CONCOURS DES FACULTÉS DE LAME
C'est l'imagination, dont la fonction propre est de représenter les objets sensibles absents, et, par une extension immédiate, les objets immatériels sous dos images sensibles. Nous ne la confondrons pas, comme on le fait assez souvent dans le langage, avec la puissance d'invention ou de création intellectuelle, puissance qui n'est point une faculté spéciale, mais un résultat du concours de toutes les facultés supérieures.
C'est la sensibilité, puissance ou impuissance de l'âme humaine, disposition particulière à l'homme, en vertu de laquelle les mouvements de la volonté prennent un caractère d'émotion, de trouble, d'ébranlement, qui les fait retentir jusque dans l'organisme physique; faculté de percevoir les impressions morales venues d'ailleurs et de s'en affecter suivant leur nature.
Voilà donc déjà plus présent à notre vue l'être sur lequel il nous faut exercer par la parole une action puissante. Le connaissant, nous nous connaissons nous-mêmes, c'est-àdire que nous connaissons tout ensemble et l'objet de notre action et l'instrument qui nous est donné pour agir.
Or, il est clair qu'agir assez puissamment sur l'homme, c'est l'atteindre vivement tout entier, saisir à la fois et avec force toutes celles de ses facultés qui sont accessibles à la parole. Chacune réclame son objet, son aliment. L'intelligence est impatiente du vrai, du vrai lumineux et facile; la volonté appelle le bien, l'utile, l'honnête surtout; l'imagination veut des couleurs; la sensibilité, des émotions.
De plus leurs exîgences sont constantes; entendez non seulement qu'elles se retrouvent partout avec la nature humaine, mais qu'elles ne cessent jamais d'être en éveil. C'est dire qu'elles sont simultanées, que nulle des facultés littéraires du lecteur ne reste longtemps oisive ou assoupie, que chacune est jalouse d'agir sans trêve et réclame sans relâche sa part. Essayez de ne parler qu'à la raison pure : ce sera parfois nécessaire; ce sera beau, glorieux, méritoire, je le veux bien; mais l'imagination, mais la sensibilité souffriront d'être inactives, et la lassitude vous avertira bientôt que ce n'est point là, dans toute la vérité du mot, une parole complète, normale, humaine. Si l'on médite une résolution grave, on refoule le sentiment parce qu'il serait capable d'égarer la raison. Mais la résolution
PMNCtPl S
ts l'âme, "ii l'appelle même iil n'ait j ■- voix au i onseil, rien de mieux; < utiôn pour en aviver l'énergie. Or il , ni dans l'ordre Je l'esprit. Soit que ; n démontre une vérité difficile,
,n doil même souvent tenir à distance l'imaginasi nsibilifè \l lis il est probable que, san> le ■ effoi t ne sérail | ssaire; mais
[ue transitoin . Quand, imposant inférieures, on a conquis ou établi il l, vrai qu'elles pourraient obscurcir, il fait . rendre la parole et, après les avoir écartées utiliser comme un secours. La peni produire n*en sera pas moins certaine; elle en scia tante, plus chaleureuse, plus puissante en un mot. Vins tion esl rationnelle, mais la règle demeure :
qui veut dominer l'homme doit le saisir par tous les côtés isfaire toutes ses facultés à la fois.
Et le moyen? — Il esl simple, si simple qu'il ne résilie nullement à une découverte, bien que nombre sprits oublienl de s'en aviser. Comment s'y est pris Bossuet? connu, nf Labruyère? Pour nous faire comprenont compris les premiers; pour nous faire voir et sentir ils ont vu et senti eux-mêmes tout d'abord. Comment saisir chacune des facultés de l'homme? Par le jeu de m i faculté correspondante. Comment l?s saisir constamment 't toutes ensemble? Par le jeu constant et moralemenl simultané de toutes les miennes. L'àme sur laquelle igir esl une harpe éolienne qui ne vibrera qu'à l'un ■ mon âme. L'intelligence du lecteur ne s'illu-
minera que des clartés de la mienne; son imagination ne
évoquées el dès lors aperçues par moi-même; je no pourrai transmettre à la sensibilité lutrui qui des émotions qui m'auronl ébranlé le prela loi :
/■•/.- fiere dolendum ci I
iiniiii ip$i libi...
