‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 13 sur 39 · II. — Ln Théorie de la Valear-de-TravaiL · texte numérisé non relu

II. — Ln Théorie de la Valear-de-TravaiL

La théorie de la valear-de-lravail a mis, à bon droit, au premier plan, pour expliquer Toriginc et la grandeur de la valeur objective (valeur d’échange), la détermination du plus ou moins de travail exigé pour la production des richesses. A bon droit également ce travail est considéré, par elle, d’abord comme une dépense de temps et de force qui, une fois employée a la production d’une certaine richesse, ne saurait être appliquée en meme temps à- l’acquisition d’une autre; — en deuxième lieu, comme un sacrilicc de liberté; ce qui, tout ensemble, but que l’homme envisage ce travail comme le coiU nécessaire a la production des richesses (ju’il désire. La théorie de la valeur-de~travail a donc fort bien mar(|ué dans la civilisation humaine une tendance naturelle qui s’exprime essentiellement par l’échange des denrées, la tendance a estimer la valeur objective des biens, non pas d’après les besoins subjectifs qu’ils satisfont, mais d’après le coiit de production qu’ils exigent.

S(Mdcment, la théorie de la valeiir-de -travail a trop négligé tout autre facteur que le travail notamment la dilTérence qui existe entre les richesses au point de vue de Vuliliié ; elle n’a donc pas assez remar<|ué rinllucnce exercée par la valeur d’usage, inlluence qui, agissant comme une deuxième tendance, modifie incessamment la valeur objective des richesses. En identiliant les moyens nécessaires pour obtenir les résultats linaux (les richesses propres a la consommation humaine) avec ces résvdtats mêmes, elle a tout simplement considéré la valeur d’échange des biens comme égale à leur cotU de production, dans lequel on a fini par trouver le travail socialement nécessaire à leur production (ou a leur reproduction). Pour cette dernière analyse nous pensons particulièrement aux théories de Karl Marx.

THÉOIUE DE LA VALELU lH

Il est naturel que les théoriciens de la valeur-de-travail n’ometlcnt pas entièrement dans leur expose 1 utilité et la >

valeur d’usage éventuelles îles biens. Ils sont loin d admettic que les biens auraient déjà une valeur pour la seule laison ,

que leur production -a coûte du travail humain et que loin reproduction en coûtera de même. Au contraire, cette theoiie avance comme une condition sine fjiia non que les denices, portées au marché, doivent avoir une valeur d’usage. « Enlin. dit Marx, aucun objet ne peut iMre une valeur s’il n’est une -

chose utile. S’il est inutile, le travail qu il renferme est dépense inutilement et conséquemment ne crée pas de valeur. (ï) » -i

llodberlus, de son côté, en exposant la théorie que les pro- ^

duits s’échangent au marché proportionnellement au travail ^

qu’a coiité leur production, ne considère cette valeur d’échange (|uc comme « la valeur d’échange nalurellc et par conséquent ‘

iuste » {wie der natiirliche so anch der tjerechte Taiischwer(h), dont « la valeur d’échange réelle » peut dilTércr, restant, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous d’elle, mais en gravitant

toujours vers ce point (2).

Cependant, — et voilà le côté faible de la moderne théorie de la valeur-de-travail et son vrai défaut fondamental : — Ai Uodbertus, ni Marx, n’ont suflisamment tenu compte de la valeur d’usage et de Pulilité éventuelle des richesses humaines et n’ont reconnu cette deuxième tendance fondamentale, selon lacjuellc les biens peuvent être objectivement estimes comme égaux et traités en équivalents au marche des deuri*es, d’après un autre principe que celui i[ui se fonde sur le travail nécessaire à leur production. Tous deux ont refusé catégoriquement de tenir compte de cet autre principe.

« Econonwinemeni, nous dit par exemple Rodbertus, tout produit ([ui nous parvient en qualité de richesse par le canal du travail, passe uniquement au compte du travail humain, et cela pour la raison qu’il est la seule dépense originale avec la- (juellc compte la société humaine. C’est pour celle raison (jue

(1) Kvhï. Marx, Bas Kapiïal, tonie T, Irad. franç., p. i6, col. i.

