‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 24 sur 39 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA VALLüU DE PUODÜCTIOX CAPITALISTE

I. — Frais de production capilalistes par opposition aux frais de

travail priniilifs.

Dans le pcllt inaîlrc-artisan du Moyen Age, Iravaîllant avec lin nombre restreint d’apprentis et de compagnons, nous avons déjà le précurseur de rcnlrepreneur capitaliste moderne. Mais l’activité du inaiire-artisau était soumise à des règles sévères, qui lui interdisaient de s’élever beaucoup, dans son métier, au-dessus de ses cfuilrèrcs. Les ordonnances municipales décidaient de son propre gain, comme du salaire de ses compagnons et apprentis.

Dans cette période précapilaliste de la civilisation, cependant, il y avait certains métiers tombant plus ou moins en dehors de la réglementation et présentant déjà, dans son premier développement, la forme capitaliste de la production. C’étaient des branches de métier dans lesquelles le capital placé en immeubles, matières premières et matériel d’entreprise, devait atteindre des proportions telles que les petits maîtres-artisans ne pouvaient généralement pas y prétendre. Leur capital était d’autant plus insuflisant (juele nivellement des conditions d’existence et de production concourait à les réduire à l’impuissance.

Ces métiers n’appartenaient pas au domaine de l’agriculture, ni à une des nombreuses sphères de la petite manufac'

THÉORIE DE LA VALEIU 227

turo. Pendant plusieurs siècles encore ce n’est pas de ce côté fju’il l'allait attendre la rupture de la loi de la production précapitaliste. En ce qui concerne l’agriculture, elle est restée basée en Europe, jusqu’à nos jours, sur la simple maind’œuvre de l’ouvrier travaillant avec des outils primitifs. Il est vrai que la production de plusieurs articles d usage général passait peu à peu de l’artisan isole à la manufacture petite ou moyenne, de l’atelier étroit de l’ouvrier, artiste dans son métier, au grand atelier ou régnait la division du travail, — cet atelier qu’Adam Smith nous a décrit avec tant de talent cl de connaissance des détails. Ce passage de l’une à l’autre forme de production représentait une évolution de plusieurs siècles. Entre le petit maître-artisan du INloyen Age et l’entrepreneur capitaliste moderne se trouve, dans chaque sphère de production, un intervalle d’au moins cinq cents ans.

Ce que nous appelons le régime capitaliste, se présente d’abord à nos yeux dans le commerce. Le commerce, et plus particulièrement encore le commerce d’outre-mer, portait déjà au iNloycn Age la richesse et la prospérité dans maintes contrées bien situées de l’Europe ; mais les conditions dans lesquelles il s’exerçait, étaient de nature à surpasser souvent les forces d’un seul homme, cjuelque riche qu’il fût pour son temps. 11 fidlail construire et entretenir en bon étal des magasins et entrepôts de marchandises, des moyens de transport de toute nature. Pour le commerce d’outre-mer la possession des vaisseaux était rendue particulièrement coûteuse et hasardeuse par la piraterie organisée en mer et sur les grèves. Ce métier se rangeait pour ces motifs parmi ceux qui exigeaient la dépense d’un capital relativement considérable en moyens de production. Aussi voyons-nous déjà le commerçant occuper au Moyen Age une position sociale très particulière qui devait le distinguer bientôt en tant cjue possesseur de capital et exploiteur du travail de scs semblables, du paysan et de Partisan ou du petit maître de la ville. En outre, dans celle profession nous voyons apparaître assez tôt sur la scène le grand capital associé, partout où plusieurs commerçants s’unissent pour équiper à frais com-

if

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muns un ou plusieurs vaisseaux, ou meme toute une Hotte, et supporter ensemble les risques de leur entreprise. Au Moyen Age nous voyons naître ainsi ce grand capital dans les unions de commerçants des puissantes villes marcliandes de ritalic, bientôt aussi dans la confédération hanséatique de plusieurs villes d’Allemagne et du Nord. Après la découverte des routes maritimes vers 1 Amérique, les Indes et 1 Austialie, quelques siècles plus tard, ces unions se multiplient dans les Compagnies commerciales et coloniales de dilïérents Etats d’Europe.

