‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 8 sur 39 · THEORIE · texte numérisé non relu

THEORIE

DE LA VALECR

l’on veut au bœuf et au 1)1(3, mais dire que la valeur d’une maison, d’un musce ou d’une fabrique est détennin(.k‘ par celle de la dernière fraction de ces biens, c’est nous exposer une théorie rationnellement dénuée de sens ( c).

La théorie utilitaire montre ici tellement son caractère de théorie abstraite, constituée en dehors de ia vie léelle, que l’impossibilité de la maintenir devient évidente des qu on veut l’ériger en théorie générale.

Cependant, supposons que plusieurs quantités égales de la meme ricliessc, — par exemple cin<{ sacs de blé, — soient en meme temps à la disposition du même consommateur; la présence seule des quantités qui servent à la satislaction des besoins et des désirs les moins intenses, pourra faire que les autres quantités, malgré les besoins pi'essanls auxquels elles pourvoient, ne paraissent pas estimées par le consommateur selon l’usage qu’elles auront pour lui en réalité. Ainsi la présence de plusieurs quantités égales du meme bien étant en meme temps à la disposition du même consommateur semblerait èli’c cause que celui-ci n’estime pas les dilTérentes quantités du bien ^les dilfércnts sacs de blé ou parties d’un sac de blé par exemple) selon le plaisir ou l’avantage (pi’il peut l'Clirer directement de chacun d’eux, c’est-à-dire, d’apres nous, par rapport à leur vraie valeur d’usage.

Sans être aussi prompt à rabslraction que M. B<dim-Ba- Merk qui estime tout le blé à la valeur de pâture de perroquets, valeur correspondant au dernier et moindre Ix'soin, notre consommateur peut hicilement se tromper sur l’intérêt qu’ont pour lui les dilTérentes parties dosa richesse. Mais, c’est un problème psychologicpic que nous avons ici sous les yeux, problème ([uc M. B(ïhm-Ba\>erk n’a pas vu. Il rc-

(i) La raanicre la plus commode de trancher ce meud philosophique est assurément celle de Walras, Il écrit avec candeur dans sa Théorie de la Monnaie : « Pour plus do simplicité, je supposerai ici que toutes les inarcliandiscs sont susceptibles de se consommer par quantités infiniment petites, comme cela a lieu pour les aliments par exemple. » W.m.ra.s, Théorie

de la Monnaie, p. 3i).

Le fait que cette supposition ne se réalise pas meme pour les aliments, n'esl qu*unc particularité d’importance secondaire dans cet exemple étonnant d’arbitraire.

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pose sur la méprise du consommateur qui confond l’égalilé matérielle des dilTérentes quanlités en question avec hmr égalité par rapport à ses besoins et désirs. Nous avons alTairc ici à la tlillerence entre la valeur d’usage personnelle et l'opinion momentanée que le consommateur a sur cette valeur. Kn réalité, c’est une pure confusion qu’il y a dans l’esprit de celui-ci et il évalue autre chose que ce qu’il croit évaluer. 11 . prétend estimer un objet au point de vue des services qu'il peut rendre et il exclut de cette évaluation certains ser\ ices dont il usera en réalité.

Cela n’est pas d’ailleurs la seule méprise que puisse faire le consommateur. Comme, le dit l’expression populaire ; on doit avoir été malade pour connaître le prix de la santé ; — l’homme ne peut connaître qu’approximativement l’état de ses besoins et désirs d’une part et. d’autre part, les qualités intrinsèques des biens ; il ne peut donc pas avoir une connaissance absolue de l’intérêt qu’ont pour lui les biens qui satisfont entièrement ou partiellement ses besoins ou ses désirs.

ïin critiquant, à ce dernier point de vue, les évaluations per.sonnelles, nous quitterions le domaine de l’économie pour aborder celui de la psychologie et de la morale.

Ce cas, comme le précédent, met surtout en lumière l’instabilité des évaluations personnelles ; lorsqu’un consommateur veut exprimer la valeur d’usage de son bien sons la forme d’une équation de cebii-ci avec une quantité plus ou moins grande d’autres biens, cette quantité peut varier suivant qu’il aura une notion plus ou moins exacte du plaisir ou de l’avantage que son bien peut lui procurer. Cela nous éloigne d’autant plus de ebereber, dans les évaluations personnelles, la base d’une théorie générale de la valeur et ensuite de toute la science économique.

