‹ Théorie des belles-lettres (volume 2)Chapitre 15 sur 103 · I. 'AMi: DONNANT SON K M PRIi] I N T K A L' \ oCUnS · texte numérisé non relu

I. 'AMi: DONNANT SON K M PRIi] I N T K A L' \ oCUnS

aisée ou, comme disaient excellemment les Latins, le cours paisible, le coulant du discours, fiimen orationis. Mais encore faut-il que cette liaison soit progressive. Un discours est un voyage. Donc il faut que chaque pas nous rapproche du terme. Règle morale, à étendre ou à resserrer suivant les sujets ou les genres, mais règle universelle et toujours sensible jusque dans les plus libres jeux de la fantaisie. Que l'ensemble soit une course vagabonde à travers champs, à la bonne heure! Mais chaque partie sera comme un petit discours où, sous peine de détacher de vous l'intérêtet l'attention, il faudrabienquevousnousmeniezquelque part. A tout prendre, l'ensemble même, s'il ne veut être vain et nul, devra nous laisser une pensée, une impression dominante, à quoi il ne réussira point sans une progression peut-être large mais réelle toujours (1).

Telle est la loi. Viennent maintenant les indications ou directions qui peuvent la faire appliquer avec plus de sagesse pratique.

Les faits nous ont montré d'abord la disposition naissant en partie de la nature des choses, mais encore plus de la nature de l'esprit et de son action libre. Par un point, elle lient à l'impression des objets sur l'âme ; par beaucoup d'autres, à l'impression de l'âme sur les objets. En somme, le secret pratique gît à concilier heureusement ces deux

(i) L'habitude formant préjupé nous a conduits à exiger que les dernières impressions d'une lecture, d'un spectacle ou d'une audition soient toujours les plus violentes. Une symphonie doit se perdre finalement dans des éclats formidables. Un dénouement de traaédie est froid quand il ne s'arrête pas net sur un dernier coup de théâtre ou sur une tirade.à effet, sorte d'aria di bravura faite pour enlever le dernier applaudissement. Chaque sermon, chaque point de sermon doit finir de même, sans quoi l'auditeur ne se tiendrait pas suffisamment averti d'être ému. — Excès et routine. Cela est bon quelquefois, mais pourquoi toujours ? On a loué l'art srec de calmer les passions après les avoir soulevées et d'aller par la véhémence à une sorte d'apaisement final. Pourquoi non ? La gradation, la nature n'exipent pas que l'impression soit ei demeure violente. Elles la veulent lentement et savamment produite, d'ailleurs profonde et durable, à quoi un certain calme relatif ne nuit jamais

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impressions, ces deux influences, l'une ou l'autre prenant le dessus suivant le cas.

Or on peut, ce semble, les ramener tous à deux principaux.

Quelquefois la disposition sortira de la succession même des choses, combinée d'ailleurs avec le mouvement propre de l'âme où elles s'impriment, c'est-à-dire avec le jeu naturel des passions et cette logique large et à peine réfléchie qui s'attache comme d'instinct à la question de causalité.

Celte disposition toute simple et presque spontanée est avant tout celle de la poésie lyrique. Là, relativement parlant, l'âme est conduite plutôt que conduisante, elle est saisie, transportée par une succession d'objets grands et forts qui l'entraînent' sans lui laisser souvent que l'équilibre essentiel à la moralité, à la dignité humaine. Prenez un psaume d'allure vive comme le « Super flumina Bahylonis » ou le « Qiiare fremtierunt génies. » Vous y trouverez une suite d'objets, d'images, d'allusions, de souvenirs, qui se tiennent sans doute et s'appellent les uns les autres, mais d'un lien bien souvent léger et d'un appel singulièrement rapide. Ils passent, émouvant l'âme à tour de rôle, sans autre unité le plus souvent que la prédominance d'une impression maîtresse produite par eux-mêmes et que râine gouverne au moins assez pour sauver en tout l'action nécessaire de la raison. On ferait la même épreuve sur une ode de Pindare par exemple, ou de Fra Luis de Léon ou de V. Hugo. Et telle est bien, autant qu'on la peut décrire, l'ordonnance lyrique. Les objets lui donnent le branle, et lui impriment souvent la direction par le sentiment premier et dominant qu'ils nous inspirent. L'âme n'est pas toute passive, mais elle accepte de partir de là.

Dans le récit, à part le cas spécial de la narration judiciaire, les faits ou phénomènes gardent, pour ainsi dire, une large initiative. Là encore ils s'imposent à l'âme dans leur orrlre chronologique et avec les impressions

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