NT COPINE
à son développement actuel, Cela nous prouve que la vérité que nous venons de découvrir s'impose avec une force essentelle.
En eflet, le système de la protection commerciale a pu être ulile aux grands capitalistes américains à une époque où les industries de leur pays devaient encore se mettre sur pied ; mais pour le développement ultérieur des Etats-Unis, en tant que pays industriel, ils ont besoin maintenant de pouvoir tranquillement et librement monopoliser sous leur direction omnipotente ces mêmes industries, nationalement et internationalement.
Lorsque nous exposerons tout à l'heure ce que signifie le pouvoir monopolisateur que nos trusts modernes exercent déjà à un degré fort considérable, lorsque nous verrons combien ce pouvoir peut mettre les entrepreneurs coalisés à mème d'élever les prix de leurs marchandises au-dessus du niveau qu'ils atteindraient sous le système de la concurrence libre, alors le système de la capitalisation des entreprises industrielles où commerciales d'après leur capacité de donner des profits (leur earning capacity) nous apparaitra sous un jour tout autre (r).
Nous faisons remarquer encore que les représentants de nos trusts modernes nient catégoriquement, d'ordinaire, qu'ils aspirent à l'obtention d'un pouvoir monopolisateur.« Une industrie, écrit Charles M. Schwab, qui est assez importante pour justifier l'existence de la combinaison, a aussi assez d’importance pour attirer du capitalen concurrence, si elle cherche à hausser déloyalement (unfairly) le prix de ses produits... Si grande que puisse être une industrie, elle ne peut pas raison-
(1) Voir l'observation faite bien à propos, à ce sujet, par l’auteur du rapport statistique publié dans le Bulletin n° 29 du Département du Travail à Washington : « Il faut se rappeler, cependant, que si les réclamations de bien des gens concernant le pouvoir qu'auraient les grandes combinaisons industrielles, de faire hausser les prix au-dessus du niveau de concurrence étaient justifiées, ce principe de la capitalisation d’après la earning capacity indiquerait simplement la capitalisation du pouvoir monopolisateur. Cela peutêtre dissimulé, naturellement, par des expressions telles que « relations de commerce » (good will), « expérience d’affaires », «habileté en affaires », ou tout ce que l’on voudra. (Loc. cit, p. 671.)
nablement espérer monopoliser le commerce dans sa direction, à moins qu'elle ne possède quelque brevet ou quelque procédé technique qui lui soient particuliers » (1).
Nous n'avons guère à nous occuper de pareilles assertions, d'autant moins qu'il ne peut s'agir ici que d’une différence d'opinion sur ce qui doit être entendu sous le nom de « monopole », ainsi que de la question traitée par nous dans un chapitre précédent, à savoir si jamais un monopole peut être considéré comme complet et durable. Aussi pouvons-nous tranquillement passer sous silence de telles déclarations de la part des représentants de nos grandes combinaisons industrielles et commerciales, dès que nous sommes convaincus que l'aspiration vers le monopole est dans la ligne de développement de nos industries et de notre commerce en tant que ceux-ci sont organisés nationalement et internationalement suivant les principes capitalistes. |
Nous désirons répondre encore à un argument que nous venons de transcrire : on nous dit qu'une industrie qui est assez importante pour faire réussir un trust, l’est assez pour attirer du capital en concurrence, dès que les monopoleurs de cette industrie tâchent de faire hausser déloyalement les prix.
Evidemment, cette affirmation est fausse et nous nous occuperons un peu de son examen avant d'entrer dans nos recherches spéciales sur l'influence qu'exercent les combinaisons et monopoes sur les prix de marché des différents articles de consommation. Dans le cas qui lui est le plus favorable, l'entrepreneur entrant en concurrence avec un de nos trusts
(x) Voir la North American Review, loc. cit., p. 659. IH est intéressant d'observer comment les représentants des grandes combinaisons se contredisent à ce sujet. Le même M. Schwab en nous parlant plus loin de sa propre industrie dit : & Un monopole dans l’industrie du feret de l’acier est une impossibilité, Nulle personne ou nul corps de personnes ne saurait effectuer une chose pareille, Nulle personne senséc ne rèverait de l’entreprendre., Un monopole des champs de froment de Minnesota et des Dakotas, ou celui des forèts de fruits de la Californie serait, par comparaison, une chose simple, » (Loc. cit, p. 662.)
