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Eu outre, admettons qu une force productive ayant c\lpc des (( frais de culture plus élevés 0 hôhere BUdungskosten, voir la note précédente en texte allemand) se prcsenle, en elVel. dans la société actuelle comme créatrice de travail « à une puissance supérieure « *, notre problème ne se trou\e nullement résolu par là. En dernière analyse, la moderne théorie de la valeur-dc-travail nous renvoie toujours, comme pV6UV6 de sou hypothèse de la réduction du tra>ail complexe au travail simple, à la prati(]ue de notre société capitaliste en aftirmant que là cette réduction a réellement lieu (1).
Au lieu d’ccîairctV les phénomènes sociaux, cette théorie, développée spécialement dans la doctrine de Marx, accepte tels qu’ils sont cos phénomènes. Au lieu de les analyser et de les soumettre à une critique rigoureuse, toutes les fois qu’ils ne correspondent pas à la 'logique sociale et sont susccpldjles d’étre inodilies ou détruits par le de^eloppcmenl progressif do notre civilisation, la théorie marxiste de la valeur-dc-travail s’incline ici devant les laits, fondant ainsi sur les iniquités sociales existantes une théorie scientifiquement insoutenable. Dans sa doctrine de la réduction du travail complexe ou travail qualifie au « travail simple » et dans les motifs sur lesquels il base cette doctrine, karl Marx n’a pas su s’élever au-dessus de la théorie classique de Smith, Ajant besoin de celte réduction pour la construction de son système, il Ta empruntée à l’école classicpie avec tous scs
défauts.
Il est vrai que l’on pourrait pi'ésenlcr une excuse: Marx s’était proposé, pcut~oii dire, d’analyser dans son C^rtpifol la constitution et le développement de la produclion c(ipil(ihsl(*. A reiidroit meme que nous venons de crili([uer, il a lait remarquer dans une note que « la distinction entre le travail complexe etle travail simple 's/ii7/ed «/it/ wiskilled labour) repose
(i) « Si tics économistes comme il faut so sont récriés contre cette « assertion arbitraire », n’est ce pas le cas de dire, selon le proveriK* allemand, que les arbres les empêchent de voir la forêt ! Ce qu ils accusent d être un artifice d’analyse, est tout bonnement un procédé qui sc pratique tous les jours dans tous les coins du monde. » Das KnpilaU tome I, trad. franc., p. 84, col. a. Ce passage ne se trouve pas dans le texte original.)
théokie de ea. valeur
souvent sur de pures Illusions, ou du moins sur des difle- • reueesqul ne possèdent depuis longtemps aucune real, e et ne vivent plus cpie par une convention traditionnelle » Ensuite, que « c’est aussi souvent une manicTC de parler qui prétend colorer le lait brutal que certains groupes de la classe ouvrière, par exemple, les laboureurs, sont plus mal placés que d’autres pour arracher la valeur de leur Ibrce de travail >. (.)• Je prétends pourtant que celte observation de Marx no répare pas sa laute d’avoir développé ici une théorie scientifiquement fausse, en sc basant sur ces memes rapports de violence cl d’cxploUution sociale dont il a si bien
iui-mème envisagé l’origine bislori([ue. . , , . ,
Tandis que dans le système de Karl Marx la réduction du
travail complexe à un mulliphun de (. travail simple » nous est apparue comme illogique et insoutenable, elle est. au contraire, parrailcment à sa place dans l’écononuc ollicielle de la classe dirigeante, telle qu’elle sc présente à nous pour delendre l’ordre social existant. L’ideulilication de la «ealeur-de-lravuil » du produit avec la valeur de production de l ouvrier et de sa force de travail, est précisément nu trait caraclérlslique du mode de production capitaliste et constitue, comme le dit Rodbertus à juste litre « la cause profonde de
tout dilTérend economique » (2).
•Ainsi, pour l’apologiste de l’ordre social existant, 1 enignie devant larpielle nous nous trouvions placés tout à l’beurc est facile à résoudre. L’ellorl d’esprit du chimiste cl l’elTort musculaire du forgeron se présentaient à nos yeux comme des •n-aiidcurs incommensurables et les produits de leur travail comme des substances hétérogènes, de sorte que la quantité de l’im de ces produits ne pouvait pas se traduire en une certaine quantité de l’autre. Dans l’un cl l’autre cas, cependant.
