I. — Influence sur la valeur des biens productifs
Pour notrP étude de nuflueuce c\ercéo par les trusts et les monopoles sur la valeur des biens productifs nous tiouvons de jirécieux matériaux dans une discussion récente.
La Aort/i American lieview de New-Aork contenait, dans son numéro de mai i()Oi, une polémique sur les consolidadations des industries et des chemins de fer de nos temps motlei-iies. — polémique qui, eu Europe et en Amérupie, est suivie par les économistes avec "land intérêt, (i).
Un fmancier, vieux connaisseur des alTaires de Roui se, Russell Sage, a émis l’opinion que les combiuaisons industrielles constituent vraiment pour le pays ce qu’il appelle « uu grave danger ». Il justilie son opinion ainsi iju il suit .
« 11 me paraît, à moi, qu’il y a ipielque chose de très semhlahle à un tour de passe-passe, dans la manière dont les industries doublent leur valeur, comme si cela se faisait par
li'l Voir dans la North American Review, New-\ork, mai 1901, 1 article intitulé : « hdaslrial and Railroad Consolidalions by : It'issell ■‘'ag» i James J. mil, president of the Great Northern Uadwav; ï’‘=l*«ab,
president of the United States Steel Corporation ; Charles U. Hint tieasiu ei of the United States Uiibber C" ; F. B. Thurber, president of the Lnited States Etport Association ; and James Log.an, general manager of the United SUites Envelope Company »,
TIIÉOUIE DE LA VALEUU
raltouclïcinenl crime baguette magique. Voilà une fabricjue, — conslituant un bon placement de Ibncls, solideel bien productif, — qui pourrait produire toutes sortes d’objets, depuis des jouets crenfants jusiju’â des locomotives^ Elle tombe entre les mains des fusionneurs ; hier elle avait une valeur de 00.000 dollars, aujourcriiui elle en vaudrait îoo.ooo, — du moins sur le papier. Des actions sont émises ; des obligations sont placées et des prêts sont demandés, en déposant ces actions comme garantie. L’industriel cpii possédait la fabricpie, n’aurait pu emprunter, probablement, plus de lo.ooo dollars sur elle. Mais, lorsc[ue rétablissement de 5o.ooo dollars est transformé en une masse de titres de i oo.ooo dollars, les banquiers et les financiers sont sollicités en vue d’obtenir d’eux Go.ooo dollars ou 70.000 dollars sur ce cpii est, pratiquement, la meme propriété cpie précédemment, et beaucoup d’entre eux, selon toute vraisemblance, consentiront un tel prêt.
« Dans ces circonstances, un écrasement me semble inévitable. La Clearing Jloiise montre, de semaine en semaine, une expansion des emprunts cU*passant bcviucoup tout ce fjue nous avons pu réver juscpi’ici. Cola ne peut pas continuer éternellement, et cependant il semble très probable cpie l’ère des fusions n’a fait c[ue commencer.
(( Une réaction doit se produire aussitôt que les bampies réaliseront la situation, l ne propriété n’a pas une valeur de 00.000 dollars un jour et de 100.000 dollars le jour suivant, simplement parce qu’une société d’hommes, si grands et importants soient-ils, rairirme...
(( Personne ne peut estimer meme le montant des sommes r[ui ont été avancées sur des garanties de ce genre ; mais c'est une estimation modérée de dire que les emprunts industriels sont décuplés par rapport aux conditions d’il y a peu d’années (1). »
Vous apercevons, de prime abord, que nous sommes ici en présence d’un problème très grave que nous présentent les modernes trusts ; il s’agit de l’inlluence exercée par les fu-
(i) .\orth American I{eviett\ loc. ni., p. G, '*2.
IV ITJ
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TUKOIUK DE LV VALECU
sions sur la valeur des bi<*ns, notamment sur celle des biens productifs. 11 est évident aussi que ces objections faites par un linancier habile et expérimenté (comme M. Sage a la renommée d(' l’étre), révèlent un vice très général dans l’organisation des combinaisons industrielles et commerciales.
La capitalisation de celles-ci, le montant total des actions ordinaires et actions île préférence et des obligations, surpasse très souvent de beaucoup resliinalion réelle du sol, des bâtiments et machines cl des valeurs que possède la combinaison. — (^)uelquefols ce montant est trois ou ([uaire fois ]>lus fort que la valeur d’inventaire. C’est le problème de « l’arrosement » arbitraire du capital (stock icalenng)Q[vn se présente ici à nos veux.
M. Sage, dans le même numéro de la revue, est combattu par toute une armée de représentants du grand capital américain. Nous trouvons, chez les contradicteurs, une réponse claire et catégorique relative au sujet qui nous occupe.