Avant Jui, au contraire, M, Hill qui, — comme président d’une grande compagnie de chemins de fer, — peut savoir ce que signifie un monopole
dans l’industrie du fer et de l'acier, avait prétendu, à son tour, que la com pagnie Carnegie seule était déjà si colossale « qu’elle dominait absolument le marché d'acier » (Loc. cil., p. 688).
modernes, doit posséder un capital assez grand pour lui permettre d'adopter tous les perfectionnements techniques de son industrie, afin qu'il puisse faire à la longue quelques profits.
Ce n'est pas tout. Un tel entrepreneur doit aussi pouvoir vendre ses produits, peut-être pendant une période assez longue, à des prix restant bien au-dessous de ses propres frais de production ; il devra le faire partout où le trust, de son côté, baïssera les prix pour chasser du marché le capital rival ; aussi, cette baisse de prix peut-elle dépasser toute limite. Non seulement une pareille nécessité se présente encore journellement au marché national et international dans le cas de concurrence sérieuse, Mas Nous CONNAISSONS AUSSI SUr CC point la tactique usuelle et historique de nos grandes combinaisons ; nous savons que c'est l’arme redoutable qui, à côté des avantages que leur concédaient les chemins de fer, a collaboré le plus à la victoire des trusts et à leur développement actuel.
Les entrepreneurs indépendants désirant combattre un trust moderne à chances égales, doivent donc disposer d’un capital qui égale au moins celui de l'adversaire. Cela veut dire, en termes généraux, qu’une combinaison sera opposée à une autre. En effet, tel a été le cas, pendant ces dernières années, dans plusieurs industries, jusqu'à ce que, à la longue, les combinaisons rivales se soient unies en une seule corporalion contre laquelle dorénavant la concurrence était devenue impossible (1).
Il ya longtemps que la crainte de ce qu'on appelle la
(1) Dans un article récent du Daily News, on lit les justes observations qui suivent :
« Pour pouvoir s'élever, la concurrence devrait commencer quelque part, Elle ne peut pas subitement inonder le pays. Dans le district où elle fait son apparition, le trust baisse tout à coup ses prix, jusqu'à ce que Île rival local soit coulé à fond, après quoi les prix sont de nouveau haussés. Par conséquent, il n’est d’aucune utilité de combattre un trust, à moins que vos fonds n’égalent les siens, si considérables que soient les profits ordinaires du trust, Vous pouvez faire diminuer ses profits, mais vous ne pouvez pas en faire vous-même, jusqu’à ce que vous ayez poussé le trust dans la cour des banqueroutes pour devenir en réalité trust, vous-même. Le résultat net serait, dans ce dernier cas, qu’un trust prendrait la place d’un autre, tandis que le public resterait dans la même situation qu'auparayant, «(Daily News, 5 avril 1902. The perils of trusts, I.)
« concurrence potentielle » (polential competition) n'inquiète plus les grandes combinaisons industrielles et commerciales. Il ne faut pas non plus oublier que la soi-disant concurrence potentielle suppose la construction possible d'établissements qui non seulement coùteraient des millions dans les circonstances modernes de la production, mais qui demanderaient aussi un certain temps avant de pouvoir être achevés et mis en exploitation de sorte que, dansle cas le plus favorable, ils ne pourraient entrer en concurrence effective que quelques années après l'achèvement du projet de leur construction.
Cela nous explique, premièrement, que les combinaisons peuvent toujours prendre à temps des mesures pour décourager tous ceux qui voudraient commencer la lutte de la concurrence, — mesures telles que l’abaissement des prix de marché aux endroits où le capital rival entrerait en scène, la dissimulation des profits obtenus sur la balance annuelle, etc. Il nous explique aussi pourquoi un.monopole lemporaire à pu, souvent, exister perdant de longs mois, dans une branche d'industrie, avant même que l’organisation nationale et défini tive de cette industrie eût été terminée.
Il. — /nfluence sur les prit courants des articles de consommalion.
Le problème de l'influence qu'excercent les trusts et monopoles sur les prix courants des marchandises est théoriquement un des plus importants dont la science doive s'occuper. Pratiquement c’est encore un des problèmes économiques les plus difficiles à résoudre à cause de la complexité des influences qui se font sentir sur la fixation des prix. Des données statistiques applicables à de telles recherches sont jusqu'à présent assez rares et très incomplètes.