Dans rindustric pouvait se présenter peu a i)eu un phénomène sciublablc partout ou 1 execution d un métier exigeait également des dépenses relativement importantes en capital fixe. C’était le cas pour rextraction d('s substances minérales: or. argent, fer. pierres. En général, cependant, comme nous venons de l’indiquer déjà, ce développement s’accomplissait beaucoup plus lentement }W)ur l’industrie que poulie commerce. C’est seulement après riuvcnlion de la vapeur et son application technique aux métiers de dillerentes espèces, pendant la dernière moitié du xviii* siècle, qu a pu naître pour rindustric une période de révolution semblable à celle que le commerce venait de parcourir quelques siècles auparavant.

Cette révoliilioii devait évidemment balayer, dans plusieurs branches de production, les débris des réglementations médiévales concernant le travail et briser les entraves mises pai celles-ci aux jeunes industries naissantes (i).

La vieille loi de la valeur était brisée du même coup ; à mieux dire, la valeiir'de'lravail qui avait eu son règne comme loi générale de la valeur de production, était transformée en valeur de prodiiclion capitaliste, dont l’action se généralisait bientiH dans les diverses branches de rindustric. Regardons de près comment celle évolution s’est accomplie :

(^i) Si l’on cherche, |xmr une.jïériotle conlomporaine, un exemple Uni (le la brusque Iransformation du métier de l’artisan en industrie e grande industrie capitaliste par la ni'îcessité des grandes dépensés en capital tixe, il suflit d’observer le développement industriel de la Suisse. La buisse. en effet, a été le pavs de la petite manufacture piir exce lence, jus{|u au jour récent, où les progrès delà science ont permis à * d iildiser la

force motrice des torrents et des cascades à la protluction de 1 electncitc*

Lorsque nous avons vu la valeur de production se présenter à nos yeux comme simple valeur-de-travail, nous avons déjà remarque qu’elle dillérait de la valeur d'ecliamjc. Le coût, dépensé à leurs produits, par les artisans ou les paysans du Moyen Age, se réduisait immédiatement à un coût en travail. A ce titre figurait non seulement le coût du travail personnel appliqué aux produits par chacun des artisans qui on modifiaient la forme, mais aussi le travail dépensé par tous ceux <[ui avaient fourni les matières premières et secondaires cl les instruments de travail. Mais le travail humain n’était pas le seul élément constitutif de la valeur d’échange. Cette dernière se montrait déjà à nos yeux comme due aussi en partie à la collaboration des agents naturels Lien distincls du traxail humain. Nous avons vu alors la valeur d'usatje influer incessamment sur la valeur de production cl c’est seulement de leur action commune que naissait la valeur d'échange.

Ce qui distingue tout d’abord la ju'oduclion capitaliste de la production primitive cuire les mains de l’artisan, c’est que pour rentrepreneur capitaliste nous voyons le coût de la production ne pas se réduire immédiatement à des dépenses en travail, mais à des dépenses en capital. Le coût capilalisle de la marchandise, nous dit Marx, « se mesure d’après la dépense de capital qui a été faite pour elle (i) ». Chaque sacrilice fait par rentrepreneur capitaliste pour fabriquer une marchandise quelconque, s’exprime pour lui en une dépense d’argent et c’est la somme de toutes les dépenses faites par lui (|ui composent pour lui le prix de revient de son article ; ce sont ces dépenses que nous désignerons dans la suite par le terme de frais de production.

l.G princi[)c constate par nous, qu’une richesse est le fruit commun de tous les facteurs ayant collaboré à sa production, — agents naturels et travail humain, — prend dans l’esprit de l’enlrepreneur capitaliste la forme suivante : pour lui le profit d'entrepreneiiry ou en d’autres termes le s«r/)/'ü(ûi(7 (2)

(1) Dax Kapiial, tome lll, première parlic, cli. 1, Irtiiî. franc., p. 3.

