LAME RECEVANT L 'EMPREINTE DES CHOSES. CONNAISSANCE. INVENTION
Parler, c'est montrer son âme et les choses, pour une fin. — Composition préalable. — Deux éléments : action des choses sur l'âme, action de l'âme sur les choses.
Parler ou écrire, c'est montrer son âme et les choses à travers son âme, le tout pour une fin déterminée. Quelle est cette fin? L'action morale à exercer sur l'homme. Rappelons d'un façon moins abstraite que l'agrément ne peut jamais être le but unique ou dernier, que la parole doit toujours concourir plus ou moins directement à l'élévation de ceux à qui on l'adresse. Parfois c'est le but premier, unique; ainsi dans la poésie, dans le roman honnête, dans tout ce qu'on nomme sans grande exactitude littérature d'imagination, de fiction, d'agrément. D'ordinaire, l'objet immédiat est plus terre à terre : c'est une leçon à donner, une décision à obtenir, un intérêt à défendre. Histoire, journalisme, éloquence didactique, politique ou judiciaire, toute la littérature d'action en est là. Mais alors même l'intention prochaine, immédiate, se doit rattacher et subordonner à l'élévation morale des auditeurs.
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^ m a tra g la situation de qui
entreprend un discours ou un livre. Le problème prati-
s lonn - : une impression précise à produire,
- .'i [aire voir, niais à faire voir dans
la lumière, la couleur et la chaleur de l'âme.
V\,nii tout, il faut composer, c'est-à-dire trouver, trier,
riner les choses; il [aul 1rs pénétrer de
cetti mnelle, de cette couleur, de cette chaleui
qui les rendront victorieuses. Grand et profond travail
infiniment curieux à étudier. On y trouve comme deux
mtradictoires à première vue, une sorte de
sivité jointe à la plus active énergie, ou plutôt une action réciproque des objets sur l'âme et île l'âme sui objets.
L'âm< - met avec eux en équation, elle reçoit leur empreinte, leur forme, elle s'informe d'eux, à la lettre, par innaissance, par la méditation, par une intelligence pénétrante d - — aces el des rapports. C'est propremenl [ue la rhétorique uomme l'invention. Mais en môme temps que l'âme reçoit en elle-même la forme des objets, elle leur donne la sienne propre; comme elle subit leur empreinte, elle les marque, elle les frappe aussi à son effigie. Comme ils la déterminent, en imposant à sa conuaissance leur nature immuable; elle-même d'ailleurs, suivant sa propre nature et le but où elle vise, les modifie sans les altérer.
riment devons-nous entendre cette modification? D'où procédera-t-elle? D'une opération triple : de la sélection qui choisit, delà disposition qui ordonne, de l'idéalisation qui élève et embellit sans dénaturer jamais. Triage, ordonnance : voilà qui a lieu dans tous les cas, avant même qu'on le veuille ou qu'on y prenne garde. Quant à idéaliser, disons simplement el pour éviter les discussions prématurées, que l.iiii en a souvent le droit et qu'elle en La suite nous le fera mieux voir.
Est-ce là tout, du reste!1 \pré> ces trois opérations indiquées, encore faudrait-il, ce semble, revenir au premier mot du prés Ql chapitre et répéter avec insistance que
l'âme unit étroitement aux objet-, qu'elle > incor]
poui ainsi parler, le sentiment qu'elle en conçoit. Je ver-
EMPREINTE DE LAME SUR LES CH0S1 l3l
rai les choses telles qu'elle me les présentera, mais colorées de son rayonnement; je les sentirai telles qu'elles sont, mais animées en outre et comme frémissantes de ses impressions : sympathie ou répulsion, joie ou tristesse, admiration ou dédain, enthousiasme ou colère. Ainsi ne peutelle rien saisir qu'elle ne le teigne de ses couleurs à elle, ni rien produire sans l'échauffer de sa propre vie. Selon Topffer, un philosophe d'art très suffisant malgré son badinage, le peintre, le poète, le musicien transforment la nature en l'imitant (i), si bien qu'elle est sous leur dépendance comme eux sous la sienne (2). Nous n'avons pas dit autre chose.