Dans l’examen de ce problème nous devrons toujours considérer le but que se proposent les grands capitalistes en fondant des combinaisons industrielles ou commerciales : ce but est le maintien et, si possible, la hausse de leur profit. Nous
en avons déjà parlé, au point de vue historique, dans un chapitre précédent.
Les entrepreneurs capitalistes devront chercher ce qu'ils espèrent obtenir pour atteindre ce but, soit par la diminuion des frais de leurs matières premières et secondaires et de leurs frais de production en général ; soit par la hausse des prix de leurs produits finaux, leurs frais de production restant invariables ; soit encore par les deux procédés indiqués. Pour la diminution de leurs frais de production, ils ont recours aux économies et épargnes de différentes espèces, dont nous n'avons pas à nous occuper pour le moment. La statistique américaine, dans ses recherches sur l'influence que les trusts exercent sur les prix des marchandises, a donc surtout basé ses calculs sur l'étude de la différence qui existe entre les prix des matières premières et ceux des produits finaux ou, comme elle l’a appelé d’un seul mot, le margin.
De ce que nous venons de dire, il résulte déjà que les variations du margin ne sont pas nécessairement les mêmes que celles du profil proprement dit. La différence entre les deux prix indiqués, autrement dit le margin, comprend, en dehors du profit de lentrepreneur, les frais de production qui peuvent également subir des modilications sous le sys-
tème des trusts.
Il est évident, — et c’est là une observation que nous avons à faire de prime abord en commençant notre examen sur les prix, — que les prix de monopole, tels que les grands trusts peuvent les fixer de nos jours, ne doivent pas nécessairement être des prix élevés.
Nous parlerons spécialement dans un tome suivant des désavantages qui sont inhérents au vieux système de la concurrence et qui disparaissent, pour une très grande partie, avec le système de la combinaison. On pourrait même partir de là si l'on voulait soutenir théoriquement qu’en général et par leur nature , les prix de monopole tels que nos combinaisons modernes sont à même de les poser, pourraient être comparativement plus modérés que les prix de marché que les entrepreneurs non coalisés doivent forcément exiger sous le vieux régime de la concurrence. Aussi les affirmations
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de ce genre ne nous manquent-elles pas du côté des représentants de nos trusts.
Nous avons déjà fait observer, combien cette théorie vaut peu dans la pratique, parce que le pouvoir monopolisateur que possèdent nos combinaisons modernes fait naître en elles, à côté de la tendance à la concentration de la production, — avec tous les avantages et Îles épargnes qui en dérivent, — d’autres tendances non moins essentielles. Ces dernières, à leur tour, demandent maintenant un examen plus spécial.
Ce qui est pour nous d'une importance primordiale c'est moins encore d'examiner ce que les combinaisons auraient pu effectuer dans plusieurs branches de l’industrie, du commerce et du transport, que de rechercher ce qu'elles ont fait en réalité.
Ces recherches, pratiques et historiques, sont, nous l'avons déjà dit, extrèmement difficiles. Par exemple, les représense du grand capital moderne font grand bruit de ce qu'un gallon de pétrole raffiné d'eportation coûtait aux Etats- Unis 25.7 cents américains en 1871, tandis qu'en 1900, le prix n'en élait que 7.8 cents (1): tt il n’y à rien à conclure a priori de cette différence de prix en faveur de l'influence que la combinaison aurait exercée. L'industrie du pétrole s’est développée pendant les dernières dizaines d'années comme une industrie absolument nouvelle : la production et le transport du pétrole ont été continuellement transformés par des révolutions techniques qui réduisaient la valeur de production, représentée par un gallon de pétrole raffiné, à un chiffre diminuant ee PET Pour üirer une conclusion quelque peu exacte concernant l'influence que les trusts ont exercée sur les prix de pétrole, il nous
faut autre chose. À côté de l'étude spéciale des prix de mar-
ché de cette marchandise pendant une période donnée,il nous faut également l'étude des frais de production qu'a repré = sentés un gallon de pétr ole aux différents degrés de développe-
(x) Voir l’arücle de F.-B. Tuurser dans la North American Review de mai 1901 ainsi que celui de Russe Sacr,
ment de la fabrication et du transport ; ces études devraient être étendues aux raflineries des entrepreneurs indépendants comme à celles de la Standard Où Company.