(i) K.\Ri. Maux, loc. cit. •, i i .*i „
^2) t.i U faut pas confondre, naturellement, lo « coul-ue-lravail »
( Koslenarl>eil\ et le « coût du travail -> lArheilskoslen) La (lernlèrc expression si-nifiela totalité des salaires «lu’un prml oit a coûtés .à l enlrepreneur. la nreu.ü“reesl la somme du travail même. Que ees deux expressions ne soient pas Identiques a.ijüurd’liui, voilà dans ce monde la cause prolonde de tout îliffércnd é-conomique. >i (llonutHivs, Sociu/é fTajfe, tome t, note a la page 68).
nous avons a (Taire à une dépense ccréliralc, nerveuse, musculaire de riiomine, dépense f[ui doit être rétaljlie par une alisorplion de nourriture et d’oxygène. iN’ouLlious pas que. pour certains économistes, parmi lesijuelsse trouve Marx, « la l'orce de travail ajuste la valeur des moyens de subsistance nécessaires à celui qui la met en jeu (1) ».
C’est donc là le point d’égalité, le « quelque chose de commun », que l’on ne cherche plus ccpeudanl, comme il l’aurait fallu, dans les produits mémos, mais clic/ les producteurs (3).
Ce qu’il y a de commun entre les services de trait du cheval et les œufs de la poule, c’est le fait que les deux animaux absorbent de l’avoine. De même, l’élément commun existant entre le produit de travail du chimiste et ceiui du forgeron, c’est le fait que tous deux mangent du pain ; la dilTérence commence avec la viande. La conclusion est facile à tirer : Monseigneur l’archevêque et le piqueur de l’Elysée, logés dans un palais, couvrent leur table de hécassini's et de saumons, tandis (pie le simple journalier se nourrit de pommes de terre et habite un taudis: il en ressort, pour l’apologiste de notre société actuelle, que les produits du travail du pauvre diable sont aux produits du travail de Monseigneur ce que les pommes de terre sont au saumon.
Le malheur est que les prémisses sont fausses ! Mémo dans la société capitaliste^ la valeur incorporée dans les produits par le travail humain ne se résout pas dans les frais de la production du travailleur et de sa force de travail. Nous venons de constater ce fait en comparant le produit du travail
(1) Mvrx, loc. ciL, p. 73, ool. I.
(2) « En tin de compte, toute activité productive, abstraction faite (!) do son caractère utile, est une dépense de force humaine. La confection des vêtements et le tissage, malgré leur dilTérence. sont tous deux une tlépense productive du cerveau, des muscles, des nerfs, de la main de rbuinmo, et en ce sens du travail humain au meme litre. La force humaine de travail dont le mouvement ne fait que !) changer de forme dans les diverses activités productives, doit assurément être plus ou moins développée [tour pouvoir être dépensée sous telle ou ttdle forme. Mais la valeur des iiiarchundises représente purement et siiuplcment le travail de 1 homme, une dépense de Torce liumaine en général. )> (K.aiu* Marx, Ivapitul^ t. I, trud. franç., p. 17, col. I.)
THÉOlUE DE L.\ VALEUU
de rarlislo à ctdni du harbotiillctir. IMiis encore : Dépensez les memes Irais pour rentroUen matériel, le développement intellectuel et réducal ion technique de >ingt individus dillércnts , vous obtiendrez vingt résultats dillércnts. La société capitaliste clle-méiiie, malgré rà-pen-près de ses évaluations, juge de vingt laçons dilTérentcs le produit de leur travail. Ueste le cas où la violence intervient et décide de la valeur, comme lepée de Constantin le Grand décida des ti vérités » de la religion chrétienne.
