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CHAPITRE III

LA VALEUR DES ( BIENS COMPLÉMENTAIRES D. — LA VALEUR POTENTIELLE 1. — Valeur des «biens complémentaires ».

Certains auteurs représentants de la doctrine utilitaire dans

la science économique attribuent une grande importance à la théorie de la valeur que représentent les & biens complémen taires ». Ils entendent, par ce dernier terme, les biens qui se complètent et qui collaborent de telle façon, -— « qu'on ne peut pas ou qu'on ne peut qu'imparfaitement atteindre lutilité lorsqu'un d’entre eux fait défaut de la série ». Pour la commodité nous avons conservé ici cette définition qu'a donné le premier Carl Menger. Les deux souliers d’une paire, la clef et la serrure, le*violon et l’archet, le marteau et l’enclume nous sont des exemples de ces biens. Leur nombre peut être augmenté à volonté, surtout dans le domaine des biens productifs, dont l’action précisément repose presque toujours sur la collaboration de différents éléments dans un même processus de production.

À la catégorie des biens complémentaires appartient aussi, si l'on veut, une série spéciale de biens qui a attiré particulièrement, dans son temps, l'attention de John Stuart Mill (7). Ce sont des articles tels que le coke et le gaz, où jusqu’à un

(1) Principles of Political Economy, Livre IE, ch. xvr, $ 1.

THÉORIE DE LA VALEUR Jo

certain point aussi Ja laine et la viande de mouton, les poulets et les œufs, etc., articles qui sont produits ensemble deux à deux et qui ont, pour ainsi dire, un coût de production commun.

Dans cette dernière série la production d’un article nétessite souvent, en même temps, celle de l’article complémentaire en quantité proportionnée. Comme les deux articles peuvent

satisfaire des besoins ou désirs humains différents et que la demande du marché peut beaucoup différer pour l’un et pour l’autre, il est possible qu'ils obtiennent aussi une valeur d'échange et un prix très différents.

Nous ne consacrerions pas un chapitre spécial à l'analyse de la valeur d'ensemble que peut représenter un complexus de biens et nous nous serions contentés, — conformément à nos observations précédentes sur la valeur des « biens producfs » (1), — d'examiner brièvement la question de la valeur à attribuer rationnellement à chacune des parties d’un complexus de biens productifs ; mais |’ importance particulière que la question a pris dans la science économique de nos jours nous oblige à nous y arrêter. Il n’y a guère de problème économique qui ait plus servi, dans les dernières dizaines d’années, à des abus pratiques que celui de la valeur des biens complémentaires en général et des biens productifs en particulier.

Abstraction faite de la question de savoir comment la valeur des richesses est déterminée, il est toujours évident qu'un complexus de biens, s’il repr ne dans son ensemble une valeur plus grande que la somme des éléments constitutifs pris isolément, ou s'il peut créer une valeur supérieure à cette dernière, devra être jugé par nous en tant que complexus, c’est-à-dire comme un tout, Nous devrons juger, dans ce cas, la valeur d'ensemble de tout le complexus en dehors de la valeur que chacun de ses éléments représenterait s’il était pris à part. Ceci, du reste, s’accorde parfaitement avec ce que nous avons déjà fait remarquer en général sur la création des ri-

(1) Voir la fin du chapitre : « Observations complémentaires sur la valeur de production sociale »,

chesses humaines et la constitution de leur valeur. Nous ne pouvons pas les attribuer exclusivement au travail humain, ni exclusivement à l’aide des agents naturels, mais à la collaboration de l’un et de l’autre PAS Il'est ensuite important de savoir si nous pouvons indiquer la quote-part attribuable à chacun des éléments constitutifs d'un complexus de biens, puisque cette question touche de près à la vie sociale.

Le problème qui nous occupe ici n’est pas un problème sans doute pour les écoles de science économique qui ont conclu a priori qu'un complexus de biens ne peut jamais représenter une valeur supérieure à la somme des valeurs représentées par chacun des éléments constitutifs pris à part.

Pour l’école de Karl Marx, par exemple, qui identifie la valeur d'échange avec la valeur de production, ce problème est très simple. Pour la constitution de la valeur d’une fabrique [ne pas la confondre dans la théorie marxiste avec les prix de production (Produklionspreise) auxquels les parties constitutives peuvent se vendre au marché capitaliste] cette école ne s'occupe que de chercher la totalité des années, jours, heures, etc. de travail « socialement nécessaires » à fonder cette fbrique, c’est-à-dire les bâtiments, les machines, l'outillage, etc., qui en composent le corps.