En continuant notre, analyse nous sommes parvemis aux principes fondamentaux suivants ;

La valeur d’usage personnelle d’un bien se détermine par le plaisir on l'avantage gue le consommateur peut obtenir par l’usage de ce bien ou dont il sérail privé par sa perle.

Différentes quantités égales d’un bien se trouvant à la foisàln

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disposition d'un même consomnudeur ont généralement pour lui

des valeurs d'usages différentes.

La valeur d'usage personnelle de différentes quantités définies d'un bien se détermine, pour chacune déliés en pai ticuliei , pai le plaisir ou l' avantage que le consommateur en peut tirer personnellement j cette valeur variera communément, jusiju a l injini,

, avec la grandeur îles ipiantites en question, a côte des propriétés et ipmlités particulières du bien.

La nature d'un bien ainsi que les circonstances dans lesquelles, il est II la disposition du consommateur décident si la valeur d'usage personnelle d'une quantité déterminée augmente [dans la 1 même proportion ou non) en meme temps que la quantité, ou bien

si la valeur diminue, au contraire, au fur et à mesure que. la ijuantité augmente , de sorte qu elle jiuisse se transfoi met , a un

moment donné, en valeur négative.

Il est évident (jiie la totalité de la valeur d’usage personi iielle d’un bien peut augmenter encore avec sa quantité,

tandis que chaque exemplaire séparé, ou cliaquc mètre, litre t ou kilogramme, etc., du bien pourra déjà avoir commencé à

: ^ diminuer peu à peu en valeur. Ce pliénomènc se présentera,

; i' lorsque la valeur d’usage personnelle d’un bien augmente

; 1 dans une autre proportion et une pmportion moindre que la

^ ([uantité disponible. 11 est clair que ce phénomène ne se pro-

! ! duit pas constamment et en toute occasion ; la valeur d’usage

! d’un bien peut, dans certains cas, augmenter longtemps encore

i f en même proportion que sa quantité avant que conirntmco

ï la diminutlou successive de la valeur de cliacpie exem-

ï plaire (i). Que l’on apporte aux colons d’une contrée isolée du

fl), et. la thèse suivante telle qii*elle est formulée par les meilleurs re- : présentants de la théorie utilitaire moderne : « Plus grande sera la quaii-

' (ité des hiens disponibles d’une certaine espèce, plus petite deviendra, toutes

les autres circonstances restant invariables, la valeur de chaque pièce en piirliculier et inversement. » (Bohm-Hawkrk., /oc, cU., p. i6i). « Nous pouvons formuler cette loi générale que le degré d’utilité varie avec la quantité d’une marchandise et diminue, en déhnitive, lorsque cette quantité aug- ; mente. >. (Jevoss, loc. cil.,, p. 53). « C’est d’ailleurs une grandeur qui dé-

] croit à mesure que la quantité consommée croit. » (Walras, Théorie de la

V Monnaie, p 3o). L’auteur parle ici de « l’intensité du dernier besoin salis-

: fait par une quantité de marchandise consommée. » Et ainsi de suite.

Comme règle générale cela est évidemment faux.

tlrap pour confectionner des liabits ou des pierres pour leurs constructions ; Ton verra que la diminution de la valeur d’usage de chaque mètre de drap ou de chaque pierre commence seulement apres que les besoins les plus pressants d’habillement ou de conslruction ont été satisfaits ; cette quantité nécessaire change avec chacun de ces hiens et pour chaque cas spécial. Il se peut meme qu’une quantité déterminée du bien importé soit une condition formelle et indispensable pour qu’un exemplaire de ce bien ait une valeur d\isagc. Une .seiile pierre de construction ou deux, trois, dix pierres seront peut-être jetées de côté par le colon (pil désire bâtir une maison. Supposons que quelques pierres soi(»nt absolument nécessaires pour achever la conslruction d’une maison, ces dernières pierres peuvent atteindre dans ce cas une valeur d’usage personnelle beaucoup plus grande que les précédentes. Il en est ainsi précisément parce que ces dernières pierres, rendant possible la satisfaction d’un besoin

essentiel, ont un intérêt particulièrement important. Il peut donc, eu elTcl, se présenter des circonstances dans lesquelles la valeur d’usage du seul exemplaire ou bien celle de cliaque mètre, kilogramme, litre, etc., d’un bien augmente en raison directe de la quantité de ce bien et même dans une progression plus rapide.

