‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 15 sur 39 · THÉORIE DE EA A'AEEÜR · texte numérisé non relu

THÉORIE DE EA A'AEEÜR

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CCS consommateurs, la valeur d’usage de ces articles ne tombe pas au-dessous du coût de leur production. Dans le cas contraire, il est évident (|uc les consommateurs remplaceront successivement CCS articles de consommation moins recherches par d’autres ; les producteurs des premiers, ne trouvant plus ainsi dans réchange l’é(juivalent de leurs Irais, cesseront, par suite, de les fahrit|uer (i).

Entre ces vastes catégories de richesses et les catégories plus restreintes ([Uc nous venons d’indupier, il se trouve toute une série d’autres classes, nous montrant toutes sortes de nuances dans raclion des valeurs d usage et de production sur la constitution de la valeur d’échange objective. Ces richesses dilléranl entre elles par leur nature, ainsi (pic pai la (|uantité dans hupielle elles sont disponibles par rapport a la demande elVective, nous montrent dans leur ensemble une série d’échantillons des plus diverses intluences.

H nous faut mentionner ici particulièrement deux catégories spéciales de produits. Premièreincnt. celle dont nous avons fait mention déjti en passant, — catégorie composée de richesses (pii jicuvent être multipliées indéfmimcnl, mais a frais de production toujours croissants.

(ï) Von Thünen, qni sur ce point |Kvrtlculiei* a écrit quelques pages remarquables, choisit un oïemple caractéristique pour élucider celle thèse ; selon lui, les marchandises pouvant être multipliées indéhnimcnt et ü«.r mêmes frais « ne peuvent pas rester longtemps an-dessus de leur prix de revient, de combien que leur utilité puisse surpasser ce prU. >)

La valeur d’usage d’une charrue, dit il, surpasse de beaucoup son prix ré-dé mr les hnU de priKluclion. Mais il y a une limite pourtant à a mnlliidication des charrues, et à la (piesliou qu’il se ix>se, cominen de charrues seront employées dans une ferme, il répond « que Ion en fournira jusqu a ce que la dernière fournie couvrira seulement les frais de sa conlcction cl

de son enlrclien. » . , . , . t i ^

La question posée en général, Von Thünen considère egalement la valeur

d’usage comme la limite posée à la multiplication des richesses de celle catégorie : « Quelque pou donc, dit Von Thünen, que la valeur en ou rutililê de la charrue décide généralement de sou prix, c’est son ulilile cependant qui pose une limite à sa multiplication. » iVoir Von Iiuinen,

Der îsolirle Slaat., i. 11, trad, franç. de Mathieu ^olkoff sous le litre; «Le salaire nature/ et son rapport au taux de l’ Intérêt, Paris, 1867, pp. ibo et

Sous ajoutons qu’il en st*ra ainsi -[sous toute forme de la société, dans une société communiste comme dans la société capitaliste actuelle, avec la dilTércncc pourtant, que dans la première entrerait en scène lu lolalité des besoins de tous les hommes,

\ celte catégorie appartiennent les produits agricoles et liorticoles : blés, fruits etc., tous les produits en général dans la production destpiels la nature joue un rôle important, de sorte nue l’iioinme n’en peut augmenter la (juantile cpi en cullivant des terres moins fertiles ou moins lavorablemcnt situées ou encore en soumettant les anciennes terres à une culture plus iiitenseot plus coûteuse, Appartiennent encore a cette catégorie de riebesses, comme l’a di'^à remarque V on Hui- 11011, tous les métau.Y et autres minéraux. En ellet, tant que 1 on no découvre pas de nouvelles mines et carrières, ce qui lait immédiatement baisser la valeur d’usage et de production ainsi que les prix de marebé de ces riebesses, on doit les retirer de couebes toujours plus profondes, de .sorte que les frais de production augmentent toujours. ^

