‹ Théorie des belles-lettres (volume 2)Chapitre 12 sur 103 · DE L ABSOLU FN LITTÉRATURI · texte numérisé non relu

DE L ABSOLU FN LITTÉRATURI

pas au bénéfice de la parole littéraire, elle qui jaillit de toutes ces forces conjurées? Le christianisme maintient les puissances humaines dans leur activité harmonieuse ; c'est dire ce que la parole littéraire peut lui devoir. Si le païen demeure notre modèle pour avoir mis l'ordre et la puissance dans ses œuvres, et par là même pour avoir gardé quelque rectitude en soi, nous y reconnaissons pour une part le témoignage de l'àme naturellement chrétienne, et nous en avons le droit, car le christianisme admet, épure, garantit et consacre tout ce que la muse profane a de réelle beauté. Et maintenant, supposez un chrétien sérieux et qui sache faire passer son christianisme dans toute la pratique de sa vie. Donnez-lui le talent, car c'est l'hypothèse nécessaire, et voyez. Nulle puissance n'est éteinte ni même refroidie, car la grâce ne mutile point la nature. Mais elle la règle, et voilà pour garantir la hiérarchie essentielle. En même temps, vus à la lumière de Dieu, les objets produisent une impression exacte et parfaitement mesurée dont nulle affectation ou gloriole ne forcera d'ailleurs l'expression. Par-dessus tout, ce talent a conscience de sa mission providentielle, il cherche moins à jouir de lui-même qu'à élever les âmes à la hauteur du vrai, du beau, du bien suprême vu et montré partout. Encore un coup, le christianisme tend à la perfection même naturelle de l'homme. Mais qu'est-ce donc que l'orateur, l'écrivain, le poète? Rien autre chose que l'homme s'exprimant dans toute, la force et dans les conditions vraies de sa nature. Qui fait la parole littéraire^ L'àme, qui s'y met tout entière, mais l'àme telle que Dieu l'a faite et qu'il y a lieu de l'admirer.

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