Ici encore, ce sont la nature particulière et la destination spéciale des divers biens qui sont décisives. Si nous voulions apporter aux mêmes colons un fusil de cliasse, de la poudre et du plomb, il pourrait arriver, soit qu’une lutte fût engagée pour l’acquisition do ce seul objet, soit que celui-ci atteignît, en qualité de « fusil de la colonie », une valeur d’usage particulière ; valeur plus élevée, assurément, qu’elle ne serait, si tous les colons, sans distinction, pouvaient se ]>rocurer une semblable arme de chasse.

Au fur et à mesure que l’on pénètre plus profondément dans les cas particuliers qui peuvent se présenter, nous vovoiis toujours plus clairement que les économistes utilitaristes modernes ont eu tort en voulant formuler une seule loi générale et uniforme là précisément ou la vie sociale si complexe montre au contraire des tendances diverses.

L’exposition des principes generaux lormulés plus liant nous montre quelle inlliience essentielle peut exercer sur la valeur d’usage personnelle la quantité disponible d’un bien et sa rareté par rapport à la quantité exigée.

Dans notre vie sociale, un tableau ou un autre objet d’art peut déjà obtenir une valeur d’usage considérable pour un amateur quelconque, par le seul fait qu’il est du à la main d’un maître dont les œuvres sont rares et recherchées. C’est là un phénomène analogue à celui que nous venons de constater pour les colons qui, placés en dehors de la vie sociale, attribuaient à une arme à feu une valeur cxcessiveinen! élevée parce que cette arme était la seule de son espèce. L’eau potable, qui, dans des circonstances normales, est considérée comme n’ayant pas de valeur et que l’on gaspille par suite en grandes quantités peut accidentellement, comme nous l’avons fait remarquer, obtenir une valeur d’usage presque infiniment grande, lorsque les hommes en ont seulement à leur disposition, pour la satisfaction de leurs besoins les plus pressants, une quantité excessivement limitée.

D’autre part, de grandes quantités d’un bien quelcoïKjue peuvent partiellement ou entièrement perdre leur valeur d’usage dès que ce bien est à notre disposition en telle proportion que non seulement les premiers et les plus urgents mais aussi les moindres besoins des consommateurs sont satisfaits, sans que pourtant la demande épuise la provision. Les quantités superflues, comme nous l’avons fait remanpier déjà, peuvent même occasionnellement obtenir une valeur d’usage négative, c'est-à-dire qu’elles peuvent devenir désagréables et nuisibles aux hommes.

C’est à la clarté de ce phénomène que nous devons nous expliquer pourquoi l’on n’attribue pas généralement de la valeur d’usage à des petites (juanlités de certains biens non économiques, comme l’air et l’eau, malgré les besoins essentiellement pressants que satisfont quelques portions de ces mêmes biens, qui ont ainsi, pour chacun de nous, une valeur d’usage très élevée. Pour les mêmes raisons, enfin, nous nous expliijuons cet autre fait au sujet de certains

biens comme le bois, les pierres de construction, le fer, le blé, etc., qui pourvoient à des besoins humains essentiellement pressants, mais ([ui sont encore faciles à remplacer, sous les conditions actuelles du travail : il arrive ordinairement que de grandes quantités de ces biens soient évaluées par leurs consommateurs au-dessous des petites quantités de bijoux, perles ou pierres précieuses, quoique les besoins satisfaits par ces dernières richesses soient incontestablement moins urgents. Notons bien que le sens déterminé qui s’attache aux mots de besoin Inimain, fait particulièrement ressortir le contraste que nous venons d’indiquer et est bien propre même à nous faire refuser toute valeur à des biens tels (jue les perles et les pierres précieuses. Mais nous avons, d’autre part, à répéter une considération faite plus haut ; la valeur d’usage personnelle est une forme de valeur très spéciale ne s’attachant pas exclusivement aux besoins des hommes, dans le sens strictement moral du mot, mais plutôt à des besoins ou simples désirs personnels, de sorte que ce n’est pas Vatirué proprement dite des biens qui leur donne cette valeur d’usage, mais toutes les propriétés et qualités qui nous permettent de les employer à notre usage ou même à nos caprices.

Nous nous trouvons maintenant en présence d’un phénomène particulier : certains biens comme les bijoux sont si rares que, quelle que soit Tulilité qu’on leur attribue, il est sùr que les consommateurs qui voudraient les posséder peuvent difficilement satisfaire leur désir. La rareté de ces biens devient dans ce cas une vérilable qualité aux veux de certains consommateurs, ceux qui désirent se distinguer de leurs semblables par des parures et des ornements ; elle leur fournil un moyen d’attirer l’atlention, moyen fort commun parmi les peuples de civilisation primitive et variant avec les mœurs et les coutumes générales des hommes.

