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LE GOUT, CERTITUDE, IMITÉ II

çpiritualistes, des chrétiens peuvent-ils admettre, cari

même, quand il s'agit d'art, ce principe de la nature en tout mobile, de la vérité en tout relative, qui se retourne immédiatement et de plein droit contre ce qu'ils ont de plus cher?

.Mais on nous oppose un fait, et nous avons à l'expliquer, rien de plus. Or l'explication n'est que trop facile, elle n'est pas nouvelle, et nous voilà tout de nouveau con* damné à nous redire. Pourquoi, sur tant de questions graves, ces variétés de goût, ces contradictions, ces incohérences? Pourquoi ces démentis apparents à l'unité de notre nature?

C'est qu'il y a dans l'homme comme deux natures en lutte perpétuelle. L'une se compose de tous les instincts vrais, droits et nobles, de tous les traits légitimes qui rappellent le premier dessein du Créateur et rendent aux yeux quelque chose de son image. Essentiellement faite pour le vrai, le beau et le bien, elle est la nature véritable, seule digne de ce nom, parce qu'elle répond seule au type éternel de l'homme. Par là même elle est infaillible; à toute question de son domaine elle répond par la note exacte de la vérité. Aussi la saine philosophie voit-elle dans son témoignage une garantie, un critérium. Evidemment cette nature-là est une, comme le type qu'elle reproduit et comme le vrai où elle adhère; assez large d'ailleurs et généreuse dans son unité, pour donner place à mille variétés légitimes, permettant l'originalité — nous le savons — en même temps qu'elle impose le sens commun.

L'autre, à laquelle il serait plus juste de refuser le nom de nature, c'est d'abord l'ensemble des instincts mauvais nés de la déchéance originelle, et dont l'influence est grande, on le verra, pour dépraver le goût. C'est encore, et surtout ici, la masse des erreurs accréditées, des préjugés en vogue, des impressions irréfléchies par lesquelles se façonne, il faudrait dire se falsifie et se frelate (i) l'homme, cet être mystérieux « encore plus impénétrable .à soi-même qu'aux autres (2) ». Aussi, tandis que la vraie nature est invariable, celle-là est mobile, changeante, di-

(1) Montaigne a dit : se pipe.

(2) Bossuet.

1 1 B principi a

ice, comme le préjugé, comme la Qme tout ce qui esl contingent et accidentel. première suppose des facultés en parfait équilibre, dan- i ordre, dans la hiérarchie. La seconde se fortifie et tous les désordres qui pervertissent la reptitude de la première. A quoi bon prolonger le parallèle? \ rt-il pas évident du reste que la première de ces deux natures que la nature vraie, est relie où nous fondons les Mt '.' El maintenant nous n'aurons aucune peine à expliquer comment cette nature infaillible est souvent réduite au sili n • rivale; comment, par suite, les lois de l'art,

- lois peuvent être oubliées, méconnues. Mille \ concourant, physiques ou morales. C'esl tout d'abord le climat qui, en modifiant le tempérament, exalte ou endorl l'imagination, surexcite ou émousse la sensibilité. C'est par ailleurs l'éducation, l'éducation indispensable au développement des facultés, mais puissante pour leur perversion comme pour leur perfectionnement. C'esl encore l'opinion, l'opinion, seule règle pour tant d'espritincapables de juger par eux-mêmes; l'opinion, avec tout ce qui contribue à l'égarer, gloriole nationale, préjugés de race, de secte, de parti, d'école. C'est enfin la corruption humaine, orgueil de l'esprit, sensualisme et le reste Non vraiment, s'il ne faut qu'expliquer le fait des variations du • littéraire, La tâche n'esl que trop aisée. Mais ni le fait ne constitue le droit, ni les nuages amon- - q'i m pèchent de retrouver la lumière. Que si le point en litige esl de conséquence, fût-il à quelque distance des premiers principes, on ne doit pas désespérer de reconnaître à coup sûr celui des deux jugements que l'infaillible nature a dicte. Non, la multiplicité des erreurs n'empêche pas la vérité de rester une, invariable, immortelle, et c'esl mal estimer l'homme que de la croin i n dehors d - atteintes. Cherchons-la donc en littérature comme ailleurs, sûrs de n'arrivi r point à démontrer tout, mais ambitieux d fer quelque peu le champ des opinions

lïïbi t-à-dire, après tout, des ignorances. Et quand

irriverons au bout de notre puissance de conclure et de sentir, n'ayons point la présomption de croire que ^'arrête nécessairement à nos étroites limites,