Avant de discuter les objections faites par M. Sage, nous avons à v opposer quel(|ues lignes de James J. Ilill :
« l ne propriété n’a pas nécessairement la seule valeur de ce qu’elle représente en immeubles, en bâtiments et matériel de construction. Elle vaut plutôt ce qu’elle représente en capacité de donner du prolil {earning cajHicity) ; .si donc son entrée dans la combinaison fait que sa capacité de donner du profit se trouve triplée, à cause des économies faites dans la production. il n’est pas déraisonnable de dire cpie sa valeur a été triplée, bien que rien de tangible n’ait été ajouté à .son inventaire matériid. Des règles rigides et fixes ne s’appliquent à l’évaluation d'aucun bien. Une propriété ayant aujourd’hui une valeur de 1.000 dollars peut en avoir une de a,ooo dollars demain, simplement parce qu’une amélioration quelconque introduite dans le voisinage augmente le rendement de la propriété en question. Des terres, qui présentent des signes propres à nous faire penser (ju’elles contiennent du fer et qui, une dizaine d’années auparavant, auraient pu être achetées dix dollars l’acre, ou même moins, ont maintenant une valeur de 5o, 000,000 de dollars. Ce ne sont pas les frais de production, mais c’est le pou\oir de donner du profit (earning power) cpii
TîiKoniK nr t.\ VArruK
incsur(‘ la \aleur. l^cs exemples s’en jurscnlenL lous les jours clans presejue toute commune clu pays, et personne ne songerait à protester contre révaluation augmentée ni ii liésitcrait a prêter de l’argent en prenant pour base cette évaluation au^luentée. C’est une alîairc de commerce et elle doit èlre Irailée comme telle.
(( D’antre part, bien des propriétés ne valent plus le prix ([ui a été pavé pour elles, bien c[u elles soient notablement améliorées. I)e nos jours, les terres arabic's anglaises présentent un type bien plus élevé de cnil ure cjirelles ne l’ont jamais t'ait auparavant, mais elles n’ont pas la valeur qu’elles possédaient il y a vingt-cinc[ ou cincpiante ans. L’entrée en scène de notre grand Occident de rAméri([ue a donné au cultivateur anglais un concurrent cpi il ne peut pas combattre à chances égales. Par conséquent, bien cpic sa terre n’ait rien perdu d<? sa productivité, elle vaut beaucoup moins, parce cpic la valeur vénale de ses produits est moindre (t) a.
Les deux théories ayant cours dans la science économiïpie moderne, la llieorie <le la valpur~de~lraraU et la tlirorie lüililaire se rencontrent ici, une fois de plus, dans la cpieslion de savoir ce qui fixe la vraie valeur d’une cmlrejnisc industrielle ou commerciale.
Est-ce (|uc celte valeur doit être estimée d’apres les Irais de reproduction du capital fixe, — bâtiments, machines, etc., — calculés en supposant que ce capital soit à rétablir, plus tard, dans sa situalion actuelle, augmenté encore du capital circulant disponible ? Ou bien la ^alcur d’une entreprise industrielle ou commerciale esl-cllc mcsiin’*e par son pouvoir productif, par le mming potuer, on la earning capacUy dont nous parle llill, c’est-à-dire par la capacité pour rétablissement de donner un certain prolit net par an à ses possesseurs?
Chacune do ces deux opinions trouve ses défenseurs en Amérique comme en Europe. C’est la première qui est pins on moins catégori([uemcnt représentée par M. Sage, lorsqu’il prétend qu’une propriété « n’a pas une valeur de oo.ooo dollars un jour et de lüo.ooo dollars le jour suivaut », sim-
(i) James J. loc. cii , p. G'19.
TlUiOlUE DE LA VALEIU
plomcnt parce qu elle vient d’entrer dans une combinaison tout en restant, c pratiquement », la meme propriété, a laquelle, comme M. Sage le dira plus tard, en parlant spécialement de la combinaison de l’acier. — t( pas nn seul ronmeau n’a été ajouté » par la combinaison. « Lorscpie la richesse est créée par ce procédé, s’écrie-t-11, quelle sécurité y a-l-il pour le svslèmc entier? »
" C’est là une opinion fort répandue ; elle a servi de base à la législation dans quelques Etats de rAïuériquc dnAord(i). — D’après cette manière de voir, pour juger de la solidité d’une entreprise Industrielle on commerciale, on se demande si la capitalisation est bien et di'imeiit laite d’après la « valeur réelle a des bâtiments, maebines, etc., c csl-a-dire d après les frais do la reconstruction évenlnelle de 1 établissement et le capital ipil est en caisse sons la forme d’argent comptant ou de papiers. C’est là ce qu’on comprend en Amérique sous le nom de aclunl cash value ou valeur d’ inventnire actuelle.
D’antre part, la formule défendue par M. lldl : « ce ne sont pas les frais de production, mais c’est le pouvoir de donner du iirofit qui mesure la valeur », exprime parfaitement l’opinion partagée par plusieurs indiistnels cl liommcs d’alTairos, qui, en cbercliant la base de la capitalisation d’une entreprise industrielle on commerciale dans son pouvoir pro dnctif, mettent explicitement en lumière certaines particularités comme une direction habile des allaircs, la possession de brevets cl marques de fabrique, une clientèle excellente
cl des relations de commerce particulières.
(( Lorsqu’un établissement peut pyer des dividendes do 0 O O, par exemple, sur une capitalisation de 1,000,000 de dollars, ces personnes diraient ; « Mêlions la capitalisation a 1 ,000,000 de dollars, meme si rétablissement pouvait être reconstruit avec aoo.ooo dollars de frais ». C’est dans ces
O) Voir le lialleliii n’ Dèpnriement du TrmwV. pp. Ü70-O7 i . Cf.
