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CHAPITRE PREMIER

Idée générale.

Deux sens esthétiques : l'ouïe et la vue. — Deux laa^ïues correspondantes, sons et uiouveuients expressifs. — Leur? relations avec la parole. —Nécessité d'en bien user. — Diction, action: art du débit.

L'homnio à qui s'adres.se la parole n'est pas seulement intelligence et vouloir, imagination et sensibilité. Parmi nos sens, deux sont capables du beau. La vue et Touie apportent à l'àme, non plus seulement, comme les autres, l'impression d'objets tout matériels, mais celle de l'immatériel rendu sensible. Tandis que les autres s'arrêtent au phénomène purement corporel, l'œil et l'oreille perçoivent l'âme à travers deux de ses manifestations les plus significativeSc Ce n'est point à dire seulement que par eux on lit et on entend la parole articulée. Il y a plus : l'âme se chante dans la voix, elle se peint dans le geste. Ainsi tombe-t-elle plus directement et comme immédiatement sous les prises de l'ouïe et de la vue. C'est la dignité supérieure de ces deux sens. Encore n'est-elle pas égale dans tous les deux. L'oreille entend et n'a pas d'autre minis-

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tère; elle perçoit l'âme et ne la montre pas. L'œil la perçoit et la montre ; il est fait pour voir et pour être vu : instrument de choix pour saisir les reflets extérieurs de la vie morale et tout ensemble miroir où ils se reflètent avec le plus de précision et d'éclat.

Par suite, voici, dans l'homme qui parle, deux langues nouvelles, celle des sons expressifs, celle des gestes expressifs.

Elles sont distinctes de la parole articulée. Ce qui le prouve, c'est qu'elles peuvent s'en détacher sans périr et signifier par elles-mêmes : l'âme s'exprime assez dans le geste d'un muet, dans un vagissement, dans un cri, dans un sanglot. Elles peuvent même contredire la parole qu'elles accompagnent :

... Hum ! Visage de traître.

Quand la bouche dit: Oui, le regard dit : Peut-être (1).

Par leur impuissance à traduire la pensée précise, l'opération complète de la raison, elles restent absolument inférieures à la langue articulée. Mais elles ont l'avantage dès qu'il s'agit du sentiment. Bien autrement souples et rapides à le suivre dans ses modifications, dans ses courbes indéfinies, elles arrivent où la parole n'atteint pas, mais surtout elles la devancent toujours. Que de nuances morales dans une inflexion de voix, dans un geste I Essayez de les traduire en mots ; l'exercice est attachant et singulièrement utile; mais il faut passer par bien des lenteurs, et quelquefois pour aboutir à l'insuccès.

Jointes à la parole articulée, ces deux langues ont un pouvoir merveilleux pour achever l'expression de l'âme. Aussi quel tort une diction froide ou fausse ne peut-elle pas faire à un texte d'ailleurs excellent I Combien pâle est le plaisir de la lecture comparé à celui d'entendre un

(1) Victor Hupo : Ruy Blas.

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acteur ou d'assister à la représentation d'un drame I C'est pourquoi le lecteur sérieux écoute et voit en idée, pour se restituer à lui-même la part de jouissance que les mots seuls ne lui donnent pas.

Enfin telle est dans le domaine du sentiment la puissance expressive du ton et du geste, que rien ne les supplée, tandis qu'ils peuvent suppléer eux-mêmes à bien des choses.

^Jais l'ex.cellence même de ces deux forces nous oblige à les bien gouverner, ne fût-ce que pour n'en rien perdre ; et plus ces deux langues sont parlantes, plus il importe d'en bien user. Le gouvernement de la voix et du geste est raction oratoire dans son acception la plus large. Toutefois l'usage nous conduit à restreindre le mot pour en désigner le port, le geste, l'attitude, et il ne nous défend [)oint d'appliquer au maniement de la voix le terme un peu flottant de diction. So'ilùoncla diciion l'usage des ressources musicales de la parole, et l'action le gouvernement de toute la personne visible en tant qu'expressive de l'àme. De l'une et de l'autre se composera l'art du dêhit, car il vaut mieux, ce semble, écarter le terme de déclamation comme équivoque et d'assez fâcheuse renommée.