Ge n'est que sur des données complètes ainsi recueillies que l’on pourrait déterminer, avec quelque certitude, jusqu'à quel point la diminution des prix du pétrole, depuis 1877, est due à certains perfectionnements, dans la production ou le transport, qui doivent nécessairement être attribués à la combinaison et jusqu'à quel point, au contraire, cette diminulion s'explique par l'extension de la production et par des révolutions techniques qui, bien que regardant l'industrie du pétrole en général, ne concernent pas spécialement le système de la combinaison (1).
Voici un exemple en sens inverse : Aux Etats-Unis les prix du fer blanc livré à New-York s’élevaient, pendant les années 1898 et de 1899, à 2.90 dollars la « box » de 108 livres, en octobre 1898, à 3.10 dollars en décembre ; 3.84 dollars en février 1899 ; 4.21 1/2 dollars dans les mois de mars, avril, mai et juin ; 4.71 1/2 dollars en juillet et 5 dollars durant tout le reste de la même année (2).
Est-ce que ces chiffres nous autorisent à mettre tout simplement cette hausse des prix au compte de l'organisation de
(1) Un exemple très remarquable à ce sujet nous est donné par M. Jenks à propos du trust du sucre : « M. Havemeyer, le président de la American Sugar Refining Company semble refuser d'admettre que les frais de raffinage soient aussi bas que le prétendent ses concurrents. M, Jarvie, de la Compagnie Arbuckle Bros, dit que le sucre peut être raffiné sans perte avec un margin de 50 à 6o cents. M. Doscher l’approuve disant que le raffinage peut être fait sans perte, quand le margin est de 50 cents. M. Post place le margin un peu plus haut, mais il admet qu’un grand établissement comme le trust aurait toujours dans le raffinage un avantage de 3 à 5 cents par cent livres. M. Havemeyer, au contraire, considère 5o cents par cent livres comme représentant les vrais frais de raffinage et il déclare qu'il y faut ajouter 24 cents au moins, pour tenir compte de la nécessité d'élever le degré du sucre de 969 à 1000,... cela élève le margin à environ 95 cents par cent livres, au lieu de ?o à 6o cents ». (Jer. W, Jexxs, The Trust Problem, p. 142-413.) Voir, pour les témoignages complets des représentants de l’industrie du sucre, les rapports de la Zndustrial Commission, vol. I, et particulièrement, sur le point qui nous occupe, la p. 46 de ce volume.
(2 Voir Preliminary Report of the Industrial Commission, part IT, p. 868. CF. aussi le Bulletin n° ?9 du Département du Travail à Washington, p. 731 et suiv,
la American Tin Plate Company dont la fondation définitive avait eu lieu en décembre 1898 et pouvait être prévue déjà quelques mois auparavant ) Ce trust, en effet, dominait 99 o/o de la production du fer blanc aux Etats-Unis. Quiconque examine attentivement les listes statistiques relativement à cette industrie particulière, doit remarquer que pendant cette période de production, le margin des fabricants a décidément haussé. Mais il est obligé de tenir compte aussi de ce que, en vertu du contrat conclu avec la Amalgamaled Associalion of Iron-Steel-and Tinworkers, les salaires des ouvriers
dans l’industrie de l’étain ont été augmentés de 15 à 20 0/0
après le 30 juin 1899 (1).
Finalement on trouve que peut-être la cause principale de - Ja hausse dans les prix du fer blanc doit être cherchée dans
l'augmentation du prix des matièrés premières : et ce dernier : fait saute aux yeux dès que l’on examine quelle a été la” hausse colossale des prix de l'acier et de l’étain brut. En
recherchant ensuite les causes de cette dernière hausse, on"
les trouve dans l'accroissement de la demande des produits
des deux industries, — accroissement s’expliquant, par exemple, pour l’industrie du fer et de l'acier, par la construction et le renouvellement de plusieurs grandes voies ferrées et ponts de fer, la construction de bâtiments en fer, etc. En
somme, tout cela fait croire qu’il ÿ aurait eu une hausse con- »
sidérable dans les prix des produits finaux des deux industries, supposé même qu'aucune combinaison n’eût existé ni dans
l’industrie du fer et de l'acier, n1 dans celle du fer blanc. D'une -
comparaison minutieuse des différents prix, il semble résulter cependant, avec non moins d'évidence, que la combinaison a mis les entrepreneurs à même de tirer de la situation
quelques avantages que l'entrepreneur isolé n'aurait pu.
türer (2).