,K)«rla législation .le TKlaf .le Massael.u.selts à ce propos, par exemple Jra.
JrNKs, T/.e Trust Problem, p. Cn rec.re.l eo.nplet <l,-cisions jmliciaircs concernant les Irusts .tans les .l.lîerents ElaU de U n. m se trouve dans les rapporU do la Indasirml Commission, - volume II, AVaslûngïon, kjoo.
TIIÉOIUE OE LA VALELU
termes que le bulletin du Dépai t(Muent du Iravailà Washington, que nous venons de citer plus haut, formule la deuxieme opinion en queslion.
^ous démontrerons que les deux théories contiennent chacune une partie de la vérité, tandis qu’à certains égards elles sont toutes les deux fausses.
La théorie d’apres laquelle la valeur d’une entreprise industrielle serait déterminée par les frais de production (ou de reproduction! des établissements qui la composent, nous ramène à la vieille théorie de Kicardo-Marx, qui confondait la valeur (réchaiKje avec la valeur de prodiiclion.
C’est spécialement par rapport aux biens productifs que cette théorie se montre insoutenable. En elTet, un complexus de biens servant à un but productif, par exemple une entreprise industrielle ou commerciale en pleine exploitation, est tout autre chose encore qti’un simpleainas des matériaux qui eu forment les éléments palpables. C’est un ensemble en acte et l’ensemble comme tel — - c’est-à-dire la combinaison — pris au milieu dos circonstances particulières, — techniques, etc, — dans lesquelles il fonctionne, est un facteur essentiel dans le processus qui crée la valeur. Ce facteur donne au complexus une valeur spéciale qu’il làut soigneusement distinguer de celle de ses éléments composants (i).
La valeur d^échaïuje des biens se produit, — voilà la théorie générale de la valeur, — sous la double inlluencede la valeur de production et la valeur d'usaye. Or, la valeur d’usage des biens productifs dépend des services que ces biens nous rendent dans le processus de la |U'oduction ; et la valeur d’usage d’une entreprise industrielle ou commerciale n’est autre chose, au fond, que le pouvoir productif dont nous venons de parler, — pouvoir qui se traduit dans notre société capitaliste, par sa capacité de donner certains profils à ses possesseurs, c’esl-à-dire par son earnimj capacity.
De l'autre coté, la théorie qui mesure la valeur dos ontre-
(O Voir noire chapitre sur « la valeur des biens coniplcmcnlaircs », pp. 33 1 et 33a.
TllÉoniE DE LA VAt*EÜU
prises imlustriollcs on commerciales senlcmenl d «près leur capacité éventuelle cio rapporter un certain prolit annuel . leùrs possesseurs, co.umel une «ulrc erreur non lielle, celle d’i.lenlilier absolument el sans réserves la . o «ir (I-Mojige cl la valeur d'amge des biens produclils. Celle der uière llu'orie assimile >lo„c les service, rendus dan, le processus de la producllon par les biens produclils avec la propic
valeur do ce, biens (i). I■».■ exemple, en «il’r'""' la valeur d échangé d’une charrue des Irais de prod d’un t(d outil de labourage, elle estime ciue celte valcui le
pose uniciuemcnt sur les services cpie 1 outil rendra pi oclu -
nement dans les mains de son possesseur éventuel.
Celle théorie générale se montre dans toute sa faiblesse anssilôl , pie nous voulons l’appHcpier à cpiehpio >-islru.ncnl de travail simple comme une charrue, un fourneau de cuisine, on une maehlne à battre le blé ; mais e le se preseii le ependant, sons une forme tonte particulière lorsipi cin applLicàun complexus de biens productifs, tel cpic lest un élablisscmcnt Industriel on commercial ou plutôt cncoïc a une combinaison de plusieurs de scs établisscmenls unis dans
un trust moderne. • ,
Eli piincipc. la ibeorie générale de la valeur se mamlicnl
tmiimirs dans ce dernier cas comme dans le l’’'™’';''' P ’ sesinr dune eliarriic pourra dire ; Gel inslrnmenl de lai O rage mat pour moi anlanl que je peux gagner en me soi . de°lui ; mais cela n’empéeliera pas qn’il se 8^-1^ » ' ™ ^ eonlomlrr. quand il ira dans le magasin d onli s ara oi es . valeur d'éebangc el le prix eouranl d une rliarri e av la lianlc valeur d'usage ciii’évonluellcnioiil il pourrait v a
Do même, les propriélaircs d'un élablisscinenl oui beau rc • 11 Nous allribnoii. Il noire eolreprisc une v.ileiii do 1 .000.000 de dollars, parce qu'elle nous loiirn.l orca Ji le „n prolil aumiel de lanl pour eenl sur ' eelle grandeur ii : en délliiilivc. une pareille loujoius euhjeelire cl la queslion csl lonjonrs do savon
(:) Voir te iliapilcc « Ot>-'>ervalions complémeulaires etc.», p. a-i3 et suiv.
