‹ Théorie des belles-lettresChapitre 14 sur 112 · IS · texte numérisé non relu

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Bos>iu-t a dit excellemment dans une note à peine rédi- : « Ce qui est le plus nécessaire pour former le style, bien comprendre la chose, c'est de pénétrer le fond i tin de tout, et d'en savoir beaucoup; parce que t ce qui enriebit et qui forme le style qu'on nomme lit, qui consiste principalement dans des allusions et rapports cachés (i). » Leçon de maître. Et môme, à le bien entendre, ce style savant, que Bossuet semble distinguer comme une espèce particulière, n'est-ce pas celui de tout homme qui a un style? Le premier agrément de tout vain, sa première puissance, n'est-ce pas une intelligence riche de notions variées, une raison prompte, déliée, Mire à découvrir et à présenter vite entre les notions des ports vrais et lumineux? Première qualité des esprits Me, mais d'ailleurs témoignage de l'infirmité de notre nature. Si Dieu nous eût donné l'intuition, nous n'aurions que faire de cet ingénieux labeur.

Pareillement, si notre âme n'était unie à un corps, nous échapperions à une autre faiblesse, au besoin du sensible comme élément ou condition de la connaissance. Or, ce oin est, chez nous, un second trait de nature et dont les iséquences littéraires vont à l'infini, ou, plus généraient rit, les conséquences artistiques. Mais n'est-ce pas enne trop peu dire? L'art, tel que nous le concevons et le pratiquons, sort de là tout entier, n'étant, sous formes et en langues diverses, que la traduction, l'expression sensible du beau immatériel.

âge entend le sensible, Dieu l'entend à plus forte raison; mais ni Dieu ni l'ange même n'en ont besoin pour entendre le reste. Il n'en va pas de même pour nous. Assurément notre intelligence le domine de toute manière :

l'ossuet : Sur le style et la lecture des >'< rivains et drs de l'Eglise pour former un orateur.

CON< 01 RS Dl S F.V i LTÉS DE L AME iO

elle atteint à des notions d'un autre ordre, et, quand elle le prend lui-même pour objet, encore le conçoit-elle d'une façon qui le dépasse, d'une façon abstraite, universelle. Mais après tout, elle ne le dépasse qu'à la condition d'en faire usage. Il intervient dans son travail comme élément indispensable : signe où l'idée s'attacbe, corps diaphane où elle s'incarne, et tout ensemble point de comparaison ou, si l'on veut, point de départ de l'esprit quand il s'élance jusqu'aux conceptions les plus sublimes, comme les vérités abstraites, l'âme et Dieu. C'est le fait d'expérience univer- ' selle; nous le constaterons en laissant à d'autres les problèmes qu'il soulève.

Mais nous tirons cette conséquence : quand même l'imagination n'aurait point d'exigences directes auxquelles la parole dût satisfaire sous peine de n'agir pas sur tout l'homme, encore serait-il vrai que la raison même demande continuellement à l'écrivain du sensible, des images, un vêtement — c'est trop peu — un corps, pour les notions de pure intelligence. Dieu a mis l'intelligence e* l'imagination en collaboration nécessaire. Placée à mi-chemin entre l'esprit et les sens, l'imagination est comme la messagère de l'un aux autres. A l'esprit elle offre l'image sensible, élément premier du labeur intellectuel; par contre, elle donne aux abstractions de l'esprit ce corps léger qui les rend presque visibles aux sens. Et la collaboration est constante. Ni les sens ne perçoivent ni l'esprit ne conçoit sans mettre en branle leur active intermédiaire. La raison, disions-nous, procède par des rapprochements continuels; mais ce qu'elle rapproche ainsi le plus souvent, c'est le sensible et l'intelligible pur. Aidée de l'imagination, elle confronte sans relâche les deux ordres, les éclairant l'un par l'autre.

Dans les mondes divers incessamment errante, Entre la brute et l'homme, entre l'homme et la plante, Et la terre et le ciel, et l'esprit et le corps, Elle cherche et saisit d'ingénieux accords (i).

(i) Delille : L'Imagination, chant I. — Le pauvre Delille, qui fut en son vivant un poète descriptif, c'est-à-dire ennuyeux, peut bien pourtant, à ses heures, dire une bonne chose en assez bons vers.

ao pris* in s

Joubtit a dit justem On ; : A montré

rvient à rendre sensible, et presque sensible ce que l'on rend imaginable. C'esl donc un grand s

ilix vérités que do les rendre imaginables (i) ». ss us là une loi de la pensée et dès lors une loi . Pour répon besoin de l'imagination

écrivain est tenu de connaître sufuiiiLiit I l'esprit et celles de la nature sen.

j; il est tenu de les unir continuellement dans son . C'est bien style de l'homme : esprit et coi

à '. blance de L'homme lui-même,; et ce style agit

puissamment sur l'homme, en le prenant tel qu'il est. 1 idée, 1 "image, constamment mêlées et fondues cible, -voilà pour nos faculte:s connaissantes, pour l'intel I l'imagination.

La volonté aura-t-elle aussi des exigences distinctes? Oui, >an> doute, bien que moins sensibles dans le détail de la composition littéraire; on va s'en rendre compte aisément.

La volonté est cette faculté qui tend librement au bien sous la lumière de l'intelligence. Maîtresse de ses mouvements, mais sans lumière qui lui soit propre, elle est à l'intelligence à peu près ce que l'aveugle de Florian est au paralytique.

...A nous deux, New ;i à chacun nécessaire :

J'ai des jambes et vous des yeux...

Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi

Inerte jusqu'à ce que l'intelligence lui présente un objet, dès qu'un bien lui est montré, elle s'éveille. Fût-il visiblement inférieur à un autre bien également offert, elle y peut tendre de préférence, car elle est libre. Fût-il faux et définitivement contraire à la saine nature, elle peut le - lioi-ir malgré tout, car elle est finie, bornée, défectueuse, capable du mal. Toutefois supposons-la maintenue dans l'ordre et dans sa dignité vraie : c'est elle alors qui réclame, comme sa part et son aliment propre, le bien vrai-

i Joubext Pentéetj xi, 28.

: lorian Fables, I, .\\.

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