la nuit, personne ve s'occupant de leurs besoins de nourriture et de repos. La société actuelle ne tient compte pour chaque article de consommation, — nous le savons depuis notre analyse de la valeur d'usage, — que de la demande totale et effective pouvant se manifester sur le marché capitaliste, c'est-à-dire de la demande de tous ceux qui peuvent payer le prix de marché éventuel d’une denrée. Nous savons déjà que la demande totale et effective dont il est question au marché, est généralement tout autre pour chaque marchandise qu’elle ne le serait si tous les biens nous étaient librement accessibles, comme l’eau de la source ou l'air que nous respirons, ou si nous vivions dans une société réglant sa production d’après les besoins immédiats de ses membres au lieu de produire pour la demande du marché.

Sous la forme capitaliste de la civilisation, il peut donc rester et il restera communément une partie importante de la population qui ne saurait se présenter au marché capitaliste pour la satisfaction d'aucun de ses besoins et désirs et qui n'y entre en considération pour la demande totale d'aucun article de consommation; elle n'a rien à offrir, où ne possède pas, du moins, ce qu’elle pourrait offrir sous la forme monnaie exigée par le marché capitaliste. A côté de cette partie de la population qui est absolument indigente, il y en a une autre plus étendue encore qui n'entre en considération que pour certains articles de première nécessité et même pour les catégories inférieures de ces articles. C’est à cette classe qu'appartiennent encore partiellement les masses ouvrières

de chaque pays, même de civilisation moderne. Si leur bien-

être matériel était plus grand, ces grandes masses de con-" sommateurs probablement ne demanderaient pas beaucoup

plus de pain, de pommes de terre ou de coton, mais ils aug= menteraient, sans doute, leur demande de toile, laine,

beurre et œufs et par suite la demande totale de toutes ces

espèces d'articles. Cette grande partie de chaque populalion n’est pas précisément dans lindigence mais se trouve encore dans l’état de pauvreté matérielle et intellectuelle. Ce sont encore toutes ces masses, auxquelles s'applique dans toute s1 rigueur le mot noté plus haut, qui doivent échanger au marché capitaliste, obligées de le faire par la nécessité 1mmédiate. Seuls quelques privilégiés parmi les consommateurs ont le choix entre les diverses catégories de marchandises et les divers marchés.

En somme, nous voyons toujours, derrière l'offre et la demande du marché, se dresser Le grand problème de la répartition générale du bien-être matériel entre les diverses classes de la société. Ce problème demandera encore toute notre at-

tention, lorsque nous analyserons dans un autre tome de cet

ouvrage les diverses sources de revenu : salaire, profit, intérêt et rente foncière, chacune en particulier.

Nous devons encore examiner un phénomène général concernant le rapport de la valeur d'échange et du prix de marché à la valeur de production.

Jusqu'ici le coût de production que nous avons vu se présenter à nos yeux au marché pour toute marchandise, était le coût de production subjechif de chaque producteur en particulier.

Quel rôle, cependant, joue au marché la valeur de produclion sociale à

Pour les articles d'usage journalier dont la valeur d'échange nous à montré la tendance la plus prononcée à coïncider avec la valeur de production et pour lesquels cette dernière reste donc généralement l'élément essentiel dans la fixation du prix de marché, elle joue le rôle suivant : elle indique la

, compensation contre laquelle, sous le mode de production capitaliste, les grandes masses de ces articles auront les plus grandes chances d’être produits et livrés au marché, La valeur de production sociale est, d’après notre analyse, la valeur de production personnelle que représentent pour leurs

. producteurs respectifs les quantités de chaque marchandise qui sont produites dans les conditions techniques les plus fa-

vorables, pourvu que ces conditions soient accessibles à tous les producteurs. Mais, puisque tout producteur capitaliste

s'applique à se mettre au courant des progrès de son industrie, 1] y aura des sphères entières de la production et de la consommation pour lesquelles les très grandes masses des denrées apparaitront, en réalité, au marché plus ou moins nettement avec leur valeur de production sociale, le profit moyen inclus.