I 370 THÊORTE DE IA VALEUR
' ccUc valeur tViisage penionnelle pourra se réaliser entière-
ment et sans réserves au inarclïé dans la valeur tréchnnfje rrelle de rélahllsseinent en (jueslion, — c’est-à-dire si les actions de celle entreprise industrielle ou commerciale seront cotées à la Uoursc suivant une capitalisation d'un million de dollars.
C’est là une f|uestion qui ne dépend pas exclusivement des j propriétaires de rétablissement. I ^
Mais il V a une dilTérence essentielle entre les deux catéü:o- ^ ries de biens productifs dont nous venons de parler. L’estimation personnelle de la valeur d’usage d’un simple instrument de travail, comme une charrue ou une macinne à battre le blé, par un producteur quelcon<|ae, n’a pas la meme inlluencc sur la valeur d’échange de l’article on question que, d’autre part, l’évaluation du pouvoir productif d’un établissement in-
dustriel ou commercial ou d’une combinaison de plusieurs de ces établissements, en a sur la valeur de marché de semblables coin])le\us productifs. Kn d’autres termes, les deux especes de biens productifs pt'uvent appartenir à des catégories dillércntes de biens, en ce qui concerne la proportion dans laquelle les valeurs de production et d’usage collaborent à la création de la valeur d’échang(‘ objective.
Si l’on considère les simples instruments de travail, — comme aussi la très grande partie des articles d’industrie en général, — cette valeur d’échange objective montre ordinairement une plus l'orte tendance à coïncider avec la valeur de production que cela ne se réalise pour les complexus productifs dont nous venons de parler. Si l’on considère un établissement industriel ou commercial, — une usine <le construction des machines à \apcur ou une mine de charbon ou, mieux encore, un ensemble d’établissements tel que le présente un trust moderne, — - la valeur d’usage et le pouvoir productif que possèdent ces moyens de production dans les mains de leiu's propriétaires ont généralement une inlluence beaucoup plus grande que dans le cas pré(‘édent.
Cela saute aux yeux lorsque nous regardons un établissement ou bien un trust qui dominent plus ou moins le marché et possèdent ainsi un monopole plus ou moins complet. Dans ce cas, la sitïiation privilégiée dans
laquelle se trouvent les possesseurs et les exploiteurs de ces biens productifs pourra les mettre à même de maintenir les cours normaux de la Bourse sur la hase de leur estimation personnelle du pouxoir productif de leur entreprise. Ainsi un complexus de biens productils, comme nous en exaniinons ici, peut, en ce cas, se ranger dans les catégories de biens qui nous montrent une tendance des ]>lus fortes a régler la valeur d’échange sur la valeur d’usage.
Betournons un moment, — avant de rechercher plus profondément encore l’inllucnce que le mono])oIe peut exercer sur la valeur objective des biens productifs, — aux deux théories que nous avons posées rune en face de l’autre, les théories exposées par MNl. Sage et llill.
Sans contredit, le seconda raison de soutenir qu’une entreprise industrielle peut doubler ou tripler la valeur par le fait de son entrée dans un trust, de mémo qu’une propriété valant aujourd’hui i,ooo dollars peut avoir une valeur de 3,000 dollars demain, à cause d’une amélioration quelconque introduite dans son voisinage. Pour que cela ait lieu, il suffit que l’entrée dans la combinaison ait vraiment (ait doubler ou tripler, — d’une façon quelque peu stable, — le pouvoir productif de cette entreprise.
Mais, est-ce que la critique que rencontre l’organisation de nos combinaisons modernes, — critique qui se dirige particulièrement contre le mal de Vu arrosement du capital » (stock loaterlng), — est suflisamment repoussée par cotte réponse générale? Est-ce que par cette réponse nous faisons disparaître toutes les obserxations que le critique peut làirc lors- (pi’il prédit la faillite jirochaine de plusieurs de nos lrusts,ou prévoit meme une crise générale, pour les industries américaines, dès que la période de prospérité relative sera suivie par une période de stagnation des alTaires.'^ Et même, ce que demande M. Sage est-ce autre chose, en déllnitive ([ue la certitude et les garanties nécessaires pour (jue les organisateurs de nos trusts modernes n’élèvent pas la somme de la capitalisation de leurs établissements beaucoup au-dessus, non-seulement de la actual cash value de ces etablissements, mais encore au-dessus de Umlc la valeur f|ui peut résulter
THÉORIE DE LA \ALEüR
072 THÉORIE DE LA \ALEüR
de la considération des améliorations et économies pouvant résulter de la combinaison ?
Quiconque a étudié sérieusement l’organisation de nos combinaisons Industrielles et commcTcIales dcM'a reconnaître ([ue cette certitude et ces garanties ne lont que trop défaut. Jusqu’à présent les organisateurs de nos trusts modernes, grands linanciers et industriels, se sont plutôt servis des améliorations et des épargnes que pourrait apporter la lusion des capitaux comme d’un argument pour la défense de leurs spéculations financières qu’ils ne les ont considérées comme une base fixe et solide pour leurs calculs lorsqu ils cbillraient le capital à jîlusicurs fois la valeur d’inventaire. (Vest la une criti(jue dont la justesse est maintenant généralement reconnue. Les fondateurs de nos grands trusts se sont pliilot révélés comme agioteurs que comme organisateurs consciencieux d’une industrie nationale ou internationale.