(1) Preliminary Report de la Industrial Commission, part [, p. 186.
(2) Voir pour ces deux industries les cartes et les tableaux des prix avec texte que contient le Preliminary Report de la Industrial Commission, part 1, p. à et suiv. Cf. ensuite pour l’industrie du fer blanc le Bulletin n° 29 du Département du Travail, loc, cit., el pour l'industrie du fer et de l'acier, ibidem, p. 738 et suiv, De mème J, W, Jexks, loc, cit., PP. 197-170.
Voici donc, caractérisées par quelques exemples, les difficultés que rencontre celui qui examine, dans le domaine de la pratique, l'influence exercée sur les prix du marché par les combinaisons industrielles et commerciales. |
Pour les Etats-Unis nous possédons déjà des statistiques assez volumineuses dérivant d'enquêtes officielles. Elles sont, pour une grande partie, recueillies dans le Preliminary Report de la /ndustrial Commission concernant les trusts et les combinaisons industrielles, et composant le premier volume de toute une série remarquable de rapports publiés par la même commission (1). Ce « Rapport préliminaire » traite de onze combinaisons industrielles des plus importantes aux Etats-Unis et donne pour quelques-unes d’entre elles (lindustrie du sucre, du whiskey, du pétrole, du fer blanc, du ler brut et travaillé), des cartes représentant clairement le mouvement des prix. Ces cartes et les tableaux des prix s'appliquent d'ordinaire à toute une suite d'années et sont accompagnés d’un texte explicatif dù au professeur Jer. W. Jenks.
On peut consulter aussi le Bulletin n° 29 du Département du Travail à Washington que nous avons également cité à plusiCurs reprises.
IL faut signaler encore les recherches faites par des particuliers : M. Jenks, dans son livre The Trust Problem, a consacré un chapitre fort remarquable aux prix de marché dans quelques branches principales de l'industrie américaine. Il y a ajouté des cartes analogues à celles du Preliminary Report de la Zndustrial Commission ; on y trouve à côté des hausses et baisses du prix moyen pour chaque mois, les variations dans les prix des matières premières : par exemple les prix moyens du blé à côté de ceux des spiritueux. Ensuite les cartes nous montrent encore la différence entre les deux prix, — Île
(1) Nous renvoyons encore le lecteur au volume XIIT, Washington 1001, de la mème série ; c’est le deuxième volume sur ce sujet comprenant les témoignages entendus après le 1° mars 1900, ainsi que différents rapports spéciaux concernant les prix des denrées et les capitaux des combinaisons industrielles. Ensuite le vol. XIX, Washington 1902, contenant le « rapport final » de la Zndustrial Commission.
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margin. Quand cela a été possible, les varrations dans les prix
européens sont également indiqués de sorte que l'on peut
facilement suivre le mouvement général des prix pour un article spécial.
De pareilles données statistiques ne peuvent être employées qu'avec prudence. Par rapport à la fabrication de plusieurs
articles, par exemple, le lecteur reconnait cette vérité, expri-
mée par le bulletin du Département du Fravail que trop souvent . la science d’un expert serait nécessaire pour tirer des chiffres
donnés quelque conclusion absolue dans un sens quelconque (1). En effet, la plus grande prudence doit toujours nous guider ici dans nos recherches si nous voulons être certains de compter tous les facteurs capables d’influer sur les prix.
Pour l'Europe, nous n'avons rien, sur cette question des prix, de vraiment digne de confiance. Le mystère particulier
que font nos grands industriels d'Europe au su]et de leurs
alliances et de leurs conventions joue ici un rôle important, Néanmoins, tout ce que nous possédons actuellement, nous permet déjà de formuler quelques principes généraux sur les tendances que nous montrent les trusts et les monopoles dans la fixation des prix.