Ici se place une observation importante. Le rapport de l'offre et de la demande, comme nous l’avons vu dans ce chapitre, nous apprend, en général, quelles marchandises devront être considérées par nous comme indiquant le prix de toute la provision apportée au marché. Comme deuxième facteur influent, nous devons encore noter les quantités proportionnelles des marchandises produites et apportées au marché dans des circonstances différentes.

Dans certains cas, d’après le principe général de l'échange,

- les marchandises produites et apportées dans les circonstances

- les plus défavorables devraient, à première vue, déterminer la valeur d'échange et le prix de marché général pour toute la provision de la marchandise, Mais il peut arriver en même temps que les marchandises de cette catégorie ne représentent qu'une fraction relativement insignifiante de toute la provision, les très grandes masses de la marchandise étant produites et apportées au marché dans des circonstances moyennes ou très favorables.

Dans le cas supposé, les vendeurs de ces dernières catégories de la marchandise se laisseront porter par leur propre intérêt à rester au-dessous du prix qui devrait être le prix de marché général et régulaleur selon notre principe. Ce dernier se fixera donc, en réalité, dans ce cas, au-dessous du niveau indiqué

par la valeur de production subjective (profit inclus) que possèdent pour leurs producteurs éventuels les marchandises produites et apportées au marché dans les circonstances les plus défavorables.

Le prix correspondant à ce niveau JAMES tout au plus obtenir le caractère d’un prix d'occasion, n'ayant force au marché que pour quelques moments. Ordinairement, dans ce cas, le prix de marché général s'élèvera encore tant soit peu au-dessus du niveau de la production personnelle des autres quantités de la marchandise. Moindre sera proportionnellement la quantité des marchandises produites et livrées dans les circonstances les plus défavorables et plus éloigné sera le prix de marché du niveau théorique indiqué par le principe général que nous venons d'exposer ; le prix s’approchera LÉ plus en plus de la valeur de production personnelle que représentent pour leurs producteurs éventuels les catégories de marchandises composant au marché les grandes masses de la provision entière.

Le même phénomène, en sens inverse, peut se présenter naturellement lorsque ce sont les marchandises produites et livrées dans les circonstances les plus favorables qui devraient déterminer la valeur d'échange et le prix de toute la provision. Le prix de marché général, si cette catégorie ne représente qu'une fraction relativement minime de toute la provision, sera plus haut, en réalité, qu'il ne devrait l'être d’après le principe génér A développé par nous. Cette fois aussi ce prix s’élèverait en réalité plus haut au-dessus du niveau indiqué d’après ce principe, à mesure que les marchandises produites et livrées dans les circonstances moyennes ou très défavorables surpasseraient davantage en quantité celles qui apparaissent au marché dans les circonstances les plus favorables. Cependant, le prix de marché restera généralement, dans ce cas, au-dessous de la valeur de production personnelle que représentent pour leurs producteurs éventuels les grandes masses de marchandises portées au marché.

Il est tout naturel que ce principe, agissant accessoirement, à côté du principe général, dans la constitution de la valeur d'échange et du prix de marché, exerce

une influence essentielle pour toutes les marchandises dont les très grandes quantités viennent au marché dans des conditions plus ou moins égales de production et de transport. C'est précisément par ce phénomène que nous devons nous expliquer, pour plusieurs articles d'usage journalier, la tendance que montre leur valeur d'échange et leur prix de marché à coïncider avec leur valeur de production sociale. Cette coïncidence, naturellement, n'est pas un fait qui se présente tous Îles jours et pour chaque quantité de ces marchandises en particulier. C'est une tendance qui paraît plus manifeste et plus forte, à mesure que l’on compare le prix de marché et la valeur de production sociale pendant des périodes plus longues ; plus forte aussi à mesure que l’on étudie la consommation d’une même catégorie de marchandise dans une zone de débit plus large. Toute notre analyse, cependant, nous a montré en même temps jusqu à l'évidence combien nous aurions tort, d'autre part, de vouloir identifier tout simplement Le prix de marché général et réqulateur des marchandises avec leur valeur de production sociale.