Sous le régime capitaliste, on s’e.vpliquc, il est vrai, pai les frais de prodiiclion de l’avoine, les Irais de production des œufs dos poules, comme ceux des services de trait ; do même ou s’expliijue les frais des services humains par les Irais d eutrelieii de l’ouvrier. Cela n’empêche pas que dans la science écouomi([iie nous avons a distinguer nettement entre ces deux notions : d’une jiart, la valeur de production (valenr-de-traxail) d’un produit, .s’exprimant dans laipiantité de travail (pio ce produit représente et dans la valeur spécili(|ue de ce travail ; d’autre part, la valeur de production du travailleur, s’exprimant, en dernière analy.se, dans la quantité des vivres, etc., que le travailleur re<,'oil pour son entretien.
Nous voici donc an cœur de la (piestlon : Les dilTércntes (piantilés de travail d’espèces hétérogènes appli<iuées aux produits de dilTérents métiers ne peuvent pas être mesurées l’une par l’autre. Aussi doivent-elles être considérées pour des branches de métier très dilTérentcs, — celles du travail musculaire et celles du travail purement intellectuel par exemple, — comme des grandeurs incommensurahles. La substitution à ces grandeurs incommensurables des Irais d entretien des travailleurs (lui créent les produits en (juestion, caractérise précisément les iniquités sociales. Nous avons vu cette substitution entraîner nécessairement à des évaluations fausses que la science économiijue de nos jours ne peut pas accepter. I
Cette substitution, enlin, est pour nous uné nouvelle explication du problème historique, déjà étudié : pourquoi la valeur-de-iravail primitive a-t-elle dù se transformer en valeur de production capilalisle avec le déveloiipcment
TIIÉOUIE DE ^.K VALEUU
de la bourgeoisie comme classe dirigcaiilc de la société ? Sons la pression de noire vie capitaliste, en elTet, c’est la concurrence qui résout la dillicullé de réduire le travail complexe au travail humain simple, et de déterminer ryuc/ tramil comptera, à la fui, comme « travail simple ». De l’évaluation primitive, quoifiu’au fond rationnelle encore, de la valeur du travail d’après sa durée et son intensité, ou bien d’après son produit, — évaluation qui nous ramène, aux temps des corporations médiévales, — est sorti, non pas un système scientiliipie de calculs compllcpiés, du reste inapplicable, mais une solution des dillicultés économitpies par la voie de la violence. 11 sullit aujourd’hui, eu dernière analyse, pour résoudre ce prohlèmc théorique de l’économie, de savoir dans quelles mains se trouvent les moyens coercitils de la
société.
La bécassine et le saumon sont des menus d’arebevéque et de piqueur; le chimiste se les permet quelquefois ; le journalier s’en passe. Dans les frais de production du travailleur se résout la valeur de leur travail dans la société. ^ oilà le dernier mot du régime capitaliste !
Celte décision, cependant, n’est maintenue que par l’impuissance et la pauvreté des masses ouvrières qui, dans la lutte de la concurrence, doivent trop souvent vendre leur travail ù tout prix, pour répondre aux premières nécessités de la vie. Partout où la décision de la force n’intervient pas dans la vie sociale, comme dans l’exemple du harbouilleur et de l’artiste, la tentative de remplacer la ualeur-de- travail du produit pur \n valeur de production du travailleur doil donc c\\dommciit échouer.
Nous avons à pousser plus loin encore notre analyse et a examiner de plus près une nouvelle erreur essentielle des doctrines modernes de la valcur-dc-travail ; son ellet îi élc d’empèclier tjue beaucoup de Tantes des économistes olliciels puissent être mises en lumière. C’est encore contre une confusion introduite par les théories de Karl Marx c[ue nous
aurons à diriger notre critique.
Marx et son école partent de l’hypothèse que le travail, bien qu’il soit la substance créatrice e.xclusivc et géné-
raie de la valeur, ne possède pas de valeur lui-meme (i). J
Celte bvpotbèse, du reste, procède rigoureusemeni de sa ^
ibèse fondamentale que nous avons crili([uéc plus baul ; les biens qui ont une valeur sont seulement ceux qui ont elé .
produits par le travail. Aussi fausse, cependant, que celte ^
thèse est encore la proposition qui en découle. ^
Le travail possède certainement de la valeur, et même de I
la valeur sous les trois formes que nous connaissons : I aleiir (Casage, ra/ear de production, valeur d*echange. ;
Nous savons que les purs dons de la nature peu\ent avoii ^
de la valeur, bien ([u’ils n’en présentent pas toujours les trois ;
formes. La chaleur du soleil, par exemple, lait hausser en hiver la valeur d’usage et en meme temps le loyer des chambres situées au midi ; les hôteliers suisses ou niçois ■
savent bien exploiter celte valeur des rayons solaires (3).