Nos expériences à ce sujet concernent particulièrement certaines marchandises appartenant à des branches spéciales d'industrie dans lesquelles, aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis, se sont formées les premières grandes combinai-
sons. Ces articles de consommation sont d'usage général et
de qualités plus où moins uniformes ; aussi se montrent-ils, par leur nature, les plus propres à nous servir de guide, non seulement parce que leurs frais de production et leurs “prix de marché se prêtent le mieux à la comparaison, mais aussi parce que, dans leur sphère, l'influence exercée par les monopoles sur les prix de marché se fait sentir tout particulièrement.
Les combinaisons dans les industries où certaines marques de fabrique recherchées par le pubhe jouent un rôle important, combinaisons qui se basent particulièrement sur les économies
(T9 LT Et ep, ji.
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à faire dans Fadministration, sont en général d’une date relalivement récente.
Une étude attentive des données statistiques disponibles nous fait voir, en premier lieu, que la formation d’une grande combinaison dominant plus ou moins absolument le marché, a sénéralement eu pour conséquence de hausser immédiatement les prix de marché en même temps que le. margin des
entrepreneurs,
Lorsque la concurrence violente entre les fabricants de sucre aux Etats-Unis cessa, dans Fautomne de 1887, après la fondation du premier trust du suere, le margin monta tout de suite depuis environ 1/2 cent Can peu plus) par livre à # cent el parlois mème à 1 1/4 cent environ la livre ; il doublait ainsi et même faisait plus que doubler. Avec de petites oscillations journalières, le prix maintenait son niveau élevé pendant deux ans.
Cependant, à peine eut commencé, vers la fin de 1889, la concurrence des raffineurs indépendants, à Philadelphie, — surtout celle des nouveaux établissements de la maison Claus Spreckels, — que Le margin tombait immédiatement au niveau qu'il avait atteint avant la formation du trust. Il resta à ce degré jusqu à ce que, en février 1892, les établissements concurrents fussent achetés par la combinaison, pour monter immédiatement après à la hauteur de la période précédente alors que le trust n'eut pas de concurrence à craindre.
La combinaison du sucre maintint ensuile ses prix pendant plus de six ans avec une très légère diminution du marqu, — pendant quelques mois NAN il yeutune diminution impor tante, — jusqu ‘à l'automne de 1898. Alors, le trust réorganisé (la American Sugar Refining Company) dut accepter de nouveau la lutte avec plusieurs raffineurs indépendants et particulièrement avec les maisons Arbuckle Brothers et Claus Doscher. Le margin tombait alors de 0.9 1/2 cents en moyenne par livre en juillet et 0.8 r/4 cents en septembre 1898, à 0.9 cents eb moins par livre pendant les trois derniers mois de l’année (moins de 0.4 1/2 cents en décembre) et même à 0.9 1/2 cents en avril 1899. Quoiqu'il montàt encore quelque peu après cette date, nous voyons dans les tableaux des prix
que nous avons sous les yeux,— tableaux qui vont jusqu'à Janvier 1900, — qu'il n’atteignit plus son ancien niveau (1).
En comparant ce mouvement général des prix du sucre sur le marché américain avec les prix anglais et le marqua américain avec le margin anglais, M. Jenks tire la conclusion que, pris en général, le prix du sucre dans son pays a étés plutôt au-dessus qu'’au-dessous de ce qu'il aurait été, si la plupart des raffineurs s'étaient contentés de prendre seule= ment un petit profit sur les frais de raffinage et « assuré-" ment bien au-dessus de ce qu'il aurait été dans les conditions de la concurrence, telles qu'elles ont existé pendant les deux ” dernières années » (2).
Cet exemple caractéristique du mouvement des prix que: nous présente la politique de la combinaison du sucre, pourrait” être complété par d’autres exemples que fournissent les autres combinaisons industrielles ou commerciales. Souvent la” formation d’un cartel ou pool, disposant d’un capital important sur le marché national ou international peut déjà exercer pareille influence sur les prix. |
Lorsqu'en novembre 1887 le syndicat du cuivre fut fondé à Paris, les prix du cuivre au marché de Londres avaient oscillé, pendant les premiers mois de cette même année, entre 38 1/2 et 4o 1/2 livres sterling la tonne. Après la, fondation du syndicat, les prix montaient subitement de» 99 et 4o livres sterling (en octobre) jusqu'à 85 livres sterling, au commencement de 1888. Le syndicat gouvernait le mar-. ché international pendant toute l’année 1888 et pouvait. même élever les prix sh cuivre de 80 à 92 livres sterling dans le mois d'août et à 119 livres sterling en septembre.
