‹ Théorie des belles-lettresChapitre 29 sur 112 · I. AUX F.T LA MOB M l q · texte numérisé non relu

I. AUX F.T LA MOB M l q

AtfmZie nous apprend qu'on ne prévaut point contre Dieu. Or, ces vérités nous sont plus fmppantes qui si elles se déployaient devant nous par manière d'enseignement abstrait ou d'exhortation, avec la prétention de s'imposer au nom d'un maître. Et pourquoi? Tout d'abord, parce que nous les trouvons dans le spectacle de la vie; mais encore et surtout peut-être, parce qu'on nous laisse le plaisir de tes trouver nous-mêmes. De là, l'efficacité d'une thèse pure et saine; de là, le prestige et la séduction funeste des théories antisociales et immorales dont s'est inspirée, depuis cinquante ans, la littérature d'imagination.

Que l'écrivain ne prêche donc pas hors de propos, mais que son œuvre nous offre, comme une facile conquête, des conclusions morales élevées et. fortifiantes. Est-ce à dire qu'il doive plier visiblement le récit ou le drame à une thèse arrêtée d'avance? Non certes; mettez dans l'esprit de vos lecteurs le soupçon d'une préméditation de ce genre : ils auront de vous plus de défiance que du prêcheur déclaré et du moraliste de profession. Exigeronsnous même une thèse de toute composition littéraire, pour décharger la conscience de l'écrivain? A vrai dire, il semble difficile de concevoir une composition, si simple soitelle, d'où ne ressortirait aucune conclusion logique. Et pourtant, le cas admis, nous estimerions encore l'œuvre utile, si l'impression du moins était dans le sens de l'honnête et du bon.

\ oilà bien, en effet, le dernier moyen d'action dont peut disposer la parole; voilà le véritable secret de sa puissance : l'impression. Ainsi appelons-nous ce qui reste, non dans l'esprit, mais dans l'imagination et la sensibilité. alors que le livre se ferme ou que la toile se baisse. C'est l'état, quelquefois vague, de l'âme où flottent encore toutes les images, tous les sentiments éveillés à tour de rôle par le spectacle ou la lecture. Mais à travers cette confusion du premier moment, une disposition générale se démêle et se détache, effet des tableaux contemplés et de< émotions reçues, bien plus que des pensées et des théories, sorte de contagion de l'atmosphère morale qui emplit l'œuvre tout entière.

Assurément l'impression est distincte de la thèse, le résultat moral est autre chose que la conclusion logique; et

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>ùve la distinction c'esl qu'il \ a parfois oppo-

sition. Nod que vous puissiez concevoir une thèse immo-

à une impression saine — pareille alliance ré-

:. : vue; -- mais le contraire est chose trop commune; trop souvent l'effet d'une thèse vraiment morale

m! u balancé par celui d'une impression moins pure* ment de la Régence, parut la premier lion furtive des Mémoires <lu cardinal de Retz. Interrogé

par le duc d'Orléans sur l'effet possible de ce livre, le marquis il Argenson, alors lieutenant de police, répondit, au e de son fils : « Aucun qui doive vous inquiéter, ur. La façon dont le cardinal de Retz parle de lui-même, la franchise avec laquelle il découvre son caracavoue se^ luit' s, nous instruit du mauvais succès qu'ont eu ses démarches imprudentes, n'encouragera personne à l'imiter. Au contraire, ses malheurs sont une leçon pour les brouillons et les étourdis (i). » Un peu plus tard, l'honnête et paisible Brossette écrivait : « Ce livre me rend ligueur, frondeur et presque séditieux par -,rion. » Contradiction facilement explicable. D'Argenson s'arrêtait à la thèse; Brossette parlait d'après l'impression, et c'est au premier que l'événement devait donner tort. On a justement remarqué que, dans le Festin de pierre, Molière a multiplié, pour qui sait lire, les enseignements utiles. Que de choses pouvons-nous apprendre de don Juan! ProLri<- effrayants de la corruption, menant par degrés à la perte de la sincérité', de l'honneur, des derniers vestiges de la saine nature; contagion du vice né pour infecter tout ce qui l'entoure; aveuglement qui va vite ;'i une sorte d'impossibilité morale du repentir; le Ciel même s 'armant contre le coupable et un miracle de colère finissant rette longue orgie : tout cela est à merveille. Mais ne nous y fions pas. Tandis que l'élite recueillera quelques insinuations salutaires, la foule ne s'amu t-elle pas de ce fanfaron de vices, beau, spirituel et brave, brave contre l'enfer même, observe Michelet, et il ajoute : " L'enfer a beau l'engloutir, il n'est pas humilié. Donc nul effet moral (j l.t < ) i i 1 1 * • i j i - , combien la meilleure thèse est faible auprès

'i) Michelet, Histoire de France. T. XII, ch. v.

