‹ Théorie des belles-lettresChapitre 30 sur 112 · DE L ABSOLU EN LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

DE L ABSOLU EN LITTÉRATURE

que c'était une lumière en plus, une ignorance en moins. Dans les vérités de nature, là où il ne s'agit plus de croire, mais de savoir et de raisonner, notre disposition est bien un peu la même. Nous sommes tous plus ou moins cet écolier paresseux qui, entendant parler d'une" découverte en mathématiques, s'écrie : « Hélas! un théorème de plus! » Paresse érigée en système, faiblesse d'esprit ..t illusion d'orgueil : échappons-nous toujours à cette contagion du siècle, nous-mêmes chez qui la foi sauvegarde le sens commun? Par un renversement bizarre, il semble que la certitude nous humilie, qu'elle nous pèse. Dans l'heureuse nécessité où nous sommes de ne douter pas en religion ni sur les principes de la philosophie, il semble que nous ayons droit au scepticisme dans l'art, comme à une compensation et à une revanche. La frayeur de la règle y est bien aussi pour quelque chose. Contrainte ailleurs et resserrée par des devoirs de toute sorte, la fantaisie aurait plaisir à trouver quelque part un terrain neutre où s'espacer.

Mais la force des choses proteste. Le scepticisme est, en matière d'art, aussi peu fondé, aussi peu glorieux qu'en philosophie par exemple. D'ailleurs le sceptique en fait d'art ne peut être assuré dans tout le reste que par une heureuse inconséquence, et si quelquefois une heureuse inconséquence mène les gens à bien, on serait téméraire d'y trop compter. Dieu nous a faits pour trouver et pour savoir, non pour ignorer et pour douter, fût-ce le plus spirituellement du monde. Il y a plus : Dieu a si bien lié toutes les parties de son œuvre, que la vérité, que la certitude est une partout. Ainsi l'objection qui la blesse en un point menace tous les autres, et un esprit réfléchi verra vite que tout ce qu'on oppose aux premiers principes de l'art, de la littérature par exemple, se peut retourner immédiatement contre la loi naturelle.

Car enfin quels sont-ils, ces principes? Nous les avons assez amplement exposés. C'est, dans l'écrivain, dans l'orateur, le concours de toutes les puissances à la composition de la parole, condition indispensable pour saisir l'homme tout entier. C'est le soin de respecter en soimême et dans autrui la hiérarchie de nature. C'est la proportion de la parole à l'objet C'est la morale, règle uni-

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in 1 ss< ace de l'homme, oatui s, lin dernH si à-dire nécessaire relation des

- <.[ iK- l'homme à Dieu : voilà dos bases. Tout cela

;i pas certain, immuable, absolu?

Qu'on veuille bien se le rappeler du reste, nous n'admettons connue règle île la parole que ces principes et llaires manifestes. Tout ce qui tient à ces exi-

- premières par le lien d'une logique rigoureuse a pour nuu> force Je loi. Le reste est factice, arbitraire ou tout au moins contestable (i). — Et l'autorité? dira-t-on.

- aristarques? El la tradition classique? N'y a-t-il pas la de quoi suppléer au besoin l'évidence immédiate ou raisonnée? — Assurément l'autorité existe en littérature, elle y a son rôle connue ailleurs mais pas autrement; rôle provisoire plutôt que définitif, indication considérable, jamais infaillibilité. Les jugements d'un grand esprit s* ml ebose

. et il y aurait outrecuidance à les rejeter avan< examen. Toutefois l'examen reste un droit et un devoir, et c'est une loi de la Providence que le génie même puisse être jugû et redressé par le bon sens vulgaire. Pour nous, sans sortir de la modestie qui nous convient, nous oserons regretter, par exemple, que notre grand dix-septième siècle ait poussé jusqu'à une sorte d'idolâtrie le respect des apbo-

s littéraires de l'antiquité. Nous ne croyons pas, comme le bon et naïf Corneille, devoir une égale « véné-

i » à tout ce qu'Aristote « a écrit de la poétique (2) » Mais quand un révolutionnaire de lettres déclare ne connut n point de « géograpbie précise du monde intellectuel »; quand il proteste n'avoir point vu « de carte routière de l'art, avec les frontières du possible et de l'impossible 11 rouge ei m bleu (3); » nou^- répondons que ces frontières existent, non pas du gré de Boileau, d'Horace ou d'Aristote, mais de par Dieu comme auteur de la nature; qu'elles ont été reconnues et marquées par les

1 PÎOU8 nous proposons d'indiquer pins explicitement en nous occupant du goût el de son unité nécessaire, les principaux po'mt^ (\\]o nous croyons devoir tenir pour certains en Littérature. Noir le paragraphe troisième du présent chap.) Corneille, Discours sur '" Tragédie.

Victoi Hugo, Préface des Orientales.

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