Nous avons fait un pas en avant dans la résolution du problème ; pourtant celui-ci n’est pas aussi simple qu’il nous paraît au premier abord. Bien que la rareté des bijoux et leur aptitude à servir de parures nous explique la raison pour laquelle leur valeur d’usage peut s’élever au-dessus de

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celle des aliments les plus utiles ou des pierres de construction, elle ne nous explique pas pourquoi celle valeur atteint précisément un niveau déterminé.

Nous ne pouvons donc pas nous en tenir à constater ce lait général que des biens tels que les bijoux peuvent être estimés a une valeur d*usage plus élevée que celle d articles de consomniation qui salisfoni incontestablement des besoins humains plus importants. 11 nous tant rechercher pourquoi la valeur d’usage tles premiers biens s’arrête à une hauteur déterminée et ne monte pas à un point pins éleve ou ne tombe pas, au contraire, à un point plus bas. Nous avons de même à analyser plus sérieusement la valeur d’usage de cette autre catégorie de liiens dont nous avons parlé, comme le bois, les pierres de construction, le fer, le blé, etc. Par rapport à eux, nous ne pouvons pas davantage nous borner à constater ce simple lait (pie leur valeur d’usage est estimée plus haut (pie celle de Pair ou de Peau et moins haut que celle dos perles et des pierres précieuses. En analysant de plus pri's la nature de la valeur d’usage, nous avons a résoudre la (pieslion f[ui se pose ici : Pourquoi, a l’égard de ces quatre articles de consommation, avons-nous sous h^s yeux quatre dilTérentes expressions de la meme valeur, expressions dont la grandeur varie, il est vrai, avec la rareté des biens en (juestion : bois, pierres, etc., et les (‘valuations personnelles qui se basent ladessus, mais a propos desquelles aussi les évaluations personnelles sont entraînées évidemment vers un niveau déterminé (jui diirérc généralement pour chaque espece de ces biens.

Il est clair que, derrière les principes généraux qui déterminent la valeur d’usage personnelle, il se cache ici un autre principe. Nous apercevrons chez les consommateurs les plus divers, par rapport à la plupart des articles de consommation, une tendance à évaluer chaque espèce de biens en particulier a un certain niveau indépendant des lluctuations éventuelles de leur surabondance ou de leur rareté, ainsique des besoins momentanés auxquels ils pourvoient ; de ce niveau les valeurs d’usage ne tendent à s’éloigner que dans des circonstances spéciales de surabondance ou de

(liscHe ou sons la pression cxceptionnellemcnl vive des besoins personnels.

Examinons ce pliénnmènc de près : Nous connaissons la valeur d’usage personnelle des biens comme l’avanlage qu’ont ces Iiiens pour un consommateur (juelconque par rapport a scs besoins et ses désirs. Dans la circulation des iicbcsses, si étendue dans notre société moderne, un avantage spécial attire particulièrement notre attention en ce qui concerne la très grande partie des biens éconoiniijucs. C’est le pouvoir d’élre, par l’intermédiaire de la monnaie, échangé contre d’autres biens. 11 ne s’agit plus ici, il est vrai, de la consommation immédiate : les biens trouvent une autre destination que la consommation et ne sont pas encore entrés, contrairement à ce qui a été toujours supposé, dans la dernière phase de leur existence, qu’ils n’atteindront qu’après avoir ces,sé irêtre en circulation.

Cependant, s'il ne s’agit pas ici d’une forme de mnsommaiùin, il s’agit du moins d’une forme d'nsatje. hes consommateurs conservent toujours la possibilité de jeter et rejeter les biens dans la circulation avant leur consommation ou souvent meme après leur consommation partielle ; c’est précisément ’ la facilité de les remplacer par d’autres biens qui peut inlluer profondément, au sens économique, sur l’estimation personnelle de leur valeur d’usage.

Dans la vie sociale moderne les biens peuvent toujours être remplacés les uns par les autres et c’est pour cela qu’ils obtiennent tous un caractère commun : c’est que l’estimation de leur v'aleiir d’usage tend a se laire, plus ou moins, d’après des motifs économiques autres que les besoins immédiats du consommateur.