I \HT ET L.v MORALE f)J

de l'impression, combien languissantes les froides conclusions de l'esprit auprès des émotions de la sensibilité! C'est la grande misère de notre nature, et l'art s'en fait ici le complice. Emouvoir est son triomphe; c'est où il emploie tous les artifices du récit, toute la magie du style. Que seront, au prix de ce constant effort exercé sur l'âme, les quelques principes et les quelques déductions logiques semés çà et là dans l'ouvrage? Que sera la conclusion dernière? Où ira l'homme, où ira la volonté, quand tout le cœur sera d'un côté et la seule intelligence de l'autre? Madame de Staël s'avance jusqu'à déclarer que les événements, d'où naît ordinairement la thèse, ne font rien à la moralité vraie du livre ou du drame. Demander si un ouvrage est moral, c'est demander <c si l'impression qu'on en reçoit est favorable au perfectionnement de l'âme. Les événements ne sont de rien à cet égard dans une fiction. On sait si bien qu'ils dépendent de la volonté de l'auteur, qu'ils ne peuvent réveiller la conscience de personne; la moralité d'un roman consiste donc dans les sentiments qu'il inspire (i). »

Ainsi, des trois modes d'action par où l'écrivain peut servir efficacement le bien des âmes, le premier, la prédication directe, sera d'un plus rare usage. Au second, à la thèse, nous accorderons volontiers un rôle plus continu, plus large. Quant au troisième, à l'impression, nous y voyons la suprême puissance de l'artiste, celle dont le légitime emploi' suppléerait, au besoin, tout le reste, au lieu que rien ne la peut suppléer elle-même; celle qui, bien ou mal gouvernée, fait en dernière analyse les bons ou les mauvais ouvrages; celle dont il sera surtout demandé compte par Dieu et par tout lecteur dont le suffrage vauV quelque chose.

Et comme, à peine de nullité littéraire, il faut qu'une impression se dégage de l'œuvre quelle qu'elle soit; comme cette impression agit toujours, au moins indirectement, pour ou contre la valeur de l'âme; l'écrivain ne peut, en fait, se dérober à cette alternative : ou combattre la morale ou la servir.

(i) De l'Allemagne, 2' partie, cjiap. xxvmB

im;inc i ri s

rnier mot de ses obligations pratiques, le selon i

■ : chapitn . nous distinguions les deux ts ; d'impressions qui se partagent la vie humaine, l'un plus familier, l'autre plus grandiose; l'un sprit, l'autre où habitenl plus volontiers le . oie.

Eh : [ni - tient de préférence dans celle ri

supérieure, nous dirons : « Elevez-nous au contact de la grandeur morale, n A relui qui préfère analyser en se j. .11 int les phénomènes plus communs de l'âme et de 'a vie, nous dirons : • Epurez n<i- esprits en les faisant vivre - une et lumin mosphère du bon sens pra-

tique. » Voilà le dernier mot de la loi.

Orateur, historien, montre/ sans pose ni prétention, la grandeur morale en vous-même; faites sentir une âme qui convie la nôtre à monter. Mais en même lemps) que -vos tableaux, que vos récits développent en nous, autant qu'il sera possible, l'admiration, qui est, entre toutes nos affections, la plus saine et la plus généreuse. Là même où les ré.ilités historiques nous condamnent à n'admirer plus, 'liez pas de conserver présentes à nos regards la règle violée, la vertu oubliée, la Providence vengeresse. <jue le beau moral ne descende jamais au-dessous de l 'horizon ) le ut envahir tout entier par la laideur et le vice. Poète épique, tragique ou lyrique, usez de votre liberté plu.* grande; oubliez, pour nous les faire oublier à nous-mêmes, les réalités mesquines qui désenchantent et décolorent la vie. Emportez-nous vers l'idéal, non l'idéal confus et fu\ ml du rêve, mais/i 'idéal précis, resplendissanl et vigoureux de la vérité morale, de la force morale. Nous l'avons dit déj,:i; le propre de cette lumière- supérieure sera de nous transfigurer en elle-même, d'éclairer, comme d'un trait de feu, le fond obscur de notre âme, et de nous y Eaire \oir une grandeur originelle, une générosité que nous ne soupçonnions pas.

