CONCOURS DES FACULTÉS DE L'AME
ment utile, c'est-à-dire avant tout le bien honnête : rectitude morale, élévation, noblesse, tout ce qui sied à la nature raisonnable en l'acheminant vers sa fin dernière.
C'est donc surtout la volonté qui, dans le détail du stylo, commande la décence; qui, dans l'ensemble de l'œuvre littéraire, aime à respirer comme une atmosphère continue de générosité ou, tout au moins, de bonhomie; qui oblige l'écrivain de se montrer estimable, et lui commande innocemment l'hypocrisie au défaut de la vertu. On n'offense jamais impunément sa sévère délicatesse; toutefois, nous l'avons dit, elle regarde moins à la contexture du style qu'à l'esprit général de la composition. Dire ce qu'elle exige, ce serait établir les vrais rapports des lettres avec la morale : belle et simple question qui sera traitée à part (i).
En fait, comme l'imagination nous est apparue en collaboration intime et continue avec l'intelligence, tout de. même les exigences littéraires de la volonté se mêlent étroitement à celles de la sensibilité.
Sensibilité! puissance ou faiblesse de l'homme; passive, car elle suppose le branle reçu; active, car il faut bien agir pour le recevoir, et le cadavre est insensible parce qu'il n'agit plus; — d'ailleurs faculté mixte, habitant cette région mitoyenne et mystérieuse où l'âme touche au corps et s'unit à lui dans un tempérament étrange de dépendance et de liberté.
Que se passe-t-il le plus souvent? — Supposons qu'une impression morale nous arrive du dehors : c'est une parole, une nouvelle fâcheuse, une menace, un souffle, bien suffisant à rider la surface mobile de l'âme. Tout d'abord et nécessairement, l'intelligence conçoit 1 objet (2). Sur-Ie-
(1) Voir le chapitre iv du présent livre.
(2) L'imagination peut devancer, et, de fait, elle devance souvent la réflexion; mais pourrait-elle jamais précéder la première conception ou appréhension intellectuelle ? Pourrait-on se figurer un objet sans le concevoir du même coup? — De même la sensibilité s'émeut, la plupart du temps, avant que la liberté se décide; mais son émotion est-elle séparable d'un premier mouvement indélibéré de la faculté qui va ai bien el ■s'éloigne du mal, c'est-à-dire de la volonté?
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np, 1 imagination son empare, le Bxe, le colore et Dans un second instant logique, à peine premier, la volonté s'éveille pour se porter bjet ou se rejeter en arrière. Mais ce mouvement de la faculté reine n'a pas été sans un ébranlement, sans un frémissement de tout l'être; l'âme ne se meut pas seulement, elle est émue, et cette émotion, rententissant jusque dans l'organisme, est l'acte propre de la sensibilité. Ainsi, des sommets de l'intelligence l'impression est descendue jusqu'à une région en partie sensitive; tout à l'heure elle va retentir dans 1< s nerfs et dans le sang. Arrivée là, il est rare qu'elle y meure comme un flot sur le rivage. Elle est refoulée, elle remonte de proche en proche. Les nerfs exaltés refluent à leur tour sur la sensibilité même; l'imagination en reçoit le contre-coup et menace de le communiquer à l'intelligence. Ainsi l'âme oscille comme une eau agitée; mais peu à peu les oscillations décroissent et l'équilibre tend à se rétablir.
Tel est le mouvement le plus ordinaire de l'impression. Dès lors on voit le faible de notre sensibilité. Elle est passive pour une large part; en outre elle tient de bien près au corps, aux sens, et même, à la prendre en rigueur et en l'isolant des autres facultés qui en sont pratiquement ins' s, elle nous apparaîtrait en soi toute sensitive
et corporelle. En Dieu donc, rien de semblable; il est tout esprit, mais de plus on ne saurait le concevoir ému, affecté, modifié par une impression du dehors. Il veut, il aime avec une intensité infinie, mais avec un calme souverain. Esprit créé, l'ange demeure susceptible des impressions étrangères; mais esprit pur, il ne connaît pas du moins le retentissement organique dont elles s'accompagnent chez nous. N'attribuons à l'ange que ce que notre sensibilité a d'incorporel; n'imaginons en Dieu que l'équivalent parfait et magnifique de ce qu'elle a d'énergique et d'agissant.
Telle que nous l'avons décrite, elle reste donc chose bien humaine. Et si,' par son côté passif, elle nous est trop souvent une souffrance, par l'activité qu'elle suppose elle de\ient un des plaisirs les plus vifs de l'âme, disons mieux, c'est elle qui fait la vivacité de tous nos plaisirs. Quoi de plus doux que la conscience de l'activité facile?