‹ Théorie des belles-lettres (volume 2)Chapitre 10 sur 103 · DE L'ABSOLU EN LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

DE L'ABSOLU EN LITTÉRATURE

dans l'orateur, le concours de toutes les puissances à la composition de la parole, condition indispensable pour saisir l'homme tout entier. C'est le soin de respecter en soi-même et dans autrui leur hiérarchie de nature. C'est la proportion de la parole à l'objet. C'est la morale, règle universelle et souveraine. Essence de l'homme, nature des choses, fin dernière, c'est-à-dire nécessaire relation des choses et de l'homme à Dieu: voilà nos bases. Tout cela n'est-il pas certain, immuable, absolu?

Qu'on l'entende bien du reste, nous n'admettons comme règle de la parole que ces principes et leurs corollaires m.anifesles. Tout ce qui tient à ces exigences premières par le lien d'une logique rigoureuse a pour nous force de loi. Le reste est factice, arbitraire ou tout au moins contestable. — Mais l'autorité? dira-t-on. — Elle existe en littérature, elle y a son rôle comme ailleurs mais pas autrement, rôle provisoire plutôt que définitif, indication considérable, jamais infaillibilité. Les jugements d'un grand esprit sont chose grave et il y aurait outrecuidance à les rejeter avant examen. Toutefois l'examen reste un droit et un devoir, et c'est une loi de la Providence que le génie même puisse être jugé et redressé par le bon sens vulgaire. Pour nous, sans sortir de la modestie qui nous convient, nous oserons regretter par exemple que notre grand dix-septième siècle ail poussé jusqu'à une sorte d'idolâtrie le respect des aphorismes littéraires de l'antiquité. Nous ne croyons pas, comme le bon et naïf Corneille, devoir une égale « vénération » à tout ce qu'Aristole « a écrit de la poétique (1). » IVlais quand un révolutionnaire de lettres déclare ne connaître point de « géographie précise du monde intellectuel, » quand il proteste n'avoir point vu « de carte routière de l'art avec les frontières du possible et de l'impossible tracées en rouge et en bleu (2), » nous répondons

(i) CorneiUe: Discours sur la Tragédie.

(2) Victor Hufro : Préface des Orientales.

Page 1