Tout ce que nous disons ici concerne les biens fongibles qui, répétons-le, constituent la grande partie des biens dont nous avons besoin pour notre vie de tous les jours. Le caractère commun que possèdent tous les biens de cette nature est la possibilité d’être acquis par l’échange. El le niveau vers lequel nous voyons tendre la valeur d’usage de toutes espèces de biens, — pierres précieuses, aussi bien que bois, pierres, fer, blé, etc., — est celui de leur prix de marché, ou bien,

«ir

()0 TIIEOIUE DE LA VALEUR

au cas spccial de la production personnelle, celui de leur coùi de production.

Nous \oila donc placés devant le phénomène particulier que la valeur d’i/saj/e personnelle des biens peut être intlucncée et sera influencée communément par leur valeur (/car prix de marché), ou bien par hmr valeur de production.

Uetournons maintenant à la valeur d’usage fabuleuse que peuvent atteindre les pierres précieuses. Sans doute, nous avons ici, en premier lieu, à compter avec tous les facteurs <pie nous venoïis d’examiner ; mais, malgré le caractère subjectif que montre toujours la valeur d’usage, nous voyons à l’arrière-plan les personnes des producteurs et des marchands, (leux-ci cesseront plutôt d’apporl(T leurs marchandises, lorsque la demande devient trop limitée, que de les céder à un prix cpii ne les dédommage pas de leurs frais de production augmentés du prolit courant. ()ucl que soit donc raccroissement ou la diminution des besoins non-salisfaits de pierres précieuses, au fond de leur valeur d’usage nous trouvons toujours la valeur d’échange et les [)rix de marché de ces objets. Lors((ue les personnes désirant acquérir des pierres précieuses ne sont pas disposées à compter dans leurs évaluations personnelles avec les conditions de la production et font des oH’rcs sensiblement au-dessous des prix du marché, cas biens qui sont rares ci dilliciles h apporter au marché cesseront d’élre produits et mis en v<mte et disparaîtront à la longue du rang des richesses satisfaisant dCs besoins et désirs humains (i).

fl) Il est terUiin, non sciilcmeni (juc les prix de inarclic très élevés iniluent, à projxjs de seiuldables articles, sur restinialion personnelle fjue le consoimnateiir l'ait de leur valeur (Lusage, mais niètne que cette valeur d’usage consiste en grande partie dans ces prix élevés ; le consommateur ne rechercherait plus ces objets i‘omme parures, si leurs frais de pro^luction et leurs prix de marché diminuaient au point de les mettre à la portée de tjut le monde. ^l.\ux a très bien dit : « Si l'on réussissait à transformer avec peu do travail le charbon en diamant, la valeur de ce dernier tomberait peut-être au-dessous de celle des hriijues. » iDas Kapiial^ tome I, cha]). i, irad. fram;., p. i5, col. 2.) Nous faisons remarquer que c’est aussi bien leur valeur ifasage que leurs valeurs de production et d'échanye qui, en ce cas, serait atteinte.

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11 en est de meme des biens comme le bois, les pierres, le fer, le blé, etc. Pour lous les biens fongibles, la valeur d’échange et le prix du marché, — ou bien la valeur de production individuelle pour le producteur lui-méme. — forment le niveau commun vers lequel tendent, dans la vie sociale moderne, les évaluations économiques et personnelles des consommateurs.

Nous pouvons aussi nous cxplic[uer maintenant pourquoi l’air et l’eau et autres biens non économiques sont, ordinairement et jusqu’à une certaine limite, moins estimés t[ue les biens économiques comme le bois, les pierres, le fer, le blé, malgré les besoins très-pressants que satisfont certaines (juanlilés d’air, d’eau, etc., et la haute valeur d’usage qu’ont, par suite, celles-ci. Le fait que ces biens non-économiques sont négligés parfois et que même on traite en non-valeurs des (juantités considérables de ces biens, ne résulte pas exclusivement de ce que lous les besoins qui leur correspondent sont entièrement satisfaits. Ce dernier pliénomène est, sans doute, important, mais il pourrait se pi’oduire de même a propos des biens économiques, comme le bois, les pierres, etc. Si l’on fait peu de cas de l’air et de l’eau et des autres biens non-économiques, la cause en est d abord en ceci qu’ils sont librement accessibles à tous, — ce qui, par exemple ne s’applique pas au sol dans nos contrées, — et ensuite que leur ac(}uisilion exige peu de travail, de sorte que le consommateur peut les obtenir sans grands sacrilices de son côté. On ne saurait attribuer ce dernier caractère à la plupart dos richesses dont nous nous servons dans la consommation, — des biens économi(|ues comme le bois, les pierres, le fer, le blé. etc. dont rac<[uisilion exige toujours un travail plus ou moins pénible.

