‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 19 sur 39 · LA VALEUR DE TRAVAIL SOCIALE · texte numérisé non relu

LA VALEUR DE TRAVAIL SOCIALE

I. — Durée et Intensité du travail. Force productive technique du travail. La détermination quantitative de la valeur-detravail sociale.

Par la valcur-de-travail individuelle nous étions rcn\oycsa Partisan plus ou moins isolé, travaillant en dehors de la concurrence ; la valeur de production sociale, partout ou elle montre encore le caractère primitif de simple valeur-de— travail, nous ramène, au contraire, à la main-d œuvre sous le régime de la concurrence et, en général, a 1 atelier de la petite manufacture.

Nous avons vu qu’au temps des corporations et pour certains articles d’usage général. Partisan indépendant du village avait déjà à compter avec la concurrence des ouvriers urbains. Au fur et à mesure que 1 organisation se développait dans chaque métier, il devait nécessairement s établir, à coté du nombre indéfini des valeurs de travail individuelles, une valeur-dc-travail générale ou sociale exprimant le coût de travail qui, dans une commune ou une contrée déterminée, était d’ordinaire considéré comme indispensable à la production de différents articles de consommation. La tendance à la création d’une telle forme de valeur devait se montrer plus forte à mesure qu’un article était dusage plus

TIlÉOlUE DE LA VAEEtU

"rncral et que sa production était plus facile à contrôler.

Dès lors, et nous Tavons fait reinar<|uer plus haut, h côte du coût de production d’un article tel (|u il se présentait ])our son producteur éventuel se faisait jour un coût de production de ce lïiéme article évalué selon le développement général des forces producthes.

Si la valeur objective (Aaleur d’échange) et le prix des ]^roduits trouvent un élément essentiel de leur .constitution dans le iramil Iwmain qu’exige leur production, il résulte de ce même principe que toute quantité de travail qu il plaît à un producteur particidier do dépensera la production d’une denrée ne se réalise pas nécessaireineul et absolument dans le prix de marché. Ce coût personnel pouvait généralement se réaliser purement et entièrement, aussi longtemps que le producteur était sur de ne pas rencontrer de concurrents. — et meme, dans ce dernier cas, la critique des ou- M'iers d’une autre profession pouvait exercer sur son travail un contrôle appréciable. Ce phénomène, cependant, cessait nornialement d’exister, aussitôtque le travail commençait a s’organiser dél'inilivemenl. Ceci lait, le contrôle prenait peu a peu une forme fixe par suite des circonstances dans lesquelles se husaii la production; la concurrence commençait à tracer des limites générales dont chaque producteur particulier avait à tenir compte.

Au Moven Age les conditions posées ainsi à tout producteur, pour que son coût de production personnel pût se présenter conîine valeur-de-travail sociale, se présentaient d ordinaire comme figées dans les statuts des corporations et dans les règlements concernant les prix des denrées. Cependant, meme sans cette sanction plus ou moins ofliciellc et par les circonstances seules dans les([uelles se faisait la production pour chaque brandie de métier, de telles conditions générales devaient se poser naturellement.

Lors(iue le travail humain, — énergie potentielle transformée par l’organisme humain en mouvement mécanique, sert à un but" productif, modifiant les matières premières et les rendant propres à Tusage de 1 homme, il est une force toujours limitée <juantitati\cmcnl, quelle qu en soit la naluie

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If !■ jutuf I w ' y

THEORIE DE EA VALEUR

et quel que soit le nom qu’il porte, travail musculaire, travail

des nerfs, travail intellectuel, etc. . v . , 1

La quantité de travail appliquée par deux individus, dans

la même durée, à un objet quelcomiuc. dépend premièrement de la constitution physique et iutcllecluelle de 1 individu, dépendant elle-même de scs lacultes naturelles, de sa nourriture, du repos qu’il prend, ensuite de sou labileti' professionnelle, de son développement intellectuel, etc. L intmsilê du travail. - c’est là le terme ordinaire, — varie donc

avec la personne du travailleur.

Tout travail bumain présuppose non seulement 1 action des facultés physiques et intellectuelles du travailleur, mais aussi l’usao'c de certains instrumeuls de travail, et il est évident que la qiialité de ces derniers ainsi cpie leur degré d’adaptation a des fonctions spéciales peut essentiellement lullucr sur les résultats du travail. . , r . '

Nous avons ici sous les yeux deux categories de lacteurs

que, - du ])oiiit de vue du travailleur, -- nous pouvons appeler les uns intérieurs, les autres extérieurs -, cesl avec toutes deux que nous aurons à compter eu appréciant les résultats du travail humain. , . i

En lions plaçant au point de vue de la production generale,

nous comprenons la première série de facteurs, comme déterminant l'intensité du Iramil inimain, la deuxième série comme déterminant la force productive lechnujue du travail; par celte dernière expression nous eiilendons l’action de tous les facteurs extérieurs qui concernent soit l’organisation technique t c la production, soit l’amélioration et le perfectionnement des inslrumoiils de travail, machines et outils. Les lacteurs de la dernière catégorie didèrcnl beaucoup selon les épof[ucs et selon les métiers, mais ils peuvent être considérés comme connus à un momciil donné et dans une branche déterminée de la production.

Nous ne prétendons pas que ces deux expressions, inieiisilé et force prodndive tecliiwiue du travail, résument cnlièiemenl la série des facteurs intérieurs cl extérieurs qui iiinueiit

Sur les vésulliïls du travail

Nous verrons, par exemple, que le caractère plus ou moins

178 TlIÉOniE DE LA AALEUK

dangereux du travail pour la santo ou la vie de 1 ouvrier doit être considéré parfois connue une inlluencc ([ui ne porte pas, il est vrai, sur Viniensilé du Iravail, mais assurément sur la valeur d\isage du Iravail et do son produit. Il en est de même de rintclligcnco particulière et des dispositions nalu-* relies du ti’availleur cjui influencent parlois non 1 intensité, mais la valeur et l’importance specifujuc du travail juge d’après scs résultats. Ainsi nous distinguerons dans 1 œuvre d’un artiste de talent un élément très spécial que 1 on ne saurait, à bon droit, attribuer à Vinlensite du travail de l’auteur, mais (jui décèlera d une laçon indiscutaidc la présence d’un ou de plusieurs autres facteurs intérieurs constitutifs de la valeur de ce travail.

A la lin de ce cbapitre, nous traiterons spécialement du rôle que joue dans de semblables conditions la valeur d usage du travail, mais nous désirons faire observer des a présent, que, dans notre cas, cette valeur d usage sera partiellement distincte dans scs facteurs de Viniensité et de la force produc^ iive technique du travail (i).