(2) CeU<5 uütiofi du surprotluil ne doit pas être confondue la notion

marxiste de la plus-value. 11 est vrai que Marx considère la somme de ce qu’il appelle la plus-value comme égale au projti réel que gagne l’entrcpre-

TllÉORir DE IA VALEUR

aSo TIIKORIK DE TA VALEUR

procuré par son entreprise est le Iruil de son capital entier,

11 u’atlribuera [>as ce profit exclusivement a la partie consonunée de son capital, pas plus (|u a la partie dépensée aux salaires. Comme entr(*prcncur capitaliste il lui importe peu de savoir, si une rraclion quelconque <le son capital entier a été employée à Tâchât de matières premières ou secondaires, a Tacquisilion de machines et autres instruments de travail, ou encore si elle a été dépensée en salaires. Il se préoccupe de maintenir chacune de ces dépenses ])arlielles dans une proportion coiivenahle par rapport à sa dé*pense totale ; le reste lui est indilTérenl. A cet égard, une partie de sou capital lui paraît aussi productive (juhine autre. Il ne faut pas en chercher la cause, avec la doctrine marxiste, dans la vue c bornée » du capitaliste en présence des mystères de la production ; elle se trouve nalurellcnient dans les circonstances qui

caractérisent cette production.

La doctrine marxiste ne voit dans Tenlreprcncur capitaliste que Texploiteur de la force de travail d’autrui. Les économistes olliciels, de leur coté, nous le présentent de préférence comme un simple « ouvrier intellectuel ». En réalité, et nous y reviendrons plus longuement dans le deuxième tome de cet ouvrage. Tentrepreneur capitaliste est plus que cehi : il est aussi rtccfl/Korar d’agents naturels, matières premières, etc., et dans la mesure où il peut faire hausser les prix de scs produits en iniluant sur leur rareté au marché par rapport à la demande totale et ellectivc, il peut être encore un spécalaleur, qui joue sur les besoins de scs semblables.

Pour le moment nous n'avons a analyser le profit de 1 entrepreneur que dans la mesure nécessaire [>our nous expliquer les raisons ([ui amènent Tentrepreneur capitaliste a considérer une partie, de son capital total comme aussi [iroductivc qu’une autre. 11 agit dans la pratiipic selon la théorie que

lu'in*. nmls il roimiiel IVn'oiir, — comiiiP mois xcrmiiH <l;ms lt‘ il.MixhoiiP iuiiiL* lie col (Mi\ra;j;o, — île ct)niinvmlre 1;» /i/os-rii/uc comme le |.roiimt evclusifile ce <ia’il à|i|K‘llo le << cafnlal variahle i\-divc ilo la jiarlio tUi ca-

pital déboursée pour [Kiyer los salaires.

TIIÉOIUE DE LA VALELU

nous avons déjà exposée : Toriginc du produit d'un complexus de facteurs associés ne peut être séparée de ce complexus meme. Dans la pratique, toutes les parties d’un cajiital collaborent, entre les mains de Tentrepreneur capitaliste, à la création d’une certaine valeur nouvelle, aussi bien celles qui sont [ilacées dans le sol ou dans les matières premières et secondaires que celles qui ont fourni les instruments de travail ou payé les salaires des ouvriers.

Examinons un peu en ([uoi consiste la situation dilfércntc do Tentrepreneur cajiitalistc comparée a celle de l’artisan indépendant ou du petit maître de métier au Moyen Age Le dernier, nous Tavons vu, était obligé de se réserver dans les prix de marché toute la valcur-de-travail de ses produits. Les statuts de sa corporation, du reste, ne lui auraient pas permis de vendre scs articles au-dessous de cctlo valeur. Le nivellement des conditions d’existence des hahilanls d’une ville sur la hase d’une valeur-dc-lravail sociale réglée par le magistrat, — voila précisément le Irait caractérisliipic que nous avons disetu né dans cette période histnriepie.