Pour les riebesses appartenant à cette catégorie le coût de production est encore l’élément prédominant et cette fois encore il s’assit en général du coül île production social et non du coùl de prodaclion personnel de tout pro'ductoiir en particulier. Ci'ttc dernière particularité se monlrora clairement à dans un chapitre suivant, comme le principe ré<julatear général de la valeur de production. Il faut faire observer encore (lue, par rapport aux produits agricoles ou horticoles, la même valeur de production est représentée dans les années peu 1ertilos par une moindre quantité do blés, de fruits, etc., que dans une année de surabondance relative. Pour toutes les richesses de celle espèce, la valeur dusage mllue sur la valeur d’échange dans ce sens qu’elles ne seront produites normalement, qu’à condition que leur valeur d’usa-^e soit considérée par les cousommatoiirs comme égalant au moins leur valeur do production ; les frais^ de production augmeiilaiit toujours, ces richesses peuvent à la longue cesser d’être produites, quoique leur valeur d usage n’aU pas changé. Suivant ce principe, l’cxiraclion des minéraux sera interrompue successivement, au lur et a mesure ime les frais atlciiidroiit et surpasseront la limite tracée à leur valeur d’usage par les dilTérents groupes de consommateurs limite qui se rctlète naturellement dans Pécbango. A ce moment, les dillérentcs catégories de consommateurs

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comincncoront, Tun après l’aulre, à sul»stilucr dans Tusagc au minéral en question un autre article satisfaisant plus ou moins convenablement les inèmes besoins. 11 on est de mémo, en général, des produits agricoles et horticoles, partout ou les besoins et les désirs des producteurs et des consommateurs peuvent se manifester librement de part et d autre Ici nous passons sous silence la monopolisation de certains articles de consommation de première nécessité ; nous nous en occuperons dans les derniers chapitres de ce tome.

Par rapport aux richesses de cette catégorie, plus encore qu a celles de la précédente, la valeur d’usage influe ensuite sur tout exemplaire particulier ou sur toute quantité séparée ; elle hausse parfois la valeur d’échange des marchandises lorsqu elles sont par exemple de qualité supérieure ou lors- (|U elles nous parviennent dans des conditions particulièrement lavorables. Nous avons donné l’exemple des fraises vendues par une chaude après-midi d’été. La valeur d’usage lait baisser souvent dan^ des cas contraires la valeur d’échange au-dessous du niveau indiqué par le coût de la production.

Une autre catégorie de richesses dont nous devons faire une mention spéciale est celle des produits qui nous viennent de pays étrangers moins développés au point de vue social ; telles sont toutes les marchandises importées des colonies.

Il est évident que la valeur de production de ces marchandises reste toujours un élément essentiel pour la fixation de leur valeur de marché. Mais la difficulté est de désigner nettement, dans ce cas spécial, ce qu’il faut comprendre sous le nom de voleur de production. En elfct, ces marchandises peuvent être créées dans des conditions de production très pri mitives lorsque, par exemple, la valeur de production se présente encore à nous comme simple valeur-de-travail : c’est le cas ordinaire aux Indes anglaises, en Chine et partiellement encore au Japon. Les marchandises [)cuvent même être pi'O-

(l) « Los frais de production dôtorminont le pi*ix moyen d\inc marcliandisc. » Celte pro]x>silion n’est vraie, cependant, qu’à condition que la valeur en usage ou ruiililé <le la inarcharulise soit jugée au moins égale aux frais de sa production, b (V^om Tuunen, loc. cil., t. Il, S i3, trad. franï;., p. 1G2.)

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duilcs, sous le régime de l’esclavage plus ou moins dissimulé, par les forçats des colonies, les nègres, les coolies chinois des grandes plantations.

John Stuart Mill a proposé cette thèse que la valeur d’un article d’iinportalton ne dépend pas de ce que coûte sa production dans le pays où on l’a produit, mais t( du coût de l’article d’exportation dont le prix a servi a payer 1 article importé » (i).

(3n voit que c’est tout autre chose que les frais de production de l’article en question lui-même. A maintes reprises on a objecté à Stuart Mill qu’en réalité il n’a pas exposé une loi unique, mais bien une double loi de la valeur, en nous donnant une théorie tout à fait spéciale pour ce qu il a qualifié (( les valeurs entre nations ».

Aussi s’est-on demandé à bon droit commenl cette doctrine nous indiqticra le point oû Tune de ces deux lois cesse d’cxcercer sou Inilucnce pour céder la place a 1 autre (a).

Stuart Mill, lui-même, n’a pas été content de sa propre lliéorie ; dans la troisième édition de scs a Principes » il dit que sa doctrine de la valeur dans les éclianges de nation à nation « bien que correcte en elle-même et dans les limites oû elle est renfermée, ne donne pas encore nue théorie

complète de cette matière » (3).