(2) Rodbertus, /«r Beleuchtun^f der sociaien Fratje, Berlin. 187a ; tome I,

la OÙ le travail est plus secondé qiraülenrs par la nature, le travail est seulement plus productif, considéré d\m point do vue éconoïuique ; mais on ne saurait mettre une partie du produit de travail sur le compte dos forces naturelles (i). >> karl Marx n'est pas moins catégorique: en principe, il ne reconnaît, comme ayant de la valeur, que les biens qui sont le produit du travail humain, u Une valeur d’usage, ou un article quelconque, n\i une valeur qu’autanl que du travail humain est matérialisé eu lui (2). » Aux purs dons de la nature (comme le sol, les prairies naturelles, les bois sauvages) il n’attribue pas la moindre valeur, si utiles et meme si nécessaires que soient ces ricliesses pour les bommes et si recherchées soient-elles a cause de leur rareté.

Dans le troisième tome du Capital, Marx part de cette proposition : «La cascade, comme la terre en général, comme toute force naturelle, n’a pas une valeur, parce (ju'ellc ne représente pas du travail matérialisé en elle ; et par suite elle n’a pas non plus un prix, car un prix n’est que la valeur exprimée en monnaie. Là où il n’y a pas de valeur, il n’y a, eo ipso, rien à exprimer en monnaie. Le prix qu’on paie n’est ici autre chose que la rente capitalisée (3 . »

Il est évident que, par cette hy[)othèse, nous nous trouvons devant une erreur fondamentale qui met la moderne théorie de la valeur-de-travail en contradiction directe avec notre vie sociale réelle.

(i) RoniiEiiTUs, /ur ErklnnitiQ und Abhülje der heutifjen Ct'edilnolh des Grandhesitzes, a* écÜlion, tome II, p. 17/4.

{2t Karl Maux, Das haphat, Iracl. IVanç.,!. I, j). ï5, col. i.

(3) Kahl Maux. Das Kapilal, tome Ht, deuxième partie, ch. xxxvni, texte originel, p. i88. Cf. do mémo loc. cil., oh. xxxvii, p. 173,011 Marx veut voir « iiiaintonir » le principe « que le prix dos choses, qui, par elles-inomos, n’ont {Xis une valeur, c’est à-diroqui ne sont pas le produit du travail, coniinc le sol, ou qui, du moins, ne sauraient être re|)rodniles par le travail, ooniine les antiquités, les œuvres d art de certains maîtres, etc., peut être déterminé jKir des combinaisons très accidentelles ». Les « condjinaisons très acoidciilollcs » dont Marx parle ici, caractérisent à inervodle rembarras accidentel dans lequel il devait se trouver à chaque instant par l’application conséquente de son hypothèse.

Oue l’on compare de même ItiHlberlus :« Les biens fonds, au contraire, ne sont jms encore des produits, eux-mèmes, et n’onl point, par suite, une valeur d’eux-mémes, quel qu’en soit le revenu. » \Credilnolh, 2* étlilion, tome 1, P- li*)

THEORIE DE Î^A X ALEUK

Lit réalité montre : à Uodbcrlus, que — u dt*pcnsc originale )) ou non, — le travad humain n est pas, assurément, le seul facteur avec lequel compte (( la société humaine » a Marx, que souvent tics richesses qui ne coûtent pas du travail ou très peu de travail sont estimées au marclie a la meme valeur que d’autres richesses qui en représentent bien plus. Au marche» au fourrage ou ne s’occupe pas de savoir si le foiu denve d une (( prairie naturelle » ou d un pre cultive, non plus qu au marché au bois on ne s’occupe pas de savoir si le bois apporté a été coupé dans un bois sauvage on dans un pare de luxe. 11 y a un pro\e»rb(' epii dil t|u’au marebe 1 argent ne sent jamais mauvais : or, toutes les domres y sentent de meme bon, pourvu qu’elles soient reclicrchécs. Ici apparaît rinnuciice (jue la valeur d’usage exerce sur la valeur d et'bangc ; c est une intluence continuelle et dont ou ne saurait faire abstraction pour un seul instant, dans la science économique, sans se perdre avec scs théories dans l’air bleu.