ESPRIT CLASSIQUE, FRANÇAIS, CHRÉTIEN tig

et qu'il n'y a plus rien parce que nous ne voyons plus rien nous-mêmes. On loue ailleurs l'effort modeste d'un esprit qui tend à la vérité parce qu'il a cru en elle : pourquoi ce même effort serait-il chimère et présomption? Aussi bien, si les objets sont divers, les principes sont uns et les questions en s'élevant arrivent à se confondre. Y a-t-il une vérité, un ordre, et sommes-nous capables de le reconnaître? Comment dire « oui » en fait de morale et « non » en matière d'art, « oui «pour le bien et « non » pour le beau?

Laissons donc à d'autres le scepticisme littéraire. Il jppartient de plein droit à qui ne reconnaît ni bien ni mal, ni ordre ni désordre, à qui poursuit d'une curiosité indifférente toutes les manifestations de la vie., à qui se tient satisfait, pourvu que la puissance brutale ait paru et que « la sève humaine ait monté (i) », à qui professe que tout ce qui est a droit d'être, et que l'homme, quoi qu'il fasse, est ou irresponsable comme une pure machine nerveuse, ou, ce qui revient au même, toujours également bon, juste, saint, adorable, Dieu. Que les théoriciens de ces écoles soient sceptiques en fait d'art, à la bonne heure; quant à nous, spiritualistes et chrétiens, ce serait une inconséquence périlleuse, une grande faiblesse d'esprit ou de cœur.

Si nous sommes classique et comment. — Si le romantisme vit encore. — L'école de la puissance quelconque et l'école de la puissance ordonnée. — L'esprit classique. — L'esprit français. — L'esprit chrétien.

Voilà, ce semble, notre situation bien définie et notre drapeau littéraire franchement arboré. Toutefois, pour achever de faire le jour dans ces questions si complexes et si vagues, il peut être bon de préciser encore. Ce sera une conclusion naturelle à ce premier livre, et comme une brève revue des principes que nous avons essayé d'établir.

(i) Taine.

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lit en i B3o el que l'on nous eûl de-

l : 5-vous classique ou romantique? » nous au*

rioi . -m- hésiter : M l'un ni l'autre. Les

• [ues I'! I, c'étaient les derniers héritiers de \ "I

tain - s, faux, glacés comme leur maître, plus étroits ' plus ennuyeux. Le.s romantiques, c'étaient

1 1 Providence au début du siècle une prodigalité magnifique, mais volontairement sortis de leur rôle et de leur voie, réformateurs de la veille, ilutionnaires le lendemain par caprice d'orgueil. \ droite, un' pharisaïsme littéraire sans intelligence el sans gauche, un véritable protestantisme qui posait, lui aussi, ni principe la souveraineté de l'inspiration individuelle, c'est-à-dire le libre examen. Nous n'aurions donc marché ni à droite ni à gaucho; nous aurions voulu nous tenii isolé des deux écoles et fidèle à un idéal dont elles -iiii.iii l'une et l'autre en sens divers. \j>i' !■ ans, la question que nous avons sup*

posée a-4-elle encore une signification? Les querelles d'alors >'>nt éteintes, mais hélas I la vie littéraire avec elles. Les classiques ne s'appellent plus, Dieu merci, laice de Lancival, Esménard ou Népomueène Lemercier. Ce beau titre, que personne aujourd'hui ne mérite ni n'ambitionne, retourné aux vrais maîtres de l'art français, aux mâles et sobres esprits du dix-septième siècle. 11 y aurait là un progrès, -i le culte de ces grandes mémoires étail plus sinsj l'admiration, restée de bon ton, nous allions dire ommande ne se tempérait d'une arrière-penéée ironique, à traduire ainsi peut-être : « Ils ont bien l'ail pour leur temps. • — Quant au romantisme, existe-t-il encore? Oui el non, ce semble. Il en est de lui comme du protestantisme auquel nous le comparions toul à l'heure. La hérésie ne \it plus dans sa force prim'tive. Ajssui. ni Luther el Calvin ne se connaîtraient pas en MM. <<>rel, de Pressensé ou Réville. Où est la confession d \ Où sont les trente-neuf articles d'ElisabethP

I | ndant le principe est toujours vivace, el c'est lui, qui, p.n ses développements tires, a tué les formes

anciennes. \ind l'indépendant, le latitudinariste, le nihilisti tes contemporaines, ésl bien plus protes-

tant qu la prétendue Réforme, car il est plus

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