CHAPITRE H
Lv WLEun d’usage personnelle
Apres les ronsidéralions générales précédentes sur la nature de la valeur d’usage, ja valeur d’usage personnelle se délinit d’clle-méine. C'esl la signification gu'nn bien peut avoir pour le consommateur d'après les besoins et les désirs individuels de celui ci etl'aptiliide que possède le bien en question èi les satisfaire,
Nous avons donc à compter ici avec deux catégories de facteurs : d’une part avec les besoins et désirs personnels du consommateur, de l’autre avec toutes les propriétés et qualités des richesses ainsi qu’avec les quantités de ces richesses qui peuvent être à la disposition du consommateur et les conditions spéciales sous lesquelles celui-ci peut les obtenir,
La valeur d’usage personnelle des biens augmente ou diminue donc en premier lieu avec les besoins et désirs personnels du consommateur, c’est-à-dire avec certaines dispositions physiques, intellectuelles et morales de la personne même, qui. comme possesseur et consommateur, se met en rapport avec ces biens.
Envisagé de ce point de vue, un bien petit être considéré comme possédant autant de valeurs d’usage personnelles qu’il y a des personnes pouvant être en rapport avec lui en tant que possesseurset consommateurs, Ledéveloppementphysique, intellectuel et moral des hommes variant infiniment, on ne saurait indiquer d’une manière absolue la quantité de valeur
THÉORIE DE TA A^VLELR
pc-rsonnclle des biens ; d’autant moins qu’il intervient ici des manifestationsderàinedilVérant infiniment selon les individus et, chez le même individu, selon les moments et les ciiconstances. Lorsque nous parlons donc, dans le présent cbapitie, de la valeur d’usage d’un objet quelconque ou d’une certaine quantité d’un bien, il s’agit toujours d’une manifestation de la valeur particulière (juc cet objet ou cette quantité d un Ijien peuvent posséder pour le consommateur lui-méme et dans les circonstances où celui-ci se trouve au moment donné. Cette manifestation se présentera sous la forme d’une équa tion du bien en question avec une certaine quantité d un autre Inen.
Si deux personnes, — ou une seule personne a deux moments dilTérents, — estiment (|ue la même quanlllé d’un bien (pielconque est équivalente à des quantités dillerenles d’un autre bien, de sorte qu’ils soient prêts dans les deux cas à abandonner l’une pour l’autre, — nous nous trouvons en présence de deux équations dilTérentcs ; c est la le lait
réel, que nous Rurons a examiner. ^ ^ ^
A estimant .r francs, dans des conditions déterminées, équivalents à J litres de vin, H à 2 j litres du même vin, lesdeux équations expriment le dilîérent intérêt qu à un moment déterminé, A et B portent aux biens en question : la monnaie et le vin. La dilTérence peut provenir de l’évaluation dilférente de la monnaie seule, ou bien du vm seul, ou encore de tous les deux.
Avant donc à compter, en matière de valeur d’usage personnelle, avec une grandeur Instable et inconstante, comme les impressions de l’Ame humaine dont elle dépend, nous ne pouvons nullement nous ranger du côté de ces économistes qui se sont appli([ués à construire des schèmes fixes et des formules minutieuses pour les évaluations personnelles sur lesquelles se base la valeur d’usage des richesses. Ces schèmes et ces formules ne peuvent pas nous doiinei une expression quelque peu juste du jeu complicpié de^ la nature dausuu domaine aussi imprécis que celui des évaluations
personnelles des valeurs d usage.
C’est particulièrement l’école autrichienne de Menger et Bohm-Bawerk. ayant atteint son plein développement dans
THÉORIE DE LA. VALELU
1 œuvre de ce dernier économiste, qui s'est occupée de reclierchcs assidues cl dolaillees a ce sujet. Si ces recherches s’appuient sur des principes psychologiques et économiques Lien et dviment établis, il ne sera sans doute pas sans intérêt pour nous de suivre ces auteurs dans leurs développements subtils, tout en doutant de leur valeur réelle pour la vie sociale.
« Nous attribuons, dit M. Bohm-Bawerk. la plus haute importance aces besoins dont la non-satisfaction aurait notre mort comme conséquence ; à coté d’eux nous plaçons ceux dont la non-satisfaction causerait un préjudice sérieux et durable à notre santé, à notre honneur, au bonheur de notre vie ; au-dessous viennent tous ceux, qui mettent en jeu des soutVrances, des douleurs ou des ])rivations plus passagères ; enlin nous placerons tout en bas ceux de nos besoins dont la non-satisfaction ne nous conte qu’un très léger désagrément on l’abandon dune joie dont nous ne faisons que très peu de cas. D’apres ces caractères, nous pouvons établir une \éritablc série ou échelle indiquant rimpoiiancc de nos besoins (i). a
Admettons qu’en elTet ces règles générales pour déterminer Turgence des dilTérents besoins humains correspondent à la réalité, ce qui. tout bien considéré, ne peut pas être, pour la raison que ces règles fondamentales varient avec les personnes mêmes des consommateurs. Nous pourrions, par exemple, nous demander s’il n’y a pas lieu de laisser une place ouverte à certains besoins (jui sont supérieurs à ceux dont la non-satisfaction cause la mort ; évidemment, il peut y avoir des individus pour lesquels certains besoins moraux ou religieux, ou certains désii's qu’ils jugent étroitement liés à leur honneur, pèsent plus que les besoins de la vie matérielle.