L'art du débit et la nature. — 11 la développe en l'ordonnant. — Le naturel a la fois spontané et réfléclii. — Liberté, originalité. — L'art et l'inspiration du moment. — 11 la seconde et même la provoque. — Il est sincère et naturel.

Or avant d'établir sur leur vraie base les lois générales de cet art, il y a lieu de le défendre contre un préjugé radical qui tendrait à le supprimer ou à peu près. Chose étrange ! tandis que les uns en poussent les principes jusqu'au système et l'étude jusqu'à la minutie, d'autres le dédaignent, faisant profession de compter

beaucoup plus sur la nature et ses inspirations spontanées. En cette matière principalement, tout ce qui est art les met quelque peu en défiance. Ne sera-ce pas autant de pris sur le naturel? Et cependant les relations entre la nature et l'art sont les mêmes ici qu'en fait de composition et de style. Ici comme là, comme partout du reste, qu'est-ce que l'art sinon la nature prenant conscience et possession d'elle-même? Nous pourrions nous en tenir à cette observation générale ; mais regardons-y de plus près.

C'est une loi universelle que l'ordre augmente la puissance en la dirigeant. Si donc Tart du débit est incapable de suppléer les aptitudes natives, il les développe et les fortifie dans un degré parfois merveilleux. La voix s'assouplit et s'étend; le geste s'enhardit et se dénoue en même temps qu'il se corrige. Toutes les puissances expressives grandissent et le sentiment même y gagne. Telle est l'unité de notre nature, l'action mutuelle du corps et de l'a me, que nous nous formons à mieux sentir en traduisant mieux ce que nous sentons.

Ne l'oublions point du reste : le naturel exclut le factice, mais il peut et doit être réfléchi. L'écrivain qui se respecte ne trace pas un mot dont il ne sache rendre compte. L'orateur digne de ce nom doit en venir à pouvoir justifier chaque inflexion, chaque geste. On entend bien que nous ne lui demandons pas sur chacun une attention actuelle et distincte, non plus qu'au violoniste, par exemple, sur chacune des notes qu'il lit et des mouvements par où il l'exécute. Mais si la voix, la main, le regard vont plus vite que toute réflexion, il reste que l'auditeur qui s'y arrête doit pouvoir se rendre raison de tout ; il reste que l'orateur doit savoir, au besoin, tout justifier devant l'auditeur et devant lui-même. Or pour atteindre à cette rapide justesse dans le ton et dans l'attitude expressive, il n'est que l'exercice, l'étude menée longtemps et à froid; tout comme il n'est que la longue pratique

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du Style pour former l'improvisateur. A ce compte seulement, on aura le droit de livrer aux chances de l'improvisation sa voix, son geste et sa parole. Autrement, sous prétexte de naturel, on marche à l'aventure et l'on trahit vite son faible, fùt-on richement doué par ailleurs.

Il n'est pas moins évident qu'enseigner l'art du débit ce n'est point tout régler d'une façon géométrique, noter d'avance la mélodie de la voix, tracer les angles et les courbes que le bras devra décrire. Quel maître en littérature prétendit jamais dicter à ses élèves leurs futurs ouvrages? C'est ici la même chose. Des deux parts, l'enseignement provoque la réflexion et la guide; et la réflexion à son tour ordonne et étend l'opération naturelle. D'ailleurs nul péril pour l'originalité légitime. En fait de débit comme de style, elle ne commence jamais que par l'imitation et l'étude réfléchie. Aussi bien les vraies lois du débit comme de la composition littéraire sont larges et généreuses ; elles laissent au génie personnel une liberté dont nul homme sérieux n'osera se plaindre. La médiocrité seule ou la paresse accusent le bon sens de gêner l'originalité. Ainsi ne faisaient point les maîtres, Démosthène par exemple et Cicéron ou Talma dans son genre (1). On sait en ce point leur doctrine et surtout leur opiniâtre labeur.

Ils n'auraient pas accepté davantage de s'abandonner sans autre garantie à l'inspiration, à la chaleur du moment. Certes nous ne prétendons méconnaître ni le fait de l'inspiration ni son admirable puissance. L'inspiration vient ou manque dans le débit aussi bien que dans l'improvisation ou la composition même. Selon les jours et les heures, on est ou l'on n'est pas en veine, en voix, en train. On sent ou l'on resrrette celte vibration intérieure, ce tres-

(1) Plutarque : Vie de Démosthène, vu à xi. — Cicéron : Brutus, Lxxxix. — Nettement : Littérature sous la Restauration, t. II. — Lepouvé : VArt de la lecture.