Il en est tout autrement [)our Tentrepreneur capitaliste, et la dilVérence a ce propos entre lui et le maître-artisan du Moyen Age est même plus catégorique au furet à mesure que sou entreprise est plus développée au point de vue capitaliste. L’entrepreneur moderne ayant h son service quchpies dizaines et meme quchpies centaines ou (piehpies milliers d’ouvriers, échappe îi la nécessité de vendre scs produits à leur entière valeur-dc-travail ; son entreprise est sujette a de tout autres règles, (’iOnlrairement au petit maîtreartisan, il pourra réaliser un profit, tout en vendant ses marchandises au-dessous de leur valeur-do-travail, et U pourra le faire pour la simple raison déjà, que son exploitation s’étend à un nombre plus grand (Tonvriers. 11 réalisera même toujours un prolil plus ou moins grand tant qu’il vendra encore ses inarchaiuliscs au-dessus de scs ju'opres frais de production, (Àes frais de jiroduclion constituent donc pour lui un tninumim, au-dessous diupicl il ne rentrerait pas dans ses propres dépenses. La dilférencc que nous venons d’observer ici entre Tentrepreneur capitaliste et le luaîlro-arlisan du

THÉORIE DE LA AALECU

Moyen Aac est d’autant plus importante que le premier, — précisément parce que son entreprise est fondée sur une échelle bien plus vaste, — pourra de même s assurer des avantages beaucoup plus étendus en tant qu accapare, /r d'aqenls naturels et spéculateur. Dans des proportions Inen plus larges il pourra accaparer à son probt des matières premières et secondaires et mettre à son service les forces natu relies nouvellement connues dont la découverte est 1 œuvre de la civilisation générale ; il peut enfin accroître son gain, plus facilement et dans des dimensions tout autres que son ancêtre, en spéculant sur les besoins momentanés des consommateurs de ses produits.

Au temps des corporations, les statuts et les reglements des magistrats urbains ([ui concernaient le travail avaient pour but, avant tout, d’atrennir et de conserver les maîtres de métier dans leur situation privilégiée; aujourdliui, les gouvernants viennent aimablement à l’aide de leurs compères et leur permettent volontiers de mettre la main sur les dons de la nature, - tout d’abord les matières premières, — (lu’ils n’ont pas plus le droit d’accaparer que tout autre représentant de la race bumaine. Pour si violente que soit souvent la concurrence entre les capitalistes modernes, ils ont touiours su à merveille se coaliser ensemble contre les autres classes de la société. Nous verrons encore ultérieurement quelles limites à ses appétits l’entrepreneur moderne rencontre dans la production capitaliste elle-même ; mais nous voulons faire remarquer, dès à présent, cfue 1 inipoilance des deux dernières sources de prolit indiquées, — 1 accaparement d agents naturels et la spéculation, - ne doit pas être négligée. Lorsciu’à la fin de ce tome nous traiterons de rinflucnce exercée parles trusts et les monopoles sur le mar ebé moderne, nous devrons reconnaître combien ces autres sources peuvent apporter de bien-être matériel à ceux qui travaillent à s’enriebir aux dépens d’autrui. Lvidemment, l’exploitation immédiate des ouvriers dont l’entrepreneur capitaliste a besoin constitue seulement une partie plus ou Inoins grande de tout \c‘ surproduit que le capitaliste mo-

dierne pourra obtenir.

Pour l’entrepreneur capitaliste, contrairement à Partisan indépendant et au petit maître de métier pré-capitaliste. — voilà la courte conclusion de tout ce ([uc nous venons d’expoâer, — il ne s’agit plus de vendre les marchandises sur la base du /raeaiV qui est directement appliqué a leur fabiication, mais sur la base des frais de leur production.

Sous le nom de frais de production, ce terme pris au sens capitaliste, nous comprenons l’ensemble de toutes les dépensés que le producteur doit débourser nécessairement pour pouvoir produire une marchandise.

Les frais de production se composent de .

A. — L’usure du capital fixe (bâtiments, machines, outils, etc.)

]5 — Les avances de capital circulant pour ; i” aclial des matières premières et secondaires; 2“ compensation de la rente, de l’intérêt, des primes d’assurance, etc. ; 3° payement des sabairos.