A l’élat potentiel, sous forme de bois ou de charbon, la ^
chaleur peut donner une valeur spéciale aux terres dans . i
lesquelles elle se trouve accumulée. Nous savons que celle ^
valeur ne peut pas être identifiée tout simplement avec le travail que l’on doit dépenser pour abaltre la loret ou pour ^
exploiter la mine. De meme rénergie potentielle humaine, la yj
force de travail de l’ouvrier possède une valeur spéciale que |
l’on ne saurait davantage identifier purement et simplement ^
avec le travail nécessaire à son entretien et a sa reproduction.
Dans le deuxième tome de cet ouvrage, nous aurons l occa- j
sion de revenir encore sur celle Ihesi^ (le Marx, que 1 ouvrier vend non son travail, mais sa force de travad. Dans 1 histoire ^ .
(les organisations ouvrières et de leurs luttes contre les entrepreneurs, nous trouverons la preuve du contraire : les ^
ouvriers, tout au moins, n’entendent pas vendre leur force de j
travail, mais simplement leur travail; ils ont meme taché
(1) c< Ce qui sur le marrlic fait ilircctemenl vîs-à-vis au capitaliste, ce n'est pas le travail, niais le travailleur. Ce qiiceclui-ci vend, c’est hii-mênie,
siv force de travail Le travail' est la substance et la mesure inhérente
des valeurs, mais il n’a lui-mùme aucune valeur. » ^Ivarl Marx, Das K(ipital, tome I, trad. franç., p. aJta, eol. i).
(2) (^)uc Ton compare encore la haute valeur possédée, dans les |iays de vignobles, par les terres exposées au soleil du midi.
TllKOUlE DE L.\ V.VLËER
sans cesse de livrer un nombre toujours décroissant d lieures de travail contre les mêmes salaires ou même contre des salaires croissants. D’autre part, nous verrons l’entrepreneur capitaliste ou scs représentants veiller attentivement à ce que ses ouvriers ne lui volent pas une minute du temps convenu ou s’opposer à ce que, pendant cet espace de temps, i s donnent une intensité de travail insuflisante. Si, par ha.sard, l’entrepreneur tient encore compte de la force de travail de ses ouvriers, lorsque, par exemple, l’un d entre eux es momentanément dans l’Impossibilité d’executer le travai convenu, c’est évidemment un acte de générosité et d imnanité de sa part, à moins qu’il ne cède à la crainte de 1 orga nisation ouvrière ou de certains événements. Ln ellet, il ne se ci-oira pas obligé à le faire en tant (pie capitaliste. Lomme entrepreneur capitaliste la force de travail ainsi que la santé et la vie de son personnel peuvent lui être indill'érentes aussi loivHemps qu’il trouve assez d’ouvriers à embaueber. 11 exige et peut exiger, selon son contrat, du travail réel. Du tant qu’entrepreneur capitaliste ü s’en lient à son « billet a, comme le Sbylock de Shakespeare. Le cas où le capitaliste, nar égoïsme bien compris, peut prendre à cœur le bien-etre c e son personnel cl le bon soin de leur force de travail se montrera à nos yeux comme n’étant encore qu’exceptionnel lement
de rigueur dans notre société actuelle.
Pour le moment c’est le travail bumain et non la force de travail que nous avons à analyser. Contraii-cinent aux doctrines de l’école marxiste, c’est bien le travail bumain qui se présente à nous comme une marebandise. Par sa capacité de produire de la valeur et des marchandises il a revêtu lui-même le caractère de ^ alcur et de marebandise, comme par la possibilité de se transformer en capital (au sens étroit du mot) une somme d’argent est elle-même capital (« capital
potentiel », comme le dit fort bleu Karl Marx).