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sainement, cette transparence d'émotion qui donnent à la voix et aux mouvements leur vérité facile et frappante. Heureuse disposition et que rien ne supplée, au moins de façon durable et pour l'auditeur sérieux. On a vu des comédiens duper le public à force d'arl, scander par exemple d'aparté bouffons des tirades étudiées qui faisaient frissonner une salle entière. C'était là jouer avec leur talent et peut-être aussi avec l'inexpérience de la foule ; mais la règle demeure en dépit des surprises et des exceptions.

Toutefois si l'art exercé à froid ne vaut jamais l'inspiration véritable, il la sert grandement. Quand les organes sont dès longtemps assouplis par l'exercice, vienne l'inspiration et elle se trouve à l'aise, comme le courage aidé d'une bonne armure. Mais elle ne vient qu'à ses heures, dira-t-on. Non pas absolument. Le travail méthodique, l'art n'est pas tout-puissant à la faire naître, mais il y sert beaucoup. L'effort antérieur nous a formés à l'analyse des passions diverses et à leur expression réfléchie. C'était nous préparer à entrer plus aisément et plus vite dans la vérité d'un sentiment. Quanta l'effort actuel, il arrive souvent à forcer les résistances de Tinspiration et à la conquérir de haute lutte. Nous rappelions tout à l'heure l'action mutuelle du corps et de l'âme. En voici une conséquence intéressante. Comme les sentiments vifs se traduisent par des gestes déterminés, inversement ces mêmes gestes faits à froid tendent à produire les sentiments auxquels ils correspondent. Le recueillement nous prosterne, mais il n'est pas moins vrai que le prosternement nous recueille. Ainsi de tous les mouvements liturgiques par exemple : ils sont effet et cause, ils naissent logiquement de l'adoration intérieure ; pratiquement, ils la préparent ou l'augmentent. Étant donné ce principe d'expérience humaine, on entend que la mimique de l'inspiration absente ne serve pas seulement à la suppléer tant bien que mal, mais tende réellement à la produire. Quoi de moins rare qu'un

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orateur froid et factice au début, mais qui peu à peu ou tout à coup entre dans le vrai et commence de saisir l'auditoire I En commandant par un effort de volonté à son appareil expressif l'imitation de la chaleur qu'il ne sentait pas, il a réellement échauffé ses facultés engourdies, mis en branle son imagination et sa sensibilité; d'un mot, il a conquis l'inspiration. La méthode n'est point infaillible, mais elle est souvent efficace, et en dehors d'elle il n'y a rien.

Craindra-t-on de n'être pas sincère avec soi-même, de jouer la comédie? Non vraiment. Il ne s'agit point ici de nous tromper sur nos sentiments véritables. Dans la circonstance donnée, notre intelligence voit qu'il conviendrait d'être ému pour émouvoir. Mais nos puissances expressives sont plus lentes. La volonté souveraine leur commande alors d'agir quand même et de secouer cette torpeur. En tout cela, rien que de rationnel et de loyal.

Mais n'est-ce pas là selon le mot vulgaire, se battre les flancs? Oui, si l'effort est gauche, s'il est trop visible. Ici comme ailleurs le triomphe de l'art est de se cacher.

Lois premières du débit, identiques à celles de la composition et du style. — Expression complète de l'âme. — Expression mesurée : sur la puissance des organes, — sur la hiérarchie essentielle des facultés, — sur les objets ou plutôt sur les sentiments qu'ils doivent inspirer. — L'effet et le beau. — Lois du débit fondées sur la seule nature. — Donc invariables comme elle. — Le débit et la morale.

11 y a donc un art du débit, art légitime, sérieux, loyal, auxiliaire excellent de la nature dont il dégage et déploie toutes les ressources et de l'inspiration qu'il sert ou provoque dans l'occasion.

Où chercher les lois de cet art? Où nous avons trouvé celles de la composition et du style, dans la nature de

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l'homme et des choses, de l'homme surtout. Expression de l'âme et des choses par l'intermédiaire de l'âme, le débit, pour être ce qu'il doit, ce que Dieu veut, traduira pleinement l'âme ordonnée, la seule qui ait droit de rester définitivement en lumière et de poser sous nos regards. C'est dire qu'il obéira comme le reste aux deux règles de plénitude et d'ordre qui régissent toute action.