Quand donc s'est opéré entre Tàrne et l'objet cet échange d'empreintes ou d'influences, quand elle a choisi, ordonné, idéalisé quelquefois; alors seulement elle est prête à se communiquer, et l'objet avec elle, prête à le faire agir sur les intelligences par la preuve, sur les imaginations par la peinture , sur les volontés sensibles par le mouvement contagieux de la passion. Il y faudra encore le style; mais le style, nous le verrons, n'est que le détail dernier, le fini, la fleur du travail de composition. Omettons d'en parler à cette heure, et attachons-nous, dans le présent livre, à la composition elle-même. Déjà, en esquissant l'action mutuelle de l'âme et des choses, puis la force communicative qui en résulte, c'est la composition tout entière que nous avons décrite en abrégé.
L'âme se donnant l'empreinte des choses : — de loin par la science. — Que doit savoir quiconque veut écrire ou parler ? — Ce qui manque à la science moderne. — Empreinte actuelle des choses. — Méditation.
L'âme doit donc, avant tout, s'informer, s'empreindre des choses, et cela en deux manières : de loin et une fois
(1) Topffer, Réflexions et menus propos d'un peintre genevois. Liv. IV, ch. xvm et suiv.
(2) Ibidem. Chap. xiv, xv. xvi.
noN
pour toutes, par un ensemble de connaissances acquises; de près et sur l'heure, par la méditation.
Combien indispensable est tout d'abord celte emprunte lointaine des objets, cette jscience habituelle, véritable fonds de l'orateur et de l'écrivain! 11 faut savoir pour parler et pour écrire; la raison en est triomphante et la voici ■ parler, c'est dire quelque chose. Banalité peut-être? Non certes, car on l'oublie vite, et il semble que, dans 1 opinion de plusieurs, le grand art de la parole sert à déguiser le néant de la pensée.
On sait quelles connaissances vastes Cicéron demande à son orateur, avocat et homme politique. Et nous, quel programme tracer à l'avocat moderne, au journaliste, au député, au prédicateur, à quiconque veut, pour la cause du bien, se rendre capable de tenir une plume ou d'affronter un auditoire? Savoir tout ne serait pas trop, ce semble; mais la vie est courte et la tête n'y suf Irait pa.5 Il v aura donc, et des spécialités de profession, et des spécialités transitoires. On sera théologien ou juriste, voué à l'histoire ou aux lettres, capable d'ailleurs de s'assimiler vite une question étrangère à ses études préférées. Et cependant il reste pour tous un fonds de connaissances indispensable; il est des objets premiers dont toute âme doit porter l'empreinte, si peu qu'elle ambitionne d'agir. Cicéron les énumérait à son point de vue : nous avons le droit de les rappeler au nôtre; encore est-il plus haut et plus vaste, par là même que nous sommes chrétiens.
Notre écrivain, notre orateur, possédera donc au moins les grandes lignes des sciences directrices de la vie, de la vie morale surtout. Il saura Dieu, Jésus-Christ, l'Eglise, le catéchisme, ces choses partout présentes, malgré qu'on en ait, et qu'il faut bien Tegarder en face, quand même on est si malheureux que de n'y pas croire. En cette matière du reste, chez les adversaires, que d'animosités par ignorance, et parfois, chez les défenseurs, quelle impuissance faute de savoir! Avec Dieu, notre écrivain connaîtra l'homme, l'homme éternel, c'est-à-dire le cœur humain; l'homme historique, manifestation variée de l'homme éternel; l'homme actuel, avec ses singularités de surface, au-dessous desquelles il faut retrouver, pour agir sur elle,
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la commune et immuable nature; l'homme actuel, dans le milieu social et poltique où il vit. Ajoutez le monde physique, les grands phénomènes et les grandes lois de la création matérielle. Comment les ignorer aujourd'hui? Comment se priver de les connaître, au moins en gros, au double point de vue du beau et de l'utile, du bien-être de la vie et de l'élévation de la pensée?