D’autre part, si le travail bumain, analogue en cela aux purs dons de la nature, peut pisséder de la valeur, il se distingue d’eux par une dillércncc caractéristique. Les purs dons de la nature possèdent, dans certaines circonstances, de Ui valeur d'usane; par suite, après être devenus la propriété de
THÉORIE DE EA VAEEER
quolqucs-nns, ils ponvent, dans la société actuelle, ]»rocnrcr aussi une valeur d échangé à certains biens, — nous en avons fourni divers exemples. Mais les purs dons de la nature, précisément ])arce (ju’ils ne sont pas produits par 1 homme mais se mettent gratuitement a son service, ne possèdent pas do valeur de producüon. l'ar là ils se distinguent du travail (|ui est lié à la personne du travailleur et par suite a sou entretien matériel et à S(m éducation intellectuelle et technique. C’est cette valeur de production du travail, si Ton veut, qui sc résout dans la valeur de production de la force de travail, c’est-à-dire dans la somme des moyens de subsistance nécessaire au travailleur. Mais le tra^all a encore sa valeur d’usage spéciale, et ici, pour le travail comme pour toute autre marchandise, c’est cette \aleur d’usage qui intervient dans l’échange et distingue nettement la valeur d’échange du travail de sa valeur de production.
C’est encore parrinlluence de la valeur d’usage du tra\ail que s’expliquent certains pliénoménes économiques demandant ici quehpie éclaircissement. C estl inlluencc de la valeur d’usage spéciale qui procure au travail de l’artiste ou de la grande modiste son caractère de travail supérieur et<|ui donne à ses produits une ^aleur considérable. Les produits inférieurs, vendus à bas prix, peuvent exiger des frais de production identiques ou meme plus élevés.
Pour la marchandise tra\ail. comme pour toute autre marcliandise, la doctrine moderne de la Aaleur -de-travail, telle qu'elle est formulée par Marx, pèche par la base ; ici plus qu’ailleurs, par la nature du sujet, se montre d’une façon sensible l'inexactitude de son hypothèse fondamentale, que seules ont de la valeur les ricliesses qui ont conté du travail, et seulement en tant qu’elles en ont coûté.
Nous connaissons déjà la valeur d’usage des biens sous son double caractère de valeur d'usage personnelle et sociale ; nous retrouvons ce doidde caractère par rapport an travail, comme par rapport à toute autre marchandise.
Dans noire exemple des œuvres d art et des articles de modes de qualités didérentes, c’est la valeur d’usage
tuéoiue de îa valeur
sonnollo du travail que racliclcur aura a apprécier. 11 s agit ici chaque lois de la salisfaclion des besoins et des désirs purement personnels de certains amateurs ou clicnls. Lorsque cependant rœuvre (1*011 artiste se dislinguc tellement de celle de scs confrères qu elle est aclielee pour un musoe et devient, pour ainsi dire, le bien commun de tout le public, nous pouvons considérer que le travail de 1 artiste en même temps (pie son œuvre a jirésenté une valeur d’usage sociale toute particulière, dépendant encore, en premier lieu, des propriétés intrinsècjues de ce travail, mais ne pouvant sc manifester, en tout cas, que comme un rapport nouveau entre le produit de ce travail et IMiomme.
Pour la très grande partie des biens de consommation journalière, la valeur d’usage sociale, aussi bien celle du travail que celle de son produit, n’entre enjeu qu en tant que les besoins et les désirs personnels d’un consommateur particulier sont une partie de l’ensemble des besoins et désirs buniains. Dans cette mesure, raction de la valeur d usage sociale du travail est générale et s’applique a toute espèce de
biens.
Ordinairement, la seule ejuestion est de savoir la([U(îlle des deux, — valeur d'usage perÉonnelle on valeur d' usage sociale du travail, — est mise au premier plan ;de la réponse dépend notre jugement et sur le travail et sur son produit.
On considère généralement la mort comme un malbcui pour la personne cpi’elle trappe; au point de vue objeclil, cependant, il serait pliitiM malbeu ceux que tous les bommes vécussent éternellement. 11 peut arriver de meme, qu’un travail quelconque possède une valeur d usage essentiellement élevée pour un certain individu ou pour un petit cercle de pci'sonnes, tandis (jiiau point de vue objcctil, le meme travail doit être considéré comme entièrement inutile ou même nuisible.