Cette définition, cependant, a encore besoin de quelques éclaircissements. 11 peut paraître simple au premier coup d’œil de formuler ce que sont les frais de production, mais il est souvent difficile, dans la pratique, de décider ce que, dans une entreprise capitaliste, nous devons logiquement considérer

comme tels.

Dans les années iSqi et 1892, le Department of Labor, à AVasbinglon, présidé par le statisticien connu Carroll I). àVri"bt, publia trois grands volumes contenant une enquête très détaillée et très .sérieuse sur les frais de production dans quelques branches principales de l’industrie. Pour nos recberclies de science économique cette enquête est d’une importance pratique essentielle, et dans les pages suivantes, nous aurons l’occasion de nous référer souvent aux résultats de cet examen particulier que 1 on a qualifie de « triomphe de la statistique » .

Pour la première partie de leurs recherches (concernant les industries du fer, de l’acier, du charbon et de la pierre calcaire) les agents du « Département du Travail d ont étudié non moins de l)i8 etablissements indiistiiels , pour la deuxième partie (concernant les industries textiles et 1 indus-

Iric du verre) non moins de 278 etablissements dansles divers états de rAmérique du Nord, de rAngleterre et de l*Europe Cüulinenlale. En outre, ces agents ont eu l’occasion toute particulière, — que seule peut procurer une enquête orficiellc entnqu’isc sur une échelle aussi gigantesque, — de verilier leurs données statistiques en allant en personne aux livres de compte et listes de salaires des didérenls entrepreneurs, Or, c’est précisément ramplcuretlc caractère sérieux de cet ellbrt de statistifjuc, qui a pu démontrer la dinicidté de déterminer néltenient ce que sont les Irais de production, et ceci non seulement pour toute une industrie considérée en général, mais souvent aussi pour une seule entreprise capitaliste.

• Les difficultés s<* rapportent spécialement aux dépenses de la catégorie qui, dans notre définition, correspond au titre IL a'*, mais aussi a d’autres. ()ueh[ues -unes des observations techniques qui se trouvent dans le rapport du l)épart(Mncnt du Tra\ail sont d’une importance immédiate pour l’analYsc que nous poursuivons ici.

Pour arriver à la détermination du coût de la production, dit l’inlroduclion du rapport, on a exclu « toutes les dépenses faites pour payer l’intérét, les assurances, la dépréciation du matériel et (partout où elles existent) les redevances à payer aux propriétaires du sol )) ; on a fait de meme relativement aux (( dépenses pour le transport des produits jusqu’au lieu de leur livraison franco ». On a estimé suffisant, pour le but proposé, de ne conq)rendrc dans le coût que des éléments « universels J positifs et absolument essentiels », c’est-à-dire « des éléments du coût communs à tous les producteurs et devant être supportés |)Ourla mise au jour du produit complet » (i).

En partie, les dilficultés que présente le relevé des éléments exclus sont seulementdes obstacles àrétablisscment d’une statisti(jue comparali^e digne de confiance, mais ne nous regardent pas pour notre aiïalysc théorique. Pour nous, les éléments exclus par le ra[)port américain peuvent donc, en

. fl Si^ih Annnnl Report of the Commissioner of Laltor^ Washington, iSyi, introduction, p. 8.

THKORIE DE LA VVLEUH

réalité, cnirer dans le coût do la production, selon la branche particulière de rindustric ou 1 ’établissomont cpio nous exami^ nous.

l.'inh'rèt, comme le fait remarrpior le rapport, américain, no peut guère être compris comme un élément de.s (rais de production il cause de la variation du montant de 1 intérêt epu entre dans les estimations des didérents établissements.