Enfin, les résultats du travail dépensé a la production des richesses, connue le résultat de faction de toute autre force, dépend encore directement de la durée de ce travail.

Une question se pose tout d’abord; Comment est déterminée la quantité du travail dépense a la production des richesses ?

I.a résolution de cette question sera indispensable a fana- Ivse du problème qui se pose ensuite : Comment se détermine

(i) Nous tlisons parliellemeni, parce qu’en elîet les facteurs que noxis visons ici el dont luetion peut donner une valeur d’usage spéciale à certains articles de consoininalion peuvent parfois se traduire sous Tune ou I autre de ces deux formes. Le fait, par exemple, que les aliments tlxnirre, pain, etc.), jirotluits mécaniquement, possèdent souvent de ineillciires qualités que les uïémes aliments produits h la main, constitue une cause essentielle de la supériorité du premier travail sur le sceoiul. Ce phénomène s’explique seulement [Hir le (léveloppement de la force productive iechnifjue da Iravail et telle est également la raison pour kujuellc certains produits industriels confectionnés à la machine, sont mieux tinis que des produits seiiihlahles fabriqués par la main de rarlisan. Et ainsi de suite.

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THÉOlUE DE liA VALEUR

la \aloar do production f^énérale ou sociale des biens tant que cette valeur iiionlre encore sou caractère priimlif de simple valeur de Iravail? En d’autres termes, justiu’à quel point la valeur de production personnelle apportée par un produclour particulier à une denrée quelconque pourra-t-c e compter lors de sa réalisation dans le prix du marché et a quelle valeur de production sociale dcvra-l-clle être estimée égale ?

Los doux questions se posent en inème temps dès que la concurrence vient placer les produits du travail de dilToronts producteurs les uns à côté des autres comme des grandeurs commensurables. ^

La science écouomi([ue ii’a pas eu de grandes diriiculles a déterminer la notion générale de la valeur de production en tant que simple valcur-de-travail ; déjà récoiiomic classique l’a fait dépendre de ce principe que le travail doit être considéré comme la substance créatrice de la valeur apportée aux riebesses par l’iiommc lui-mème on tant ([uc producteur. Cependant, dans la science économique, la coulusionet 1 incertitude deviciment générales dès qu’il s’agit d indiquer les principes constitutifs de cette valeur et dès qu’il laut discerner les facteurs qui en déterminent la quantité.

En clïct. c’est là une des questions théoriques les plus obscures de la science économique, question que vient compliquer encore la diversité du travail humain dillérant selon

les catégories spéciales de la production.

Lorsipi’il s’agit de l’expression du coût de travail personnel en valeur de-travail sociale, l’on compare communément, dans cba([ue branche particulière de production, des quantités de travail de la même espèce ; souvent, dans ce cas, nous pouvons essayer immédiatement de distinguer les facteurs qui déterminent, et la quantité de cliaipie yalour-dctravall et la dllfércnce entre les diverses quantités, lel ne sera pas le cas généralement lorsque nous aurons à comparer le travail dans dos sphères dillérentes de la production.

Supposons qu’un ouvrier, en travaillant toujours dans les mêmes conditions et par suite avec les memes moyens tecbniipies, dépense une journée, une heure, etc., de travail à la production d’un objet, deux journées, deux heures, etc., à

THÉORIE DE LK VALECR

la production d’un autre objet ; le dernier objet peut ôlrc considéré, d’ordinaire, comme axant mis en mouvement et absorbé deux lois plus d’énergie potentielle que le premier, de sorte qu'il représente deux fois plus de valeur-de-travail. De même, lorsque deux personnes, A et B, travaillent dans les mêmes conditions de production et s’occupent de la labri cation de produits pareils, il peut arriver que A en conlectionne, dans la même unité de temps, une quantité deux ou trois fois plus grande que celle qu’en produit B ; alors i faut d’ordinaire considérer la valeur-de-lravail représentée par le produit de A comme deux ou trois fois plus grande que celle du produit de B, malgré l’égalité de la duree du

travail. , i / /

En termes généraux, nous pouvons dire, que la Palenr-de-

Iravail d'un produit varie en ra'ison directe de la durée et de

l'intensité du travail qu d coule (i).

(0 Nous remonlroMB ici une .les premières et .les |^.is .le la eonr..sio.. c,ui entoure les idées .le la ^ale.|r-.le-lra^a.l et .le la .IcL i.iiivilion .le sa .luautilé. la. théorie n.oilerne .le la valei.r-ile-lrava. ,— a.iss r XJ IWIlL-rlns .,.ie chez Marx, - considère la quant. .- .1.. tn.va

conime mesur.-e par sa daree ^ ‘ j le Ic.nps .le travail possède

M viix a pour mesure sa duree daiislcuuips, c I lo

de nouveiu sa .nesure .lans des parties ."lu len.ps elles q..e 1 heure, le

ioiir etc ,) (Dus Kapital, t I, Irad. l'rauç.. p. «a. d>l .

^ Availt'lni l\o.mK..rcs /ur Ërkeantniss, p. ava.t l''‘'‘‘^;“‘'*X;,,re‘re.;

« Cou.me ce .lernier vrai-gent) tr.n.ve da..s son poids P;; J ®

tire les .. luosures de la valeur .), ainsi se eo.up-n-tc le t.avail pa. rappo.l durée 0 so die Arheil in ihren ZetletnthedanfjeaK f*s^pn

Il est évident (lue nous nous trouvons iei en presence dune ®

tielle le Ihcleür .le la .li.rée de travail ne suflisant pas seul « <>r->ner t. auintité .le travail incorporée dans les produits, ha <;ian.luir e o ,

X .Jen' d^^^ a’.ln courant d’eaîi. - est connue pr sa daree e par

soa iidensilé • il en est de méu.e du travail que rorsan.sn.c humain -'PljMuÇ Z produds: Ihidhertus et Marv ont senti que leur .loetr.ne ehu en deda sur ce iHiint, mais il nont pu réparer calégor.,|uemcut leur erre... qu. cta.t cnlid’iire de toute leur théorie de la valeur-de travau. i / „

M-irx suivant IWmple d’A. Smith, considèie le travail <'0"'P'e^‘=. l P, lan.oîe an-daise appelle sidlled labour) comme un travail « supene. i n

.;,r;o.î.o,„U..l i. I-I'» T! “oîe

»' ii. iii . n.-nou.>.,.vi., i,« ; «

Ixiser « en théorie .) (m der Idee) que les journées de travail sont

Quand il s’agit de certains produits déterminés du travail physique, nous pouvons parfois lixer empiriquement 1 intensité du travail en notant la quantité de produits fal^riquée dans une unité donnée de temps. L’intensité du travail des scieurs de bois ou des paveurs peut s’exprimer ainsi plus ou moins exactement par la qnanlilé de bois scié ou de pierres mises sur la route par chacun d’eux, dans 1 espace d une journée. La détermination de l'intensité du travail, cependant, nous causera beaucoup plus d’embarras dés que nous aurons à examiner tout à riieiirc le travail inlellectuel, travail dans l’art, la science, etc., et il en sera de meme, lorsque nous désirerons mesurer d’une maniéré rigoureuse et exacte

rinleiisité du travail physique.