Nous avons vu, d’autre part, que si un établissement industriel ou commercial n’a pas nécessairement la sitiq)Ie valeur de ce qu’il représente en inventaire : batiments, machines, etc , c’est-à-dire en actiial cash value il ne vaut pas non plus absolument et sans réserve ce qu’il représente en pouxoir productif poiver). Au contraire, l’inlluence
([uc ce pouvoir productif et l’aptitude à donner un certain profit exercent sur la valeur de marché, dilVère beaucoup selon la nature de rindustrie et la situation particulière de l’établissement en question.
Nous allons examiner un exemple que l’on cite 1res souvent aux Elats-l nis, lorscju’on veut prouver que la earniivi power d’une entreprise capitaliste doit rationnellement servir de base à sa capitalisation ; il s agit d’une entreprise sur la valeur de laquelle le pouvoir protluctif a une inlluence essentiellement importante, — si importante que 1 exemple peut nous prouver en meme temps combien peu nous serions autorisés à en déduire ([ucl(|ue règle universelle s’appliquant à toutes les branches d'industrie, de commerce et de transport, nationales et internationales.
Un journal peut, avec un capital de 000 francs, donner facilement, dans certaines conditions, un profit net de
THEORIE DE LA VVLEl R
000,000 francs par an. Pourquoi ne fixerait-on pas, dans ce cas, la capitalisation sur la base de ce profit net, sans avoir égard aux frais de reproduction que coûterait la reconstruction de rentreprise ? Dans ce cas, le profit exceptionnellement élevé pourrait être dii à la direction habile du journal, ou bien à l’appui dont il jouit de la part d’un parti politique ou encore à sa clientèle fixe acqviise par de longues années de travail assidu.
Cet exemple nous indi(jue, par sa nature, les causes de rinducncc particulière exercée ici sur la valeur de marché de l’entreprise j>ar son pouvoir productif. La situation privilégiée d’un tel journal exclut, pour ainsi dire, cette entreprise de la libre concurrence générale. C’est cette situation privilégiée ([ui accorde au pouvoir productif et k\a earnifuj power de celte entreprise assez de stabilité pour que la valeur d’usage éventuelle (prelle possède dans les mains de ses propriétaires et directeurs puisse se maintenir entièrement et se refléter dans les cours des actions de celle entreprise à la Bourse.
Est-ce (|ue le pouvoir de donner des profits, le eartnmj po~ lüer de nos trusts modernes nous montre la même stabilité? Pris en général : non ; et d’autant moins, assurément, à mesure que les combinaisons sont davantage basées sur des spéculations financières et moins exclusivement sur un calcul consciencieux desavantages qu'elles pourront procurer ; — d’autant moins aussi, généralement, à mesure (pie la branche d’industrie ou de commerce à lacpielle se rapporte la combinaison est, elle-même, flottante, instable et exposée à des crises ])ériodi(pies, et que la combinaison n’a pas pu prouver encore, pendant sa courte existence, qu’elle pourra braver les tempêtes (i).
(i) Une preuve éclatante de ce qu*en général nos combin.iîsons indus-* trielles et commerciales modernes ne possétient pas encore la stahilité dont nous jwilons, nous est fournie par un représentant d'un de nos trusts qui ^oulait prouver le contraire dans la revue américiûne -Vor/Zi Amerûvm JReview. M. Charles Flint a dressé une liste comprenant quarante-sept eumhinaisuna des Etats-Unis, liste contenant, à coté des noms des dilTérentes soeiélés, leur capital (en actions ordinaires et actions de préférence), le profit net de cixa-
Nous retournons ru plicnonienc (juc nous éludions j>arli— culièremoul ici. Eu général, la certitude dont nous avons parlé plus haut, n’est acquise par les combinaisons modernes (|u’à mesure (qu’elles dominent plus complètement le marché et obtiennent un monopole plus ou moins stable dans leur branche particulière d’industrie, de commerce ou de transport. Do même qu’un journal soutenu par un parti pobtupic exerce déjà un certain monopole dans son cercle d’entreprisi'. une combinaison peut obtenir un monopole pareil dans l’industrie, le commerce ou le transport, lorsque le capital représenté par elle est assez grand pour empêcher plus ou moins complètement la concurrence. S’il eu est ainsi, celte combinaison peut donner des prolits aussi surs cpic le sont parCois les dividendes d’un journal <[ui est soutenu par uu parti politi([uo.