Le travail du valet de pied possède probablement une valeur d’usage fort élevée pour son maître, (ju il soit piiiue ou liant fonctionnaire d’une nqnibli(pie. iSéamnoins, son travail, jugé d’après sa valeur dusage sociale, peut paraître inutile à l’un d’entre nous, nuisible a 1 autre, |)ar 1 exemple
d’oislvolé fine donne ce Iravaillour comme par le ront de son entretien. Ici et dans les cas semblables, connne nous l’avons fait remarquer ailleurs, d y aura autant d opinions
que de juges.
* Cela M’empêche pas fpic l’on peut poser, en cette matière, onelfiues principes londamentaux ; Sans contredit , nous devons attribuer la valeur d'usage sociale la plus élevée aux especes de Iravail gui répondent aux prendères nécessiles materielles des hommes, et rendent possibles nos communications, notre vie en
société, , , , r - ‘i.
En partant du principe connu ; d’abord le necessaire, ensuit
rutile, enfin l’agréable, nous pouvons assurément discuter
encore sur les diirérentcs catégories du travail bumam et sur
la place à attribuer à cbacune d’elles ; mais nous pourrions
nous entendre du moins sur les grandes lignes de conduite a
suivre dans nos évaluations. . , . s •
Sans doute, il s’agit ici d’un examen sociologique très important, qui touche d’ailleurs par plus d’un point à la science économl<iue,mais quiestdes plusdidiciles et des plus ingrats. C’est une raison de plus pour apporter notre part d élogés a l'esprit pratique d’Adam Smith que nous avons vu,plusdvme fois déjà, se distinguer heureusement, dans ses recberclies scientiiiques, des économistes qui sont venus après lui.
C’est une preuve de la supériorité de son esprit et de la largeur de sa conception de notre vie sociale, d avoir introduit dans 1a science économique la dillérence outre le travail « productif » et le travail « improductil ». baisons une réserve : La déllnilion qu’il a donnée de ces deux catégories de travail est encore imparfaite et deleclucuse ; aussHul a-t-on reproché à bon droit de considérer comme improductif tout travail qui ne contribue pas directement a la production d’un bien matériel et vendable (i).
Til C'csl le "rief formulé, par c\cmple, conlrc Smith pr Mac Culloch. Cf ta note -8 <lo cel économiste -s.lr l’a-uvrc .le Sm.lh. D.r reste, Mac Gulloili l.ii-mémo. était trop au service des classes dirigeantes et des gi ands de son éijouue pour pousoir prtager la conception large de bm.tl. et .Itcouvrir Vidée uste huis la forme défectueuse. Le raisonnement .le M.ic Culloch aliüulii à reconnaître comme productil chaque travail .jui peut
TIIKORIE DE LV VALEUR
En cHet, le travail qui augmente indirectement le bien-être matériel, intellectuel ou moral des hommes, doit être com])l6 aussi comme travail productif. A titre d’exemple, citons le travail employé a rinslruction et à l’éducation de la jeunesse, au soin des malades, à la conservation des bibliothèques, etc. Cependant, le principe meme, posé a bon droit par Smith, doit être d’autant plus approuvé aujourd’hui que la science économique moderne se considère de pins en plus comme une partie de la science sociologique générale. Reconnaissons en passant (ju’il fallait au temps de Smith du courage et de rindépendancc d’esprit pour ranger ouvertement les souverains, les olficicrs, les hauts dignitaires de l’Etat parmi les travailleurs a improductifs a.
Il me semble que, de nos jours, nous devons aller plus loin encore que Smith en distinguant, à côté du travail productif, non seulement le travail improductif, mais encore le /rami7 socialement nuisible eldaru/ereux.