Ln valeur'-de-‘lraratl des produits est influencée en raison inverse pur la force productive technupie du travad^ de sorte qu’une quantité déterminée de produits représente une moindre valcnr-de-tra\aii à mesure que les circonstances extérieures et tccbnicpies permettent de la produire dans uii moindre espace de temps, riulensité du travail restant inAarialjle. Lu d’autres termes ; rintensitc du travail ne variant pas, la production d’une denrée coûtera moins de temps, au fur et à mesure (jue les conditions techniques du travail seront plus développées (i i. bclou la tendance exposée plus

dans los différcnls cas ; nous pouvons aussi dil-il, les diviser de ta morne manière, bien qu’en réalilé clics soient d’une durée inégale dans les diverses Iiranclu's de métier. M n’y a |>as à disculcr cotte supiwsition « en liiéone » d’un fait inexact en réalité. Elle trahit la laihle&se de la théorie et l’eniliarras qu’elle cause à raulciir.

(i) SouM le nom do conditions tcchni*fues, nous entoiulon.s seulement des racicurs evtcrieurs. Karl Marx qui ii’a pas séparé les huTeurs en deux calo- «-■orics a mêlé cnscnihle des lacleurs intérieurs et extérieurs, s<uis le terme "énéral de « lorce protluclive du travail ». /ûipihi/, 1. 1, liad. iranç^,

p. i5, col. 2 : « La quantité de valeur d’une marchandise resterait évidcmincnt constante si le Icmps nécessaire à sa produ* lion restait aussi constant. Mais ce dernier varie avec cha(|ue moditication de la force productive du travail, qui de son côté dépend de circonstances diverses, entre autres <le Vhabilclé moyenne des travailleurs ;du développement de la science cl du dooré de son application technologique ; des combinaisons sociales de la production ; de l’étendue et de reibeacité des moyens de produire et des conditions purement naturelles. hi\ même quantité de travail est représentée, i)ar exemple, par 8 boisseaux de froment, si la saison est favorable, par 4 boisseaux seulement, dans le cas contraire »... A Ik>ii droit M. Lko von

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TUKOIUE DE L\ VALEVU

liant, une telle tlcnvéc tendra a être considérée comme équivalente, dans rechange objectif, a une quantité moindre de tous les produits pour lesquels la force productive lechni(|ue du travail n’a pas change. Cela nous ramène a la thèse suivante, développée par Uodhorlus, que le travail, tout comme l’argent, ne saurait être nomme une mesure pro[n'eincnt dite de la valeur, attendu qu’on n a pas encore 1 evpressiou de la valeur d’une marchandise lorsqu’on sait seuleinenl ([u’elle vaut n argent ou /i travail : u on devrait sc demander d’abord, combien n argent ou n travail valent cux-nu'ines exprimés en toutes sortes d’autres marchandises. )) (1)

Dans la vie journalière rinriuencc cxcrcec par la force productive Icchnitjuc du Iravail sur la valeur de production de certains articles d’usage général, est exprimée par des locutions telles que la suivante : a lu tel article n a plus de valeur, on le produit trop facilement avec les nouvelles machines ».

Qu’on nous permette une petite digression au sujet du devcloppementdela force productive technique du travail. 11 résulte de ce que nous avons dit (juc ce développement, bien (juc généralement considéré comme un progrès de la ci>ilisation, ne mérite pas toujours et sans réserves cette qualUicalion, étant donnés les rapports capitalistes de la société moderne. Beaucoup d’articles d’usage journalier, tels que des clous, des aiguilles, desépingles, des crayons, des plumes etc., seraient, assurément, mieux appréciés par les consommateurs s ils étaient moins laciles a produire en quanlitésénormos. L’écolier qui casse son crayon

UiT.u ^tlans S.1 pctilc étude înl’italéo: Intensilnt der Arbcii^ M ert nnd Prêts

der TTare/i. p. i5i), a fai! remarquer (jue logiquement des prémisses de M.vkx

devrait sortir la conclusion suivante : « La quantité de la valeur d une Tuarcliandise est en raison directe de la durée et en raison inverse de la force protluclivc du travail réalisé en elle », Or, la conclusion do Marx est ainsi conçue ; « !>a qiianlilé de valeur d’une marclinndisc varie doue eu raison directe du (^winhim cl en raison inverse de la force productive du travail qui 50 réalise en elle, o 11 est évident que Marx confond ici deux notions différentes : le « <fmniam du Iravail » et le « (juantam du temps do travail. » (Voir Von Bien, for. ci'/., et cf. noire noie à la page précédente), (i) UoDBERTis, Zur Erkennlniss^ p. 33.

TIIEOIUE DE LA VALEUR ibo

OU brise Sii (plume neuve nous dira : « J’en ai tant pour un sou ». 11 exprime ainsi, d’une manière un peu insolente, le peu de valeur qu’il attribue à ces utiles instruments. Notons bien qu’il s’agit ici non seulement de la valeur de produclion el par suite de la valeur d'éckntvje, mais aussi de la valeur d usage de tous CCS articles et que c’est en elTel la valeur sous toutes scs formes (pii est inllucncéc par le développement delà force productive technique du travail. Une seule plume d acier, un seul cravou, une vingtaine d’alluincttcs sulllsont aussi

bien au besoin journalier d’un seul consommateur qu’une grosse de plumes ou de crayons ou qu’une boîte entière d’allumettes. Le surplus des biens économitpics de celte espèce fabriqués en masses énormes n’est que par trop souvent gaspillé, comme cela se produit pour les biens nou-économiques : l’eau potable, par exemple.

Une grande quantité de travail humain est ainsi dépensée inutilement à la produclion de semblables richesses cl cela a lieu souvent dans des branches d’industrie qui exigent un travail pénible ou malsain, telles que la falnicalion des allumettes ; ce surplus de Iravail aurait été beaucoup mieux dépensé, sans nul doute, au développement Intellectuel et moral des travailleurs. Nous avons toute raison de supposer ([uc, si les ouvriers réglaient et dirigeaient, par leurs organisations, la production et la distribution des richesses, on prendrait des mesures rationnelles pour éviter le gaspillage dn travail humain. Tout cela a d’autant plus d’importance qu’il est (jucstion ici précisément d’articles d’usage général produits, eu tant (]uc (( marchandises principales », on quanlit(''s considérables.