Pour nous, au contraire, qui savons par notre analyse précédente que nous ne pourrions pas identifier tout simplement la valeur de production, bien qu'élément essentiel et prédominant souvent dans la constitution de la valeur d'échange, avec cette dernière valeur, pour nous, une entreprise industrielle est un ensemble pouvant comme tel posséder une valeur d'échange tout autre que celle des éléments qui la composent ou de leur valeur de production. Pour nous, la combinaison synthétique des éléments est un nouveau facteur pour l'estimation duquel nous devons tenir compte de plusieurs conditions : le plus ou moins d'harmonie dans l’action coordonnée des membres constitutifs, le lieu plus ou moins heureux où la fabrique est située, sa clientèle établie sous des influences historiques, géographiques ou personnelles très particulières, etc.

Quelle est, d'autre part, notre position dans ce problème vis-à-vis de la doctrine utilitaire dont le représentant le plus

autorisé, M, Bôühm-Bawerk, a traité la question avec un grand luxe de détails. (1).

Lorsqu'aucun des éléments d’un complexus de biens ne peut être employé à un but indépendant, l'existence de chacun de ses membres en tant qu'objet de valeur dépend de l'existence du complexus. Si, dans ce cas, la liaison entre les éléments constitutifs vient à se rompre, ces éléments perdent tous leur valeur d’ usage et par suite aussi leur valeur d'échange. Lorsqu’ensuite aucune des parties constitutives ne peut être remplacée dans le complexus par une autre, il est clair que la perte d’une seule de ces parties peut entrainer la perte de la valeur du complexus. Quiconque perd un soulier où un gant perdra par là, d'ordinaire, la valeur d’une paire de souliers ou de gants. Mais on ne saurait en conclure comme le fait M. Bôhm-Bawerk que, dans ce cas, une seule partie du groupe représente toute la valeur du groupe entier (2). Du fait que la valeur entière d’un complexus de biens peut se perdre par l’absence d’un de ses membres, on ne peut pas déduire que, dans ce même complexus, la valeur d'une seule partie représente, sous tous les rapports, la valeur du complexus . La conclusion serait fausse à plusieurs points de vue. Quiconque veut s'en persuader, n'a qu'à tächer de substuer la partie au tout en se plaçant à un point de vue autre que celui de la perte. Cette substitution échouera généralement. L'élément ne tiendra pas lieu de l’ensemble et pour tous les usages il faudra y joindre les autres éléments, en les unissant dans la même combinaison, c'est-à-dire qu'il faut revenir au complexus même. Aussi n'admettrons-nous pas, avec M. Bôhm, que dans un complexus de biens, dont aucun membre ne peut être remplacé et utilisé en dehors de la com. binaison, la valeur du membre pris à part est ou «rien », ou « tout ».

(1) Voir Kapital und Kapitalzins, tome IT, livre ITT, chap. 1, $ v : « La

valeur des biens complémentaires ».

(2) « Lorsqu’aucun des membres ne tolère aucune autre utilisation que l’utilisation en commun et qu’en même temps aucun membre ne peut ètre remplacé dans sa collaboration à l'utilité commune, alors une seule pièce possède déjà la valeur entière du groupe, tandis que les autres pièces n’ont aucune valeur. » (Büau-Bawerk, loc, cil,, p. 181.)

TS Re Ne NS DVI SE IE D NS PU - CR ETS Lu AE. 3e

34 THÉORIE DE LA VALEUR a (à )

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Lorsqu'une pièce d’un ensemble peut être utilisée sé à ment lout en représentant dans ce cas une utilité moindre ques dans le complexus, nous ne serons pas autorisés davantage à M considérer la valeur réelle de cette pièce comme oscillant entre » un («minimum » représenté par la moindre utilité limualive qu'elle possède isolément et un (maximum » égal à lPutilité limitative du complexus entier diminuée de celle des parties” restantes prises isolément (1). |

Même si l'on veut se placer absolument au point de vue de M M. Bühm en ne prètant attention qu'à la valeur d'usage et au Grenznulzen des biens, 11 est certain que, dans le cas sup- … posé, le « minimum » est bien indiqué mais non le « maxi= mum ». En effet, la valeur possédée par le complexus appar- | tient à l’ensemble et ne peut pas être attribuée à une seule de ses parties, pas plus cette fois que tout à l'heure. C'est pour la même raison que les parties d’un ensemble qui peuvent être remplacées possèdent parfois dans le complexus une va-. Icur non seulement supérieure à celle qu'elles posséderaient isolément en dehors de lui, mais supérieure aussi à la valeur qu'auraient isolément les pièces qui les remplacent.