Pour vous qui, plus modeste, étudiez l'homme dans sa

vie familière, poète comique, moraliste badin, conteur,

satirique, fabuliste, à défa'ul de l'héroïque et du sublime,

voua avez pour moyen d'influence morale le bon sens.

pari est encore belle. Le bon sens n'est pas la vertu,

L AttT ET LA MORALE

sans doute, mais il lui prépare les voies et, quand elle est entrée dans l'âme, elle n'a pas de meilleur gardien. Entretenez donc en nous le bon sens, chose française par excellence, l'esprit droit, net, précis, pratique, affiné par une observation sans aigreur, spirituel avec bonhomie, profond avec naïveté, relevé par cette vieille gaieté gauloise qui n'avoue pas, quoi qu'on en dise, Rabelais pour son père, et n'a pas besoin, pour être elle-même, de déroger à la pudeur. Soyez, si Dieu vous en a fait capable, un Molière plus chaste, un La Fontaine plus généreux, — je parle du La Fontaine des fables, — un Boileau même, mais un Boileau plus riche d'imagination et de flamme. A ce compte, la morale vous sera reconnaissante. Qui travaille pour le bon sens travaille pour elle; il sert à l'élévation de l'homme; il est en règle avec les plus nobles tendances de la volonté.

Ainsi l'écrivain, l'orateur tel que nous le concevons, n'est ni un histrion qui nous amuse, ni un vdluptueux d'esprit qui s'amuse lui-même. Nous n'en faisons point davantage ce révélateur, cet hiérophante, rêvé par l'orgueil de quelques intéressés. Sa vraie grandeur n'a pas besoin de cette apothéose ridicule. Ce n'est ni une force sans loi ni un prêtre de la loi : c'est un homme parlant à d'autres hommes selon la nature et la loi, toutes ses puissances déployées, mais contenues dans leur hiérarchie essentielle, mais ajustées au vrai des choses, mais attentives à respecter la fin dernière et s'honorant de la servir. C'est une âme puissante, mais en ordre, qui, en se montrant ellemême, en montrant à travers elle-même les objets de sa pensée, nous mène, par le vrai et le beau, jusqu'au bien, terme obligé de toute activité libre. Voilà le rôle que lui indique la raison et que Dieu lui impose; nous n'en savons pas qui puisse lui faire plus d'honneur.

illU'Iïlil \

M l IBSOl 1 EN LITTERATUR]

l.i littérature est un art certain. - On lui conteste le titre ! — Principe de l'objection : combien il est taux. —

ittérature est un art. — Le premier des arts. — Pourquoi ?

La littérature, l'art de lu parole, esl un art certain, parce qu'il repose sur des principes absolus. Ce qui précède nous met en droit de revendiquer pour lui ce caractère, et et) même temps, la revendication même nous semlite pour éclairer et affermir tout de nouveau Les véi reconnues.

Mais voici une opposition inattendue. Avant d'établir que la littérature est un art sérieux, c'est le litre même i qu'il faut lui assurer; car on le lui conteste, ou tout m moins on ne l'accorde qu'à la poésie. «L'éloquence, l'histoire, la philosophie sont assurément, dit Cousin, de hauts emplois de l'intelligence; elles ont leur dignité, leur éminence que rien ne surpasse, mais à proprement parler, ce ne sont pas des arts (i). » Moins tranchant dans rtion, M. Charles Lévêque arrive à se résumer ainsi : lisons donc pas 'l'une manière rigoureuse, en termes absolus, que l'éloquenci est un art. Ce serait bien plutôt

i Cousin, Du Vrait du Beau et du Bien. Leçon IX.