Lorsque, dans la période de 1895-1806: le pool des wirenals (clous fabriqués avec des fers étirés) possédait tempo-.
(1) Voir les cartes et les tableaux de prix dans le rapport de la /ndustrial Comnüssion, vol. 1 (Preliminary Report), part 1, p. 39 et suiv. Ensuite le. Bulletin n° 29, pp. 711-716, et J. W. Jens, loc. cit., pp. 133-146. Les chiffres des sources mentionnées ici, montrent de petites différences de prix qe pourtant, pour notre sujet, n’ont pas d'importance. 1
(2) Loc, cil., p. 142. Les recherches de l’auteur vont jusqu’au mois de juin 1900.
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rairement un monopole dans sa branche d'industrie, il fit hausser le prix de ses clous de 0.97 dollars les cent livres en mai 1899 jusqu'à 1.68 dollars en juillet et 2.25 dollars en septembre, prix maintenu pendant six mois jusqu'à ce que le pool le fit monter encore à 2.40 dollars en mars 1896 et à 2,55 dollars en mai de cette même année. Le prix resta pendant six mois encore à ce niveau particulièrement élevé, avant que s'écroulàt le Wire-Nail-Pool et que le prix des clous, par conséquent, fut retombé au niveau de la concurrence (1).
En pareils cas, lorsqu'une hausse des prix résulte de la pression d’une combinaison dominant temporairement le marché, les grands capitalistes coalisés, menacés d’une concurrence qui va se dresser devant eux, tächeront souvent de faire usage le plus possible de leur supériorité temporaire et de tirer tout l'avantage qu'ils peuvent de leur monopole passager.
Les grands trusts, au contraire, organisés d’une façon plus solide, n'ayant pas à craindre une concurrence sérieuse ou espérant lui tenir tête victorieusement, suivent souvent une tactique inverse. Pour eux,il s'agit plutôt du maintien ou d’une hausse légère des prix du marché qui permettra une augmentation de leur profit ; mais les grands trusts aiment d'ordinaire à atteindre ce but sans les secousses soudaines du marché, si particulièrement propres à éveiller l'hostilité du public contre la combinaison et à nuire ainsi aux intérêts de celle-ci plutôt qu'à les servir.
Une certaine diminution des prix de marché, — le profit augmentant ou restant invariable, — n'est pas exclue dans celte politique particulière des grands trusts.
Après La fondation, en 1882, de la Standard Où Company le margin de ce trust ne subit pendant plusieurs années, sauf peut-être dans les années 188/4-1885, qu'une petite augmentation. Ensuite ce même margin se maintint pendant six ans et jusqu’au commencement de l’année 1892, à un niveau quelque peu plus bas; puis se produisit, jusqu'au commencement
(1) Voir le tableau des prix etla carte du Preliminary Report, part I, p. 56. Ensuite J. W, Jewks, loc. cit., pp. 61-62,
de 1895, une période de baisse atteignant son point le plus bas dans le courant de l’année 1894. À partir du commen cement de 1895, cependant, les prix du marché du pétrole et le margin montent très sensiblement aux Etats-Unis (1
En général la Standard Oil Company nous donne la preuve manifeste qu'un trust peut et doit même, dans son intérêt bien compris, combiner souvent des dividendes excessivement élevés avec des prix de marché quelque peu infléchis. Il a pu en être ainsi, parce que le trust pouvait combiner des améliorations techniques et des épargnes réelles dans la production et le transport de ses marchandises, avec une position par hiculièrement pr LV ilégié 16,
Dans de pareils cas, cependant, on peut se demander toujours si la diminution des prix de, marché a été proportionnée aux avantages que le trust a pu réaliser. Les témoignages de OU raffineurs de pétrole, dit le rapport de la Tao Commission, nous apprennent que le trust a pu beaucoup économiser, dans les dernières années, sur Îles produits accessoires, qui étaient considérés antérieurement comme des non-valeurs, de sorte que les profits faits sur ces produits accessoires égalaient souvent ceux que l'on trait du pitrole. Dans ces conditions, pensent les auteurs du rapport, on aurait pu s'attendre peut-être à ce que le prix du pétrole
rafliné, comparé à celui de l'huile brute, eùt diminué plus qu'il ne l'a fait en réalité (2).