Toulon acceptant cependant la classification arbitraire que nous donne Bohm-Hawerk. est-ce que nous apprenonspar la l’importance relative, non de certains besoins en général, mais des besoins réels et détcrmlnésque nous montre un individu donné à une époque déterminée, dans des circonstances précises, besoins dans lesquelsse révèle commu-
(i) Bühm-IUwkrk, KapiOd und Rapilal:ins,i. II, liv. lll,tl»ap. i,S
nément tout un jeu compliqué de diverses tendances et inclinations humaines?
e Chaque réveil de la faim n’a pas la même intensité, ni chaque satisfaction de ce besoin la même importance », nous fait observer déjà M. Bohm-Baxverk dans le même passage ; (( Dans l’échelle des catégories des besoins, le « besoin de nourriture» dans son ensemble se place avant les besoins de tabac, de boissons splrilueuscs, de parures, et ainsi de suite ; ici, au contraire, s’entrecroisent les besoins des catégories les plus diverses » (Loc. ci/., p. i^q-iSo).
Au lieu, pourtant, dose contenter de ces considérations générales sur la nature des besoins humains, telles que nous venons de les empruntera l’iin de leurs meilleurs représentants, les économistes de l’école utilitaire moderne ont cru devoir aller plus loin et nous mettre sous les yeux des formules et des tableaux fixes et soigneusement élaborés pour nous exposer les besoins humains dans leurs divers degrés d’importance et leur action réciproque. M. Bohm-Bawerk croit pouvoir représenter dans ce but les besoins humains par les cbiiïrcs lo. 9. 8. etc., jusqu’à o (i), comme si la représen-
(i) «A proprement parler, (Ht M. Bôum-Rawerk, qui, évidemment, a éprouvé plus vivement le (( besoin » de clarté dans l’exposition que le désir d’examiner ce qu’est un besoin ou désir humain, « la catéjrorie la plus importante ne se dislinffue de la moins importante qu’en ceci : chez elle, dans un certain sens, la tête s’élève plus liaut, tandis que la Jjase se trouve chez tous au même niveau ».
Et il nous présente le schème suivant :
38 TIIKOUIE DE LA VALEUH
latlon d’un groupe de besoins par une série de chiiïres aritliméllqucs, n’était pas déjà un procédé arbitraire que la science n’autoriserait qu’après la preuve de sa légitimité. Ce n’est pas le droit de représentation en chillres des pbenomènes sociaux en général que nous contestons ici ; cela peut être en certains cas légitime et utile (que l’on pense à toute la science moderne de la statistique). Cependant, pour le phénomène qui est cher à M. Bohm-Bawerk et a son école, c est— à-dire pour les besoins personnels, nous ne voyons aucun moyen de les soumettre à la mesure et de les exprimer en chilVres ; il est donc Impossible d’atlficher aucune valeur scientifique, à des schèmes dont les termes nous sont donnés sans aucune espèce de justification,
Stanley Jevons, comme tant d’autres économistes, a choisi des surfaces pour nous exprimer les évaluations personnelles des biens et des quantités limitées d’un bien. A mon avis, il est tombé dans les mêmes erreurs que l’école autrichienne (i).
« Dans cc schème, dit-il, les chifTres romains I-\ Indiquent les clilTcrenlcs categories de besoins ainsi que leur rang en ligne descendante ; 1 représente la catégorie de besoins la plus importante, par exemple le besoin de nourriture, N une catégorie d’inqiortance moyenne, par exemple le besoin de boissons spiiitucuscs, X, au coulraire, la catégorie de besoins la moins importante que l’on peut imaginer », Les cbilîres arabes lo— i représentent « les besoins concrets ou besoins partiels concrets qui so trouvent dans les diverses catégories » u ....plus la catégorie est importante, plus haut s’élève le besoin concret le plus important qu’elle renlerme ». On peut considérer comme des exceptions u les catégories de besoins IV et \ II »
« dans lesquelles, pour des molil’s techniques, une satisfaction successive
par actes partiels est imparfaitement possible sinon absolument impossible, de sorte que le liesoîn doit être satisfait entièrement ou pas du tout. Le besoin de poêles, par exemple, est déjà si complètement satisfait j»ar un poele, qu un
deuxième serait tout simplement inutilisable », (/oc cil , p. i53-i54).
(i^ Jevoss distingue entre elles « l’utilité totale provenant d une ilenrce
quelconque » et (t rutililé s'attachant à une J portion jiarticuÜére quelconque de celte den-
V rée ». Il prend comme exemple les denrées
\f alimentaires et nous exprime ses calculs sous
^ la forme d’une bgure (voir la ligure A)
accompagnée du texte suivant;
« La loi de la variation du degré d’iililîté
A, (les aliments peut donc être représentée par
I une courbe continue pb(f , et la hauteur
e . • â' " * abaissée de cba'pie point de la courbe sur
p. A lii ligue oa^, représente le degré d’utilité de
\iy Jenréc lorsqu’une certaine |ïarlîo en a clé
coDsonimée.