inspirerai à une volonté étrangère que des résolution- fortemenl lans la mienne. En un mot, je ne
CONCOURS DES FACULTES DE L AME i .">
puis mettre en branle chacune des facultés où je m'adresse que par le contact de chacune de mes facultés. Donc l'âme entière ne sera constamment saisie et dominée que par un effort constant de mon âme tout entière.
Et cette vérité, banale peut-être au gré de plusieurs, est cependant en littérature la première loi fondamentale : pour exercer par la parole une action puissante, il faut déployer à la fois et constamment dans la parole toutes les facultés capables d'y concourir.
Quand Labruyère mettait le mérite du style à bien définir et à bien peindre, il se trompait en oubliant la part du cœur. Votre parole veut être active, puissante : comme les Cyclopes forgeaient la foudre de rayons tordus et mêlés, fondez sans relâche dans le discours l'idée, l'image, l'ardeur généreuse, toute l'âme : la puissance est à ce prix.
A quel moment un ouvrage commence-t-il à être littéraire? Quand, procédant de toutes les facultés ensemble, il commence à les atteindre toutes; à quoi se prêtent plus ou moins tous les sujets, les mathématiques pures exceptées. Histoire, philosophie, sciences physiques, tout peut être littéraire, et parfois même — pourquoi non? — telle partie d'un mémoire financier ou d'un rapport de police; mais on ne voit pas comment le sera jamais un traité d'algèbre par exemple.
Qu'est-ce que l'écrivain? Une intelligence qui rayonne sur une intelligence, une imagination qui se reflète dans une autre, une volonté sensible qui fait vibrer un cœur à l'unisson? C'est tout cela ensemble, c'est l'homme parlant tout entier pour agir sur l'homme tout entier.
■ leurs exig n< s Détail. — L'intelligence, la a. — Intuition et déduction. — Caractère discursif ou
. tif <!<• I i 5! uice humaine. — Conséquences litté-
1 i volonté, tendance au bien. — Conséquences lit- [uence parlée : exigences de l'oreille et de l'œil. — Pleine puissai de la parole oratoire.
I est simple, niais les conséquences vont loin, i
Prenons-en une idée plus complète en rdant de plus près les i \igences des facultés. L'homme est esprit, disions-nous, c'est-à-dire capable du vrai supra-sensible. Mais voici, dans l'exercice même de ce privilège, une première faiblesse qui le distingue des esprits supérieurs 11 nous faut rappeler pour l'entendre qu'il j a deux modes de connaîttre. C'est l'intuition, vol de l'esprit qui, sans intermédiaire, sans détour, atteint d'abord ''objet intelligible et s'y pose; peut-être dirait-on mieux, regard de l'esprit allant droit à son but et s'y unissant immédiatement, comme l'œil à l'objet qui lui est exposé sans voile. C'est la déduction, circuit laborieux, marche lente, où chaque pas découvre un nouvel aspect, où la m e connaissante rapproche, assemble ou sépare des notions successives, pour arriver enfin à cette vérité d'en- B< mille que l'intuition atteindrait d'un regard.
Evidemment l'intuition est la plus noble. Dieu donc la le, mais avec la double perfection que le mot même indique on suppose : pénétration intime, absolue, du fond des êtres; — Dieu égale, épuise, la mesure par sa connaiset les éléments de chacun, et ses innombrables rap- — universalité, simultanéité de la connaissance; — ! teint à la fois tout l'être possible et réel, sans division dans l'acte, sans confusion dans l'objet, sans mutation ni succession, sans acquisition ni amoindrissement dans la lumière.
rocède par une série d'intuitions limitées mais
ble de tout voir ensemble et de pénétrer
rien jusqu'à I par ailleurs il saisit dans chaque