Au iiir et a mesure que croit donc le pouvoir monopolisa-
l'une trcnlre clies pour une période de six mois, le cours des actions a la Bourse à un moment déterminé (le i3 mars n)Oi),Ia \aleur de inart né totale des entreprises déduite des données précédentes et, enlin, les rapiiorts du protu net soit à la valeur de marché soit à la valeur nominale des entreprises. ^ irp , L
De semblables listes sont toujours, par leur nature, defecluc'iscs , et
notamment un tableau, comme celui que M. Flinl a dressé du prolit net de dilîércntes combinaisons pour une période de six mois, esl,^'\ns doute, du nombre des stalisti(pies qui méritent le moins de confiance.^ Dans les entreprises industrielles et commerciales gigantesques dont il s’agit ui. le contrôle n’est guère possible pour les statisticiens cl une comparaison statistique du genre de celle-ci doit donc nécessairement rester infruclueusiî.
M. Flint \oulant nuus proiner <pic la capitalisation des Inisls ne se Lise pas trop sur ce iju’on apjMîlle en Amérique e do l’eau y> {tmter}, mais que, au contraire, les organisateurs « oprent sur une l>ase très saine » («ce /nidimj on « verY sound bnsls)^ nous montre que les quarante-sept corporations comprises dans sa liste, ont fait un projît net moyen par «n de 7,6'! 0/0 de la somme de leur capitalis;ilion aa pair.
L’auteur cependant ne s'est pas donné la jieinc de nous expliquer comment il est possible, — a\ec une pareille |>rospérilé dans toutes ces indastnes,
que, non seulement les actions ordinaires de quarantc-<piatre sur ces
quarante-sept corporations restent à la Bourse au-dessous du jiair, mais qii il en est de mémo des actions de préférence de trente et une de oes <'mqH>ralioiis C’est d'autant |>liis curieux queré£KX[ue, en ce qui concei-ne le martdie (le rargenl aux Ktats-l ni.'*, était i^aii printemps de lyoi) particulièrement fa\orable. Nous |K>iivons d’ailleurs contrôler la vraie \aleur de la grande majorité des trusts examinés en com|>arant, \ur exemple, leurs cours à ceux d’entre eux qui, comme celui du tabac et d îiutres passent pour mériter la confiance des capitalistes et ne subissent point une dépréciation semblable.
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leur d’une combinaison iiulnslriellc on commcrcirde, la xalcnr de marché de sesétablis-scmcnls, — c’esl-a-dire le cours de ses actions à la I5onrse, — angmenlcra ; ainsi sacccnlnera sa h'ndance à la coïncidence avec le jRmvoir prodnetil qn’oiil les établis.semcnts entre les mains de leurs propriclaires éven- Inels et sons les directeurs (jui les mènent. Dans la même mesure aussi, les profils que rapportent les élablissoincnls entres en combinaison serviront de base plussnre a la capitalisation de renlroprisc.
Est-ce ipie les antres inllnences auxquelles se rélèrent les représentants de nos trusts, u ameliorations leclmiqncs » et (< épargnes » de toutes sortes, ne procnrenl pas la meme securité à ce sujet P M. llill, qui nous 1 assure dans la revue américaine, nous pixinvc dans le courant de sa réponse même à M. Sage cpic le contraire de celte assertion est pins près de la vérité, il nous renvoie à ragricnllnre anglaise ; de nos jours, dit-il, les terres arables d’ Vnglclcrre représentent un type agronomique bien plus élevé qn elles ne 1 ont jamais fait auparavant ; mais il reconnaît non moins catégoriquement que, malgré le perfcclionncinent Icclmiqnc de ragricnllnre, ces terres n’ont plus la valeur qu’elles possédaient il y a vingt-cinq ou cinquante ans Le paysan anglais a vraiment rencontré dans son collègue des Etals centraux et occidenlfinx de rAmérifjuc du Nord des rivaux qui lui sont supérieurs.
11 résulte aussi de là un autre fait, non moins irréfutable ; ne l’industrie des États-Unis d’Amérique, représentant lie nos temps le type le j)lus élevé du développement mdnslriel, sc heurtera, dans l’avenir, à des concurrents avec lesquels elle ne pourra pas sc mesurer à chances égales, — par exemple à l’industrie naissante de a'rtains nouveaux pays industriels comme l’Allemagne, la Uu.ssie, la Cliine on le Japon, pays on le travail est moins rémunéré, tandis ipie, d'autre part, les entrepreneurs pourront x posséder penl-ôlrc d’ici peu de temps les inacliincs les plus perfeclioniiées, — alors, les avantages donnés par les améliorations techniques et les épargnes qu’ont apportées les trusts américains se perdront avec non moins de certitude que ceux de l’agricnlture perfectionnée de l’Angleterre ; en somme, le
THÉORIE DK LA. VALELR
3y{) THÉORIE DE LA. VALELR
même sort qui a été réservé à celte dernière cl (jue M. Ilill a si bien mis en lumière atteindra également 1 industrie nord-
américaine. . , ,
Cela arrivera à mesure (m’en Europe et en Asie se généralisera l’organisation moderne de 1 industrie, tle sorte ([u une combinaison capitaliste pourra être opposée à l’autre.
Ainsi lesavantagcsipi’apportent les ameliorations tecbniques et la direction particulièrement babile d’une industrie peuvent se perdre dans la concurrence : de même, les périodes de privspérilé industrielle et commerciale sont iV-gulièremenl suivies par des périodes de crise. Une telle crise peut résulter de ce qu’une industrie, étant en plein dévcloppiunent et surpassant d('jà la demande du marebé national, éprouve des difficultés considérables pour trouver de nouveau.v débouchés.