THEOaiE DE LA VALEUR DQ
Aussi ne suivrons-nous ni l’un ni l’aulre exemples. De prime abord nous faisons observer ici, que nous pouvons examiner au point de vue sociologique les grands principes vitaux de notre race humaine, mais (|u’il ne nous est pas donné, généralcmenl, de les exprimer en formules et en tableaux, ou de les enfermer dans une figure mathématique. Pour cela la vie sociale des hommes, si complexe dans toutes ses expressions, nous met trop rarement en présence de purs problèmes
« Ainsi, quand la quantité oa est con.sommée, le degré d’utilité correspond à la longueur de la ligne ab ; car. si nous prenons une toute jiclile quanlilé d’aliments en plus, ad, son utilité sera à peu de cbo.se près le produit de an et ab et cela avec une approximation croissant au fur et à mesure que a« est moins grand.
Le degré d’utilité est ilonc réellement mesuré par la hauteur d’un rectangle 1res étroit correspondant à une quantité d’aliments très petite, qui théoriquement devrait être inliniincnt petite ». {The Theory of PoUtical AVonomy, ch. iii, 3* édit., p. 48-^9)
Les critiques que nous avons déjà adressées à la théorie de M. Rohm s’appliquent aussi à celle de Jevons. Tout aussi arbitraires que les cbilfres du premier, sont les ordonnées du second. La courbe de Jevons n’aurait une valeur scicnllli([uc que si la détermination des lignes Pm, </«, t-'lc., avait reçu une justification quelconque. Ce qui n’a pas été fait... et pour cause. De send)Iahles figures et combinaisons de chilTres eonsirniles soi-disant pour éelairelr la question sont évidemment indispensables aux représentants de la doctrine uliliUire moderne; elles sont une partie esscnliello de ce système qui réduit toute valeur à des évaluations subjectives. Comme exemple de telles illustrations nous mentionnons encore les « courl>es d’utilité ou de besoin )) de M. Léon Walras \Le premier économiste chez qui on trouve ces courlMis est 11. H. Gossen). On peut varier d’opinion sur l’appui que les matliéiuatiqucs peuvent prêter à certaines parties de la science économique, mais il laut convenir que les illustrolions (juc nous venons d’examiner ont plus conlrilmé à confondre qu’à éclaircir les problèmes économiques, leurs créateurs se montrant moins économistes que mathématiciens.
bien ne nous prouve, en clîet, pimr revenir aux naïves démonstrations malbémaliqiies de Je\ons, que, lorsque rulililé des biens augmente ou diminue avec la diminution ou l’augmentation de leurs quantités, elle se conforme aux schèmes (juo Jevons nous met sous les yeux dans sa théorie reclaniîulaire. Encore moins aurons-nous le droit d^aecepter les conséquences que l’on déduit de pj»reils schèmes arliilrairement construits.
Notons encore combien arbitraire et contestable est déjà l’hypothèse posée par Jevons et autres que rutilUé puisse être considérée connue une quantité à deux dimensions. (« rUlililo peut être traitée comme une (junntilé ù deux dimensions^ une dimension consistant dans la quanlilé de la richesse et l’autre dans rinlensité de l’effet produit sur le consommateur ». Staxi.ey Jevons, Ioc, c/L, p. 67). Pourquoi ne complcrail-on jws trois dimensions en considérant la durée de reffel comme troisième facteur ? Dans la sup]>osition de Jevons il serait dès lors nécessaire et qne la <ynrm/dé de la ilurce fût injinimenl petile et que la durée de rulilité fvït injinimenl courte.
TUÉOlUE DE L.\ VALEUR
de quantités. Cela ne s’applique pas uniquement à la valeur des richesses ou tout spécialement à leur valeur d’usage personnelle ([ue nous étudions ici, mois à la science écono- Tui(|ue en général. Lorsque, au sujet de la vie sociale re<dlc, nous ne désirons pas IVanchir à chaque pas les limites prescrites à toute science, nous devons nous conlcnter, en règle générale, d’examiner les laits réels dans les action iiumaincs. C’est d’eux que nous devons inférer les lois économi(|ucs qui gouvernent la vie sociale des hommes sans nous laisser entraîner à fixer dans un calcul ou dans une courbe les impressions de ràrne humaine, impressions si infiniment variables et insaisissables dans leur jeu prolond et dont l’ensemble est seul capable d’expliquer les manifestalions de notre activité.
En outre, dans le cas spécial de la valeur, il n'appartient pas, à notre avis, a la science économique de rechercher les évaluations qu’un individu, Jean ou Paul, pourrait bien laire d’un objet quelconque ou d’une quantité donnée de quelque denrée, dans les circonstances momentanées de sa vie personnelle.
La tîiclie essentielle de la science économique, en ce qui concerne la valeur des richesses, consiste a rechercher la valeur que représentent les biens indépendamment d un individu donné, tant comme valeur d’usage générale que comme valeur de production sociale, ou encore comme valeur d’échange objective se réalisant au marché.
