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boutii|iie du barbier de Pézenas, suivant le défilé de !a clienlèle. Le grand comique cherchait à s'égayer; non sans tristesse parfois, mais plutôt sans amertume. Depuis, le métier d'observateur s'est étrangement gâté. Dépravation, paradoxe ou manie, quelques-uns envisagent le monde moral comme un spectacle bariolé qui les amuse; adorateurs de la puissance naturelle et naïvement insouciants quanta la moralité de son usage. D'autres posent pour la force et la meltent dans le scepticisme; amers ou froids, désolés ou railleurs, mais trouvant encore plutôt le compte de leur orgueil à jouer l'indifïérence, l'impassibilité stoïque; gens qui prendraient volontiers pour devise le mot cynique du romancier allemand Spielhagen : «Tout mépriser, se mépriser soi-même, et mépriser d'être méprisé. » Le plus souvent c'est comédie pure, bizarre mensonge d'une âme qui fait gloire de se donner comme plus vile que nature. Quant à ceux qui en sont vraiment là, dès longtemps le Saint-Esprit les a notés comime ayant touché le fond de toute corruption possible: « Quand l'impie en est venu aux dernières profondeurs de la perversité, il méprise (1; ». L'observateur sérieux et chréiiun n'a que pitié pour toutes ces formes insolentes du paradoxe. Bien plus, dans le spectacle de la vie humaine, il ne cherche pas matière à rire comme Molière; il n'est pas, comme La Rochefoucauld, résolu d'avance à voir toutes les vertus humaines se perdre dans l'intérêt comme les fleuves dans la mer. Il n'a rien d'Heraclite ou de Démocrite, rien surtout du pharisien en quête de prétextes pour se dire: « Je ne suis pas. Dieu merci, comme le commun des hommes (2j. » Chez lui, la compassion peut naître du spectacle, mais toujours tempérée de bienveillance et de respect. C'est qu'il s'inspire de Celui qui savait ce qu'il y
(1) Impius cum in profundum venevit peccatorum, contemnit. (Frov. xviii, 3).
(2) Dcus, gratkis afjo tibi quia non stim sicut cœteri hominum. (Luo, xviii, H.)
108 THÉO un: df.s BRLLËS-i.inTr.Es.
a dans l'homme (1), et qui pourtant honora l'homme jusqu'à mourir pour le relever.
Que l'écrivain étudie ainsi la nature dans autrui, mais encore en lui-même. Là se trouvent et l'intelligence plus pénétrante des phénomènes observés chez les autres, et la révélation première de certains sentiments graves et profonds entre tous. Non que, pour connaître une passion, il faille, comme a cru Lacordaire, en avoir été soi-même « victime (2). » Non, l'innocence n'emporte pas l'ignorance comme une suite nécessaire. Chacun trouve en soi le germe de toutes les passions, et, pour les entendre et les pressentir, il n'est besoin, grâce à Dieu, ni d'y avoir succombé ni même d'en avoir éprouvé la tentation formelle. Du reste, qu'elle soit en germe ou en fleur, l'affection bonne ou mauvaise connue par expérience personnelle porte à l'esprit plus de lumière. A se connaître soi-même il y aura bénéfice pour la parole aussi bien que pour la vertu.
Regardons-nous donc à loisir; mais que l'amourpropre ne nous présente pas le miroir. « Voyez cet orgueilleux, dit Bossuet, comme il se contemple t Avec quelle complaisance il se considère de toutes parts î L'orgueil le fait rentrer en soi-même (3). » Pour d'autres, que Bossuet n'avait pas prévus, c'est la vanité, la vanité qui s'adore avec larmes, deux fois attendrie et des perfections qu'elle se découvre et de la lenteur des hommes à les découvrir. Laissant à part la question de réforme personnelle, l'écrivain sérieux s'étudie pour s'avertir de soi-même, pour entendre mieux l'âme et la présenter à d'autres plus vivante et plus utile. On voit ce que la parole peut y gagner.
Mais quelle àme présenter ainsi de préférence? Est-ce l'âme quelconque, la puissance brute, la vie sous toutes ses formes légitimes ou illégitimes? Est-ce l'âme telle
(1) Ipse enim sciebat quid esset in hotnine. (Joan. ii, 25).
(2) Lacordaire: 25* conférence.
(3) Bossuet: Sermon sur la loi de Dieu.