Nous avons dù nous arrêter à ces premières observations, puisque c'est précisément de ces fausses prémisses que des économistes, tel que M. Bühm, ont déduit des conclusions … non moins fausses et importantes par leurs conséquences.

Ces conclusions sont les suivantes : Les parties d'un complexus de biens qui peuvent être remplacées, même si elles sont la « clef de voûte » (Sehlusestiück) de l’ensemble, ne peuvent jamais atteindre une valeur supérieure à leur « valeur de substitution » (Substitutionswer (h), c'est-à-dire à la

valeur de l’objet qui peut être employé à leur place dans le même but ; en mème temps tout le reste de la valeur d’ensemble représentée par le complexus doit être attribué aux. parties du groupe qui ne peuvent pas avoir de substitut.

On ne saurait logiquement justifier cette attribution arbitraire de la valeur d'ensemble représentée par un complexus de biens aux diverses parties dont il se compose. La conclu-

(1) Bôuu-Bawerk, loc. cit.

sion est fausse parce qu'elle repose sur des prémisses fausses.

Malgré tout cela nous devons reconnaître, avec M. Bühm, que cette attribution de la valeur a lieu très souvent dans la vie sociale de nos jours :

« Dans la pratique on retranche d’abord du produit total les « frais ». Si l’on y regarde de plus près, ce n'est pas en vérité l’ensemble des frais, parce que les services du sol ou l'activité de l'entrepreneur appartiennent, eux aussi, comme biens de valeur, à ces frais. Ge que l’on retranche précisément ce sont les dépenses pour les moyens de production que l'on peut remplacer et qui représentent une valeur de substitution délerminée, c’est-à-dire pour le travail salarié, les matières premières, l'usure de l'outillage, etc. Le reste est attribué comme « produit net » aux parties qui ne peuvent pas être remplacées : par le paysan à son sol, par le propriétaire de mine à sa mine, par le fabricant à sa fabrique et par le commerçant à son activité d'entrepreneur (1). » :

Reconnaissons tout d’abord que cette façon de faire le compte n’est que par trop usuelle dans l’ordre social actuel ; hâtons-nous cependant de faire remarquer qu’il ne s’agit pas ici d’un calcul théorique, mais d’un acte de suprématie sociale de la part du paysan, du propriétaire, du fabricant ou du commerçant, dont M. Bühm nous parle. Cet acte s'explique seulement par le fait que les moyens coercitifs de la société ac— tuelle, — justice, police, armée, elc., — sont avant tout au service de l'entrepreneur industriel, agricole ou commercial. C'est seulement pour cette raison que cet entrepreneur se trouve à même d'imposer son Imtérêt particulier comme une loi économique à tous ceux qui ont collaboré avec lui au processus de la production ou de la distribution des richesses. La distribution de la valeur que nous discutons ici, nous fait plutôt penser au partage de la proie tel que le fait le lion de la fable qu'à une répartition scientifique.

Nous pouvons aisément nous rendre compte du rôle que joue ici la suprématie sociale, Il suffit pour cela de remarquer que, selon les mains dans Jesquelles se trouvent les moyens

(1) Loc, cit.;p. 186.

336 r 29 THÉORIE DE LA VALEUR

coercitifs de la société, certains éléments d’un complexus de biens seront considérés ou non comme « pouvant être rem placés ».

Supposons que les masses ouvrières d’un pays, grâce à leur organisation, soient de force à soumettre à leur volonté tous les entrepreneurs industriels, agricoles et commerciaux. Ce serait là, dans la société et l’état, un déplacement du centre de. gravité économique et politique des classes possédantes à law cas ouvrière, ÿ

En vertu des principes économiques qu'ils auraient pu trou | ver dans la doctrine utilitaire moderne, les ouvriers OT GA nisés d’une fabrique pourraient raisonner comme 1l suit, io0 en appuyant leurs opinions sur la force sociale :

