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tesse, mais il est vrai pour notre honte qu'elle nous attire par ailleurs. Est-elle violente, odieuse, terrible? N'en usons qu'avec réserve, laissant aux romanciers de bas étage ce facile et dangereux moyen d'effet. Enfin elle peut être surtout comique ; elle peut paraître comme la grimace immobilisée d'un travers assez inoffensif, d'une disproportion morale sans élément funeste ou odieux. Ne coudoyonsnous pas à toute heure Tétonnement niais, l'empressement effaré, le sérieux effrayé ou rengorgé, la satisfaction ridicule de soi-même? Autant de ressources pour le satirique et le conteur. Libre à eux de les exploiter, pourvu qu'ils n'aillent pas jusqu'à la charge. Saisi finement à travers le ridicule physique, le travers moral profite au bon seos.
Mais pour la dépravation et l'impuissance de l'art matérialiste, il y a mieux que la laideur même. La souffrance physique décrite avec un luxe grossier de détails remue bien plus violemment le sensualisme et le fond de cruauté qui s'y unit toujours. Que ne peut-on nous donner un combat de gladiateurs, nous proposer le spectacle vrai de la question, comme Perrin Dandin à sa future belle-fille, voire celui (l'une dissection, comme Thomas Diafoirus à Angélique? A défaut des réalités, nous aurons la description réaliste : traits qui se décomposent, muscles qui tressaillent, plaies, spasmes, râles, tout ce qu'il y a de dégoûtant ou d'horrible (1). Étaler tout cela s'appellera sincérité, courage; oui vraiment, courage de boucher, littérature d'abattoir. N'est-ce pas logique du reste? Si le corps est tout, pourquoi nous refuser ces acres jouissances ? Pourquoi, aux yeux des matérialistes, l'art ne commencerait-il pas précisément où il finit aux nôtres, au point où l'âme s'éclipse vaincue par les convulsions de la chair? Aussi longtemps qu'elle les domine, elle met sur le visage souffrant l'empreinte d'une
(l) Oa peut prendre comme exemple de ces viles peintu^e^^ le massacre des mercenfiire? de Curlha;.'e dans le déTdé delà Hache. (Salammbô, par G. Flaubert )
énergie centuplée par l'effort: majesté qui pénètre, douleur qui attendrit; beauté sans paire et sans rivale, objet indéfinissable de respect, d'admiration, de pitié, d'amour. C'est le martyr, c'est l'Homme-Dieu en croix. Mais où la douleur est plus forte queTàme, l'homme est absent, il n'y a plus que la bête affolée, hurlante. L'art matérialiste peut se jeter sur cette proie; l'art humain s'en relire avec dégoût (1).
Gomme la souffrance physique, la passion tourne, elle aussi, en convulsion animale, quand elle emporte dans son tourbillon la raison et la liberté. A ce point où s'évanouit la vie morale, le goût, c'est-à-dire le sens de la dignité humaine, cache le personnage tombé au-dessous de l'humanité. Timante voile la tête d'Agamemnon; Racine écarte de la scène Oreste en proie aux Furies. Les anciens recouraient même à la métamorphose; Hécube, privée de ses derniers enfants, n'était plus qu'une chienne furieuse; fiction transparente qui disait : Fart n'a plus que faire, car sous l'orage trop violent l'àme s'est éteinte; l'être moral, l'être humain n'existe plus. Quelques modernes ont changé tout cela. Pour eux, point de passion forte si elle ne tourne en contorsion, en convulsion, en délire. L'idéal du naturel et de la force, c'est de redescendre — ils diraient plutôt remonter — du sentiment raisonnable à l'instinct animal. Pour bien défendre sa fille, une mère doit se hérisser, se traîner « à quatre pattes, » se faire tigresse ou « panthère (2). » Plus tard cette répugnante gageure sera tournée en système, en axiome, et l'on osera bien écrire ces lignes odieuses : « Ce qui fait qu'une mère est sublime, c'est que c'est une espèce de bête. L'instinct maternel est divinement animal (3). » Voilà qui juge un procédé, une école. Ici du moins, l'excès de la dégradation peut être
(1) Saint-Marc-Giranlia: Cours de littérature dramatique, W 1. (2)V. Hufio: Notre-Dame de Paris. —' Voir Saiul-Alarc-Girardiu : Littérature dramatique.
i'.i) Quatre-vingt-treize, y partie, iiv. II, n" 6.