beaucoup d etablissements, en outre, ne comjilent pas avec l’intérêt à payer, parce qu’ils sont libres de toutes charges ou bien qu’ils réservent pendant un temps suffisant une somme annuelle à l’amorlissement du premier capital ; cela fait, l’intérêt ne ligure donc plus dans l’inventaire on dans les comptes de l’entreprise. « L’homme f[ui paye un large intérêt doit SC contenter d’un moindre profit. Lorsqu’il emprunte son capital, il fait diminuer la dilTérence qui constitue son profit. »

Considéré ainsi, l’intérêt entre donc, en ce cas. dans le profit de l’entrepreneur, mais ne fait pas partie des frais de production de scs marchandises. Et le rapport américain éclaircit cette théorie par l’exemple caractéristique suivant : « Certains fabricants dans dilTérentcs industries ajoutent, par exemple, G pour cent de l’immeuble et du matériel entier, aux frais de la production en répartissant le montant sur la production totale de l’année. Lorsque, dans un tel cas, les marchandises se vendent à ce coût, le fabricant prétend qu’il n’a pas fait de profit, tandis qu’en réalité il en a fait G pour cent et ces G pourcent sont à considérer comme une compensation de l’intérêt qu’il aurait obtenu de son capital s’il l’avait engagé dans une autre direction (i). » Caractéristique est également le fait suivant que relève ce rapport : (( La plupart des fabricants de fer et d’acier de l’Europe et tous ceux chez ipii les recherches se sont étendues en .Vmérique, se sont trouvés considérer leur établissement comme libre de charges dès l’origine, et ils ont formulé ainsi leur avis ; la seule inlluence que la valeur du matériel peut avoir sur le coût de la production, s’exprime en

(i) SuÜL Annual Report^ loc. «7., p. 9.

236 THÉOniK r>E IA VAt.EUn

dépenses pour réparations et non pas en un intérêt ajouté aux éléments positifs des frais fi^ ».

La dépréciation du matériel qui a, <à bon droit, attire 1 attention de tant d’auteurs désirant évaluer les Irais de |)roduction d’une inarcliandise, constitue un obstacle reel aux recbercbes statistiques. Le Département du 1 ravail a asbington n’a pas eu seulement des motils théoriques j)our ne pas la ranger parmi les éléments positifs et universels des Irais de production, il a été influencé ; dans la pratique par 1 opi- ■ nion de plusieurs fabricants. A propos de la dépréciation

r on ne saurait formuler des règles fixes généralement applica-

bles ; la première difficulté est la diversiti' des industries et des processus de la fabrication, mais il y a également à compter avec plusieurs influences secondaires. La question de la dépréciation du matériel ne peut pas être séparée de celle de son entretien et l’on peut même consiilérer en tbcorie que la compensation de l’une.équivaut aux déjienses de 1 autre. Ce qui rend ici les recbercbes particulièrement difficiles dans la pratique, c’est que les directions des industries montrent souvent une tendance naturelle à compter la dépréciation du matériel proportionnellement au prolit réalisé plutôt que selon sa véritable importance ; partout où cette tendance se manifeste par des faits, le montant ainsi calculé sera haut dans les années de grands bénéfices et inversement. Par cette méthode, les frais de production pourraient être considérés comme directement proportionnels à la prospérité de 1 établissement.

En outre, même noiir ceux qui prennent une part immédiate à la direction u’une entreprise industrielle ou commerciale, il est excessivement difficile de distinguer rigoureusement dans les comptes de leur entreprise, entre les dépenses qui sont nécessaires aux agrandissements- du capital fixe et celles qui doivent assurer la conservation du materiel. Pour celui qui reste en dehors de l’organisation intérieure de l’entreprise il est généralement impossible de faire cette distinction. En règle générale pourtant, — voilà comment le Département du Travail a résolu ce problème, — les réparations

(i) Loc cil., pp. 9 et lo.

TIlKOnir. DE LA. VALEUR

doivent être comprises parmi les frais de production, tandis que les aqrandissemenls ou les jrais dépenses a l accroissement de la productivité d'une entreprise doivent être cons'idérés comme une auqmenlation du capital (i).

