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Utile el ramener par le dégoût à la vérité. Or la vérité nous est connue. Le corps n'intéresse l'art qu'à titre de révélateur de l'àme. La peinture de l'homuie physique vaut uniquement comme appoint à la manifestation de l'homme moral.
L'homme moral. — Raisons de le peindre. — Pathétique indirect. — Observer l'âme chez autrui ; dans quelles dispositions. — L'observer eu soi-même; dans quel esprit. — Dans nos peintures, faire ressortir définitivement l'àme ordonnée. — Le spectacle de l'Ame quelconque produit l'effet : il n'est pas le beau.
L'homme moral, la vie morale, l'âme en action et en jeu, voilà le charme de la fiction ou de l'histoire. Retrouver l'âme, la prendre sur le fait de la réalité ou sur le vif des ressemblances : qui n'a senti là une des meilleures joies de l'esprit ? Qui n'y voit un des triomphes de la liés noble et très légitime curiosité humaine? Au-dessus, il n'y a que la conception et l'expression de Dieu. Veut-on agir sur les hommes par la parole; veut-on leur offrir le spectacle des choses à travers sa personnalité originale mais ordonnée? On doit, de nécessité, peindre l'âme, la vie morale, le cœur humain. Deux raisons y obligent: d'abord e^ en toute hypothèse cette curiosité noble qu'il faut satisfaire; en second lieu et sauf le cas du vice, l'intérêt immédiat de l'influence où la parole prétend. C'est que peindre vivement l'âme, c'est déjà commencer d'y conformer celle qui regarde. Plus simplement, toute passion est contagieuse ; qui la montre commence de l'exciter. Notre âme, à nous spectateurs, est bien la harpe éolienne prête à vibrer à l'unisson des sentiments qu'on nous présente. Cette sympathie naturelle est surtout manifeste chez les jeunes gens, en qui l'expérience n'a pas alangui les impressions, ni l'orgueil
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bridé la sincérité de la nature (1). Elle est redoutable dans les fouies, où elle fait courir en un moment, comme l'incendie, les folies joies ou les folles chimères (2).
Dans l'ordre de la parole elle donne lieu à°une sorte de pathétique trop oublié des rhéteurs, mais bien réel pourtant et bien efficace : pathétique plutôt indirect, médiat, préparatoire aux grands effets; non pas encore impulsion ouverte, assaut franchement donné dans le sens de telle passion, amour, haine ou crainte; mais touche légère, premier ébranlement qui nous y incline par le spectacle de la passion même. Rien ne jjrépare mieux les grands mouvements de l'éloquence, et, dussent-ils manquer au discours, si l'àme y est naïvement peinte, nous aurions tort de l'esUmer froid.
Mais pour la peindre il faut la connaître, et pour la connaître l'observer. Curiosité sagace, ardeur passionnée au spectacle de la vie morale, promptitude et justesse à la prendre sur le fait, esprit d'observation en un mot: don naturel, premier et indispensable élément du talent d'écrire, d'ailleurs soumis à la commune loi du développement et de l'exercice. Doctes imitateurs, disait Horace, étudiez comme premier exemplaire la vie, les caractères humains ; de là vous tirerez la parole vivante (3). Et Régnier, avec son vieux slyle, leur donne ce mot d'ordre :
Apprendre dans le monde et lire dans la vie D'autres secrets plus* fins que la philosophie (4).
Observons donc, étudions autrui. Voyez Molière dans la
(1) Féuelon u'outre rien quand, au récit des malheurs de Philoctète, il nous uiontre rédécliies tour à tour sur le visacro de Télémaque les passions de tous les persouuàL'es du drauie. (Liv. XVI.)
(2) Tel fut par exemple le délire universel d'allégresse à la fête de la Fédération. (Tiùne: Origines delà France contemporaine ;{ Révolution, t. 1, p. 288.)
(3) Respicere exemplar vilœ morumque jubebo Docliim imltalorem et vivas hinc ducere vocfn .
< Art poétique.)
(4) Le texte porte :
D'autres secrets plus iius que de philosophie.