Eu tant que les évaluations personnelles peuvent influer sur celte valeur objective, nous avons, assurément, a compter avec clics ; relativement à leur influence, cependant, nous n’aurons à nous occuper généralement que des résultats finaux qui nous viennent sous les yeux et des principes généraux de l’action humaine qui les expli((ucnt. Il ne nous est pas possible de connaître toutes les possibilités accidentelles et individuelles. Dès que la science économique nous construit donc des ligures et des schèmes abstraits, qui prétendent réfléchir le jeu des besoins humains concrcls cl réels, idle quitte le domaine de la science positive pour aborder celui de 1 a conjecture.
Nous avons d’autant plus a nous abstenir ici des calculs de probabilités que, — comme nous l’avons fait remarquer déjà, — ce ne sont pas seulement les besoins personnels, variant a chaque instant, qui entrent en jeu ; ce sont aussi tout ensemble les propriétés et qualités particulières des biens memes, les quantités qui en sont disponibles et les conditions dans lesquelles ils le sont, qui collaborent à la production des résultats finaux de l’évaluation personnelle, partout où celleci mérite le nom d’évaluation économique.
Si donc le calcul des probabilités peut nous fournir une aide utile dans la science économique, il ne peut du moins rien nous apprendre quand il est question de révalualion purement subjective et individuelle de la valeur d’usage.
Nous devons remarquer en outre que, dans la vie sociale réelle, il n’y a pas d’objet qu’on puisse considérer isolément quand on juge sa valeur. Tout objet examiné se trouve en contact avec son milieu et ne saurait être jugé indépendamment de celui-ci.
Comment l’homme pourrait il apprécier la valeur des allumettes dont il se sert le malin pour faire du feu, sinon en combinaison avec le café et l’eau potable, le pain et le beurre qui servent aussi à son premier déjeuner ?
Un examen isolé des évaluations personnelles de chacun des biens dont chaque consommateur se sert tous les jours, est une pure impossibilité.
Nous reparlerons encore à maintes reprises de ce'tle théorie qui, en dernière analyse, réduit toute valeur à des évaluations personnelles ; mais il reste certain pour nous que les principes memes dont clic part sont insoutenables a p/wi. Il est évident que les évaluations personnelles peuvent toujours influer sur les phénomènes objectifs de la valeur, mais ces derniers restent, quand meme, des phénomènes objectifs, qu’on doit distinguer de révalualion subjective qu’ils peuvent provoquer. Celle vérité, qui est de grande importance pour rintelligence de la théorie de la valeur, se présentera plus clairement encore à nos yeux dans le courant de notre étude.
TIlÉOlUE I>E LA VAHU'R
Kn examinant la valeur d’usage personnelle des Liens, nous avons à Caire abstraction, pour le moment, de rinlérêt que les biens peuvent avoir pour la sic et le bien-tMre de riiommcen général, et nous devons prêter toute notre attention à l’intérêt qu'ils ont pour >in consommateur quelconque.
La valeur d’usage personnelle des objets, on clTet, se rapporte à la personne du possesseur ; les besoins ou désirs personnels (ju’ils satisfont se présentent ici, non pas comme besoins et désirs humains en général : besoins généraux de nourriture, d’habillement, d’habitation, etc., mais comme des besoins ou désirs concrets et parfois momentanés d’un certain consommateur, .\ussi, pour le moment, avons-nous à considérer la valeur d’usage des biens comme indépendante et du travail qu’a dépensé le producteur et dt^ celui qui est épargné au Consommateur par leur ac([uisition ; comme indépendante également des avantages qu’ils peuvent avoir pour le consommateur par leur aptitude à être échangés contre d’autres biens. Les biens tels que nous aurons à les considérer actuellement sont entrés dans la dernière pba.se de la circulation, celle de la consommation immédiate. Ce n’est qu’à la lin de notre analyse et en examinant l’action que la valeur objective, sous dilTércntes formes, peut exercer sur les évaluations personnelles, que nous aurons à compter encore avec d’autres facteurs que.des facteurs purement subjectifs.
La question étant ainsi posée et la valeur d’usage comprise comme valeur subjective considérée dans un sens individuel, il est évident que le plaisir ou l’avantage que le consommateur peut personnellement retirer de la consommation d’un bien ou dont il sera privé par la perle de ce bien est le lacteur qui détermine celte valeur. 11 est entendu, en elïct, que la valeur d’usage des biens est l’expression de leur aptitude à satisfaire certains besoins ou désirs humains. En traitant ici de cette valeur dans un sens individuel, nous avons à considérer ces be.soins comme des besoins concrets et per.sonnels.
A bon droit les représentants delà doctrine utilitaire dans la science économique moderne ont spécialement mis en lumière la dillérence qui doit être faite ici entre l’intérêl que toute la quantité disponible d’un bien peut avoir pour son
possesseur cl l’intérêt qu’il attribuera momentanément à une partie déterminée (un ou plusieurs litres, kilogrammes.
mètres, etc.), de ce bien (1).
