T II KO RIE DES BELLES-LE ITUKS
11 regarde de haut et de côté (1), sans ouvrir l'œil tout à fait, soit parce que les hommes n'en valent pas la peine, soit pour ne point se détacher entièrement de la contemplation de soi. On croit saisir dans ce regard je ne sais quel dédain provocateur, cherchant si quelque atome révolté ne va pas se lever de la poussière ; à quoi se joint un sourire qui semble dire : « Ce serait plaisant. » Que si pourtant la révolte se produit, si la domination est contestée, voici toutes les métaphores de l'étonnement, de la colère, de la menace: mouvement de recul, bouche contractée, c'est-à-dire énergie qui se concentre pour la résistance, narines gonflées et repoussant l'air avec force comme pour se délivrer d'une odeur répugnante. Si la timidité ou un reste de sagesse empêchent la violence de faire explosion, l'orgueil se retire en lui-môme, il se réfugie dans Fadmiration muette de soi. Mais il couvre sa retraite en exécutant toute la mimique du dédain : par exemple, geste de la main gauche écartant doucement un objet qui gêne mais sans mériter l'honneur d'un effort; haussement d'épaules comme pour rejeter un fardeau sans conséquence, sourire qui soulève la lèvre supérieure et adoucit quelque peu le souffle nasal de répulsion dont nous parlions tout à l'heure; le tout disant d'une façon catégorique : « Si vous méritiez ma colère I »
Quant à l'amour-propre satisfait, loué, flatté, on n'en finirait pas d'analyser sa mimique. Vaniteux, il s'enfle comme pour respirer plus à l'aise.
Crescentem tumidis infla sermonibus atrem (2).
(1) « Arsène, du haut de son esprit, contemple les hommes, et dans l'éloiirueraent où il les voit, il est comme elfrayé de leur petitesse. » (La Bruyère.)
Et les deux bras croisés du haut de son esprit Il regarde en pitié luul ce que chacun dit.
(MOLIÊRR.)
(2) Horace : Satires.
F. A mi: MANS i.K f. i;sTi;. 48*j
Il avale l'encens, lise caresse, il se roule Yoluptiieusement sur lui-même. Orgueilleux, il se rengorge, il daigno accepter le tribut des hommages. Altitude, regard, sourire montrent un mélange singulier de bienveillance hautaine et de satisfaction jouant l'indifférence.
Qu'on nous pardonne le développement donné à ces analyses de détail. Trop d'orateurs abandonnent le geste au hasard ou ne Tétudient qu'au point de vue d'une banale élégance. Pour qui veut le gouverner, il faut le raisonner tout d'abord, et, pour le raisonner, il est indispensable de dégager partout sa signification métaphorique. Notons du reste que les impressions morales, et, par suite, les métaphores correspondantes, se succèdent avec une extrême promptitude, qu'elles se compliquent même et se superposent au point de défier parfois l'attention. Concluons du moins que, dans l'action ainsi comprise, nous possédons une puissance vraiment indéfinie d'expression morale, puissance d'ailleurs soumise à des lois certaines, puisque cous y pouvons appliquer en pleine lumière la réflexion et la volonté.
Cas de l'exposition et de la discussion. — Spéciale richesse. — Amour du vrai tjout nous-mêmes, — pour autrui. — Amour satisfait, — contrarié.
Continuons de nous en convaincre,en examinant tout de nouveau à ce point de vue le cas pratique de l'exposition et de la discussion doctrinales. Cette fois encore, l'amour du vrai nous donne, avec toutes les nuances possibles des passions, toutes les expressions métaphoriques imaginables, c'est-à-dire une infinité de gestes et d'attitudes à choisir.
Nous aimons la vérité pour nous-mêmes et souhaitons passionnément de nous l'assurer. Aussi, voyez l'œil tendu
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par une contemplation ardente, ou concentré dans la méditation, 'selon que nous nous imaginons rencontrer le vrai hors de nous ou en nous-mêmes. Voyez la main chercher, écarter les voiles, tàter, palper, poursuivre, saisir quelque vérité de détail et la planter solidement pour jalonner le chemin. Le désir de lumière est-il contrarié par une difficulté de démonstration, par un doute qui se présente? L'amour devient crainte, angoisse, dépit, désenchantement, le tout sensible en autant de métaphores : bras qui tombent, œil errant, inquiet, fixé douloureusement en signe d'impuissance. Au contraire, supposez satisfaite la passion personnelle du vrai : voici reparaître les trois temps notés ailleurs à propos de la tristesse, mais qui se retrouvent plus ou moins nettement accusés dans toute émotion forte. Il y a d'abord éblouissement devant la vision qui se montre, devant l'éclair; c'est un tressaillement, un recul, puis un moment de fixité et de stupeur. Suit une prise énergique de possession: l'œil illuminé contemple et pénètre sa conquête ; la main s'en empare et la cloue pour ainsi dire sur place de crainte de la laisser échapper. Vient enfin la contemplation sereine et délicieuse, mêlée d'exaltation et de profondeur calme: toute l'attitude est élevée, magnifique, étincelante de fierté.
Nous aimons le vrai pour l'auditeur, et cet amour devient pratiquement celui de l'auditeur même. Aussi le regard et le geste enveloppent-ils d'une continuelle caresse l'âme qu'il s'agit de conquérir. Le désir se trahit par un effort constant de communication, d'expansion personnelle. Le corps se penche pour se rapprocher ; l'œil et le geste parcourent les rangs, rallient les esprits qui se dérobent, tiennent tout le monde en éveil et en haleine. En même temps l'action s'emploie à faire accepter ce que la parole établit. L'œil sollicite et perce les intelligences. La main offre la vérité ; — c'est ce qu'on appelle le geste d'exposition ; — elle l'apporte, la déploie comme une