DE L ABSOLU EN LITTi'r ATI gg

un certain art au service d'une science, ou mieux encore, la science aride et nue se parant des beautés de l'art, pour se faire aimer (i). »

Et pourquoi donc? Par où sont déchues de leurs droits à la gloire artistique les parties de la littérature les plus rntes, les plus militantes? Les deux philosophes sont d'accord à répondre : c'est qu'elles cherchent et produisent le beau pour une fin différente de lui-même. Ainsi, pour peu que l'art se subordonne à une fin supérieure, il perd aussitôt sa nature; dès qu'il ne poursuit plus le beau pour le beau même, il cesse d'être art; c'est le principe.

Principe inexact et périlleux. Voyez plutôt la conséquence nécessaire. Dès que le poète lui-même se proposerait un but pratique, son oeuvre ne serait plus œuvre d'art. Ainsi des chants de Tyrtée par exemple : ils ont le tort d'être faits pour mener les Spartiates au combat: ainsi de la Grève des Forgerons (2) : elle veut affranchir de la tyrannie des coalitions la liberté individuelle de 1 ouvrier.

, Jusqu'ici, les résultats ne sont que bizarres. Mais voici chose plus grave. Si l'art s'anéantit dès là qu'il su subor-

1 La Science du Beau, partie 3e, chap. 11. — Formules quelque peu embarrassées et que l'on a peine à concilier avec ce qui suit immédiatement : « Considérons l'homme qui démontre la vérité en allant des principes aux conséquences, et nous allons constater trois points qui sont d'une suprême importance pour la question qui nous occupe. Il va nous d'avenir évident : i° que celui qui démontre doit eu se passe en effet du beau et de l'art, toutes les fois que la vérité s'établit sans le secours de l'art et du bea": 20 que toutes les fois que la vérité s'établit sans ce double secours, l'éloquence disparaît et il ne reste plus que la science; 3° que lorsque ce double secours redevient utile, avec l'art et le beau reparaît l'éloquence. » — Si l'éloquence paraît et disparaît avec l'art et le beau, on s'explique mal pourquoi elle n'aurait pas un droit rigoureux au titre d'art. Y aurait-il injustice à traduire ainsi le texte de l'auteur : l'cloquence n'est pas strictement un art, et toutefois il est strictement vrai que dès qu'elle cesse d'être un art, elle cesse d'être l'éloquence ?

(2si Coppée, La Grève des Forgerons.

PRI.Nl

onè, ou il n'y a plus d'art, ou il n'y a plus de morale : isir. \dmettez-vous que l'art doive se sut donner à la lin dernière? Dans vos principes, c'est son arn't de mort que vous signez. — L'exemptez-vous di

cette subordination? Au nom de quelle logique \ mainidrez-vous tout le i Bl Par essence, par définition, la lin dernière e?t reine universelle; elle tient tout sous son i son profit toutes les [ormes de l'activité libre. Qu'on en émancipe une seule : on détruit la notion même de fin dernière, on détruit la morale in-

-olublement liée à cette notion. Et voilà où conduit a prétention étrange de faire du beau une fin suprême et de l'art un Dieu.

Entendons plus justement les choses. L'art est, par cs- •ression sensible du beau immatériel. Or dès que la parole est littéraire, dès qu'elle jaillit de toutes facultés agissant en concours et en harmonie, elle est belle, soit de la beauté de son objet, soit au moins de la beauté de l'âme qu'elle exprime, nous disons l'âme de l'orateur ou de l'écrivain. Elle manifeste donc le beau, elle est donc œuvre d'art, et celui-là est vrai artiste qui sait y mettre la lumière, la couleur et la vie. Platon el Démosthène le sont aussi bien qu'Homère, Tacite et Cicéron toui comme \irgile, Bossuet et Pascal tout comme Corneille et Racine. Dira-t-on qu'en commençant d'être artistes ils commencent d'être poètes, qu'à ce point précis de leurs ouvrages, l'histoire disparaît ou l'éloquence ou la philosophie, pour faire place à la poésie, seule digne du nom d'art? Querelle de mots qui masque une erreur de fond. Gardons plutôt les notions reçues, mais surtout gardons les principes vrais. L'art ne périt pas dès là qu'il se subordonne; en poursuivant un but immédiatement pratique, m parole ne s'exclut pas du nombre des beaux-arts.