Pour nous en tant qu’indiNidus, une certaine quantité d aliments par jour étant nécessaire à la consommation, cette cmanlité a sans doute une valeur d’usage excessivement élevée ; cette valeur devrait même être considérée coinmeinliniment grande, s’il n’y avait deux réserves a faire : d abord chaque aliment peut d’ordinaire, d’une manière plus ou moins satisfaisante, être remplacé par un antre répondant au même usage ; ensuite, en dehors de la quantité necessaire des aliments, nous en avons encore d’habitude d quantités à notre disposition ; et cette circonstance sullit ordinairement à nous faire évaluer moins haut la quantité indispen.sablc dont il est question. A ou s parlons ici dévaluations régies par des motifs d’ordre économique (des calculs de chances économiques^ et non pas de celles qui résultent de caprices personnels ou d’influences d ordre moral.
11 lient arriver exceptionnellement que les deux circonstances que nous venons d’indiquer nmttaenl pas sur les rapports qui nous lient à certains objets. Les biens qui pour voient à nos premiers besoins atteignent alors immédiatement une valeur d’usage illimitée. C’est ce que produit dans certains cas la famine ou le manque d'eau, pendant la traversée d’un désert ou le siège d’une ville, aussitôt que les
ü'IuOu.-.nd nous reganlons l’aiïalro de pris, dit W. Stanlev Jevoüs nous ne Saurions dire que toutes les portions de la .n^mc denree posse<^ent
line même utilité Un (/iiai-t d’eau (lar jour a la haute utdite de pre-
server quelqu’un d’une mort très pnihle Plusieurs gallons jKir ^our Douvent être îl'une grande utilité i»ar exemple pour le service de la uusinc erriavage ; mais.'’ après qu’une provision suffisante est assurée pour cet usage, une quantité additionnelle est une chose relativement indifférente. Nous pouvons donc dire que, jusqu’à une certaine quantité, 1 c.-iii es indisiiensal le • que des quantités .suivantes auront differents degres d utilité, mais 1^0 au-dliis d’une certaine quantité. l’iililiU- diminue gradiiel ement jus- , ù“; “L ; elle peut meme devenir négative, c’est à-d.re que les jKirtions suivantes de la^méme s.ihstance peuvent devenir ^
sihles » (The Theory of PolUicat Eronomy, to<-. ci ., p. 4A) « Ij faiirune distinction essentielle entre Vutitilé (o/ate provenant d une denree quelconque et l’utilité qui est attachée à une portion particulieie de çUlc-
ci. » (/voc. «/., p. 65).
anr
THEORIK DE LA. VALEUR
hommes sc trouvent réduits a des quantités limitées de vivres ou meme que ceux-ci sont sur le point de faire complètement défaut. Ensuite, il est évident que nous pouvons nous représenter ici les biens comme divisés en petites quantités. S’il |X)uvait être de quelque importance pour la vie sociale pratique d’examiner la modilicalion que subirait, dans ce cas, Tintérét pour nous de chaque hectogramme d’un kilo de pain ou de chaque décilitre d’un litre d’eau potable, nous aboutirions à la constatation suivante : à chacune de ces portions d’une quantité de vivres on devrait attribuer une valeur dhisagc personnelle spéciale variant même à l’infini avec chaque division de la quantité en question.
Les représentants de la doctrine utilitaire dans la science économique moderne ont soumis les deux circonstances, la possibilité du remplacement d’un bien par un autre et la présence d’une certaine quantité disponible de chaque bien, à un examen vraiment minutieux, ayant pour but de nous décrire rinllucnce de chacune de ces circonstances sur Tévaluation personnelle. Certains d’entre eux, — nous pensons ici surtout à Stanley .levons, — ont fait de meme relativement h la subdivision des biens en petites quantités.
Ici encore ces économistes sont tombés dans l’erreur en ne se bornant pas à formuler des principes fondamentaux et a exposer les résultats concrets et pratiques qui en dérivent ; ils ont voulu nous donner, une fois de plus, des schèmes abstraits élaborés jusqu’aux plus petites particularités.
L’école autrichienne deMenger et Bohin-liawerk s’est attachée à diviser les besoins humains en « besoins concrets et besoins partiels concrets « (konkrele Be<hlr fuisse imd Tlieilfced/ny/itsse), dont les derniers, les besoins partiels, servent h nous démontrer qu’un besoin humain peut souvent être parliellemenl satisfait. En même temps, la théorie utilitaire a admis que la valeur (valeur d’usage) d’un bien capable, en certaine quantité, de satisfaire dilVéreuts besoins humains, doit être jugée non pas d’après l’utilité lapins grande ou d’après l’ulilité moyenne, mais, en règle générale, d’après la moindre utilité l’utilité minîrna) que ce bien ou son pareil
TlïÉORli: DE LA VALEUH
devrait produire, tant cpi’il est encore « rationnellement appliqué ».
En adoptant le vocabulaire de AViesor, cpii a le jnemier employé ce terme, Bolim-Bawerk parle ici de a rutilitc économicpie limitative » [wirlhschajlliclier (irenziuilzen) des biens et nous fornude le principe sui\ ant : « La valeur d un bien se détermine d'après son uldité limilnlive ». Cette tbesc est pour I\I. Bobm « la pierre angulaire de la théorie de la valeur » et elle a pour lui d’autant plus d importance, qu’il la considère, avec toute une série d’économistes de notre époque, comme la base meme de la valeur objccti^e, la ^aleur d’échange, des richesses.