En ce qui concerne les machines, la détérioration dépend, comme nous le savons, de tant de circonstances. — les unes se rapportant à la machine même, les autres à son usage, — qu’il est impossible d’étahlir ici un taux de dépréciation juste et uniforme que l’on puisse considérer comme entrant entièrement dans les frais de production. « Parfois, nous fait remarquer par exemple le rapport américain, une machine peut continuer dans son ensemble à servir, tandis que des parties importantes peuvent devenir hors d’usage, n Même dans

des usines bien dirigées, la méthode employée pour établir un taux déterminé de la détérioration des machines diffère grandement. Le Département du Travail à Washington a estimé que le meilleur moyen d’éviter ici toutes les difficultés était encore de comprendre les réparations comme frais de

production.

Dans l’enquête américaine Vassurnnee, à son tour, n’a pas été rangée parmi les éléments positifs et universels proprement dits des frais de production. 11 est vrai que heaucoup d’entrepreneurs préfèrent supporter eux-mêmes leurs risques tandis que d’autres les transfèrent aux compagnies d’assurances. En tout cas, ces frais sont réellement, comme le dit le rapport américain, « d'une grandeur variable et souvent inconnue. » Mais cette difficulté, une fois encore, regarde plutôt la possibilité de dresser une statistique comparative rigoureuse que les conditions de notre analyse tbéori(|ue. En général, c’est selon l’Industrie et l’entreprise particulière étudiées que nous jugerons si et jusqu’à quelle hauteur la prime de 1 assurance doit être considérée comme entrant dans les Irais geneiaux exigés par la production d’une marchandise.

11 en est île même des redevances dues aux proprietaires du sol, telles qu’elles sont d’usage dans l’exploitation des mines de charbon et de fer, des carrières, etc., et lorsque les travaux

(i) Voir Annua/ Report, loc. cit.,p. ii.

THÉORÎK DE LA VALEl H

sont entrepris pnrd*antrcs qne les propriétaires. Ces redevances, assurément, ne sauraient être considérées comme frais positifs et universels en tant que, variant avec les situations locales, elles doivent encore corn*spondrc nécessairemont à la somme <pie rexploiteur compte rait comme intérêt de son capital, s’il était lui-méme le pro|)riétaire du sol. Si, cependant, ces droits ne peuvent être compris rationnellement dans une statistique comparative, parmi les éléments constitutifs, positifs et universels des frais de production, il est non moins sur cpi’ils se présentent comme des dépenses propres à inlluoncer le profit ou les prix de vente des pi'oduits.

Enfin, les frais du transport des marchandises depuis l’établissement industriel jusqu’au lieu de la livraison franco, doivent-ils être comptés parmi les éléments positifs des Irais de production ? On pourrait prétendre que ces frais font partie des dépenses nécessaires à la veniCy et non, à proprement parler, à la production des articles de chaque industrie. Pour une statistique comparative où il faut déterminer d’avance ce que l'on comprendra sous le ternie de « Irais de production », les difficultés sur ce point se multiplient encore. Les produits de nombre (rétablissements sont livrés (( franco en fabrique» ; d’autres à des distances et des points tellement difl’érents, qne l’on ne peut plus trouver une base fixe pour des calculs comparatifs à ce sujet. Pour notre analyse llu'oriquci pourtant, nous avons sans contredit à compter avec ces frais de transport. N’oublions pas ([uc nous devons considérer la valeur de production des marchandises comme un élément réel et parfois prédominant dans la constitution de leur valeur d’échange et leur prix de marché. Nous avons donc à compter avec tous les frais qu’exigent le transport et la circulation de ces marchandises, jusqu’au moment où elles passent dans les mains des consommateurs. Pour notre but, nous ne saurions donc oublier aucun des frais nécessités par les marchandises depuis le moment où elles sortent de la fabrique jusqu’au moment où la valeur se iralise dans les prix de marché. Nous retournerons tout à rheurc aux frais de transport et de circulation pour examiner particulièrement jusqu’à quel point ils entrent