Nous ne sommes pas autorisés davantage à considérer avec l'économie classique de Ad. Smith et Ricardo, la valeur de production sociale comme une sorte de « prix naturel » (natural price) des marchandises (1). Au marché un prix n'est pas plus « naturel » qu'un autre pourvu que tous deux dérivent normalement des rapports du marché. L'idée même d'un prix de marché en dehors du marché mème, le (Markt-Produktionspreis de Karl Marx) est une contradiction in adjecto (2).

(1) Voir Anau Smiru, Wealth of Nations, livre I, ch. vi: « Du prix nalurel des marchandises, et de leur prix de marché. » Trad franç., pp. 68 et suiv. Cf. par exemple la définition à la page 91 : « Le prix naturel est donc, pour ainsi dire, le point central vers lequel gravitent continuellement les prix de toutes les marchandises. Différentes circonstances accidentelles peuvent quelquefois les tenir un certain temps élevées au-dessus, et quelquefois les forcer à descendre un peu au-dessous de ce prix ». Cf, aussi Ricarpo, Principles, ch. 1v : & Du prix naturel et du prix courant. »

2) Une autre notion qui donne lieu parfois à une confusion réelle est celle du « travail socialement nécessaire » ; elle perd, en effet, tout sens lorsqu'on vient l'appliquer avec Karl Marx à la valeur d'échange et au prix du marché au lieu de l'appliquer à la valeur de production.

Supposons que la demande d'ouvrages de tabletterie, comme l'objet N

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Il en résulte ceci : Lorsqu'un prix ne dérive pas immédiatement des rapports réels du marché, mais par exemple de

spéculations sur des rapports de marché possibles dans l'avenir et n'existant pas au moment où le prix est fixé, nous ne pouvons pas considérer ce prix comme prix de marché général normalement constitué, mais nous devons l’envisager comme un de ces priæ occasionnels dont nous avons parlé plus haut.

Empruntons un exemple à la statistique : Les statisticiens du Département du Travail à Washington, déclarent qu'au moment de leur enquête {dans la période 1889-1890), des rails d'acier pouvaient être fabriqués en Grande-Bretagne « dans des conditions normales » à un prix très voisin de 18 dollars par tonne. Cependant, en réalité, les frais de production des rails d'acier variaient beaucoup en Grande-Bretagne pendant toute la période de l'enquête. Et le rapport He le motif principal des grandes fluctuations à ce sujet dans les spéculations de Bourse sur la fonte de fer ; ces spéculations avaient pris une telle extension qu’à cette même époque des mesures ont été proposées dans le Parlement anglais pour égler le commerce en warrants de fonte. En effet, c'était chose usuelle à cette époque pour certains spéculateurs au marché de fer de Glasgow d'acheter et de vendre des liasses énormes de warrants de fonte sans posséder une seule tonne de fer et même sans avoir aucune envie de la

posséder (1;.

dont nous avons parlé plus haut, soit temporaireme nt telle, que toute la provision d'articles de celle espèce, même ceux qui sont fabriqués dans les conditions techniques les plus défavorables, trouvent des acheteurs et que la demande continue toujours. Quel travail où quelle durée de travail sera dans ce cas « socialement nécessaire » à l’approvisionnement du marché ? Les 70 heures de l’ouvrier travaillant isolément ? Où bien 60 heures ? Ou encore bo heures, temps qui représentait la valeur-de-travail personnelle jouant dans cette branche de métier le rôle de valeur-de-travail sociale et indiquant peut-être le niveau d’où les prix ont commencé à monter par suite de l’augmentation de la demande? Où enfin est-ce 40 heures ? En réalité, chacune de ces différentes dépenses de travail s'est montrée au marché comme « socialement nécessaire » et une espèce ne l’a pas plus été qu ‘une autre.