Parmi tous les avantages dont peut jouir une industrie nationale ou internationale, l’un assurément est d un carai:lère plus durable que l’autre, soit par sa nalurij générale, soit parson application à une industrie particulière. Sons le système de la concurrence capitaliste, cependant, nulle influence, en général, ne peut accorder la même stabilité que le monopole, Lda s’appliqueà toutes les branches de l’industrie, de l’agriculture, du commerce et du transport, cl la raison en (îst justement que le monopole fait, d une façon plus ou moins absolue, cesser la concurrence même.
On s’explique aisément pourquoi nos combinaisons modernes se sont cITorcées et s’elTorceront dorénavant encore d’acquérir un pouvoir monopolisateur pouvant s étendre incessamment, nationalement ou même internationalement.
Aux États-Unis, les grands capitalistes commencent à comprendre la difficulté (lui se pose ici ; Si celte inonopolisalion ne peut pas s’achever dans une branche après 1 autre de 1 industrie, du commerce et du transport sons la direction du capital américain, l’industrie de ce pays n’aura pas la stabilité nécessaire à son développement futur. Uendanl le» derniers mois on a pu apercevoir, spi'cialement panm les grands industriels des États-Unis, un cbangement d’opinion tout à fait remarquable concernant le même protectionnisme (jni, dans le passé, a mené plus d’uue Industrie américaine
THÉORIE DE LA VALELM
a son développement actuel. Cela nous prouve que la vérité (|ue nous venons de découvrir s’impose avec une lorce essentielle.
En elTet, le système de la protection commerciale a pu être utile aux grands capitalistes américains à une époque où les industries de leur pays devaient encore se mettre sur pied ; mais pour le développement ultérieur des Etats-Unis, en tant (pie pays industriel, ils ont besoin maintenant de pouvoir tranquillement et librement monopoliser sous leur direction omnipotente ces memes industries, nationalement et internationalement.
Lorsque nous exposerons tout a riieure ce que signifie le pouvoir monopolisateur <pie nos trusts modernes exercent déjà à un degré fort considérable, lorsque nous verrons combien ce pouvoir peut mettre les entrepreneurs coalisés a même d’élever les prix de leurs marchandises au-dessus du ni^eau (pi ils atteindraient sous le système de la concurrence libre. îilors le système de la capitalisation des entreprises industrielles ou commerciales d’après leur capacité de donner des profits (leur earning capacily) nous apparaîtra sous un jour tout autre (i ).
Nous faisons remarquer encore que les représentants de nos trusts modernes nient catégoricpiement, d ordinaire, qu’ils aspirent à Tobtention d’un pouvoir monopolisateur. « Une industrie, écrit Charles M. Schwab, (|ui est assez importante pour justifier l’existence de la combinaison, a aussi assez d importance pour attirer ducapitalcn concurrence, si elle cherche à hausser déloyalement (iHï/uù'/yj le prix de ses produits... Si grande que puisse être une industrie, elle ne peut pas raison-
(i) Voir rohscrvalion faite bien inu opos. à ce sujet, i>ar railleur du rapi)ort statislitjiie publié dans le BullcUn du du Travti^ ù
\Vashington : « Il faut sc rappeler, cependant, que si les réclamations de bien des gens concernant le pouvoir qu’auraient les grandes combinai^ns industrielles, de faire hausser les prix aii-tlessus du niveau de concurrence étaient justiHées, ce principe de la capitalisation d’après la earnimj capacily indiquerait simpleiiienl la capitalisation du pouvoir monopolisateur. Gela peul- Are dissimulé, naturellement, |>ar des expressions telles que « relations de commerce » (fjood nnllf, a exjHuiencc d’alfaires », « habileté en affaires », ou tout ce que l’on voudra. (Loc. cit., p. C71.)
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nablemcut espérer monopoliser le commerce dans sa direction, à moins qu’elle ne possède (juelipie brevet on quelque procédé technique qui lui soient particuliers » (i),
î\ous n’avons guère a nous occuper de pareilles assertions, d’autant moins qu’il no peut s’agir ici ([uc d’une dilVérence d’opinion sur ce qui doit être entendu sous le nom de « monopole », ainsi que de la question traitée par nous dans un chapitre précédent, à savoir si jamais un monopole peut être considéré comme complet et durable. Aussi pouvons-nous tranquillement passer sous silence de telles déclarations do la part des représentants de nos grandes combinaisons industrielles et commerciales, dès que nous sommes convaincus que. l’aspiration vers le monopole est dans la ligne de développement de nos industries et de notre commerce en tant que ceux-ci sont organisés nationalement et internationalement suivant les principes capitalistes.
Nous désirons répondre encore à un argument que nous venons de transcrire : on nous dit qu’une industrie qui est assez importante pour faire réussir un trust, l’est assez pour attirer du capital en concurrence, dès que les monopoleurs de cette industrie tâchent de faire hausser déloyalement les prix.