Que l'expression doive être complète, que la voix, le geste, l'attitude, le regard doivent saisir toute l'âme de l'auditeur en lui dévoilant par tous les moyens à la fois l'âme de l'orateur : cela est trop manifeste. Il suffit de le rappeler d'un mot.

Quant aux proportions à garder dans cette action vive et totale des puissances expressives, elles importent d'autant plus que ces puissances appartiennent à l'ordre sensitif.

L'énergie du débit se mesurera tout d'abord à celle de l'organe qui agit et du sens qui perçoit. Mesure surtout physique et en dehors de la justesse d'expression proprement dite. Elle revient à éviter tout ce qui serait gauche, disgracieux, choquant, contraire à notre goût inné d'harmonie, les vociférations, les gestes raides, anguleux, vastes et autres disproportions de même sorte. Elle est différente suivant le local ou l'auditoire. Elle varie avec les conditions physiques de la personne qui parle. Une voix trop grêle, une taille trop exiguë doivent renoncer aux effets grandioses ou redoutables. On sait les débuts de Thiers et leur succès plutôt comique. Le «nain spirituel » jouait au tribun. Mais il s'aperçut vite de la méprise et devint orateur le jour où il s'avisa de causer.

Sans manquer aux grands rhéteurs de l'antiquité, à Gicéron ou à Quintilien par exemple, il doit être permis d'observer que leurs préceptes en fait de débit s'en tiennent à cette première proportion. Ils disent longuement ce qui choque et par où on l'évite. Ils s'occupent moins de l'expression proprement dite el ne marquent

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pas, au moins d'une manière assez précise, les deux mesures qu'il nous reste à indiquer.

Il importe en effet que la puissance expressive du débit respecte la hiérarchie ou subordination essentielle des facultés. Orateurs, nous avons à gouverner là deux forces magnifiques mais sensitives et dés lors particulièrement exposées au matérialisme pratique. Et cependant le débit est fait, non pour montrer le corps au corps, ainsi que l'a dit Buffon par une erreur vraiment trop grossière, mais pour montrer l'âme à l'âme, et l'âme ordonnée, qui plus est. Que la beauté matérielle ou plastique, la beauté des formes, des mouvements, des atlitudes soit donc entièrement subordonnée à l'expression. Que la mélodie de la voix ne dégénère pas en une musique énervante, capable d'endormir l'activité de l'esprit. Que l'action ne soit ni une sorte de gymnastique athlétique ni une danse molle ni un magnétisme sensuel, mais bien l'achèvement de la pensée et du sentiment, l'indice de l'âme.

Cela fait, après avoir proportionné le débit à la puissance des facultés et à leur hiérarchie de nature, il reste de l'adapter aux objets, de le mesurer à leur importance réelle. A cette loi de bon sens joignons une observation qui nous semble capitale dans la matière. On se tromperait fort d'estimer la voix et le geste faits pour exprimer surtout les objets, les choses que nomme la parole. Pareille idée mène droit à la mimique outrée et puérile, à la bouffonnerie, au grotesque. Non, le débit ne donnera le plus souvent des objets qu'un indice léger, lointain, médiat. Ce qu'il traduira d'abord et'directement c'est l'âme, ce sont les impressions de l'âme à propos des objets eux-mêmes. Voilà son rôle ; c'est par là qu'il devient chose sérieuse et digne d'étude, par là qu'il a l'honneur d'achever sur les âmes cette action morale puissante et ordonnée qui est le triomphe de la parole et la suprême visée de l'art.

La vérité maîtresse où il convient d'insister encore avant d'aborder les détails, c'est que le débit n'est point

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affaire de fantaisie et de hasard, pas plus que de convention et de routine ; c'est qu'il est un art sérieux, certain et précis dans son admirable souplesse, ayant pour raison d'être et pour règle souveraine la nature de l'homme et celle des choses, mais celle de l'homme surtout. Et de même qu'il suit nécessairement les deux lois de plénitude et d'ordre communes à toute action légitime, ainsi peut-on lui appliquer nombre d'observations qui tiennent à ces lois fondamentales comme le corollaire au principe.

