CHAPITRE 11 L'âme dans la voix
Double séductiou rie la voix: harmonie, expressiou. — Harmonie. — Devoirs négatifs, ne pas choquer. — Principe : épargner à l'auditeur l'effort et le spectacle même de l'effort. — Conséquences: volume de voix, articulation. — Lenteur suffisante, respiration ménagée. — Voix contenue. — Variété.
La voix humaine a deux influences, deux séductions. Elle agit par la douceur, l'harmonie, le timbre : puissance vraie, quelquefois enchanteresse. Mais encore elle traduit l'àme. Dieu ne l'a pas faite uniquement pour charmer l'oreille par une proportion mathématique entre vibrations simultanées ou successives. Il lui a donné pour premier rôle de chanter avec une admirable souplesse tous les phénomènes de la vie morale. C'est où elle triomphe et par où il y a plaisir à l'étudier.
Il convient cependant de nous arrêter d'abord à sa fonction inférieure et de pur agrément physique. Là les devoirs sont plutôt négatifs; il s'agit de ne pas déplaire, de ne pas choquer. Nous l'avons dit: les rhéteurs anciens s'en préoccupent fort et multiplient à ce propos des prescriptions ou prohibitions qui pourraient sembler minutieuses. Essayons, quant à nous, de réduire tout à un principe.
Nous aimons le travail facile pour nous-mêmes et pour autrui, ou, si l'on veut, nous redoutons l'effort et le spec-
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tacle même de l'effort. Voici qui est net et simple, mais les conséquences abondent.
Ainsi d'une part, l'orateur s'efforcera d'épargner à notre oreille une tension trop pénible. Il évitera tout ce qui rendrait l'audition moins aisée : ton trop bas, trop aigu, trop faible, mais par-dessus tout articulation molle, incomplète ou précipitée. On sait à quel point l'articulation corrige la faiblesse de l'organe, combien aussi elle est nécessaire à proportion même de la force et du volume de la voix. Ce que l'on paraît moins savoir dans la pratique, c'est le sang-froid et l'énergie qu'elle suppose. Il y faut rompre entièrement avec les habitudes nonchalantes de la conversation familière, par exemple restituer toutes les muettes qug la conversation .supprime et qui, pour l'auditeur éloigné, emportent en disparaissant la syllabe tout entière. Encore y a-t-illieu de marquer une différence entre les phases d'un même discours. Le début, par exemple, veut une articulation plus lente et plus ferme. Alors ni l'oreille ne devine rien, n'étant pas encore accoutumée à la voix de l'orateur, ni l'esprit ne supplée rien, faute d'être familiarisé avec la matière. On comprend de même que, dans une exposition ou une discussion serrée, il importe de prononcer avec plus d'exactitude, afin que le travail de l'oreille ne complique point celui de l'esprit. En tout, l'articulation réclame un effort d'attention, de volonté, de muscles et de nerfs, que l'inexpérience ne soupçonne pas et dont la mollesse prendrait peur; mais autrement la parole est comme non avenue, ou plutôt elle n'agit que pour fatiguer. Or nous ne voulons ni éprouver la fatigue ni même la voir. Donc tout ainsi que, chez l'athlète ou le gymnaste, le chef-d'œuvre de la force est de disparaître dans l'aisance du mouvement, de même chez l'homme qui parle en public, le travail de l'articulation doit être poussé à ce point de perfection où personne n'est plus tenté d'y prendre garde. Pas de ces prononciations martelées, sifflantes, nous dirions volontiers, colères, qui