M. *. entrepreneur industriel, est, — pourraient-ils prétendre, — un membre « remplaçable» de notre combinaison.

En qualité de « propriétaire » du sol, de la fabrique ou de la mine, on peut lui substituer le premier venu d’entre nous et nous tous, en collectivité, nous prendrons volontiers sa place. En ce qui concerne ensuite son rôle dans la direction des affaires, il est ouvrier comme nous et la question de savoir qui parmi nous serait le plus facile à remplacer, du directeur ou d’un autre ouvrier, n’est qu’une question de plus ou de moins. Si M. X. n’était pas toléré dans notre combinaison ou s’il était même obligé de parür vers une contrée inhabitée du monde, il pourrait arriver que ses capacités soient peu recherchées et qu'elles aient, dans ce cas, pour la création des richesses humaines une valeur très voisine de zéro. Qu'il considère donc ceci comme sa valeur minima el qu il se rappelle ensuite que ses capacités ne pourront Jamais représenter dans notre combinaison une valeur supérieure à la « valeur de substitution » de la force de travail apte à les remplacer. Du point de vue de la doctrine utilitaire, telle que la représente M. Bühm, il n'y aurait rien à dire contre ce raisonnement. Cela nous montre jusqu’à l'évidence l'arbitraire des distinctions faites par l'économiste, autrichien. Dans sa théorie, des considérations politiques ont trop tendu la main au raisonnement scientifique et ce sont les premières qui ont fait dévier le dernier du droit chemin.

Après avoir examiné la théorie que nous présente la doctrine utilitaire au sujet des biens complémentaires, nous avons à y opposer la nôtre. Les principes généraux suivants ressortent immédiatement de notre discussion :

4. Losqu'un complexus de biens représente dans son ensemble une valeur plus grande que la somme des éléments constitutifs pris isolément, on ne peut pas attribuer exclusivement cette valeur supérieure, soit aux parties pouvant être remplacées dans le complexus, soit aux parties qui ne peuvent pas l'être. La valeur supérieure, dans ce cas, appartient à la combinaison elle-même et ne peut pas être séparée d'elle.

2. Lorsqu'aucun des éléments d’un complexus de biens ne peut être employé isolément à un but indépendant et qu'aucun élément ne peut être remplacé par un autre, la perte d'une seule de ses parties constitutives entraîne généralement la perte de la valeur de chacune des autres parties en même temps que la valeur du complexus entier. Cependant, on ne peut pas déduire, de ce fait, qu'une seule partie représente alors, sous tous les rapports, la valeur de l’ensemble.

8. Lorsque (un ou plusieurs) des éléments d’un complexus de biens peuvent représenter quelque valeur en dehors de l'ensemble, cette dernière valeur — valeur minima — d’un tel élément ne doit pas être confondue avec la valeur que cet élément représente dans le complexus.

4. Lorsqu'un élément d'un complexus de biens peut être remplacé par un autre possédant moins de valeur que le premier pris à part, la possibilité de cette substitution peut entrainer pour le complexus entier une perte de valeur égale à la différence. On peut en déduire qu’un semblable eneat ne représentera pas plus de valeur que sa « valeur de substitution » ; mais il faut, sous ce terme, comprendre la valeur que le substitut représenterait s'il faisait également partie du complexus ; cette dernière valeur ne doit pas être confondue à son tour avec la valeur que le substitut posséderait en dehors du complexus et pris isolément,

Comme exemple pour cette dernière règle, nous faisons remarquer que les entreprises industrielles perdent souvent

SUN ESP N pri Hé ARE LS, UNS Di FANS PES

en valeur, par exemple à cause du vieillissement et-de la dé= préciation de leurs machines par suite d’une invention nou=. velle où d'un procédé nouveau de production. Lorsque dans une fabrique une machine simple et peu coûteuse peut entièrement en remplacer une autre plus compliquée ayant exigé de grandes dépenses, on doit admettre généralement que la valeur de cette dernière est réduite, par cette possibilité même, à la valeur de la première machine. Lorsque la nouvelle * machine, bien que moins coûteuse, rend de meilleurs services que la vieille, il peut même arriver que, par ce fait, cette dernière perde entièrement sa valeur et compte seulement comme ferraille. Mais on ne doit jamais confondre la « valeur de substitution » correspondant à la nouvelle machine avec le prix de marché représenté par elle en dehors de l'entreprise industrielle, En elfet, si l’on voulait calculer ainsi la valeur d'une entreprise industrielle, agricole ou commerciale d’après un inventaire réel, où même en comptant le matériel comme neuf et acheté au prix courant, il est certain que, pour la majorité des entreprises, cette valeur resterait sensiblement inférieure à leur valeur d'échange réelle, — celle qu'on leur accorde en même temps à la Bourse.

5. Dans un complexus de biens productifs nous pouvons généralement distinguer les éléments purement matériels : " sol, bâtiments, machines, matières premières et secondaires, etc., des éléments qui représentent le travail. Parmi ces derniers se rangent aussi bien les éléments du travail manuel que ceux du travail intellectuel: direction des affaires, administration, surveillance du travail, ete.