« Et ainsi, allirme-t-il dans son livre : Capital et intérêt, la doctrine de rutilité limitative est la pierre angulaire, non seulement de la théorie de la valeur, mais directement de toute explication des actions économiques des hommes, et par suite de toute la théorie de l’économie (i). »
Nous avons ici allaire à une thèse fondamentale de la doctrine utilitaire moderne et il existe même sur ce point un accord frappant entre les représentants de cette doctrine.
Cari Menger, bien qu’il ne se soit pas servi d’un terme technique aussi expressif que celui de Grenznutzen, a développé, avant M. Bohm, les mêmes principes fondamentaux et généraux (2) ; il faudrait même reinonler justju’à (îossen (3) et à sa « valeur du dernier atome » {Wertii des lelzlen Atoins) pour exposer complètement la genèse de cette même théorie de l’utilité limitative.
Sur ce point encore, l’école française de ^Nalras se range entièrement du coté de l’école autrichienne de Menger-Bohm. « l.’lntensité du dernier besoin satisfait » ou « la rareté » (il emploie ce dernier mot dans un sens très particulier), voilà les expressions techniques dont M. Walras, lui-même, se sert ('1).
(0 Br.nM-nAWEKK, Kapitnl unit h'apilalzins, tome 11,1. Ill.cli.i, S iii.p i58. (2) Voir C.ARi. Grundsiilze der Volkswirlhschaflstetire, Wieri, 1872,
p. ()8 et suiv. ^ ^ , , I- I
(*3) Hermann Heinrïcii Gosses, Eniwichflang der Gesel:e des mensrhUchen
Verkehrs and der daraas fliessenden liegeln fnr menschliches Ihndeln.
Braunschweig, i85'j. .
(4) Léon Walras, Théorie de la Monnaie, Lausanne, 1886, p. 3o. Voir
fi
Jcvons, par des reclicrclics indcpcndanles, csl parvenu à une doctrine, même à une terminologie analogue. Chez lui \o Final J)e(jree of UtUily des biens est la base essentielle de
toute la théorie de la valeur (i).
Dans cette théorie je conteste le caractère général que l’on prête àr« utilité limitative », ce caractère qui serait nécessaire pour qu’on puisse trouver dans son action « la loi principale » {dns Ilaiipirjesel:) de la valeur sociale cl q»ii justement autoriserait les économistes ulilitnrislcs à considérer leur tlièse comme « la pierre angulaire » delà science éconoini([ue.
.le conteste premièrement que les besoins humains se laissent partager en besoins parlicnliers et besoins partiels partimliers d’une manière assez exacte pour en tirer quelque appréciation satisfaisante sur le degré d’utilité. Je conteste même que, pour chaque cas spécial, les divers besoins et désirs qui peuvent collahorer à l’intérêt linal qu’un consommateur attache à un bien déterminé, puissent être Isolés les uns des autres. Abstraction faite encore de ce fait que je n’attribue guère de valeur, pour la vie réelle, à de telles distinctions purement abstraites, je nie même la possibilité de les introduire rationnellement dans la théorie.
Lorsque, par hasard, le plaisir de boire un verre de vin dans un petit coin ombragé de la campagne, présente pour moi, consommateur, un intérêt évalué très haut, je conteste la possibilité de déterminer, dans la valeur d’usage personnelle de ce vin, valeur moim'utanée et accidentelle : lO quelle valeur provient de l’apaisement de ma soif ; a" quelle valeur dérive de* la satisfaction de mon besoin de me reposer, satisfaction dont la consommation du vin m’a procuré l’occasion. M. Bohm considérera peut-être comme nécessaire d’introduire ici une sous-division dans le cas où ce besoin ne sera que partiellement satisfait et ne comptera,
ô^;iloment SOS Eléments tC économie polili'iue iiiire, Lausanne — Paris, lijoo. Dans les préfaces de ces deux ouvrages. M. Walrasnons donne une expositkui hislori(|ue et comparative de la llieorie utilitaire et de sa lernnnologie, telle (pi'elle se rencontre dans les ecoles anglaise, française et autrichienne,
(i W, Staslet Jkvoxs, The Theorv of PvUtical Econome .
„ ji Mim
TIlÉnniE DK LA VALEUR
par suite, que comme « besoin partiel » ; 3® quelle valeur résulte de la satisfaction de mon désir de jouir delà vue pittoresque ; enlin, quelle valeur vient de loccasion que me donne la consommation- du vin de m entretenir en meme temps amicalement avec mes compagnons de promenade. Et ainsi de suite.
En mémo temps que Timpossibilité d une division et d une comparaison mutuelle précisés des besoins complets et des besoins partiels, je conteste non moins categorifjuement les conclusions auxc[uelles la doctrine ulilitaire s est laissée amcnci, dans son analyse de 1* (< utilité limitative ».
Pour, me référer au cas proposé comme exemple j)ar M. Bobm, supposons qu’un cbasseur possède deux pains, qu il en donne un à son chien etqu il apaise sa laim aACc 1 autre. Je conteste que la valeur (valeur d usage) du pain mangé par le chasseur soit déterminée par 1 utilité que ce pain aurait eue dans le cas ou il aurait été donné au chien (voir Bobm-
Bawcrk, /oc. ct7.,p. i55 et suiv.).