Dès (pie, par suite, l’acquisition d’un bien non-('conomi<pie et librement accessible, comme l’air, exige un coût de production assez considérable, il peut obtenir tout de suite, en meme temps qu’une valeur d’usage spéciale, une valeur de production et une valeur d’échange.

11 en est ainsi par exemple pour l’oxygène que nous nous procurons dans la pbaruiacie ; sa valeur d’i'Tbange ne se

TÎIÉORÎE DE LA VALEUR

diMermine pas assurément par Vudlité ümilalive, que chaque malade pcmt tirer d’uuc quaniilé déterminée de ce gaz ; elle se base, évidemment, sur .le coût de produclion éventuel.

Kevenons a rinlluencc essentielle que le coût de production des biens peut exercer sur les évaluations économiques personnelles constituant la valeur d*usaü:e de ces biens. Cette

iniluence est manifeste dans une catégorie spéciale de richesses que nous examinerons séparément. Il s’agit de certains biens qu'on n’a ac(piis ([ue par le travail, mais dont il y a ensuite surabondance, de sorte que, dans ce cas, tous les besoins qui y correspondent peuvent être entièrement salisi'aits.

Dès ce moment, selon la théorie utilitaire moderne, rnti- Uié luniialive de ces biens serait tombée à zéro. Cependant, considérons l’eau potable qui nous est fournie en abondance par une conduite d'eau. Elle possède premièrement une valeur triisage i[u\, bien que variant avec les consommateurs et les besoins de ceux-ci, sera généralement assez grande pour empêcher de négliger ce bien précieux. Ensuite, elle possède des valeurs de pntdnclion et d'échange. Or, ces dei'uicres exercent une telle iniluence sur la valeur d'usage que celle-ci, bien loin d’étre indle, ne tombeni jamais au-dessous du niveau tracé par les frais de construction et d’entretien de la conduite d’eau, c’est-à-dire le niveau dti coût de la production de IVau (t).

Dans une société ])ossédant des in(»yens de communication et des marchés réguliers, secondés par une produclion continuelle, l’infltience qui est exercée sur la valeur d’usage des biens par leurs valeurs de [uoduction et d’échange est tellement intense qu’il se crée, pour tous les biens fongibles, une sorte de deuxième valeur d’usage qui se maintient à coté de la valeur d’usage momcntaîiée d(' ces biens, la remplace

(i M. Hohm-IUwekr s’csl troinjK» ici encore une fois. Voir rexciii[)le (ju ,il donne de h\ conduite d’eau qui sert ii un paysan *Knpital umt Kn j)Ual:ins^ tome II, note à la |>age i45). H est manifeste (drnsiisfh) prétend réconoiiiiste autricliien, a que c*est non les difiicultés de rucquisH lion », mais bien la rareté qui est ici Eélénient décisif. » Naturellement, c’est le contraire <jui est vrai.

bien souvent et est non moins souvent confondue avec clic.

Quand nous perdons un objet de valeur, nous sommes ordinairement enclins à taxer notre perte non pas d’après le plaisir ou l’avantage que l'objet même aurait pu nous juocurer et dont nous sommes maintenant privés, mais d’après le plaisir ou l’avantage auquel nous devrons renoncer en remplaçant cot objet par un autre. Cela veut dire, pour la plus grande partie des articles de consommation journalière, que nous taxerons la perle d'un objet ou d’une ([uantilê déterminée de quelque bien d’après le prix de marché (|ne coûtera le nouvel objet ou la nouvelle quantité du bien en question remplaçant la chose perdue.

Ce fait a amené certains rcprésenlanls de la doctrine utilitaire dans la science économique à imaginer la notion de /’h/îli(é de suhsiiiiilion {Sabstilutionsnutzen). Disons en passant que dans le cadre de la théorie de l'ntiUlé limitative, cette notion ne pouvait que collaborer à la confusion des idées qu'elle était appelée à éclaircir.