Ainsi donc, catéchisme, philosophie, histoire, géographie, grands et populaires résultats des sciences physiques et naturelles, connaissance de la nature humaine et de la société actuelle, idées générales mais précises en art et en littérature; en un mot, Dieu, l'homme, le monde et le principal de leurs relations : tel est le programme obligatoire pour tout candidat sérieux de la parole ou de la publicité. Que vaudrait a moins la parole? Où seraient les éléments de sa puissance littéraire? N'est-ce pas dans cet ensemble de connaissances qu'elle trouve les rapports, les allusions, les images, les sentiments, tout ce qui lui donne prise sur les esprits, les imaginations, les cœurs? Mais encore où serait sa force d'action, s'il lui manquait la connaissance certaine du but où mener les âmes et des voies par où l 'atteindre? Assurément nous improuverions le théologien qui, sachant Dieu, ferait profession d'ignorer le reste. Mais que dire du journaliste qui régente l'opinion et qui ne connaît pas Dieu? Osons aller jusqu'au bout de notre pensée. Que dire de la science moderne là où elle n'est plus chrétienne?
Entre les trois grands objets de l'esprit, Dieu, l'homme, le monde, elle supprime ou dénature le premier; par une suite nécessaire, elle mutile et obscurcit les deux autres, toute fière d'ailleurs et toute superbe de pénétrer plus avant que jamais dans le troisième, dans le moindre. Investigations admirables, soit; mais où sont les vérités maîtresses' de la vie? Connaissances infinies, soit encore; mais où est la science vraiment digne de ce titre, l'ensemble méthodique, lumineux, un? Où est le principe d'unité, le nœud vivant de cet ensemble? Les âges de foi le possédaient dans la philosophie, lien commun de toutes les vérités de nature, et d'ailleurs en connexion hiérarchique avec la théologie, science de tout l'ordre surna-
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irisé la philosoph es1 morti . Par là mêm< . on dénouait Ifl I s humaines. El maintenanl mu'- - à l'infini : elles demeurenl éparses; l'unité -■ inde science n'existe plus. Voilà qui peut ; ■: tdoxal à qui se laisse mener par le cri popu- I ' M. lis quelle époque en a jamais tanl | irtout, partout adoré, comme était, il -. le mot de philosophie dont il tient précisément la place. Pour la foule, on esl savant coi e on
était philosophe, par le seul l'ait de sortir du catholicisme; et c'est un dogme, dans la grande opinion vulgaire, que la l'antithèi : la foi. Libre aux Bat-
teurs du siècle d'acclamer sa gloire scientifique. GL bien mêlée, bien contestable, et parce que, tandis que monde physique va s 'éclairant de plus en plus, la nuit se fait sur les principes et les lois de la vie morale; et pai que, tandis que les connaissances augmentent, l'idée même de la science a disparu. Voyez le Positivisme, entre autres systèmes. 11 n'a pas seulement perdu cette noble idée; il la détruit formellement, quand, par un défi sans exemple aux tendances invincibles de l'esprit humain, il met hors la science la question de la première cause et celle de la fin dernière, deux questions sans lesquelles la science ne se conçoit même \>\u<. Avec cela, il reste des connaissances, des sciences même si Ton veut; quant à la science, il faut hlement de hardiesse pour exov la nommer encore. Pourrions-nous d'ailleurs l'estimer pure de tout 1
la méthode vulgairement appelée documentaire, au cas, non pas toujours chimérique, où elle ferait son capital de colliger des phénomènes, de les classer tout au plus, non sans quelque mépris ou du moins sans quelque défiance à l'endroit de toute préoccupation plus haut! Dieu nous préserve, au surplus, de l'excès opposé! Point d'à priori téméraires, point de métaphysique aventureuse ou d'elle-même jusqu'au dédain pratique
Non certes, l'homme de principes, le phi- >phe spiritualiste, le chrétien, ne trouve pas dan^ lun un s 1<' droit de préjuger les faits, ni par
conséquent de Bien au contraire, c'est pour
EMPREINTE DE l'âME SUR [ES CHOSES
lui que nous écrivons, c'est à lui que nous rappelons la toéces'sité de savoir, d'où suit l'obligation d'apprendn M il demeure glorieusement vrai que les données de la métaphysique élémentaire, et plus encore celles de la foi, lui rendent facile et fructueux ce labeur indispensable. Vauvenargues a dit avec raison : « Celui qui a un grand sens sait beaucoup. » Pourquoi? Parce que son grand sens te rend capable d'apprendre vile ce qu'il ignore, de pénétn r ce qu'il apprend, de tirer parti de ce qu'il sait. Mais qui donc a un plus grand sens que l'homme de foi, l'homme qui possède le sens divin des choses? Au sortir d'une conversation avec Thiers, L. Yeuillot écrivait ces lignes d'une admirable justesse, malgré une légère apparence de paradoxe : « ... Nous savons certaines choses qui dominent absolument la quantité de choses qu'il sait; par suite de quoi, nous savons en réalité mieux que lui cette quantité de choses que nous ne savons pas. Pendant qu'il les raconte, il nous les apprend, et nous voyons du même coup leurs causes, qu'il ignore, et leurs bornes, qu'il n'aperçoit pas. Ah! quelle supériorité de savoir seulement un peu de Jésus-Christ (i)! » Rien de mieux. Etudions les faits mais pour en dégager les principes; ayons de? principes, mais étudions les faits : c'est l'ordre même et la condition de la science véritable. Et maintenant supposons acquis le fonds de connaissances. Encore faut-il le féconder, l'exploiter par la méditation actuelle.