A notre avis, les deux pains en ([uestlon ont pour le chasseur une valeur diflércnlc; il est évident aussi que la présence du premier pain mangé par le chasseur lui-méme diminue grandement la valeur dusage quil attribuera au deuxième pain, destine maintenant a nourrir le chien et auquel il aurait attaché une tout autre valeur s’il n’avait eu que le premier. M. Boluu-Bawerk prétend bien que a indubitablement » (( deux biens pareils, dont on dispose dans des conditions égales, doivent de memes égaler entièrement en ce qui concerne leur valeur », mais nous répondons ici que « les conditions égales » dont il parle ne durent qu’aussi longtemps précisément que le chasseur n’a pas encore décidé la destination à donner à chacun des deux pains. Peu nous im])ortc pour notre analyse de savoir si son choix sera déterminé par la circonstance ([ii’un pain est mieux cuit que l’autre (il est naturel que Bobm, toujours égaré dans les abstractions, ail supposé qu’il est (juestion de a deux pains parlaitemenl pareils ») ou encore que le hasard, la position des deux pains dans la carnassière, par exemple, décide ici en délinilive. A partir du moment où le chasseur a pris sa decision, il n est plus
♦ vjK'i ■
THEOlUE DE EA. VALEUR
exact, en tout cas, qu*il soit c(ucstion de « conditions égales» pour la consoniinalion des pains ; par suite, il n’y a plus aucune raison de parler d’une même valeur d’usage à attribuer par le chasseur aux deux pains dillérents. Le premier pain étant mangé, la faim du chasseur sera, sinon entièrement apaisée, du moins partiellement satisfaite et ceci explicpicra logiquement, cju’il doive attribuer une moindre valeur au deuxième pain.
Regardons maintenant de plus près l'exemple plus compli(]ué que nous cite M. Rohm au sujet de la valeur d’usage personnelle. Nous oublierons volontiers (jue le cas choisi est encore à la fois un peu naïf et recherché.
Un colon, vivant loin du monde dans une maison faite de troncs d’arbre, possède cinq sacs de blé : « Un sac est rigoureusement nécessaire pour prolonger sa vie jusqu’à la prochaine moisson » ; un deuxième sac <( pour compléter ses repas et lui conserver ainsi de la santé et des forces ». Un troisième sac est destiné par lui u à engraisser la volaille », le numéro quatre « à la fabrication de reau-de-vie de grains ». Faute de meilleure destination il emploiera le cinquième sac à <( nourrir un certain nombre de perroquets dont les farces le divertissent ».
Il va de soi qu’il s’agit ici de la satisfaction de besoins tout à fait divers et l’intérêt dilférent de l’emploi que trouvent les sacs de blé est représenté par les chillVcs 10 (la conservation directe de la vie), 8 (le soin de la santé), 0 (le supplément de viande ajouté au repas), (le plaisir procuré par Peau-de-vie de grains) et 1 (ragrémcnl causé par les oiseaux).
ür, lorsque ce colon voudra se défaire d’im seul de ces sacs de blé, — c’est l’économiste autrichien qui parle, — il choisira celui qu’il avait destiné à la pâture des perroquets. « Et c’est d’après cette utilité minime, — dit-il, les veux toujours lixés sur son monde hypothétique, — (ju’il évaluera donc rationnellement un sac pris à part dans sa provision de hlé. Et cela est vrai, bien entendu, de chacun de ces sacs pris à part... ( ï) »
i) Zoc. cii., p. i6o.
THEORIE DE LA VALEUR 4Q
Mettons un peu à Tessai cette conclusion singulière ; puisque tout sac pris a part a une valeur de pâture de penoquets, valeur exprimée par le chillre 7, nous concluons, nous-mêmes, c[uc cinq sacs semblables auront une valeur exprimée par le chillre o. (Nous nous placions pour cela au point de vue de M. Rohm, en supposant que les besoins humains puissent être représentes par des chillres arithmétiques, de sorte que les valeurs d’usage s appuyant sur les memes besoins puissent être multipliées, tout comme les giandeuis arithmétiques).
Cependant, l’essai réussit fort mal. Le premier sac tout seul a déjà une valeur supérieure à celle des cinq sacs métaphysiques et équivalents de M. Rohm ensemble. Le picmier sac de blé est nécessaire à la vie matérielle la plus élémentaire et il est représenté, quant à sa valeur, par le chillre le plus élevé {10).
Nous avons alTaire ici à un problème non moins obscui dans sa signification que celui de la t< Irinite » des chrétiens, dans lequel trois personnes étant chacune en soi une divinité complète, ne sont pourtant, dans leur ensemble, qu’un seul dieu.
I.a solution, cependant, de l'énigme économique qui se dresse ici devant nous, sera bien facile, si nous voulons suivre un moment rargumeniation qui 1 accompagne. La valeur de chacjuc sac de blé, prétend \[. Rohm, sera déterminée par celle du sac qui sort à nourrir les perroquets. Pour- (juoi ? ((... parce que, si les sacs sont égaux 1 un à 1 autre, il sera de meme absolument égal, pour le colon, de peidie le sac A, ou le sac R — pourvu, seulement, qu’il reste encore, derrière le sac perdu, quatre autres sacs, pour satisfaire les
besoins plus importants » (i).