Pour revenir à la détermination de la valeur de produclion nous nous demandons si, après avoir délini les laclcurs généraux de celle forint' de valeur, nous sommes à meme d en fixer la quantité. Si nous supposons connu le temps de travail (jn’un producteur particulier a dépensé à un article quelconque et la valeur de production personnelle que cet article représente pour lui, avons-nous trouvé le moyen d’en déduire Ibéorifjuement le temps de Iravail et la \alcur de production sociales '}

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TIIÉÜUŒ DE LA VALEUll

Un court examen suflira pour nous convaincre de Tiinposslbilite de celte déduction. Ce n est (pic pour un seul des facteurs qui décident ensemble de la valeur-de-travail, pour la durée du travail, que nous possédons dans la division usuelle du temps (en années, jours, heures, minutes et secondes) les unités nécessaires et sufdsantes à une comparaison sérieuse cl une déduction exacle.

En admettant que rinlluenccdc hforce productive lecluwjue du travail puisse être mesurée pour tout produit spécial, ce (jui n’a pas lieu, comme nous le verrons encore amplement,

11 est néanmoins certain que Vinlensilc du travail ne peut pas cire mesurée directement. Sans même examiner dés maintenant le travail dépensé dans quelques métiers dillérents où nous avons inanilestement affaire à des grandeurs complètement incommensurables, si nous considérons chaque marchandise en particulier et chaque branche isolée de production, nous nous heurtons encore à une réelle impossibilité de mesurer directement Tintensité du travail ou de la réduire rationnellement à une Intensité movenne du travail humain. Pour pouvoir mesurer directement celte intensité, les instruments, dvnamométres ou ergographes, adaptés à chaque I ravail spécial, nous font défaut. Ces instruments peuvent enregistrer quelques formes très simples du travail musculaire, mais la possibilité de leur existence pour un travail plus complexe, par exemple pour le travail intellectuel, appartient encore au domaine de la fantaisie.

Vouloir comparer, par la voie de la statistique, les produits que les ouvriers d’un meme métier fabriquent dans une unité déterminée de temps, ne saurait nous amener a des résultats exacts que pour certaines espèces de travail physique, comme le travail des paveurs ou des scieurs de bois. En outre, pour que CCS calculs pussent nous permettre de déterminer indirectement rinlensité du travail et par suite la valeur de production sociale, nous serions obligés d’enregistrer les résultats du travail de tous les ouvriers dans une même branche d industrie, ou de rechercher par toute autre méthode, offrant des garanties sulïisantcs d’exactitude, rinlensité moyenne du travail humain dans l’Industrie en question ; ce procédé nous

iwiiiiiiptr

TIÎEOUIE DE LA VALEUU

apparaît encore aussi impraticable que l’usage d’instruments spéciaux ( i).

Il faut donc renoncer à mesurer rinlensité du travail humain, directement ou indirectement, (|uels (|ue soient les avantages promis par ce procédé, — s’il pouvait réussir. Nous avons d’autant moins à nous y attarder, que l’intensité du travail est en somme un seul des facteurs (jui décident de la (piantité du travail ap|di(|ué aux produits. Nous savons <juc la valeur de production dos biens se construit sous l’action conqdi(|uéc de trois fach'urs diHérenls, que l’on ne saurait rationnellement séparer les uns ties autres dans la praliijue. Tout j)arliculiéremcnt nous avons mis en lumière, à ce point de vue, le troisième facteur : la force prodaclive technifpie du travail, dont l’action, en ellét, se croise incessamment avec celle des deux autres facteurs.

Dans la vie prati(|ue, les difUcuItés que nous olTre la détermination de la quantité du travail, sont résolues par la voie d’une estimation empiri<jue et grossière des produits : on apprécie ainsi les résultats du travail, les produits, au lieu du travail lui-méme, en embrassant dans un seul acte du jugement la durée et rintensilé, ainsi que la force productive

(i) Une tentative (le mesurer l'intensité du travail a été récemment faite jKir M. Lko> von lit’cii (V^oir sa Inochure : Intensitnl der Arbeil^ ]Vert und Preis der Waren.} En exposant les mêmes diffioullés que nous venons d’examiner, il pense jxmrtant que « nolens volens nous avons à inventer antre chose ». Il veut donc conqxirer rinlonsilc du travail à Vinlensité /imite optima du hYit'üïV, laquelle, dit il, est à considérer comme unité. Ilcntend jïar celle expression « le résultat du travail d’un ouvrier ohtenaul le produit plein et entier de sou travail et ne travaillant piis plus de 8 heures [Kir jour ». L’intensité du travail par heure d'un tel ouvrier est prise par lui comme unité. Nous nous éloignerions trop do notre but si nous voulions critiquer longuement cotte tentative. Faisons sim])lement remarquer ceci, que la lenlalive de M. Huch nous parait avoir complètement ècltouê et qu’il ne sjuirail en être autrement, attendu qu'en principe l’intensité du travail de l’ouvrier, dans les conditions posées par M. Afuc/i, dinerc avec le travail même cl le métier auquel il appartient, et même avec la |>ersonne du travailleur. Il u'y a pas plus de raison d'accepter ici runilé proposée j>ar M. Biich que de choisir comme mesure générale l’iiilensité du travail d un ouvrier, dont la hauteur est de i mètre ou l'iige de /|0 ans.

Cependant, si la mesure <( inventée » par M. Much manque de raison d’élre, il revient à l'auteur le mérite d’avoir très Lien envisagé, à son tour, que la notion du « simple travail moyen » (einfache Durchschniltsarbcil) de karl Marx est dépourvue de sens.

THÉORIE DE LA VALEl R

techninue du Iravail. Nous avons lait observer que seuls les produits de certaines catégories spéciales de travad physique peuvent être ainsi estimés avec (pielqne exactitude. Ce qui rend cette estimation praticpie plus grossière et moins iuste encore quelle le soit déjà par sa nature pour les produits d’une seule branche de métier, c’est le lait (pie la valeur de production des biens dépend étroitement de la massci et des (pialitc's des instruments de travad, outils, etc. ; l’usure de ces derniers est un élément essentiel cpii entre sansalt(>ration, comme nous le verrons encore, dans la valeur de production des biens et dont l’action ne saurait être ne-

^ Examinons maintenant l’estimation d’une quantité de travail telle (pi’elle se fait dans la vie prati([ue. Supposons pour cela que dans une brandie de métier ou la valeur de production possède encore son caractère de simple valeur-dctrav ail, un certain iiroduit (N), - un ouv rage de tabletterie par exemple, — soit fabriqué par un ouvrier dédermme, travaillant isolément, on 70 heures, ce temps exprimant alors sa valeur de production personnelle ; tpie le imbue article soit produit en ()0 heures dans un atelier où un certain nombre d’ouvriers collaborent à sa fabrication et où se pratique la division du travail. — nous supposons par exemple <iue cinq ouvriers possédant en movenne la capacité du premier puissent confectionner ensemble l’article en la heures; enlm (piavec l’emploi des inovcns teelmiqnes les plus modernes e^ les plus perfectionnés l’article soit fait en 5o heures. Dès lors, 5o heures de Iravail (travail dans des conditions données) seront considérées, comnimiément, comme iepré.scntaiit la (piantite de travail socialement nécessaire à la confection de l’article en question (1). . . ,

11 faut partir, cependant, de la supposition que tes

conditions teelmiques dans lesquelles s’accomplit la production dans le dernier de ces trois cas soient accessibles a tous.