Qu'il s'agisse de voix et de geste comme de composition et de style, nous devons écarter tout d'abord la vulgaire illusion qui confond l'effet avec le beau. Une voix sonore ou caverneuse, un geste emphatique ou véhément, une manière impétueuse, précipitée, pleine de soudainetés et de surprises: voilà pour duper la foule, voilà l'effet. Quel homme de goût s'y laissera prendre?

C'est que le débit comme la parole doit satisfaire à la vraie et légitime nature de l'homme, non point, hélas ! la seule qui existe, mais la seule qui ait droit, la seule où s'adresse l'artiste honnête ou simplement bien inspiré. Les règles du débit sortent de là, et tout ce qui ne sort point de là, traditions, aphorismes consacrés, conventions passées en routine, est à nos yeux arbitraire et sans valeur. Observons, formulons, conseillons les procédés naturels par où la voix et le geste saisissent toute l'âme sans la violenter ou l'amollir. Mis eu formules, ces procédés pourront s'appeler des artifices, mais assurément ils n'auront rien d'artificiel. •

Ils seront d'ailleurs immuables et universels comme ce fond de nature vraie où ils s'appuient. Ni ce fond ne peut varier, ni les exigences qui en sortent, ni les procédés qui les peuvent satisfaire, ni par conséquent le jugement à porter sur la manière de cet orateur ou de cet autre. Voilà le droit strict, la thèse pure, la vérité absolue, qu'il est pratique, non d'écarter, comme chimère, mais de n'oublier jamais, pour l'appliquer dans la mesure du possible,

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sans exclusivisme ni raideur. Eu matière de débit comme de style, les habitudes et les goûts se partagent en fait. Au Nord, l'action oratoire est plus sobre et corftenue ; au Midi, on la veut plutôt abondante, pittoresque, passionnée. Les climats influent id encore plus directement que sur le goût littéraire. Ils ont grande part au tempérament et l'action oratoire est chose de tempérament encore plus que l'opulence de l'imagination ou l'ardeur de la sensibilité, par exemple. Donc, rien de plus facile à entendre que ces différences de fait. Mais elles n'empêchent point l'existence du droit, de la perfection, de la mesure exacte, du goût légitime et vraiment humain. Mais elles laissent encore saillir les grands traits communs de la nature et l'invariable efficacité de certains procédés de ton et de geste : voilà pour l'évidence des lois premières et la certitude des premiers principes de goût. Mais sans pouvoir déterminer avec une précision mathématique les jugements de détail, il n'est ni impossible ni téméraire de marquer entre les extrêmes, entre l'exubérance méridionale, si l'on veut, et la sobriété des peuples du Nord, une certaine moyenne d'expansion expressive, plus en accord avec ce que nous concevons rationnellement des exigences de la nature. Il serait aisé de reprendre, en les appliquant à l'objet de notre présente étude, toutes les observations présentées ailleurs sur la certitude en littérature. Les détails qui suivront nous ramèneront indirectement à le faire. Nous y retrouverons cette alliance quelque peu mystérieuse, mais indéniable de l'absolu qui fait la loi moralement assurée avec une largeur qui laisse place à toute originalité de bonaloi.

Mais au-dessus de toutes ces règles absolues qui s'imposent au débit comme au reste, il faut nommer le respect de la fin dernière, la moralité. Yoilà qui étonnera peutêtre et qui pourtant devrait être superflu à force d'évidence. La voix, le geste, l'action oratoire vraiment expressive: autant de forces qui agissent sur Tàme, qui

la frappent d'impressions bonnes ou mauvaises, au moins médialement, qui par là même vont à l'élever ou à l'abaisser plus ou moins directement mais sans milieu possible. Dès lors la morale intervient en souveraine, enfermant le débit, comme la parole, dans un cer^^le de devoirs négatifs ou positifs, lui défendant de flatter les sens ou de les violenter, lui commandant de faire définitivement saillir l'âme belle, l'âme ordonnée, afin d'élever d'autant celle de l'auditeur. Tout cela est pour nous hors de doute.

Nous avons rappelé les principes et montré le débit soumis à leur influence comme la parole. Appliquons-les en détail au gouvernement delà voix et du geste, à l'action et à la diction.

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