‹ Théorie des belles-lettres (volume 2)Chapitre 2 sur 103 · AVANT- PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS. IX

mettez votre âme dans votre parole, toute votre âme, votre âme telle que Dieu l'a faite et qu'il la veut, avec sa physionomie propre, sa puissance originale, mais encore avec les traits communs et obligés qui la font droite, haute, ordonnée, raisonnable.

S'il est un préjugé funeste à l'art de parler et d'écrire, c'est de l'imaginer comme un je ne sais quoi de factice, d'artificiel, de le concevoir comme un ornem ent appliqué par le dehors et qui ne tiendrait pas à la substance de l'âme. Erreur. Chez celui qui l'exerce, le talent littéraire est la fleur de l'âme; c'est l'âme elle-même qui se montre naïvement, et, avec elle, tous les objets de sa pensée. Dieu, l'homme, le monde, tous fidèlement rendus et cependant bien marqués de son empreinte personnelle. Là est à nos yeux le premier et le dernier^imot] de toute doctrine littéraire, et ce livre n'est que pour l'établir.

On voit qu'il ne s'adresse point aux écoliers, bien qu'on puisse, croyons-nous, en mettre facilement la doctrine à leur portée. Dans sa forme et avec ses développements, il semble devoir être plus directement utile aux professeurs, aux jeunes gens engagés dans les hautes études, aux hommes qui ont conservé le goût des jouissances de l'esprit. Il voudrait élever et augmenter pour eux ces jouissances, en leur en donnant une possession plus réfléchie. Il ambitionnerait même d'assurer en eux^d'une façon indirecte mais efficace les principes ;de la philosophie chrétienne. Si nous ne [manquons absolument notre but, qui-

X AVANT-ri!(il'OS.

conque voudra bien nous lire demeurera un peu plus fermement convaincu de ce fait, que la littérature jaillit comme de source de la psychologie exacte et de la saine morale; que le beau littéraire est étroitement lié au vrai de la nature, au vrai de l'âme et des choses, mais encore au bien pour lequel les choses et l'âme ont été faites par Dieu.

Slongli (Angleterre), en la fêle de saint Ignace de Loyola, 31 juillet 188rJ.

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