Mais, tout bien considéré et vu surtout la restriction faite, il n’est donc pas exact que charpie sac de ble ait incontestablement une valeur d’usage pouvant être représentée pai le chilTre î ; ceci n’est vrai (jne pour chaque sac arrimai h cinquième dans le ramj. Et puisque, parmi cinq sacs de blé, un
(i) Loc. ci(., p. lOo.
oo
seul peut arriver le cinquième, comme parmi les milliers de soldats d’une armée un seul porte réellement dans sa giberne le bulon de maréchal, il s’ensuit qu’un seul parmi les cinq sacs de blé aura en effet, pour le colon, une valeur de pâture de perroquets, valeur déterminée par « rulililé limitative )) ile Grenznutzen) du blé.
L’exactitude de cette conclusion est facile à démontrer par la pratique. Demandons simplement au colon en question deux sacs de blé à la fois et nous nous apercevrons bien qu’il les évaluera à des prix forts différents. Modifions un peu l’cxpérionce : Essayons de démontrer au bonlioinmc que pour son propre usage il gagnera beaucoup l\ nous donner sans compensation deux de ses cinq sacs de blé ; en cH’ct, auparavant, « futilité limitative o de son blé s’exprimait par le chiffre 1, tandis que pour chacun des trois sacs restants elle s’exprimerait par le chiffre 6, 11 est permis de penser que la « casuistique » dont nous parle l’économiste M. Bohm-IJa- Averk, — casuistique d’après laquelle la ^alcur du blé diminue de plus des deux tiers par l’addition de deux nouveaux sacs, — sera sévèrement jugée par la vie pratique. Notons bien, en passant, qvfune telle théorie a été considérée, au seuil du XX® siècle, comme une théorie « scientifique >> et comme la base de toute la science économique.
C’est ce qui se produit, lorsque la science perd contact avec la réalité et, partant de suppositions préétablies, se perd dans les abstractions.
La vérité qui s’impose a notre esprit, quand il s’agit de févalualion par rapport h l’usage, est évidemment la suivante :
Différentes quantités égales d’un bien, se trouvant a la fois a la disposition d’un meme consommateur, ont généralement pour lui des valeurs d’usage différentes.
11 est donc inexact que la valeur d’usage personnelle d’un bien quelconque se détermine par « futilité de la dernière fraction infmimcnl petite » (llie uiiUly of the lasl incrément de \\ . Stanley Jevons) ou par celle de u futilité minima n (le kleinste ISatzen de l’école aulrichienne) s’appliquant à la quantité déterminée de ce bien ipii est employée.
*ir
TIIKOUIE HE EA VAEEl'U OI
La valeur d’usage personnelle des (juanlités définies d'un Lien quelconque se détermine, pour chacune d elles en parliculier, par le plaisir ou l’avantage que le consommateur peut en tirer personnellement et elle variera, ordinairement, k rinfmi avec ces quantités.
Si la valeur d’usage personnelle,, se basant sur la satisfaction des besoins et des désirs personnels et concrets, peut, d’une part, être infiniment grande, elle peut aussi diminuer jusqu’à zéro, c’est-k-dire jusqu’au point on elle cesse entièrement d’exister. 11 se peut même qu’elle franebisse aussi ce point et que tous les besoins et désirs en question, ayant été entièrement satisfaits, le plaisir et l’avantage fassent place k l’aversion et an désavantage. 11 se peut donc que la totalité disponible d’un bien ait depuis longtemps cessé de posséder une valeur d’usage, ou soit devenue même nuisible relativement k une espèce particulière de besoins et que, néanmoins, une petite quantité déterminée du même bien, ou le bien entier considéré par rapport k d’autres besoins, possède encore une valeur d’usage personnelle plus ou moins considérable. La complexité de l’action des besoins et désirs bumains nous donne l’explication de ce phénomène.
L’eau de Stanley Jevons ayant perdu entièrement sa valeur d’usage par suite de sa trop grande alllueiice, peut causer même, en cas d’inondation, des malheurs considérables, malgré l’utilité essentielle et fort élevée possédée par une quantité déterminée de la même eau qui étanche la soil et satisfait ainsi un de nos besoins les plus essentiels.
Vu cette complexité de la vie sociale, la doctrine utilitaire, telle ([u’elle nous est exposée par ses représentants, doit donc, de prime abord, nous paraître impuissante k nous olfrir une base rationnelle pour une théorie générale de la valeur.
Une théorie qui fonde la valeur des biens sur « l’utilité de la dernière fraction infiniment petite » (Jevons) ou « l’utilité du dernier exemplaire d’un bien >) (llohm-Bawerk) est déjà insoutenable pour la raison même que la division des richesses en « quantités » cl « Iradlons », ou en exemplaires numérotés ne saurait être maintenue logiquement, ün peut l’appliquer à l’eau, substance si chèic à Jevons, ou bien j