I.AME DANS LE G EST F
étofle de prix, la disperse comme une semence, la lance comme un dard ou la jette comme un filet.
Imaginons le désir satisfait, et tout d'abord par la facilité même de l'exposition, d'où naît l'espoir d'une adhésion sans obstacle. Une complaisance visible anime alors le travail logique ordinaire des mains et des doigts, démêlant, triant, composant, avant de les offrir, les éléments de la pensée. L'orateur la dessine en courbes gracieuses, la balance, la caresse, la tient suspendue entre deux doigts, puis la laisse échapper en les ouvrant. Est-il soutenu par la sympathie accoutumée de l'auditoire : son action se fait naturellement aisée, calme, bienveillante. La doctrine est alors déployée, développée, déroulée avec une joie tranquille et une ampleur sereine. Mais quand il y a sj'mpalhie actuelle et conquise sur place; quand, à la fixité des regards et à la profondeur du silence, l'homme qui parle sent qu'il tient les intelligences et qu'il est maître d'y implanter le vrai ; alors la communication devient ardente et passionnée. L'orateur est soulevé par l'auditoire et il s'établit de l'un à l'autre une influence croissante qui peut aller jusqu'au transport. L'action prend alors un caractère général d'enthousiasme ; toute la personne fait effort pour se hausser et s'étendre, comme impuissante à égaler ses impressions. Tout frémit, frissonne, tressaille; c'est l'heure de la belle fièvre, de la belle ivresse oratoire!
Heure courte et rare! Il estdifficileau vrai de conquérir ces adhésions enthousiastes et unanimes : sa condition ordinaire est le combat. Le désir de le faire accepter aux âmes sera le plus souvent contrarié par mille résistances. Objections, préjugés, défiance, inertie, routine, simple et profonde paresse : voilà où se heurte la plupart du temps l'effort de l'homme de bien qui parle pour le bien. L'action devient donc une lutte, et elle en ofi"re tous les caractères successifs. Au début, aux premières approches, on voit surtout la force qui se recueille et se réserve. Le geste déploie la preuve avec ampleur et l'établit soli-
dément sur le terrain. Plus tard, voici la mêlée, le corps à corps, toutes les phases naturelles de l'offensive et de la défensive. Les coups sont multiples, rapides, redoublés, progressifs. L'œil ne cesse de lancer des éclairs. La main frappe sans relâche et souvent au même point. L'attitude est souple, mobile, faisant face à l'ennemi de tous les côtés à la fois. Chaque argument victorieusement établi est comme une position emportée où l'action et la voix se reposent un peu en attendant de fournir ou de repousser une charge nouvelle. S'agit-il de défendre le vrai attaqué? L'œil voit venir Tobjection, la toise, la défie, la perce à jour, la dédaigne. La main la pare, l'écarté, la fait sauter du revers comme un brin de paille. L'attitude entière exprime l'indignation, la colère superbe du droit méconnu, mais aussi peut-être la tristesse de l'impuissance, Fangoisse du désir combattu, les reproches de la bienveillance repoussée. On voit si, malgré le sérieux de Tobjet et la sévérité du texte, nous sommes en pénurie de gestes I Encore une fois aimons le vrai et, à propos de la discussion la plus aride, nous en viendrons naturellement à parcourir, avec toute la gamme des passions, toute celle des manifestations expressives.
Loi de puissance: plein usase de nos ressources expressives. — Collaboration sympathique des oraanes. — L'action traduit le texte, l'achève, l'accompagne librement. — Si le geste peut précéder la parole. — Encore les quatre vers de La Fontaine.
Nous sommes donc en possession de traduire par le regard, le geste, l'attitude, d'abord nos sensations, en second lieu et métaphoriquement nos pensées, mais surtout nos sentiments à propos de toutes choses. Ainsi des sensations ou des sentiments d"autrui, que nous faisons nôtres par un facile effort d'imagination. En un mot, nous