(i, Ce nul esl anpelc par Uumrdo ;« la quantité relative de travail nécessaio ,Hmr‘ iroLlreV marel.andisc » the relalhe ^uanldv 0/ atmur M û neilssary\or ils i.rodn.lion) ; pir K vai. Mv«v j « le (/amiam de travail bocialeiiieiit 'necessaire » (dus Quualum ycscllsihaflUcIt nothwendajer Aibul).

THÉORIE DE LA VALELR

C’est ainsi que le comprennent les producteurs eux-mêmes. En ce c[ui concerne cette supposition, il faut observer (jtie les conditions les plus iavorabb's de la production pourraient etre attribm'esà la collaboration d’iiilluciiccs particulières tombant sous le monopole d’un seul producteur ou de cpielques jiiodiictcurs privilégiés. Ici peut etre 1e cas, par exemple, loi sque, dans la production, une roue hydraulique est applupiéc comme force motrice. Dans ce dernier cas, 5o lietircs de travail ne repiTsentcraient pas la (|uantité de Iravail socialement nécessaire à la fabrication de l’article que nous venons d’indi- ([uer. Si, cependant, les conditions teclmi(]iies de la production sont à la portée de tous les producteurs, chacun d’eux tendra tà s’adapter à ces conditions extérieures pour ne pas dépenser un travail inutile; il voudra « se mettre au courant des progrès du métier )).

Nous pouvons donc poser ici la règle suivante : Dans une hmnche de métier ou la valeur de production se montre encore à nous comme simple valeur-de-travail , la ipiantité de travail socialement nécessaire à la production d'un article est représentée par la quantité de travail personnellement nécessaire à la production de cet article dans les conditions techniques les plus favorables, pourvu, seulement, que ces conditions soient accessibles à

tous.

Eaisons remarquer <pie dans les trois évaluations dilTc-

i-Piilos, 70, fio et 5o lieures, — du coût de travail personnel

s’exprime l’action commune des trois facteurs dlstingui's plus haut ; durée, force productive technique et aussi intensité du

travail.

Supposons maintenant que certains ouvriers doués de capacités plus que moyennes ou travaillant dans les conditions teelmiques les plus favorables avec une intensité plus qu’ordinaire, dépensent i\0 heures de travail à la fabrication de l’article N. Admettons ipie 5 ouvriers le confectionnent en 8 lieures. Leur travail étant le travail d’ouvriers doués de capacités plus <pie moyennes, se fera valoir dans ce cas à la façon d’un monopole par rapport à l'intensité, — tout comme l’application de la roue bydraullquc par rapport à la productivité technhpie du travail. La valeur de production sociale de

TIïÉOniE DE LA. VALEÜU

l’article N, clans le dernier cas, conlimiera tonjours à s’exprimer en 5o heures de travail. En d autres tenues, l\0 heures de travail d’un tel ouvrier comptent dans la vie praticjue comme 5o heures de travail, dont 1 intensil<‘ et la productivité techniciue servent de hase à la comparaison générale.

Ces 5o heures de travail sont des lu'ures de travail concret cl nalleinenl abstrait ; ce sont 5o heures d’un ouvrier de capacités déterminées, travaillant avec une intensité déterminée et dansles conditions tcchnicpiesde produciion les plus lavorahles, parmi celles cpic l’on peut considérer comme accessibles à tous ; il est donc cpiestion d’une certaine catégorie bien spéciale de travail personnellement nécessaire à la production d un objet déterminé et d’un travail dont les 5o heures compleiil, dans les rapports actuels de la production, comme des heures de travail socialement nécessaires. De même le travail du premier ouvrier est du travail concret ; travail d’un ouvrier de capacités moyennes, exécutant son métier avec des outils primitifs et travaillant, en conséquence de son isolement, dans les conditions techniques les plus défavorables. Ce dernier travail, tout en se prolongeant pendant un espace de 70 heures, n’est compté pourtant que pour 00 heures de travail socialement nécessaire à la production de l’article N.

11 faut supposer chaque fois que l’usui-e des moyens de travail, immeubles, outils, etc., est la même pour tous les cas présumés. S’il en était autrement, si l’usure des instruments de travail était bien plus sensible dans le troisième et le cpiatrième cas que dansles deux premiers, — les instruments étant plus précieux dans les deux derniers cas, — la valeur de production sociale qui serait transmise chaque fois au produit pendant une unité de temps quelconque (une heure par exemple) serait iiilluencée par celte dilTérencc.

Dans un des chapitres suivants nous reparlerons encore de l’usure des Instruments de travail ; nous verrons que, tout comme la valeur de production des matières prethières et secondaires, elle entre entièrement dans la valeur de production des produits prêts à être consommés. Tout d’abord, cependant, nous faisons remarquer que nous devons voir

TKÉORTE DE LA VALEUR

clairement à quelle époque historique nous renvoie cette évaluation grossière et peu exacte, faite empiriquement et pour ainsi dire par tâtonnements dans la vie pratique. 11 est évident, au point de vue technique, que la valeur-de-lravail, comme forme générale de la valeur de production, est naturellement bornée aux siècles du travail d artisan organise et ne s’appruiue en règle générale qu’à la période precapilaliste de la civilisation. Les difUcullés cpie présentait encore dans cette période, la détermination de la valeui-de Iravai laite par la vie empirique, sont mises en lumière avec une clarté remarquable, par les documents historiques des corporations et par les réglementations des échevms du Moyen Arrc Par le développement des forces productives leclmi([ues du travail, le régime de la m/e.ir-./c-/raeai7 devait se transformer successivement dans les diverses branches de meliei en ce luic nous avons appelé le régime de la valeur de production capitaliste, régime dans lequel l’entrepreneur capitaliste spécifie minutieusement dans ses livres ses depen.ses pour salaires, matières premières et secondaires, ainsi que pour

l’usure du matériel de travail.