Stuart Mill doit avoir senti que sa doctrine ricardicnne de la valeur, reposant sur les irais de production, était défectueuse ; cette défectuosité lui est sans doute apparue en ce qui concerne la valeur des marchandises importées des pajs

(i) John Stuart Mtu-, Principles of Politiral Economy^ livre lll,ch;ip. svm,

S [, Inul. franç., tome H, p. iiO. ..... , i . • i \i ii

ÿ- ^3) p.j|. exemple la critique queMacleod fait sur la doclnne tic Mil :

« Pour bien examiner ecltc doctrine il y a une di.slinclion à faire entre les ' cas des places éloignées n efcint p;is néceswiireinenl îles places étrangères, ui

des’ places é'.rangères des places éloignées : Londres et MellKmrne sont des places èloigiu’^is, mais non des places étrangères ; Lille et (jaïul sont des

places élruii’itres^ mais non des place-s éloignées

« Or, si c.dte doctrine est vraie, il faiil qu il y ail un point précis entre Soutinvark et Melbourne où la loi du Coût de la Production st^^ Iransloriuc en celle de l'OlTre et île la Demande. Où est ce i>oiiil ? Lsl-il dans les baies delà Mancbel* Est-il à rEquatenr ? Est-il au Cap de Honne-Espiuancc ? (II.ÏD. Mvcleod. The Eléments of Economies, Londres, 1881, t. 1, p. iio. (3) Loc. cit , li\re III, ch. xvin, S 6, trad. franc., himc 11, p. ï32.

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étrangers ; mais dans le cadre de sa théorie générale, il i»’a pas su réparer ce qui manquait rationnellemeul à sa doctrine et rinterprélation qu'il a cherchée n’a pu c|ue manll'csier plus clairement les défauts de renscmblc.

En Y regardant de près, nous verrons une lois encore que noire théorie générale de la valeur peut seidc résoudre le problème soulevé par les marchandises en circulaiion dans le commerce international.

La valeur de production de ces marchandises, évidemment, se base en très grande parlie, — la plus grande généralement, — sur le coiil exigé par leur production dans le pa\s d’où elles sont exportées et selon le développement particulier des forces productives dans ce pays.

Quant au pavs où les marchandises paraissent au marebé, on ne saurait compter généralement avec le déNoloppement des forces productives dans ce dernier pays, que pour le travail et les frais occasionnés par b' transport et la mise en vente de ces marchandises.

Nous pouvons même dire, d’une façon générale, que la possibilité de rimporlation de semblables marchandises sur une grande échelle et les avantages que le commerce entre les nations a pu procurer de tout temps, reposent précisément sur le fait que les frais de production de ces marchandises a leur lieu d’origine sont relativement bas. Pour bien s’expliquer, par exemple, les frais de production modérés auxquels re^iennent dans nos colonies des quantités colossales de marchandises de toutes sortes, on doit faire entrer en ligne de compte toute la violence et toute l’exploitation brutale à main armée dont, pendant tant de siècles, nos étals colonisateurs se sont rendus coupables vis-à-vis des races moins civilisées des autres continents.

Pieu que rensemble des frais de production et de circulation joue, pour cette catégorie de richesses* un rôle prédominant dans la fixation de leur valeur d'échange, cependant, dans la constitution de cette dernière, la valeur d’usage ne reste pas sans inilucnce.

Les marchandises appartenant à cette catégorie, — telles que le café, le sucre, le thé, etc., — font ordinairement leur

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apparîlion au marche à coté de marchandises de la môme nature (fui sont importées d’autres contrées du monde, — comme par exemple le calé de Java à colé du café du Brosd. k côté d’elles se prcsentcnl aussi parlois des succédanés, pro duilsdans nos pays modernes, comme la ehieoree cl le ea c arlifieicl ,'i côté du vérilahlc calé. Toutes ces marehamhses, nalnrcllcment, peuvent exiger des frais de production 1res

dillérculs.

Il peut arriver qu’une marchandise fjucleonque, apparie liant à la catégorie que nous visons ici, pour\oie aux memes hesoins et d'une faijoii aussi satisfaisante qu une autre de la même nature ayant exigé des frais de production et de circulation beaucoup plus élevés ; la première marchandise aurait alors la même valeur d’usage que la dernière ; de même il peut arriver ijiie la marchandise en question possède une plus grande valeur d’usage que certains produits succédanés. Dans le premier cas il est évident que celte niarehaiulise devra obtenir au marché la môme valeur d’échange,— toutes choses égales, - ((ue la marchandise voi sine avec laquelle elle rivalise, quoiqu’elle représente moins de valeur de production que cette dernière. Dans le second cas, elle pourra obtenir ralionnellcincnt une plus haute valeur d’échan'^e que les produits succédanés inlérieurs en qualité, bien quVlle représente la même valeur de production que ces

produits ou une valeur moindre.