D’après ce quiaélédit plus haut, il est é>idenl ([ue le a pardessus d’bivervolé » dont nous parle par exemple M. Bidimlhn>erk, peut en cU’et être évalué par quatre personnes dillé-

rentes de quatre manières diHérentcs : par le riche, comme le privant de quelques dépenses de luxe ; par un moins riche, comme nécessitant, pendant quelques mois, certaines épargnes dans le ménage; par un homme pauvre comme l’obligeant à engager ou à vendre un meuble et seulement par le j)lns pauvre, d’après le service immédiat que lui rendait le pardessus d’hiver en protégeant sa santé.

En réalité, et c’est ce qu’on ne trouve pas dans le raisonnement de l’économiste autrichien, il n’csl directement question, pour aucune de ces quatre |)crsonnes, de Vutilité des choses qu’elles sacrilieut pour rcnqjlaccr par un autre Tliahit volé. Contrairement à ce que pense M. llohm-Ba>verk, on ne songe pas d'abord à Vutilité de substitution d’une « catégorie étrangère de biens » [ frenide Gütergatlung), mais on pense en réalité au prix de marché qu’a coûté le pardessus volé ou au prix probable de l’habit qui le remplacera. Si l’on a porté l’habit volé pendant plusieurs années on u’é\aluora plus la

TUKORIE DE LA VALEUR

perte de cet objet d’après le prix du marché pur et net d’un nouveau pardessus ; en homme pratique, on tiendra compte de l’usure qui diminuait la valeur de l’objet volé et on considérera cette diminution coïnme une circonstance atténuante

de la perle qu’on a faite. On pense donc tout de suite à l’objet perdu et à sa propre valeur ; ce n’est qu’ensulte et indirectement qu’on peut penser aux conséquences de la perte et dire, par exemple : « Ça me coule deux mois de privation de tabac et de vin » ; mais il est évident que les locutions de cette espece ne sont que des expressions figurées, derrière lesquelles se cache toujours le prix de marché d’un pardessus d’hiver.

Toutes nos observations sur l’influence que les valeurs <le protliu lion et iV échange [)QU\cni exevci^r sur la valeur (Vimaje s’appliquent, avons-nous dit, à la plus grandepartie des biens fongiblcs qui servent à notre usage journalier.

Il en est autrement des biens non-fongibles, c’est-à-dire

de tous ceux qui possèdent une certaine valeur que la substitution d’un objet semblable ne saurait remplacer. Ici la valeur d’usage disparaît partiellement ou entièrement avec l’objet même, bijou ou tableau de famille, souvenir d’amis ou d’un certain événement de la vie, ou encore chef-d’œuvre de

l’art, empruntant sa haute valeur au maître qui l’a créé ou aux conditions dans lesquelles il a été produit. Précisément parce qu’on ne saurait parler, en général, d’une libre production et reproduction de tels biens, leur valeur d^isage ne. peut pas êti'C inlluencée par les valeurs de production et d'échatuje au point d’être rabaissée au niveau de leurs prix de marché ou de leurs frais de production. Au contraire, lorsque relativement à certains de ces biens, comme par exemple aux œuvres d’art des grands maîtres, nous pouvons parler en effet d’un prix de marché spécial, celui-ci est, sans aucun doute, régi justement par la valeur d’usage particulière et par la concurrence parmi les amateurs d’art.

Lorsque cette valeur d’usage particulièreexisteexclusivement pour la personne du consommateur et dépend des préférences spéciales de celui-ci pour un exemplaire déterminé d’une catégorie (juelconque de biens, nous voyons disparaître ordinai-

THÉOIUE DE LA VALEUR

renient l’Idée même que celte valeur d’usage exceptionnelle se réllécliisse dans un prix de marché spécial. C’est pour cette raison (rue Rnies a prétendu à bon droit que la valeur d alfection comme telle (( manque absolument du caractère de

la fongibilité )) (i).

Si nous résumons en quelques mots ce que nous avons dit sur les principes généraux qui régissent la valeur d usage personnelle, il sera év ident pour nous que l’on ne saurait ni exprimer des formules définitives, ni déterminer un ordre quelconque pour la classification des articles de consommation d’après leur valeur d’usage. La raison en est que toute évaluation se présente à nous avec un caractère purement individuel et comme réglée par des circonstances personnelles. Ce que nous appelons la valeur d’usage des biens s’est manifesté à nos yeux comme le produit de toutes sortes de facteurs matériels, l'conomicjues, politiques et surtout psyclmlogiques de la nature la plus dilTérente, ensemble tellement complexe qu’il ne peut être question d’une loi universelle pour mesurer cette valeur. On ne peut (pie constater les rc'sultats finaux et objectifs des évaluations personnelles.