Dans l’e.xeinple donné plus haut, 5o heures de travail représentent la tiuaiililé de travail socialement nécessaire, puisipie les conditions dans lesquelles l’article A’ est produit ici penvciil être considérées comme indiquant les limites geneiales du développement pour le métier en question. Tout autre est la (luestlon de savoir si, au marché, celle quantité de travai se réalisera d’une façon correspondant nettement a ce coût de production socialement nécessaire ; en d’autres termes, s, la valeur déchange du produit N coïncidera exactement avec sa valeur de travail social. Cela nous e savons, ne dépend exclusivement ni des producteurs seuls, ni des conditions dans lesquelles ils ont d.'i accomp ir la production. Dans le chapitre Irailaiil de la valeur d échangé nous verrons de plus près <pie cela dépend encore (>n grande partie, des conditions de l’échange, - conditions qui précisément nous permetlcnl de voir en quoi la valeur d’échange et le prix de marché des denrees se distinguent e la valeur de produciion qui en est un element important.

I()0 TriKOlUE OE LA VALEEU

r/ost scnlcmeiït dans le ras parlicnlior on les f|nanlilés de rai ticle N, fabriquées dans les conditions Iccliniqucs les plus avantageuses (conditions accessibles a tous), suffisent coinpleteiuenl au niarclié pour couvrir la demande totale et ellectivc sans surpasser sensiblement cette dernière, que la valeur de production sociale de rarlicle N se réalisera purement et simplement dans la valeur d’échange cl le prix du marclié. De ce ([ue nous venons d’expliquer ici ressort nettement notre conception de la valeur-de-lravail sociale t Cette xaleur résulte en ell’et de réNalualion, à un même point d(» mic objeciil*. de ([uantités très dilTérentcs de travail personnellement nécessaire et de leur comparaison avec une d’entre elles considérée comme mesure des autres.

^Notons bien, cependant, que la valeur-de-travail sociale ne suppose nullement la réduction du travail personnel des producteurs particuliers a ce ([ue l’on appelle « du travail Immain abstrait », ou bien, par exemple, au « simple travail moven » [einfache Diirclischuitlsarbeit.) de Karl Marx. Le e travail buniain abstrait » (ahslrakl menscliUche Arheil) de Técole marxiste est une notion qui n’a pas de sens réel, une entité métaphysique.

En réalité, il n’existe que du travail concret : il n’y a que des quantités de travail d’une intensité déterminée, exécuté pendant une période déterminée et dans des conditions l(*clmi(pies déterminées ; ensuite les dinerentes quantités de travail com])arées entre elles d’après les jnoduits qu'elles procureid, sont estimées égales suivant les principes généraux que nous avons développés dans ce chapitre.

IL — La valenr-de-fravail sociale dans des 1)ranches différentes de niélier. Influence de la valeur d'usage du IravaiL

Meme dans les limites de cbacpie métier nous avons du envisager la valeur-de-lravail des produits comme impossible à mesurer avec exactitude, — soit directement, ])arrévalualion de la grandeur des l'acleurs décisifs, soit indirectement, au

THEORIE DE LA VALEUR IQ

movon (le lii sliilisfiquc, parla iTduclion de tout Iravad à du %

Iravail Inininin moyen. , i •

Nous axous été d(\)à réduits Ici à une fîrossière évaluation

.Muniriciuc, Udle (pdellc se fait dans la vie journalière par a

comparaison non de dilTérentcs .luanlités de travail, mais de

leurs produits. , , i .

D’autre part, nous avons pu reinar([uer cpie. peneralement,

ce sont des produits parraiteinenl pareils ou du moins des nrodnils de la même espèce ipii, dans un meme métier, étaient ainsi soumis à notre jusement. L’é'valualion empirique di’S urodnitsv avait du moins une base H\e sur laquelle ellcpouvait encore s’ànpuver avec ([uelque sécurité. Aussi avons-nous pu remaniiicr que parfois, — lors(,u’il était (piestlon de certaines espèces de travail pbysirpic, — rintensitéet avec elle la ([uantite du travail était mesurable avec une evactitiulc relativement .Ti-aude, si nous voulions comparer les quantités visibles et palpables d’un produit, fabriquées dans une unité déterminée

de temps. . ,

Evidemment, cependant, ce critérium n est pas toujours

apidicable, même si nous voulons nous borner à la comparaison de dillérentes cpiantités de travail de la même espece, exercé dans le même métier.

Le chapeau de dame confectionné en (pielqucs nnnutes par une modiste habile et paré avec un goût exquis d'un smqile nœud de ruban, peut posséder non seulement pins de valeur d’échange, mais aussi plus de valeur de production que le chapeau qui a coûté plusieurs heures de travail a une modiste

moins habile on a une apprcnlic, i - i i» r

I c travail tic rcxcollentc modiste et celui de 1 apprentie

sont tous deux du travail de modes; il est impossible néanmoins d’évaluer la cpiantité de travail de l’une par rapp.Drt a elnl de l’antre. U ne s’agit plus ici d un travail musculaire analogue è ceux qui nous ont servi d’exemple tout a heure ; nous n’avons plus devant nous des quantit.-s dillerentes de produits absoluim'ut pareils, comme des tas de paves ou des piles de bois. Et cependant nous d.‘clarons sans hésitation, :,uele travail de la modiste habile est supérieur a celui de l’apprentie. L’ol).scrvalion de semblables plienomenes a déjà

I()0 THKORTE PE lA VALEÜU

r/est seulement daîis le cas particulier où les quanlil6s do Tarticle N. fabric|uécs dans les conditions Icclmitpics les plus avanlagcuses (conditions accessibles à Ions), snifisent complèlonicnl au marcb»' pour couvrir la demande totale et elleclive sans surpasser sensiblement cette dernière, fpic la valeur de production sociale de rarlicle N se réalisera purement et simplement dans la valeur d’écliangeel le prix du inarcbe. De ce (jue nous venons d’expliquer ici ressort nellement notre conception de la valenr-de-travail sociidc : Celle valeur residteen elTel de l’évaluation, a un meme point de vue objectif, dc(piantités très dilVérenlcs de travail personnellement nécessaire et de leur comparaison avec une d’entre elles considérée comme mesure des autres.

Notons bien, cependant, que la valeur-de-lravail sociale ne suppose nullement la réduction du travail personnel des producteurs particuliers à ce (pie l’on appelle « du travail humain abstrait », ou bien, par exem[)le, au (( simple travail moven » {einfache Durchschnillsarbeil) de Karl Marx. Le e travail humain abstrait » (absîralxt menscidiche Arbeii) de l’école marxiste est une notion qui n’a pas de sens réel, une entité métapbysicpie.