Lorsqii’on occupe les détenus à leur faire creuser des fossés qu’ils auront à combler ensuite, on ne saurait nier qu’il s’agit là d’un travail simplement « improductif » en ce sens que ce travail ne crée pas de nouvelle valeur. La qualilicatiou de Smith s’applique donc parfaitement à ce cas. Ceux, pourtant, qui font métier d’empoisonner leurs semblables par la labrication de l’absinthe ou de l’opium ou par la falsification des aliments, — lait, beurre, farine, font un travail à qui
exister tlans les comlUîons sociales existantes. A ilu travail des fahrieanls, comnierrants et hanquiers, il loue encore comme « éminemment proilurlif » {sapereminenUy produciioe) le travail do tous les agents delà force |)ul>li<|ue ; Armée et Flotte, Police et Justice et tout travail en général, qui concourt «à « la si^reté de la propriété ». Cf. ensuite la critiquede G. Garnier, et d'A. Rlanqui sfir les dislinelions de Smitu (liicftesse des \ations, H\re II, ch. ni, trad. franç*., tome 1, édit. i88i, p. Très intéressante sur-
tout est la discussion large de Hlanqui. 11 nous avertit i(uVn rccliliant Terreur commise par Smith, il faut prendre garde de tomber ilans la même faute. « Parce que le docteur Smitli, dit-il, a reconnu (lisez méconnu, — voir Tédition de le carciclére productif de cerhiiiis travaux,
il ne faut pas voir partout des producteurs, et la distinction du fondaUuir de V Eronomie poàtô/ue. pour être trop absolue, nVn est jkïs moins vraie en partie. La S4n«*nce ne doit donner le nom do travaux productits qu’à ceux qui ont pour objet de salislàire des besoins réels et légitimes, soit matériels, soit iiimialériels. »
THÉOlUE DE LA VALEUR ^^7
ne comient plus la simple épithète . d’« improcluctir ».
L’armée cl la llolle,— lorsfpi’clles sont employées a samc- -ardcrles classes diri-canles de notre sonélc contre « 1 ennemi du dedans » ou qu’elles ollVent à un gouvernement ipiclconqnc l’occasion de faire onhher par une guerre evlencurc la situation tendue dans l’intérieur du pays. — peuvent rcnréscnler ici une (piautilé considérable de travail non seuleineut improductif, mais encore essentiellement nuisib e e datv^ereux. Elles pcmcnl ainsi constituer un Irein empêchant la société entière de se développer vers une forme supérieure
de civilisation. ,
La valeur d’usage spéciale du travail, comme on peut s y
attendre, exerce une inlluencc importante sur la valcur-dc travail des produits par rapport à la réalisation de celle ci au marché. Ce phénomène, pourtant, vient compliquer encore les caractères de la valeur que nous étudions. On peut le remanpier déjà pour le travail dans chaque métier piuticu lier -mais la diriicullé augmente si 1 on examine dillercn c* branches de production. Ici nous avons déjà rencontre des produits dont la nature didérait tellement que nous avons du les considérer comme absolument hétérogènes et les ipian lités de travail dont ils étaient les produits comme des grau- (leurs incommensurables.
Rour résumer noire analyse (le la valcur-de-lravail des produils, nous constatons qiicdivcrses quantités de lra\ail humain, dilTcrant par la nature du travail et par sa valeur d usage ne sauraii'iit être évaluées cxactemciil rvmc par I autre. La t ilhcullé augmente encore par le fait que ces quanliles de travail hélérogèiie sont exécutées par des ouvriers dillerant par leurs forces phvsicpies et inlellcclucllcs et par leur habileté professionnelle. Nous n’avons pas le moyen d exprimer raîioimellemenl la quantité du travail de l’ingénieur, de larchilecle ou du médecin en travail de maçon ou de terrassier , dans le. même métier, dans le même atelier, il nous est encore impossible ilc comparer cvaclcmcnt les résultats du travail du forgeron et de sou apprenti, du maçon et du manmuvre C;est .^xeepliounellement cpi’un travail peut être exactement mesuré par un autre. Nous trouverons une foule d exemples
à Tappuî de notre exposé lorsque nous examinerons plus lard une entreprise moderne de grande industrie avec le travail de son directeur, des ingénieurs, des comptables, des contremaîtres et des ouvriers de toutes catégories. C’est là un des arguments les plus significatifs apportés par les communistes contre le salariat moderne et contre la taxation arbitraire de la valeur du travail sous ce régime.