En rapport avec cette politique générale de nos trusts concernant les prix des produits prêts à la consommation, nous avons, d'autre part, à en juger une autre complétant la première ; cest la politique que les dirigeants de plusieurs grandes combinaisons ont pratiquée relativement aux matières premières dont ils ont täché de baisser les prix le plus possible ; s'ils n'y parvenaient pas, ils cherchaient peu à peu
(1) Voir le tableau des prix et la carte du Prelim. Report, part I, p. 47. Ensuite J. VW. Jexks, loc, eit,, p.100 et suiv. et le Bullelin n° 29, p. 723 et suiv,
(2) Voir Prelim Report, part 1, p. 52. Of. aussi J, W. Jens, loc. cit., p. 151, etle Bulletin n° 29, p. 724.
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à attirer dans la combinaison des branches entières de la production des matières premières et secondaires,
Presque tous les concurrentsdela Standard Oil Company qui paraissaient devant la /ndustrial Commission se sont plaints de ce que cette corporation, (contrôlant » les principales canalisations en fer (pipe lines) pour le transport du pétrole brut, et étant en même temps le principal raffineur de pétrole, fixait dans la pratique les prix du pétrole brut. Ils prétendirent que la combinaison avait fait cela depuis plusieurs années au préjudice financier des autres producteurs d'huile qu’elle avait ruinés souvent complétement.
Partoutoù la Standard Oil Company avait le contrôleexclusif des pipe lines dans une certaine contrée, elle a pratiqué la tactique de tenir le prix du pétrole brut à un niveau si bas que, à la longue, elle pouvait acheter les sources d’'huileaux producteurs et propriétaires ruinés à des conditions très avantageuses pour elle; ceci fait, le prix de l'huile brute montait sur Île champ à un niveau de production plus normal. En outre, la combinaison appliquait souvent un système particulier de primes pour le pétrole provenant des contrées où s'étaient établis les concurrents ; elle payait plus que le prix régulier pour ce pétrole. Dans ces cas, les propriétaires de petites pipe lines, se voyant privés d'huile, furent lentement ruinés et, à la fin, leurs canalisations fur ent achetées par le trust (1).
A cet exemple caractéristique nous en ajoutons encore un autre concernant une branche particulière de production et de commerce. Comme les producteurs de pétrole brut et les propriétaires des petites . canalisations devaient se sentir impuissants et désarmés devant la Standard Où Company, de même les éleveurs de bestiaux et les petits marchands de bétail et bouchers se sont trouvés et se trouvent encore sans défense devant le puissant trust de la viande, qui domine absolument les prix de cet article dans presque tout le do-
(1) Voir pour la tactique suivie par le trust du pétrole, outre le rapport mentionné (Prelim. Report, part 1, pp. 16 et 67), Hexry-Deu. Liovn, W'ealth against Commonwealth, p. 84 et suiv. et 104 et suiv. ; ensuite surtout, la politique pratiquée par le trust contre la Tidewater-Pipe-Line, une vraie guerre industrielle, tbidem, p. 106 et suiv.
maine des Etats-Unis. C’est ce mème trust qui a été la cause des troubles à New-York dans le mois de mai 1902, troubles qui nous ont montré une fois encore combien est vrai, par rapport aux trusts, le mot que l’on a prononcé : (Les personnes sont sans force contre eux et un peuple seulement peut gagner et garder la liberté » (x).
A côté des pratiques mentionnées qu'appliquent plusieurs grands trusts comme acheteurs de matières premières et secondaires envers les producteurs de ces matières, la politique générale de ces combinaisons présente encore une tactique particulière qu’elles suivent localement vis-à-vis des producteurs rivaux de produits finaux. C'est la diminution temporaire des prix, destinée soit à supplanter un adversaire soit à l’'eflrayer pour qu'il n'entre pas sur un terrain où le trust a déjà établi sa domination.
Le rapport de la Jndustrial Commission nous montre que les plus grandes combinaisons, comme la Standard Oil Comp. à