‹ Théorie des belles-lettres (volume 2)Chapitre 44 sur 103 · L'IDÉE SIMPLK KT LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

L'IDÉE SIMPLK KT LA VOLONTÉ

dignité de notre langage ; elle suivra spontanément , guidée par cet instinct délicat et rapide qui s'appelle si justement le tact.

Le nivellement de la langue et l'esprit révjalutionaaire. — Barrère. Victor Hugo.

Mais autant notre loi est généreuse, autant nous avons lieu d'y tenir. Si nous disions de notre chef que le déclassement universel des mots , que la démocratie égalitaire envahissant jusqu'au langage, sont pour les mœurs publiques un signe fâcheux et une menace, qu'ils sont chose révolutionnaire et périlleuse par le fait, on nous accuserait peut-être d'exagération et de système. D'autres l'ont dit pour nous et avec toute compétence. Ne soyons pas si distraits que de ne point l'entendre, et comprenons ce qu'on prend la peine de nous expliquer fort nettement.

Dans la séance du 8 pluviôse an II, Barrère, au nom du Comité de salut public, lisait à la Convention nationale un rapport dont voici l'exorde :

« Citoyens, les tyrans coalisés ont dit : L'ignorance fut toujours notre auxiliaire le plus puissant; maintenons l'ignorance; elle fait les fanatiques, elle multiplie les contre-révolutionnaires; faisons rétrograder les Français vers la barbarie ; servons-nous des peuples mal instruits ou de ceux qui parlent un idiome différent de celui de l'instruction publique.

« Le Comité a entendu ce complot de l'ignorance et du despotisme.

« Je viens appeler aujourd'hui votre attention sur la plus belle langue de l'Europe, celle qui la première a consacré franchement les droits de l'homme et du citoyen, celle qui

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est chargée de trausmettre au monde les plus sublimes pensées de la liberté et les plus grandes spéculations de la politique.

« Longtemps elle fut esclave, elle flatta les rois, corrompit les cours et asservit les peuples ; longtemps elle fut déshonorée dans les écoles, et mensongère dans les livres de l'éducation publique ; astucieuse dans les tribunaux, fanatique dans les temples, barbare dans les diplômes, amollie par les poètes, corruptrice sur les théâtres, elle semblait attendre ou plutôt désirer une plus belle destinée.

« Épurée enfin, et adoucie par quelques auteurs dramatiques, ennoblie et brillante dans les discours de quelques orateurs, elle venait de reprendre de l'énergie, de la raison et de la liberté sous la plume de quelques philosophes que la persécution avait honorés avant la révolution de

« Mais elle paraissait encore n'appartenir qu'à certaines classes de la société; elle avait pris la teinte des distinctions nobiliaires, et le courtisan, non content d'être distingué par ses vices et ses dépravations, cherchait encore à se distinguer dans le même pays par un autre langage. On eût dit qu'il y avait plusieurs nations dans une seule.

« Cela devait exister dans un gouvernement monarchique où l'on faisait ses preuves pour entrer dans une maison d'éducation, dans un pays où il fallait un certain ramage pour être de ce qu'on appelait la hoimc compagnie, et où il fallait siiïler la langue d'une manière particulière pour être un homme comme il faul.

« Ces puériles distinctions ont disparu avec les grimaces des courtisans ridicules et les hochets d'une cour perverse. L'orgueil même de l'accent plus ou moins sonore n'existe plus, depuis que les citoyens rassemblés de toutes les parties de la république ont exprimé dans les assemblées nationales leurs vœux pour la liberté et leurs pensées pour la législation commune. Auparavant

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