Ces faits peuvent nous expliquer le rôle imporlanl que iouenl dans la production et le commerce des luarchandiscs étrangères certaines hiftuenccs poUlu}Ucs, — telles que h'S droits de protection ou les coinentions politiques entre dillereiils ^lats, — iiilluences qui sont à même de restreindre, ou d’élargir le marché international de certaines marchau-

(lises.

Eu tous cas, nous avons ici sous les yeux imc catégorie très spéciale de produits dont révaluatioii au marché ne se fait pas, comme l'a supposé Stuart .Mill, d’après les Irais de production et de circulation d’un autre article donne en échange. La valeur d’usage de ces produits collabore ici i ans des proportions toutes particulières avec la valeur de produc-

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tlon à la constitution de leur valeur d’échange objective et à la lixatiou de leur prix définitif.

Enfin, une observation s’impose encore, de nature à mettre on évidence la complexité propre à la vie sociale. C’est que, communément, les produits dont la quantité ne saurait être augmentée arbitrairement et indéfiniment nous paraissent en nombre beaucoup plus limité qu’ils ne le sont en réalité.

Certains articles de consommation par exemple, dont l’élégance et le bon goût constituent une partie importante de leur valeur, — comme les articles de mode et de luxe, — appartiennent pour la plupart à ceux que l’on ne peut pas multiplier indéfiniment et à volonté.

11 est évident que la valeur d’un chapeau de dame façonné par une modiste ne correspond pas uniquement à la quantité de travail dépensé à la fabrication de cet objet, ou, si Ton veut, à son a coût de production ». 11 se peut même qu’une exécution vive et légère, propre à donner à un article de mode une certaine « fraîcheur », s’accommode mal d’un travail long et appliqué. La modiste qui garnit en une demi-heure un chapeau élégant à l’aide d’un bout de ruban et de quelques Heurs, ferait diminuer peut-être la \alcur de son œuvre en y dépensant plus de temps. Lorsque nous nous occuperons du travail « qualifié », nous aurons l’occasion de donner encore des exemples semblables. Pour le moment, nous avons voidu démontrer sevdemcnt ceci ; on aurait grand tort, pour beaucoup d’articles d’un usage journalier, de considérer leur valeur objeclive comme exclusivement ou principalement déterminée par le « coût de leur production ». Nous avons donc voulu caractériser par nn seul exemple l’importance que représente pour nombre de ricliesses la valeur d’usage.

Du reste, considérons encore les produits indiqués par nous comme les plus inllucncés dans leur valeur objective par le coût de leur production ; la tendance de leur valeur d’échange à coïncider avec le coût de leur production ne sc réalise ([ue partiellement et plutôt pour des périodes de production plus ou moins longues que pour chaque moment en particulier ; plutôt aussi pour la production totale d’une nation ou d’une contrée entière que pour chaque exemp

ou chaque quantité séparée des richesses. Nous avons vu les propriétés et qualités des marchandises ainsi que leur surabondance ou leur rareté relatives pousser incessamment leur valeur objective au-dessus ou au-dessous du niveau de leur coût de production. En outre, dans une analyse spéciale, la notion du « coût de production » se présentera k nous sous des formes très diverses.

Avant donc de pouvoir examiner la nature de la valeur d’échange ellc-méme, nous aurons à analyser premièrement la valeur de production des richesses, <jui, pour la plus grande partie d^cnlrc elles, est rélément essentiel de la valeur d’échange.

L’examen des bases de la valeur objective dont nous nous sommes occupés ici était nécessaire pour mettre en évidence le grand principe, que la science économique n’a pas reconnu jusqu’à présent ou qu’elle n’a que vaguement senti sans jamais le développer clairement : la valeur d’échange des richesses se constitue généralement sous la double action de leur valeur d’usage et de leur valeur de production. L’examen de l’une et Taulre forme de valeur est indispensable si nous voulons comprendre les phénomènes objectifs de l'échange et il en résulte que nous ne saurions faire a abstraction » d’aucune de ces deux formes.

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