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CONCOURS DES FACULTÉS DE L'AME

Par là même, quoi de plus doux que de se sentir ému? Là est, par exemple, le charme de ces impressions théâtrales qui deviendraient douloureuses par leur objet, si la raison ne nous avertissait que leur objet est chimère. Il y a plus, et tel est le Besoin de sentir, qu'on peut aller jusqu'à préférer à l'atonie les vraies craintes et les vraies douleurs.

Eh! qui m'emportera sur des flots sans rivagrs ? Quand pourrai-je, la nuit, aux clartés dos orages, Sur un vaisseau sans mâts, au gré des aq\iilons, Fendre de l'océan les liquides vallons?... D'effroi, de volupté tour à tour éperdue, Cent fois entre la vie et la mort suspendue, Peut-être que mon âme, au sein de ces horreurs, Pourrait jouir au moins de ses propres terreurs (i).

Exagération quelque peu malsaine d'un fait réel, d'une loi de nature, des exigences toujours vivantes et impérieuses de la sensibilité.

Voilà donc un dernier devoir pour qui veut agir puissamment par la parole : tenir sans relâche en éveil et en haleine cette sensibilité qui ne consent jamais à se reposer longtemps. Pour cela, nous le savons, pas d'autre moyen que de sentir soi-même. Ainsi l'âme de l'écrivain doit être facilement ouverte à toutes les impressions. Ainsi chaque objet, en la traversant, doit la faire vibrer dans le sens et dans la mesure où il en est naturellement capable. Point de pesanteur, de reploiement inerte sur elle-même : à ce compte, elle demeurerait froide, et la parole du même coup.

Cependant tout n'est pas fini avec la sensibilité satisfaite. Si la parole ne dort pas dans les pages d'un livre, s'il lui est donné de retentir dans la voix et de s'achever dans le geste, avec ce complément de puissance \oici des exigences nouvelles. L'œil et l'oreille demandent à n'être pas choqués; mais encore et surtout à prendre leur part de cette claire vision de l'âme par où la parole vraiment littéraire subjugue et ravit. Nobles entre tous, ces deux sens ont en effet le privilège d'atteindre l'âme, et cela non

(i) Lamartine : Harmonies. Les Préludes.

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Qormale, mais encore 1 1 >urtout parce qu - ti ■mont d'ans les to-

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L'orateur parle trois lan-

rtîculés, relie de la voix,

de l'action. La première est 1 a normale de

m; d'ailleurs trop lente et trop

rigide d'allures pour suivre le vol ondoyant île la sensibi-

n autrement souples et rapides, lïent à rendre la passion et ses courbes ■ liment i i'outes trois ensemble achèvent la

uce de la parole, en ouvrant à l'âme toutes les issues : pour ainsi dire de toutes parts. Ainsi l'orateur est plus que l'écrivain, parce qu'il peut pousser plus loin l'application de la première loi littéraire, celle qui avertit les facultés de concourir sans relâche à l'œuvre commune. Sa raison vigoureuse et fine guide la nôtre parmi le dédale des notions à comparer; son imagination nous les rend presque visibles; sa volonté nous élève, sa sensibilité nous émeut. C'est toute une âme qui palpite dans son langage, mais encore qui chante dans sa voix, rayonne dans ses yeux, transparaîl dans son geste et son attitude. Alors c'est la parole complète et vraiment souveraine, parce que l'homme qui l'écoute en est saisi tout entier.

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