Les objets que nous présentons à travers notre âme n'auront sur l'auditeur une influence plénière qu'à la condition d'être exprimés amplement, en détail; nous devrons les développer, les épanouir. S'agit-il d'une vérité contestée? Cette ampleur est indispensable pour convaincre. Dites à un incroyant de bonne foi que le christianisme est chose divine; il vous attend à la preuve, au développement. S'agit-il d'une vérité admise, l'énoncé sommaire nous laisse froids; pour nous rendre l'objet vivant et sensible, présentez-le largement dans une expression détaillée et moralement complète; c'est de rigueur. Nous lisons dans un manuel d'histoire que la retraite de Russie fut un désastre; voilà qui nous touche médiocrement. Que le même
(i) L. Veuillot, Correspondajïce. T. II, p. 96.
COMPOSITION
fait us la plume d'un historien comme Ségur
ou Thiera, ou sous ta pinceau d'un poète comme \ ictor 1! i ; l'imagination voit, le cœur saigne, car l'imale cœur vivent de détails. Aussi les maîtres mettaient-ils l'art de la rhétorique à développer les objet-, ;i. saillir toute la force de persuasion, tous les éléments d'action morale qui s'y radient (^).
Mais pour exprimer ainsi les choses, l'auteur a dû recevoir en soi la même impression, la même empreinte nette, rive, totale. Disons mieux, il a dû se la donne*; car un effort actif, énergique, s'esl joint nécessairement à la passivité que supposent les impressions subies. Et qu'il e long dans certains casl Comme il nous arrive de nous sentir lents et résistants à l'action des choses, alors même que nous travaillons à la seconder! « Les idées ne viennent pas à l'heure dite... il faut attendre, laisser faire le temps, l'occasion, le hasard. Souvent c'est un accident de la vie journalière, une observation domestique, une lecture de journal, qui achèvent en nous une idée qu'après beaucoup d'efforts nous avions laissée incomplète. Quelquefois on lit un volume pour écrire une page. Je sais un homme qui, un jour, en lut quatre pour écire trois lignes. Il y a telle phrase que nous avons mûrie quinze ans avant d'en être sûrs et d'oser la dire (3). » Quoi qu'il en soit, la profondeur de l'empreinte reçue est proportionnelle d'ordinaire à l'énergie et à la durée de l'attention. Imaginez une cire vivante et capable de vouloir, qui s'appliquerait d'ellemême et avec force à la médaille qu'elle souhaiterait de reproduire. Ainsi notre âme, en présence des objets; elle s'y applique, disons-nous, et ce mot est significatif autant que juste. Encore l'âme fait-elle plus, que notre cire animée, puisque, par un curieux échange d'influences, en même temps qu'elle se modèle sur les objets perçus, elle les marque elle-même de sa ressemblance. Mais la compa-
ti") V. Hugo, Les Châtiments; l'Expiation.