En réalité, il n’existe (pie du travail concret : il n’y a que des (piantilés de travail d’une intensité déterminée, exécuté pendant une période détermin<‘e et dans des conditions t('clmi(pies détermin('*cs ; ensuite les dillerentes quantités de travail comjiarées entre elles d’après les produits (ju’clles procurent, sont estimées égales suivant les principes généraux (|uc nous avons développés dans ce chapitre.

II. — La vfdenr-de’travnil socude dans des branches di(])h'entes de luélier. Influence de la valeur d'usage du Iravad,

Meme dans les limites de chaque métier nous avons du envisager la valeur-de-lravail des ])roduits comme impossible à mesurer avec exactitude, — soit dir<*ctement,])arrévaluation de la ürandour des facteurs décisifs, soit indirectement, au

THKOniE DE E.\ VAIÆtJU

moyon de la statistique, parla réduction de tout travail à du

Iravnil liunmin moyen. , , •

Nous aNons été déjà réduits ici à une irrossiere evalualion

.Muuiri.iuc, telle (|u’cllc se fait dans la vie journalière par la

comparaison non de diiïérenles quanlilés de Iravad. mais de

leurs produits. . . 1

D’autre part, nous avons pu remarquer que, généralement.

ce sont des produits parfaitement pareils nu du moins des nrodnils de la même espèce qui. dans un même métier, étaient ainsi soumis à notre jugement. L’évaluation empirique des i)roduils\ avait du moins une base fixe sur laquelle elle poin ail Licore s’appuyer avec queltpic .sécurité. Aussi avons-nous pu remarcpier que parfois. - lors<iu’il était ipiestion de certaines espèces de travail pliysiipic. - rintensitéct avec elle la ipianlite ilu travail était mesnralile avec une exactitude relativement «vande. si nous voulions comparer les quantités visibles et palpables d’un produit, làbriiiuécs dans une muté déterminée

de temps. , . , .

Evidemment, cependant, ce critérium n est pas toujours

applicable, même si nous voulons nous borner à la comparaison de dillérentes quantités de travail de la même espece, exercé dans le même métier.

Le ebapeau de dame confectionné en quelques imnutes par une modiste habile et paré avec un goût exquis d’un simide nœud de ruban, peut posséder non seulement plus de valeur d’échange, mais aussi plus de valeur de production que le chapeau qui a coûté plusieurs heures de travail à une modiste

moins habile ou à une apprentie. , . , „

I e travail de l’excellente modiste et celui de 1 apprentie

sont tous deux du travail de modes ; il est impossible néanmoins d’évaluer la quantité de travail de l’une par rapport a elui de l’autre. 11 ne s’agit plus ici d'un travail imisculaire analogue à ceux qui nous ont servi d’exemple tout a 1 heure ; nous n’avons plus devant nous des quantités dillerentes de produits absolument pareils, comme des tas de paves ou des piles de bois. Et cependant nous déclarons sans hésitation, ipiele travail de la modiste habile est supérieur a celui de l’aiiiirenlie. L’observation de semblables phénomènes a déjà

THÉORIE DE LA. VALFlll

amené les écononiisles de l’école classiqtie à formuler celle idée jusle qu’en considérant le travail comme la source de toute valeur, on ne saurait fermer les jeux sur les dilférences qualitatives du travail. C’était déjà l’opinion de Smith (i). Iticardo de son coté déclarait que la valeur de cha(juc espèce de travail est « bientôt fixée » et ([u’elle l’est « avec assez de précision pour satisfaire aux nécessités de la pratique ».

(( Elle dépend beaucoup, ajoutail-il, de la dextérité comparative de l’ouvrier, et de l’activité avec laquelle il a ira-

\aillc (:î). »

La tbéoric moderne de la valeur-de-lravall partage encore nettement l’opinion de l’école classique à ce popos. karl Marx a formulé son opinion dans les termes sui\anls ; « Le lra\ail complexe (skilled labour, travail qualifié) n est c[u une puissance du travail simple, ou plutôt n’est cpic le travail simple multiplié, de sorte qu’une quantité donnée de travail complexe correspond à une quantité plus grande de tra\ ail

simple » (3).

C’est fort commode, mais dès qu’il s’agit de savoir à combien de travail dit « simple » correspond une quantité déterminée de certain travail dit « complexe », celte formule nous laisse dans l’embarras, même s’il est question de deux quantités de travail du même métier.

. Ricardo en nous assurant que dans l’échange, la valeur de ciiaque espèce de travaii est bienhU /.cée et quelle l’est a\ec assez de précision pour satisfaire aux nécessités de la piatique, a fait bon marché d’un des plus délicats problèines de la science économique, problème dont la difficulté n a pas échappé même à l’attention de ses contemporains. Adam Smith parlait ici d’une « grosse équité » \lhal sort of roufjh equaUly) qui, tout en étant estimée suffisante pour « le tram

(l) « 11 îteul y avoir plus de Iravail dans tme lieure d ouvrage |K-nil)le nue dans deux heures de besogne aisée, ou dans une heure d’application a un métier qui a coulé dix années de travail à apprendre, que dans un mois d’application d’un genre ordinaire et à laquelle tout le monde est propre » Adam Smith, Weallkof .\aiions, livre l, chap. v, Irad franç., tome I, p. 6h. (a) RicAiino, Pnnciples, cliap i, section II, Irad. Iranç., p. lo.

(3 Kaîu, Marx, Das hnpihl^ tome I, irad. franç., p. 17,00!. i,

• ••i (iilik.

dos alTolros communes de la vie, » «’esl F»'''»''! P"*

Si la jnsl«e de celle dc nièce asserliou noos »ule deja a,n wux locKm'il a’agil encore du U avad de d.lfcrenls o, vriers ererçan! le mémo mélier. - la moilKle el la moilisle aimrciUie. par exemple,— la comparaison du Irasail '“ O prliduils soulève de nouvelles dilTicullés lors.|i. il esl queslion

(le mclicrs dillcrcnls. ^ .