TiiiconTr, de i.a vai.eer 209

dans la coM da la pocludion avac lot|.>al nous davrons

™TouT cà' qùTnoiis vanons do ramarqiior monlra coml.lcn •d ;:i diniai^a. n.0,na una aaula 'f;

lalalle, do dotarmiuoa naltoment co ™

[u-oduction d’uno niarcliandisc , es i i n

anl ancora dès (.uo l’on veut comliarar ces frais pour limkcl daUissaman.s fabriquant dos proiluds sambla-

Dans la slalisliqua faite par lo Dàparlamant <>'' i-it-Vin — inalsré tons los obstacles avec lesquels il était

cês;ai;e de coniptev, - on a deessé, aussi

nossiblc. des tableaux montrant particuliercmont 1 influence l.ue l'inlêrèt. Vassurance et la dêprécialion du malcrid exeicc

irles (Vais de production. Une comparaison rapide sulbt a

nous faire voir que la somme totale de ces Irais additionnels n’est o;dinairemJnt qnune partie peu importante comparée aux frais principaux. Par rapport à une tonne de Ion e ou de rails d’acier ou encore à cliaiiue mètre de drap, de Iode ou c soie ces frais ne pouveiit que très légèreiiienl augmenter les prix de vente de chacune de ces marcliandisos LMclemment, i’intluence de ces frais additionnels

marchandises. En ce qm concerne les Irais de t ans port nous trouvons également dans les mêmes rapports du î)énartcmcnt du Travail à asbinglon des tableaux statistiques spéciaux et précieux. Ces derniers frais dilKurnt cependant avec les distances comme aiec la nature des transport par terre on par mer : les

donc pour une période deterniiiiee, i ^ i

do transport des marcliandisos de diiïérents centres de production à divers marchés du monde.

Examinons maintenant (luelqnes exemples particnlieis.

propres à éclaircir ces notions générales sur les Irais de pio-

'^'\n'nüd que de nous ligurer quelque entrepreneur liclif faisant

dans son entreprise des dépenses lictlves : .. francs

premières, y francs pour matières sccondmrcs, z francs pour

salalrçs, et ainsi de suite. — nous choisirons des cas detei-

THÉOKU: DE LA VALEUU

ininésj comme nous en trouvons des centaines dans la slalistlquc américaine dont nous parlons.

Nous prendrons trois établissements — A, B et C fa-

briquant tous les trois de la fonte de fer ; Téobelle de la production caractérise le premier comme une entreprise de petite industrie, le deuxieme comme une industrie moyenne et le troisième comme une entreprise de grande industrie. Dans le rapport du Department of Lahor l’étaldissement A figure au n" 4o, 15 au n° 42, C au n“ ifi l'i).

Pour l’établissement A, situé dans l’Europe continentale, la période de l’examen va du i" au 3i mars i8j)0 ; pour les établissements 15 et C, tous deux situés dans le district septentrional des Etats-Unis, successivement du i"juin i888au 3i mai 1889 et du r-- janvier 1889 au 3i décembre 1889. Les frais de production comprennent donc pour le premier des trois établissements l’espace d’un mois, pour les autres d’une année entière. Les articles produits sont pour l’établissement (( Spiegeleisen », pour 15, « Fouiidery n" 1 », pour C ûu fer Bessemer.

L établissement A a labricpié au total, pendant la période indiquée, i 0G7 tonnes de fonte (la tonne de 2 240 livres anglaises, — (( poimds avoirdapois ») ce qui représente 34 tonnes par jour et par fourneau (r fourneau); l’établissement B, 29390 tonnes, ou 81 tonnes par jour et par fourneau (i lourneau) ;C, enfin, 72 8S4 tonnes, ou 178 tonnes par jour et par fourneau ( 2 fourneaux).

Suivent ici les frais de production pour chaque établissement :

(1) Sixlh Amnaî Report, p. 35 et suiv. Sur la demamiedes entrepreneurs le Département a omis les noms des différents étaldissements exiimiués eu les remplaçant [xir des numéros.

THEORIE DE LA VALELU

Tableau général des frais de prodaclion pour les périodes

inditpiées.

Établissâment»

MalériaiLx

Salaires

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