(x) Sixth Annual Report, pp. 169-170 et À

L'influence exercée sur les prix de marché par ces spéculations nous est montrée par les cours suivants de fonte de fer, empruntés par le même rapport à un article écrit dans le bulletin de la American Iron and Steel Association (numéro du 11 juin 1890), par M. Swank, secrétaire de cette association : « Les marchés européens montent et baissent comme les nôtres. En janvier et février 1890, des rails d’acier anglais coùtaient 7 livres sterling 5 shilling, ou environ 35 dollars par tonne livrables à bord du vaisseau ; en juin, ils élaient cotés 4 livres 10 shilling, ou environ 21.00 dollars ; une diminution de prix de plus de 13 dollars par tonne en 4 mois. En août 1888, les rails d’acier anglais étaient cotés 3 livres 12 sh. 6 d. ou 17.63 dollars par tonne, et depuis le mois de mai jusqu’en août 1886, ils étaient régulièrement colés 3 livres 7 sh. 6 d. ou 16.42 dollars. Les notations de 1880 et aussi celles de 1888 doublèrent au commencement de 1890 {1). »

Il est évident que nous ne saurions prendre ces prix comme des prix de marché normalement fixés, c’est-à-dire comme l'expression de la valeur d'échange de la fonte de fer en monnaie à chacun des moments donnés; pour cela ces prix ne nous montrent que par trop le Re de ce que nous avons appelé des prix occasionnels. Comment déterminer, cependant, dans chacun de ces cas ce qui est, en réalité, le prix de marché général de la fonte de fer? C’est là une difficulté que nous avons déjà relevée plus haut en disant quil est impossible souvent de désigner nettement où cesse le prix de marché général etoù commence le prix d'occasion. Dans notre cas des prix de la fonte, la meilleure solution de cette difficulté sera de leur appliquer l'expression de prix de marché occasionnels, c'est-à-dire de prix d'occasion devenus accidentellement prix de marché.

En tout cas les spéculations sur la fonte ne restent pas sans influence assurément sur les frais de production réels de tous les articles dans lesquels la fonte entre comme matière première.

Vers la fin de l’année 1889 une très grande maison

(1) Loc. al, p. 170.

anglaise fabriquant entre autres articles des rails d'acier (comme article accessoire), a communiqué au Département du Travail à Washington les frais de production bien spécifiés que représente une tonne de rails d'acier de 6o livres par yard. Ges frais de production étaient, à cette époque, de 22.456 dollars par tonne. D'après le calcul de la même maison ces frais s’élevèrent, en octobre 1890, pour le même article, à 24.226 dollars par tonne, l'augmentation des frais étant la conséquence des hauts prix du fer et d'une hausse des salaires (1).

Si nous devons donc distinguer en principe le prix de marché général de ce que nous avons appelé le prix occasionnel, au marché même la différence est souvent difficile à établir. Nous venons de voir, en effet, que les spéculations sur les matières premières peuvent donner au prix de marché d’un produit un caractère spécial, celui d’un prix d'occasion plus ou moins prononcé. l

Certaines circonstances exceptionnelles concernant les salaires peuvent parfois exercer une influence analogue. Nous comprenons par exemple comme prix occasionnel les: prix excessivement bas auxquels se vendent parfois les articles de certaines branches d'industrie où les salaires sont d'ordinaire et régulièrement sensiblement inférieurs à ceux des autres branches de la production. Il en est ainsi, par exemple, de certains articles produits par le travail des enfants ou des femmes.

Lorsque, dans ces branches d'industrie, les grandes masses des produits sont encore fabriqués avec les salaires usuels des ouvriers adultes masculins du pays, de sorte que les produits fabriqués ainsi règlent le prix de marché général de tous les produits de cette espèce, il est manifeste que nous pouvons encore considérer comme des prix occasionnels les prix plus bas obtenus par de semblables articles lorsqu'ils sont fabriqués à des salaires exceptionnels de femmes et d'enfants. Mais ces derniers prix peuvent se transformer en prix de marché (prix de marché occasionnels) au fur et à mesure que les conditions

(1) Loc, cit,, p, 169.

de travail anormales dans lesquelles les produits peuvent être fabriqués se généralisent pour certaines branches d'industrie sous l'influence de la misère sociale. Tel est déjà le cas, en réalité, dans plusieurs centres d'industrie et de commerce, pour une grande partie des articles de confection pour hommes et dames, pour d’autres produits de l’industrie à domicile et pour le travail au marchandage.

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