‹ Théorie des belles-lettresChapitre 26 sur 112 · DE L ORDRE. — LA FIN DERNIERE. ET LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

DE L ORDRE. — LA FIN DERNIERE. ET LITTÉRATURE

— Muiui.i:

Nouvelle condition d'ordre, la fin dernière. — Si c'ost le lieu d'en parler. — Théorie de l'art indépendant. — Différence entre l'art et la morale, mais relations nécessaires.

Les deux lois développées jusqu'à présent ne sortent pas d'une esthétique élémentaire. Mettre dans la parole toutes les facultés ensemble : condition nécessaire de la puissance où l'on doit viser. Garder en même temps leur hiérarchie essentielle et, cela fait, ménager encore leur part d'action d'après les objets variés où la parole s'applique : affaire de sagesse et de rectitude, chose indiquée par la nature môme. Ainsi, joignant l'ordre à la puissance, la parole atteint à sa légitime beauté.

M ii^ voici venir une règle d'un autre ordre, une règle supérieure, qui prétend, elle aussi, au gouvernement de la parole humaine. Cette règle, c'est la morale, ou plutôt nommons-la sans détour et de son vrai nom, c'est la fin •lière, hors de laquelle toute morale n'est que rêve; la fin dernière, mesure nécessaire de toute activité intelligente le la parole par conséquent; la fin dernière qui est, en soi, Dieu poursuivi et atteint par tout l'effort de notre liberté.

.1 du reste que ce bref rappel ne suffise pas à tous nos lecteurs et, une claire notion de la fin dernière [ indispensable aux développements qui vont suivre, nbïe bon d'appuyer quelque peu.

Né intelligent et libre, l'homme, dès qu'il agit en homme, se détermine par un motif à lui connu; autrement dit, il se propose, en agissant, un but, un terme, une fin; et cette fin est toujours et de nécessité un bien réel ou apparent qu'il veut saisir parce qu'il l'aime. De plus, s'il vient à réfléchir, il s'aperçoit bientôt que tous les motifs particuliers qui le décident se rattachent à un motif dominant et partout le même; que tous les biens qu'il aime et embrasse au gré de ses calculs ou de ses caprices, ne sont que des formes incomplètes, des parcelles ou, si l'on veut, des à-compte, au regard d'un bien suprême partout implicite, partout cherché, lequel n'est autre que sa propre félicité, mais poussée au plus haut degré possible. Cette félicité, il l'aîme pour elle-même et c'est pour elle qu'il aime tout le reste. Elle est donc bien, en fait, le terme extrême, la fin dernière de toutes ses tendances puisqu'elles y vont toutes et que d'ailleurs elles s'y arrêtent sans rien chercher au delà.

Mais cette suprême félicité dont le désir confus ou explicite fait le fond de tous nos désirs, où est-elle? où se réalise-t-elle? où la trouver, telle que nous l'appelons et vraiment capable de nous satisfaire? En Dieu, répond la raison d'accord avec la foi. Dès lors tout change. Vague et indéterminée tout à l'heure, la fin dernière se précise. La poursuite de cette fin confuse n'était qu'un fait universel, inéluctable, une nécessité de nature. La poursuite de cette fin précise devient un devoir, ou plutôt l'unique devoir d'où tous les autres vont sortir. Etant notre fin dernière, Dieu seul nous garantit la félicité suprême; et voilà nos intérêts assurés. Etant notre premier principe et dès lors notre souverain maître, Dieu nous impose de plein droit l'obligation de diriger, d'orienter tous nos actes libres vers cette unique fin qui est lui-même. Et voilà notre vie réglée; voilà notre nature satisfaite et honorée tout ensemble; voilà la morale fondée, justifiée, armée de tous ses droits : la morale, besoin premier de l'âme humaine, mais pur fantôme, abstraction vide, si l'on n'a reconnu cette fin dernière où doit aller toute notre activité libre et au delà de laquelle il n'y a rien.

Or, parmi ceux-là même qui la reconnaissent et pré- "' tendent y ordonner leur vie, il n7est pas impossible que scn

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, m ioti luii dans une théorie de la parole littésurprise, p ut-ôtre même — qui sait P ; imbragi ou d'humeur. On esl si ment

3 mettre la fin dernière à sa place; on oublie atiera q place est partoul ! En mal ière d'art

plus qu'en toute autre, on incline si facilement à traiter la moral rangère, tout au plus en souveraine constitu-

; gouverne pasl Et pourtant non:

la morale ue peul b'i o tenir à ce rôle purement honorï souveraine très regardante et très agis saiiir. forf maternelle au demeurant. En littérature comme it ailleurs gouverne pour le plus grand bien des

- maïs elle gouverne, et nous serions trop incomplet- île ne point lui faire sa place, son trône. Aussi bien lis-nous qu'un goût médiocre pour cette façon de simplifier les questions, qui consisterait à les découronner, voir, même à les décapiter.

L'art, l'art de la parole, a-t-il donc des relations avec la morale? Les maîtres païens eussenl rougi de poser la question. Aujourd'hui on le fait bravement, et bon nombre se prononcent pour la négative. L'art est séparé, indépendant. Il ue relève que de lui-même, n'est responsable que devant lui-même (i). Artistes, cherchons le beau pour le beau, cultivons l'art pour l'art, gardons-nous de rapporter à une fin supérieure ce qui est à soi-même sa fin.

Contons, mais contons bien: c'est le point principal

Critiques, jugeons de l'art en lui-même et pour humera iilr-t-on de tableaux licencieux, de musique amollissante, de littérature corruptrice? L'œuvre est-elle réussie, > st-elle artistique? Tout est là (3).

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