La valeur d’usage personnelle d’un bien quelconque se inanifeste, comme nous l’avons vu, sous la forme d une équation de ce bien à une ([uantité déterminée d’un autre bien avant un autre usage et que le consommateur voudrait céder pour acquérir le premier bien. Il s’agit toujours ici pour lui d’une taxation purement individuelle et dépourvue de tout caractère objectif.

Il est vrai qu’à la fin de ce chapitre, en traitant de I inlluenee (ju’exercenl les valeurs de produclion et d'èchaivje des biens sur leur valeur d’usage, nous avons vu la valeur d usage personnelle de la plus grande partie des richesses montrer

I ) « D’autre part, la valeur d’affection, comme telle, manque absolument du caraetère (le la fongibilité ; elle n’est donc nullement mesurable par une somme d’argent, même lorscpie jundu/iiemeal l’on en tient compte » iG ksm.s Bas Geld. a* édit., Berlin .885, p. iWi). kn.es donne 1 exemple Vivant ; « (Quiconque doit sacrilier la « maison de scs pures .. a la nouvelle voie ferlée, ne se reconnaîtra i>as entièrement dédommagé par les « pleins dommages-intérêts » qu’on lui accor.le, bien que le voisin, traite de la même façon, s’estime richement payé pour sa propre maison. »

une tendance à être entraînée vers un niveau fixe et à prendre, par suite, un caractère plus ou moins objectif. En y iTfïardant de près, cependant, nous devons reconnaître que nous avions quitté là, a proprement parler, ledomaine delà valeur (V iisarje personnelle, que nous connaissons comme valeur subjective, Notons bien que, dans le même passage, nous avons examiné particulièrement Taction des rapports d’échange objectifs sur les évaluations subjectives des biens. Tout bien considéré, nous avions toujours sous les yeux la valeur d’usage subjective des biens en question, mais elle était sous rintluencc de leurs valeurs de production et d’échange.

L’action des valeurs deproduction et d’échange surla valeur d’usage n’est’pas un phénomène social d’un caractère universel, susceptible de se manifester sous touh* forme de société humaine ; c’est, au contraire, un phénomène social dépendant d’une ors:anisation déterminée de la société. Dans la société

capitaliste actuelle, où la vie sociale repose, du coté des nonpossesseurs, sur la vente du travail et des produits du ti'avail et, du côté des possesseurs, sur l’exploitation de la force de travail, toutes les évahiations écf>nomiques et personnelles des différentes espèces de biens doivent, en règle générale, être iniluencées par les rappoi ts du marché, c’est-àdire par les prix de marché.

Chez les peuples qui ont conservé le communisme primitif dans certaines de ses formes, ainsi que dans la société communiste d’organisation supérieure, — dont le régime semble se préparer sous les vives aspirations de nos jours vers le bien-être commun, — la valeur d’usage possède un cachet subjectif et personnel bien plus prononcé.

Dans la période historique du communisme piâmitif le coût de travail personnel, exigé pour l’acquisition de certaines richesses, pouvait exceptionnellement influer encore sur les évaluations personnelles de la valeur de ces richesses, mais le prix de marché ne le pouvait pas. Le marché proprement dit manquait. Et partout où règne la production communiste et où le travail individuel ne se manifeste que comme. quote-part duj travail social total, il ne peut être (|ueslion, pour évaluer individuellement les richesses, ni de

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l’influence de la valeur d’échange, ni même, généralement, de cellede la valeur de production. La production dépend directement de la communauté et non pas précisément de Tindividu, qui n’en tiendra pas compte dans scs évaluations personnelles. Le communisme comme forme generale de la ci^ilisation permet un jeu plus compliqué dévaluations indi\iduelles que la société capitaliste ; les préférences personnelles et le choix libre y peuvent mieux se manlfesti'r.

C’est déjà un fait des plus caractéristiques que tous les représentants de la doctrine utilitaire dans la science t^conomique aient négligé l’action que les rapports de ^aleur objectifs exercent sur les évaluations subjectives des biens. Mais, il est plus singulier encore de voir nos économistes modernes officiels, — économistes d’universités (jui, en qualité de fonctionnaires, soutiennent par leur science 1 ordn* social actuel, — adhérer maintenant de préférence à une doctrine réduisant, en définitive, toute valeur à ces évaluations personnelles dont la place et l’importance sont si restreintes dans la société capitaliste de nos jours.

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