Ku passa, U nous avons déji, llvé rallenliou sur une cu-

conslance cslericnre très Imporlanic u'apparlonanl pas, ,1 e,l vrai, anv fadeurs décisifs de la ipimililé du ‘loy'JP^

senlenl les produils. mais ponvanl mllner eependaiU d une façon considérable snc Icnr valcuc-de-l,ava,l. Ce son les nViiies de «>ah,lk ou de iiioW. .pie coud le Irav aillcnr

el ;,nl sont beaucoup plus grands pour nno e» egoric de ravail (lue pour mic anlre. L’on soit cpie. lors d( 1., ronsl ne lion de il loui KilVel, on complail même dans J e'alualioi ■rrossière qui s’exprimait dans les salaires des omricis avec clrLtèrc \.articilièremcnt dangereux du travail dans e parties hautes de la tour. Une dilTércucc de <I'jekpes métré lie iilus au-dessus du sol se traduisait par une dillercnce dans la taxation pratique du travail. Le nombre^des vies c,u’a coôlé la construction de la tour de 3oo métrés nor a prouvé que celte dilTéreuce de taxation était du moins 1res fondée, bien cpic nous ne puissions pas y reconnaître une indication exacte des dllïérences de valeur égales de travail étaient ici évalu os a des degrés dilki. . t . lorsque le travail était fait à des liaulenrs dillercntts et e irai'ait. par snlle, dev ri„,„ev dilférenlv pour la o iravaillcur. Ilanv le cas clioisi. le Iravail d uu oimio, cl. 1 comparé à celui d’iin autre dans un même ^7’’

si le métier dilférait et si l’on comparait, par exemple, le t vail des mécaniciens à celui des maçons ou des terrassiers, c’elail en tout ca.s ce qu on appelle du travail pUpiquc.

Gomment comparerons-nous, cependant, une heure de Iravail du savant, du joumallsle ou de l’artiste a une heure de

(i) Adam Smith, loc. cit.

üSSa

THIiORlE OE K A VALEUU

Iravail du mécanicien ou du maçon ? La possibilité d’applupior une mesure plus ou moins exacte cesse d’exister ici ; il faut considérer ces grandeurs comme incommensurables. Vouloir comparer et mesurer Tun par raulre rcU'ort intellectuel d’un chimiste et Teirort musculaire d’un forgeron est une impossibilité que rien ne saurait juslUier ; il est non moins impossible de comparer un Iravail h Tautre par révaluation de leurs produits respectifs ; ici non plus nous n'avons pas de terme de comparaison.

l.a théorie moderne de la valcur-dc-travail ne s*est pas mieux dégagée de cette difficulté que l’économie classi(jue. La réduction proposée par Marx d’une quantité de travail ([ualifié « Iravail à une puissance supérieure » à un mnltiplum do <( travail simple » est a considérer comme scientilîquemcnt impossible (i). Il est vrai que, sous le régime capitaliste, la vie sociale a souvent recours, pour récompenser le travail, à un svstèmc bien propre à contenter tous ceux qui désirent motiver et justifier la réduction dont nous venons de parler ; mais une telle réduction reste toujours arbitraire et ne saurait être invoquée dans la science économique. Lorsque nous étudions la valeur-de-travail des produits, c’est la valeur-de-tramil réellement existante que nous devons analyser et non la récompense du travail sous le système coercitif du salariat moderne. Combien de fois la vie journalière laissc-t-elle saisir les épreuves éclatantes de scs évaluations Injustes ! Nous verrons qu’elle place parfois le Iravail complètement inutile ou même nuisible l)ien au-dessus du Iravail le plus nécessaire et le plus utile a l’humanité. Ses décisions ne sauraient s’imposer a la science à titre de calculs exacts ou meme approximativement justes ; aussi ne reposent-elles, en réalité, que sur le droit du plus fort.

Marx, — et II a de bonnes raisons pour cela, — n’entre pas

(1) G. Ivnios a eu parl’ailemcnt raison do s’opposer à celle lliéone do Mar\. dans les Icrines suivaiils : Aussi lirlivo doit nous paraiire la sup-

position (jii*une valeur d’usage réelle, qui est le produit d’un Iravail « coinpleve n. pourrait aussi hion avoir élé créée par un mnltifthun <le Iravail e simple )). l'-n réalité, un élève n'acconiplil pas le chol'-d’oMivrc du maître dans un mnlüplnm du temps dépensé par celui-ci el un édilice superl)0 n est pas un muliipUun de haraques. )> (Ivmes, Das Geld^ 2* édit , p. i56).

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TIIEOIUE UE LA VALELH

plus profondément dans la question cl s’abstient de décrire le détail de l’opération par laquelle le Iravail qualifié se réduit en soi-disant « travail simple o. u Les proportions diverses, dit-il, suivant lesquelles diHérentes espèces de travail sont réduites au Iravail simple comme à leur unité de mesure, s’établissent dans la société à l’insu des producteurs et leur paraissent des conventions lraditionnellcs( r) . »

Lorsque, enfin, il lui faut motiver tant soit peu celte singulière méthode de réduction, il prétend que dans ce travail complexe, se présentant comme Iravail u a une puissance su- ]>érieure » vis-à-vis du Iravail simple, se manifeste une force (( plus (liflicile à former » el qui a rend dans le même temps plus de valeur » (2).

(3n sait, du reste, qu’Adam Smith exprime déjà un avis scmhlahlc 3j,

De prime abord nous faisons observer, cl celte observation nous arrêtera encore dans la suite de ce chapitre, que le coiit nécessaire à former l’ouvrier et sa force productive ne correspond pas nécessairement à la valeur des produits qu’il fabrique. Si par hasard réducal ion d’un barbouilleur médiocre a covilé plus que celle d’un peintre né artiste « par la grâce de Dieu », l’étude étant plus pénible pour le premier que pour le second, on aurait tort cependant d’en inférer que l’œuvre de riiommc médiocre soit supérieure à celle du véritable artiste.

(1) K\bi. Mvnx, Das Kapilal^ tome I, Iratl. franç., p. 17, col. a.

(2) Loc. Ci/., p. 84, col. I. Dans la Iraduclion rram;aixe, ce passage est heaucoup moins clair et moins catégorique que dans le texte original. A litre de comparaison nous taisons di>uc suivre ce dernier : « Die Arbeil, die als hohere, komplicirtere Arbeil gegenüber der gesellschaflUchcn DurchsclinilUarbeit giit, ist die Aousserung oiner Arbeilskraft, worin hobero BilduiigskoUon eingehn, dereii Broduktion melir Arbcitszeit koslet und die daher einen hôbern XVertb bat als die einf’ache Arbeilskrari. Isl der Werlh <lieser Kraft hober, su aussert sic sich aber aiicb in liôherer Arbeit und vergegenslandlieKt sicb daher, in dcnsolben Zcilrriumcn, in verliallnissiuassig holieren ^^ el•lhen. » (Das Kapital^ tomcl, 3" édit, allem.,

(3) <( Il est rare que de pareils talents s’acquièrent autrement que par une longue application, et la valeur su|KTicure qu’on attribue à leur produit n’csl souvent qu’une compensation raisonnable du Uniips et de la peine qu’on a mis à les acquérir. » (Adam Sumi, Weallh of IS’alions, livre 1, <‘b VI. Ira i. fra:i7 . I«>mc 1, p. Go).

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