Quoi donc ! elle cesserait de compter parmi eux, alors

qu'elle les embrasse et les résume tous ! L'éloquence ne

serait plus un art, alors qu'elle est musique par le rythme

souple des phrases et les flexions passionnées de la voix,

einture et statuaire par le regard et le geste, mais

cpressiye, mais peinture et statuaire devenues ca-

pabl livre le vol de l'âme, au lieu que, livrées à

elles ne peuvent que fixer une de ses atti-

de l'absolu ex littérature ioi

tudes! îl est vrai, nous n'en sommes plus à la fraternité primitive des arts. La parole publique et influente n'est plus mesurée, chantée, dansée comme au temps des premiers sages, aèdes grecs, scaldes du Nord ou bardes gallois. Mais, bien que séparée et quelque peu refroidie, l'éloquence garde fort distinctes les traces de cette unité originelle et de cette plénitude de vie expressive que tout d'abord on ne s'avisait point de partager.

Eloquence ou histoire, philosophie ou poésie, la parole est artistique dès qu'elle exprime au complet l'âme puissante et ordonnée. Encore n'y aura-t-il ni futilité ni gloriole de métier à marquer sa place parmi les arts, et cette place est la première. La gloire commune de l'art étant de traduire en formes sensibles le beau immatériel, elle grandit à mesure que le beau s'élève et que la forme devient plus parlante; elle serait au comble, si l'art pouvait Tendre accessible à nos sens la beauté suprême qui est Dieu. Mais c'est chimère. L'art n'atteint Dieu qu'à travers les objets par où D'eu se manifeste, à travers l'âme humaine surtout, dont la vie, transparaissant dans l'action extérieure, est, pour nous, le moins pâle reflet de la vie de Dieu. Ainsi son chef-d'œuvre propre va être de traduire sous la forme la plus fidèle et la plus vive l'âme humaine, la vie de l'âme. Et s'il faut comparer, la palme va revenir à celui des arts qui rendra le mieux cette ombre de la vie divine, à la parole littéraire par conséquent. Elle est la première, parce qu'elle excelle à traduire l'homme tout entier, soit qu'elle le choisisse, comme il arrive le plus souvent, pour objet préféré de son étude, soit du moins qu'elle exprime, comme il est inévitable, l'âme de l'écrivain même ou de l'orateur. A ce double titre de sujet parlant ou d'objet de la parole, c'est par les lettres seules que l'homme est pénétré jusqu'au fond et suivi jusqu'au bout. Voilà leur droit à la préséance; vérité facile, banale même, où nous n'insisterons pas.

PIUN

ibsolu .1''- grands principes littéraires. - H frayeui qn 'Inspire aajourd'htri l'absolu. — Elle esl dérai-

et périlleuse. — Vérité absolue de nos prin — Jusqu'où nous admettons l'autorité. — Rôle et impor-

- théoriciens en littérature.

11 faudra nous arrêter davantage à un poinl d< pins grande conséquence. La littérature, avons-nous dit, esl un art certain. Si tout n'y prête pas à une démonstration les premières lois, du moins, ne laissent place ni à la contradiction ni même au doute. Ce sont vérités indépendantes du temps et des circonstances, vérités permanentes, universelles, principes absolus.

M lis le mot révolte, ou du moins il fait ombrage. Etrange maladie que cette défiance de l'absolu, du certain, de l'immuable. Combien réelle cependant, et là même où l'on devrait le moins la rencontrer!* Bien des causes y ont préparé l'âme contemporaine : mobilité confondue avec le progrès, vérité considérée comme en voie de se faire, parsus tout influence dissolvante de la discussion sans fr«in, choc sans trêve des opinions et des systèmes. De là, chez un bon nombre, le désespoir de la vérité ou tout au moins de sa conquête; de là une méfiance chagrine et comme une colère d'instinct contre la doctrine assez sûre d'elle-même pour oser dire : je suis, dans ma Sphère, le le vr.ii absolu, exclusif de l'assertion contradictoire. i l'intelligence flotte à tout vent d'opinions; mais le plus triste, le plus surprenant pour qui ne connaîtrait pas l'orgueil, c'est qu'elle y tienne, c'est qu'elle en soit fière, pnn.nnt pour liberté le doute, et réclamant comme une gloire le droit d'ignorer. S'il est permis d'évoquer un nple d'ordre supérieur, qui ne se rappelle les frayeurs n;iï ! [tains opposants à la définition de l'infaillibilité pontificale? « Quoi! disait-on, une définition nouvel!.■ un ie i do m< à i roire! » I >n ne s'avisa'l pas

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