E\ideinment, cette allirmation est lausse et nous nous occuperons un peu de son evainen avant d’entrer dans nos recherches spéi'ialcs sur rinlliiencc (ju’cxercent les combinaisons et monopoles sur les prix de marche des dillércnts articles de consommation. Dans le cas qui lui est le plus lavorahle, l’onl repreneur entrant en concurrence avec un de nos trusts
(i) Voir la \orih Americnn lîe.oieto, foc. rt/., p. tj5y. Il est intéressant (l ohserNcr eomincnl les représonlanU des grandes combinaisons se contredisent à ce sujet. Le mémo M. Si hwab en nous parlant plus loin de sa propre industrie tlil : « Ln monopole dans 1 industrie du feret de I acier est une impossibilité. Nulle personne ou nul corps de personnes ne siiurait eUectuer une ebose pareille. Nulle personne sensée ne rêverait de rentrcprendriy Un monopole des champs <le froment de Minnesota et des Dakolas, ou celui des forêts de fruits de la (Californie serait, par compraison, une chose simple. »
(Loc. cil , p. OÜ2.) ^ '
A\ant lui, au contraire, M. Ilill i|ui, — comme president dune granue compa»^nie île chemins do fer. — peut savoir ce que signilic un monopole dans r'inJustrie du fer el de Tacier, axait prétendu, A son tour, que la compagnie Carnegie seule était déjà si coloss;de e qu’elle dominait absolument le marché d’acier » (Loc. cil , p. (iV^).
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modernes, doit posséder un cnpilal assez grand pour lui permettre d’adopter tous les perfectionnements techniques de son industrie, afin qu’il puisse faire à la longue (piehpics j)rolits.
(iC n’est pas (ont. l'n Ici entreprenenr doit au.ssi pouvoir >cndre ses produits, peut-être pondani une période assez longue, à des prix restant bien au-dessous de ses propres frais de production ; il devra le fairt* partout où le trust, de son coté, hais.serales prix pour chasseur du marclié le capital rival ; aussi, cette baisse de prix pcMtl-ellc dépasser lonte limite. Non seulement une pareille nécessité se présente encore journellement au marché national et international dans le cas de concurrence sérieuse, mais nous connaissons aussi sur ce point la tactique usuelle et historique do nos grandes combinaisons ; nous savons que c’est l’arme redoutable qui, i\ côté des avantages (pie leur concédaient les chemins de fer, a collaboré le plus à la victoire des trusts et à leur développement actuel.
Les (Milreprencurs indépendants désirant combattre un trust moderne à chances égah's, doivent donc disposer d’un capital (|ui égale au moins celui de l’adversaire. Cela veut dire, en termes généraux, (ju’unc combinaison sera opposée à imo autre. Eu elfet, loi a été le cas, pcuidanl ces dernières années, dans plusieurs industries, juscpi’à ce que, àla longue, les combinaisons rivales so soient unies en une seule corporation contre laquelle dorénavant la concurrence était devenue impossible ( t).
Il y a longtemps que la crainte de ce qu’on appelle la
(i) Dans un arlirle récent du Duîfy News^ on lit les justes observations qui suivent :
a Pour pouvoir s’élever, la concurrence devrait commencer quelque part. Elle ne peut pas subilemenl inonder le pays. Dans le tlislrict où elle fait son apparition, le trust kiisse tout à coup ses prix, justju’à ce que le rival local soit coulé à fond, après quoi les prix sont de nouxcan haussés. Par conséquent, il n’est d’aucune utilité de romluiUre un trust, A moins (|iie VOS fonds n’égalent les siens, si considérables que soient les proHts ordinaires du trust. Vous pouvez faire diminuer scs profits, mais vous ne pouvez pas en faire vous-même, jusqu'à ce que vous ayez j)oussi‘ le trust dans la cour des banqueroutes pour devenir on réalité trust, vous-méme. Le résultat net serait, dans ce dernier cas, qu’un trust prendrait la place d’un autre, tandis que le [uiblic resterait dans la meme situation qu aiq>aravanl. « [Dtiily Xeios^ 5 avril 190a. The périls of trusts, ITl.)
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(( Conçu riTtice polcnliellc »> Qwlenlinl coinpeliUoii) n inquiété plus les grandes combinaisons induslrielles et commerciales. Il ne laut pas non plus oublier que la soi-disant concurrence potentielle suppose la construction possible d’établissements qui non seulement coûteraient des millions dans les circonstances modernes de la production, mais qui demanderaient aussi un certain temps avant de pouAoir être achevés et mis en exploitation de sorte que, dans le cas le plus favorable, ils ne pourraient entrer en concurrence ell’ective que quelques années après rachèvement du projet de leur construction.
Cela nous explique, premièrement, que les combinaisons peuvent toujours prendre à temps des mesures pour decouraijer tous ceux qui voudraient commencer la lutte de la concurrence, — mesures telles que l’abaissement des prix de marché aux endroits où le capital rival entrerait en scène, la dissimulation des profits obtenus sur la balance annuelle, etc. 11 nous explique aussi pourquoi un monopole temporaire a jui, souvent, exister pendant de longs mois, dans une branche d’industrie, avant même que l’organisation nationale et définitive de cette industrie eût été terminée.