(2) " Ktto) 8'fj o y; tvt '././, vjv'/'j.'.; itepî e/'/ttov to~J Ohosytv.'. rô ïv'>:/v./.i7v, ic(6xodv. - (Aristote, Rhétorique, I, 2.) — « Summa autem eloquentiae laus amplificare rem ornando. (Cicéron.)» ■ nveaux Essais de critique et d'histoire
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raison garde une réelle justesse et nous suffit pour le moment.
S'appliquer ainsi aux choses, c'est les méditer. La méditation n'est que l'application des puissances en concours et en ordre. Si une faculté reste oisive, l'objet n'aura pas fait impression sur toute l'âme. Admirons les abstractions du mathématicien et du philosophe, mais n'y voyons pas le type achevé de la méditation humaine. Par ailleurs, que les facultés s'appliquent dans l'ordre, sinon l'empreinte est inexacte. Que la raison gouverne, maintenant sa suprématie naturelle, suspendant même pour un temps, au bénéfice de la précision et de la logique sévères, le jeu de l'imagination et du cœur, mais à charge de leur rendre ensuite la liberté de parfaire à leur façon l'œuvre commune. Telle est la méditation, témoignage, si l'on veut, de la faiblesse de l'âme, de sa lenteur à se pénétrer des choses, mais tout ensemble condition de la force intellectuelle et morale que Dieu nous a départie. À ce prix seulement, les convictions sont profondes, les sentiments durables, les résolutions vigoureuses.
Comment on peut guider la méditation. — Les lieux communs, selon la critique et selon la rhétorique. — Les lieuxcommuns de la rhétorique, chose sérieuse et naturelle. — Etudes des objets en eux-mêmes : — Définition. — Analyse des parties. — Etudes des objets par leurs relations : — Affinités. — Oppositions. — Puissance particulière du contraste. — Hiérarchie logique. — Causalité.
Or, si rien ne supplée l'effort de la méditation, la guider reste possible. C'est à quoi servent ces points de vue généraux, constants, indiqués par la nature même; c'est l'office des lieux communs. Mais le terme n'est-il pas
il grand im-
11111: [u les tient en grand mépris. I
m entend sous ce nom les bana- - originalité ni proiblier non plus que les ventés indeur et l'intérêt nu détail; d'ailleurs inépuisables el que l'originalité toujours son compte. Dieu, l'homme, le nde et leurs relations : immense el magnifique lieu commun, où se rencontrent tous les esprits, el qu'ils ; vent exploiter indéfiniment sans risque de l'épuiser jamais S pas original, sous prétexte qu'il 'i de neuf à dire, c'est, croyons-nous, ou une boi; lence ou une défaîte sans valeur. «Tout esl 'lit el l'on vient trop tard », écrit La Bruyère. C'est la boutade. Quand à la défaite, on la trouverait, ce semble, dans cet argument d'un rapport officiel sur le progrès des lettres : « Ne demandez pas de chefs-d'œuvre i poésie moderne : on ne peut refaire ni le Cid, ni Athalie, ni le Misanthrope (2). » A la bonne heure! Mais après Corneille même et Racine el Molière, on pourra toujours figurer en traits nouveaux l'honneur triomphanl des courage appuyé sur Dieu, voire la vertu gâtée par le Pharisaïsme. Rien n'est nouveau sous le soleil; mais, par contre, aux mains du talent, rien n'est usé.
ut aux lieux communs de la rhétorique, ne leur attri-
ns point le pouvoir de créer la pensée, mais gardons-
de les mépriser comme vieilleries d'école. Il
vi ii qu'on les propo- en façon d'auxiliaires à la
réflexion courte, chancelante, de l'écolier; mais quel
V"iiloir penser hors du lieu commun, c'est s'obliger
: hors du sens commun. » (Lanson, Conseils sur l'art
I u plaisantant des lieux communs, il se
n til bien que ce fût du bon sens même. » (Bruneti
Théorie du lien commun. Histoire et littérature, t. I. p. 54.) —
li un peu plus haut : « Il n'y a pas de lieux communs; il n'y
a que îles esprits paresseux. » (P. 5i.) — Tout cet article est
le Sacy, Rapport sur les progrès des lettres, à l'oc- -ition universelle de [867.