De prime abord, il doit nous paraître parfaitement naturel (|ue des denrées représeulant des quantités inégales de travail humain puissent être traitées comme éfjuivalentes. Car> en définitive, comme nous venons de l’exposer, ce sont les résultats du travail, les produits prêts à la consommation Immainc, qui se comparent et s échangent au marebe, et non pas les moyens qui les ont créés. Si, d’antre part, ce sont les frais de production (jui, au marché, forment l’élément prédominant de la valeur, pour la grande partie des articles de notre usage journalier, il est tout naturel que la ou la nature a extrémcmcnl prête son secours a 1 homme de sorte que celui-ci obtient, avec le meme travail, une plus grande valeur d’usage, celte dernière devra nécessairement SC traduire de même eu une plus grande valeur d’échange.

La production d’un tonneau du plus ordinaire petit vin exigeant toujours uii certain quantum de travail humain, celui-ci devra être payé par le consommateur tant que le viu possède assez de valeur d'usage pour être recherché. Si, d’autre part, un louneau de hou vin de Champagne ou du Rhin exigeait seulement le même travail que le tonneau de petit vin,

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Il4 THKOniE DE LA. VALEUR

la valeur d’écliange du meilleur cru serait néauinoius hieu supérieure à la simple somme des Irais de production qui, sous ce rapport, ridentifiaieiit au vin ordinaire (i ).

De mémo, le défricliement et la culture, ou bien la simple mise en exploitation cl*unsol peu fertileou mal situé, exigeant un certain coût indispensable do travail ou de capital, il est naturel cpic les terres fertiles et bien situées puissent donner, avec le même coût, des produits tout a fait dilférents, représentant également des valeurs d’échange dillérentes. La nature épargne ici à riiomme le travail <pi’il devrait dépenser ailleurs. Marx n’a pas envisagé cette vérité si simple pourtant. Ce phénomène est d’autant plus curieux que toute la théorie de la rente foncière de Ricardo-Marx (chez Marx ce qui! nomme rente differenlielle) se base précisément sur le fait, qu’avec la mémo (fuantité décapitai (‘t de travail et sur la meme surface du sol. on peut obtenir dinérentes quantités de blé. qui, vendues au marché au meme prix, donnent donc au producteur des résultats itiégaux. Marx n’a ]>as su éviter la contradiction qui règne, sur ce point, dans la théorie de Ricardo; bien au contraire, il l’a empruntée au maître classique sans la moindre hésitation.

Démontrons maintenant avant tout, que l’explication don-

^i) M BrmM-BvwEftK a choisi ce phenoinène si nahircl p4)ur illustrer Ja théorie fausse, (|uc ce ue sont j>as les frais «le prodmiion qui donnent leur valeur aux produits, mois que c’est tout le contraire. « Personne ne croira, dil‘il, que le vin do rokaî a une haute vahnir parce que les vignoldes do Tokai en ont une ; mais, au conlrairo, ces vignobles possèdent une haute valeur pïice que la valeur de leurs produits est considérable. » {Kaintal und Kapilahins^ tome II, livre III, cliap, I, S IV, p, 200.)

Il nous semble que le lecteur perspicace devra iininédiateiueiit s’élever contre une telle logique, en no cherchant dans i<î raisonnement de M. Bolnu qu’un jeu de mots, p<m pro[>i*e à nous séduire, malgré sa forme st'duisanle. (!ar, s’il est vrai que le vin de Tokai n’a |kis une haute valeur jKirce que les vignobles de Tokai en ont une. il est non moins vrai que celle haute va* leur dérive, piurtant, — en dernière inxlance, pour parler comme M. Bohm, — des vignobles, cest-à-dire des forces naturelles e\ce|)tioniiclles (jui soutiennent en l’okai le travail humain. Dans les théories de M. Bohm, la haute valeur du vin de 'J’okai, pour autant quelle dérive des agents naturels, iiiampio de Uàse ; ces agents ne sont pas «‘onsidérés couiiiic une source primitive de valeur, pas plus ciue le travail humain. (Jn a vu «pie les évaluations perscmnelles du marchami de chevaux ne sont p;»s rapportées à leurs causes dernières dans rex|iosé qu’en donne cet auteur. C’est le même phénomène qui se présente ici.

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