La valeur possédée par un complexus de biens productifs au-dessus de la somme des «frais » de ses éléments constitubifs : tels que l'achat des matières premières et secondaires et du travail humain, l’usure des machines, etc., doit être altribuée, d’après ce que nous avons exposé au paragraphe r, à la combinaison tout entière.

Dans l’ordre social actuel cet excédent de valeur est accaparé d'ordinaire et mis arbitrairement au compte de certains des éléments plus où moins engagés dans la production.

L'exposé de ce procédé d’accaparement, si étroitement

lié à la constitution de la société, demandera encore toute notre attention dans un tome suivant de cet ouvrage on nous aurons à l'examiner dans son fonctionnement intime. À

Dès à présent, nous en faisons remarquer les traits caractéristiques suivants :

Le sol, élément matériel fonctionnant réellement dans le processus de la production, est remplacé dans l’accaparement dont nous venons de parler par le propriétaire du sol qui n a pas pris, en celte qualité, la moindre part à la production, mais qui s'est placé historiquement entre le producteur et le moyen de production.

À côté du propriétaire comme accapareur, de valeurs, se présente l'entrepreneur (ou les entrepreneurs) qui participe au processus de la production, soit directement en qualité de directeur des affaires, soit indirectement en qualité d’ «actionnaire ». À ce dernier titre son rôle est analogue à celui du propriétaire foncier.

À la théorie de la valeur des biens complémentaires telle que nous l'avons exposée dans les pages précédentes, sont étroitement liés des problèmes très importants. Cette théorie, — comme M. Bôhm l’a fait remarquer à bon droit, —- nous fournit la clef du problème de la répartition des richesses (1). Les conclusions dérivant des théories que nous offre ici la doctrine utilitaire sont celles que nous retrouvons à ce sujet dans toute la science économique officielle telle qu'elle est enseignée dans les universités Il est évident que nous nous distinguerons de ces économistes autant par les conclusions que par les principes.

En elfet, tous les produits sont créés, comme le dit M. Bühm, — n'exprimant ici, du reste, qu'un des principes les plus élémentaires de la science économique, — par la col-

(1) « La théorie de la valeur des biens complémentaires nous donne la clef d'un des problèmes les plus importants et les plus difficiles de notre science : c’esk le problème de la répartition des richesses telle qu'elle s’accomplit squs la forme actuelle de la société avec le régime d’une concurrence plus où moins libre et avec la détermination des prix selon une entente réglée par contrat entre les partis. » (Loc. cit., pp. 186-187).

340 THÉORIE DE LA VALEUR laboration des trois « facteurs de production » complémen-

taires : le travail, le sol et le capital {r). Parmi eux, cependant, le sol et le capital sont au nombre des éléments matériels participanteux-mêmes, il est vrai, aux processus de la production, mais dont les possesseurs (en cette qualité) restent, en tout cas, en dehors de ce processus. Pour le troisième facteur, 1l en est tout autrement. Si le travail est un facteur dans le processus de la production, sans contredit le travailleur

possesseur de la force de travail prend immédiatement part.

à ce processus, soit qu'il exécute le travail manuel, soit qu'il agisse comme surveillant, ingénieur, administrateur ou directeur technique, etc. Tandis que dans toute organisation de la société, le travailleur devra entrer en considération comme créateur des richesses humaines, le propriétaire foncier et le capitaliste-entrepreneur ne peuvent se présenter à bon droit comme participant à la création des richesses que grâce à la construction capitaliste de la société actuelle,

Conformément à tout ce que nous venons de dire, il est donc d’une importance essentielle pour la vie sociale des peuples de savoir entre les mains de qui se trouvent et devraient se trouver les éléments de production matériels de chaque nation. Cela s'applique particulièrement aux éléments qu'on ne peut pas remplacer dans la production par d’autres, au sol, aux mines, aux rivières et ensuite aux fabriques, aux moyens de transport et de communication, etc.

La réponse à cette question dépasse les limites de notre étude de la valeur.

Il. — La valeur potentielle.

D'après la définition que nous avons donnée äu commencement du présent ouvrage, la valeur exprime toujours un

(1) « Tous les produits sont créés par’ la collaboration des trois « fac teurs de production » complémentaires, le travail, le sol et le capital. Si donc notre théorie dégage la part du produit commun que nous devons économiquement à chacun d’entre eux et la part de la valeur commune que nous -attribuons donc à chacun, elle explique, en mème temps, les motifs profonds qui décident de la hauteur des honoraires obtenus respectivement

par chacun des trois facteurs, » (Loc, «t.; p. 187).

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